‹ Traité de phrénologie. Tome 2Chapitre 18 sur 44 · Tons · texte numérisé non relu

Tons

Gall fait mention d’une enfant, nommée Bianchi, âgée d’environ cinq ans, qui lui fut présentée pour qu’il déterminât par quel talent elle se distinguait le plus. Rien n’indiquait en elle une mémoire extraordinaire ; et jusque-là l’idée ne lui était pas venue qu'on pouvait reconnaître le talent de la musique à la conformation de la tête. A cette époque , il n'avait pas encore constaté les différentes espèces de mémoires; mais les parents de la jeune fille soutenaient qu'elle avait une mémoire extraordinaire pour la musique; et comme il ne l'avait pas découverte, ils conclurent de là que sa doctrine des signes externes , pour les diverses espèces de mémoire, ne reposait sur rien. Cet enfant reproduisait sur le piano tout ce qu’elle avait entendu chanter ou jouer, et se rappelait jusqu’à des concertos entiers,

(t) Library of enter taining knowledge, vol. I, p. 53. — On trouvera dan» le Phrenologieal Journal , vol. VIII , p. 76 , un autre exemple de ebien qui distinguait parfaitement les différents jours de la semaine.

(2) Traité de Phrénologie , lom. II, p. 330.

quand elle les avait entendus seulement deux fois. Gall demanda si elle apprenait par cœur avec uue égale facilité; mais on lui dit qu’elle n'avait celte mémoire étonnante que pour la musique. Ce fut pour lui une nouvelle preuve qu'il y avait une différence bien marquée entre la mémoire pour la musique et les autres espèces de mémoire qu’il connaissait alors, et que chaque espèce a son organe distinct. Il poursuivit ses observations avec une nouvelle ardeur, et découvrit enfin que le talent pour la musique se rattache à l’organe dont nous traitons en ce moment. Il l’appelle « le sens des rapports des tons, » expressions, dit-il, « qui rattachent la manière dont l’intellect du musicien met en œuvre les rapports des tons, à la manière d’agir des sens en général. >

Il y a entre l’organe des tons et les oreilles les mêmes rapports qu’entre l’organe du coloris et les yeux. L'appareil auditif reçoit les impressions des sons qui l'affectent agréablement ou désagréablement. Mais l'oreille ne se rappelle pas les tons, ne juge pas non plus de leurs rapports : elle ne perçoit pas l'harmonie des sons; elles sons, comme les couleurs, séparés, peuvent être désagréables ou agréables, selon qu’ils sont ou non combinés. Unami que nous avons déjà citénous dit dans une lettre datée des Indes ; < La mélodie est ce plaisir que provoque une succession de sons simples, qui s’accordent ensemble; l'harmonie est ce plaisir qui nait de sons combinés, frappant l'oreille simultanément comme dans un orchestre. 11 faut pour la mélodie un organe moindre que pour l'harmonie ; et c'est pourquoi les Écossais, sans avoir les tons très-développés , sont mélodistes et ne sont pas compositeurs. »

Un correspondant du Phrenological Journal dit que « il a une tendance très-singulière à comparer une chose à une autre : par exemple, s’il entend toucher du piano, chaque son lui parait avoir une couleur particulière ; et ces impressions sont si constamment les mêmes, qu'il lui serait facile, dit-il, de

faire une gamme de couleurs. Quelques notes sont jaunes; d’autres sont vertes; d’autres bleues; ainsi de suite. » Chez lui la comparaison est large; mais ni le coloris, ni les tons ne sont bien développés (t).

Un grand développement de cet organe élargit les parties latérales du front; mais son apparence varie suivant la direction et la forme des circonvolutions. Spurzheim fait observer que , chez Gluck et d’autres, cet organe s’élève en forme de pyramide. Mozart, Viotti, Zumsteg, Dussek, Crescenlini et d’autres, ont les parties latérales et externes du front élargies, mais arrondies. 11 faut une grande habitude pour bien observer cet organe; elles commençants doivent comparer ensemble une personne qui a le génie de la musique, avec une autre qui sait à peine lire ses notes, et marquer la différence qu’il y a entre leurs deux têtes ; ils percevront , au premier coup d’œil , le plus grand développement de la première. Celte faculté donne la perception de la mélodie, mais ne constitue pas seule le grand musicien. 11 lui faut l’organe du temps pour la juste perception des intervalles, l'idéalité pour l'élévation et l’élégance, la secrétivité et l’imitation pour l’expression, tandis que la constructivité, la forme , la pesanteur et l’individualité lui donnent l'adresse mécanique, toutes qualités indispensables à un bon exécutant. L’organe des tons le plus développé ne rendra pas capable de bien pincer de la harpe, si l’organe de la pesanteur manque; car alors il lui manquera la capacité de communiquer aux cordes l'impulsion vibrante et précise nécessaire à la production de chaque note.

Gall dit qu’il a examiné les têtes des compositeurs et des chanteurs les plus célèbres, Rossini , Catalani , etc. , et qu’il a toujours trouvé en eux cet organe développé. On le voit aussi très-proéminent dans les bustes de Haydn, Gluck, Mozart, etc.

(I) Vol. VIII, p. 216.

J’ai examiné la léte de Mme Catalani et de plusieurs musiciensamateurs distingués, et dans tous j’ai trouvé une preuve de plus en faveur de son existence. Gall remarque en outre qu'on ne doit pas s’attendre à un grand développement de cet organe chez un exécutant ordinaire. Même quand il est assez faible, les doigts peuvent acquérir une certaine habileté. Mais quand l’âme est sous l’impression de sons harmonieux , que la physionomie exprime cette extase voluptueuse, qui vibre dans tout le système nerveux du véritable musicien , l’organe des tons est toujours énergique. < Il me parait , continue Gall, que les hommes qui sont capables de déduire les lois de la composition des lois des vibrations sonores et des rapports des tons, et d’établir ainsi les principes les plus généraux de la musique, doivent être doués en même temps d’un organe des nombres très-développé ; car ce genre de talent musical exige, sans contredit, beaucoup de calcul; aussi la circonvolution inférieure de l’organe musical, la plus large de toutes, se continue immédiatement dans l’organe des nombres. Ceci explique pourquoi on peut être excellent musicien, et n’avoir pas le talent de la composition ; être grand compositeur, sans être en même temps grand musicien (i). »

En général , la tête des Italiens et des Allemands est plus large et plus pleine, à la région de cet organe, que celles des nègres, des Espagnols, des Français et des Anglais; et le talent musical est plus commun chez les premiers que chez les derniers. L’organe des tons, comme le talent qui en dérive, manque aux Esquimaux (s).

M. Scott a publié, dans le Phrenological Journal (s), deux admirables articles < sur la musique et les diverses facultés qui

(1) Sur le» fonction t du cerveau, lom. V, p. 1 19.

(2) Phrenological Journal, vol. VIII, p. *37.

(3) Ibid., vol. Il, pag. 120 et 536.

concourent à la produire. » Selon lui , les tons sont la faculté primitive qui distingue, « 1° cet accord de vibrations continues dans les tons simples, qui les rendent musicaux ; 2° ce rapport des sons différents, mais réunis, qui constitue Vharmonie, et 3° ce rapport de notes successives qui constitue la mélodie. » Il s’occupe ensuite des facultés auxiliaires , indispensables au musicien pratique (à savoir celles énumerées plus haut), et indique comment chacune d’elles concourt à donner le génie de la musique. « L’imitation, dit-il, est nécessaire au chanteur; pour qu’il puisse reproduire exactement par ses organes vocaux les sons de la musique qu’il entend et qu’il désire exécuter. Aussi observa-t-on que l’organe de l’imitation est large chez toutes les personnes qui chantent naturellement et facilement. » 11 s’étend beaucoup ensuite sur l’expression musicale. « H me semble, dit-il, quoique je ne prétende pas avoir fait un assez grand nombre d’observations pour prouver ce fait, que dans tous les cas le volume de la voix de l’homme, comme de la femme , correspond au développement de leur cerveau. Ce sujet est très-intéressant, et je le mentionne plutôt dans le but de provoquer des observations , qu’en raison du cas que je fais des miennes. Il y a cependant des faits de notoriété publique qui tendent à prouver que cette correspondance existe en général. Des observations plus exactes et plus minutieuses éclaireront sans doute davantage ce sujet.

< D’abord , c’est une règle générale que la tête de la femme est incomparablement plus petite que celle de l’homme, et que sa voix est à un degré correspondant plus petite et plus grêle que la voix de l’homme.

» Le garçon impubère, qui a la tête plus petite que l’adulte, a la voix claire, grêle et douce comme celle d’une femme.

« La voix des enfants des deux sexes , mais surtout des fdles , est plus grêle que la voix même de la femme adulte.

« A mesure que l'enfant s'éloigne de la puberté, et approche

de l'àge viril (alors la tête est à son plus haut degré de développement) , la voix change; elle cesse de rappeler le son du flageolet, pour devenir grave et sonore.

« Les hommes qui ont la tête petite , ou moyenne , surtout quand les penchants animaux sont développés modérément, ont la voix douce et frêle de la femme.

< Les femmes qui ont la tête forte, surtout si chez elles les penchants animaux sont très-développés , ont presque la voix grave et sonore de l'homme. On m’a dit avoir observé chez les femmes sujettes à la nymphomanie, que dans leurs paroxysmes elles ont la voix dure, basse, violente comme celle des hommes. Ce fait bien établi pourrait prouver que les notes basses et rudes sont le langage naturel des penchants grossiers.

«^Telles ont été mes observations én général; mais je voudrais les voir confirmer par d’autres ; je voudrais, du moins, qu’il me fût prouvé qu’il y a des exceptions à la règle que j’établis; quant à moi, je ne me souviens d’aucune. Il serait bon de vérifler si toutes les basses-tailles ont la tête forte, et tous les ténors la tête petite, ou si la profondeur de la voix est en proportion du développement du cervelet; si les femmes, qui ont un contralto , ont la tête plus forte ou les penchants instinctifs plus développés que les sopranos.

« 11 n'est pas douteux que la qualité du ton , aussi bien que l’étendue de la voix , dépend beaucoup de la nature du développement du cerveau. Chez les femmes qui ont la combativité et la destructivité bien développées, la voix, quoique grêle, est glapissante et fend les oreilles. On remarque toujours cette qualité aiguë de la voix chez les femmes qui s’abandonnent à la colère, et c’est de tous les sons le plus désagréable. Les mêmes mots prononcés d'un ton modéré ne seraient pas à moitié aussi déplaisants. De même, chez les hommes qui ont la destructivité développée, quand leur tête est, sous d’autres rapports, forte et bien proportionnée, la voix, quoique grave, est

claire ei a une âpreté et un tranchant que la destructivité seule peut donner.

« Quand la tôte est développée dans presque toutes ses parties, et que la destructivité manque, la voix est en général grave et pleine, mais douce; elle n’a pas ce son aigu que donne la destructivité. C’est une espèce de voix qui, en raison de sa rareté, est recherchée parmi les chanteurs. C’est ce qu’on appelle une «où: voilée ( voce velata). Mme Marconi, qui chanta au premier festival d’Edimbourg, avait cette espèce de voix. On disait cette dame d’une bonté remarquable. La voix de ceux chez qui l'intellect domine a une expression calme, froide, qui n’est nullement touchante. Quand la bienveillance et les affections douces et sociales sont développées, et que les tons, l'imitation et l’idéalité le sont aussi, la voix est suave , comme celle de Miss Stephens, ou Miss Tree. On a tous les jours sous les yeux des exemples du même genre. Quand la bienveillance et les sentiments élevés sont égalementénergiques , la voix est surtout douce et harmonieuse. En général , les penchants inférieurs sont trop développés chez les hommes pour permettre à leur voix d’atteindre ce haut degré de perfection; et en vérité ces penchants sont tellement de l’essence de l'homme , qu’on ne doit pas leur souhaiter ce genre de voix. Mais nous avons rencontré des femmes dont chaque parole à une harmonie musicale ; leur voix, même dans les conversations les plus insignifiantes, a un charme irrésistible qui va droit au cœur. Dans le Roi Léar , quand ce vieillard infortuné énumère les perfections de sa favorite Gordelia , il fait remarquer que la douceur de la voix est, chez cette femme, un grand indice de bouté.

“ Hcr voice was ever soft,

“ Gentie and low , — an excellent thiiig in woman (1) " (2).

(1) Sa voix était douce, tendre, grave, — qualités précieuses chez une femme.

(2) Phrenolngical Journal, vol. Il, p. 573

Ces observations de M. Scott sont très-intéressanlcs, et sont confirmées par un grand nombre d'exemples; mais elles ne sont pas rigoureusement exactes; car j’ai rencontré des exceptions marquées. Un de mes amis , en particulier, qui a une tête moyenne, le cervelet petit, et les organes des penchants animaux au-dessous de la moyenne, a néanmoins une belle bassetaille. Il est certain que le développement du cerveau a souvent une influence essentielle sur le timbre de la voix; mais on peut eu dire autant du larynx et des poumons; et l'on n’a pas encore reconnu l'effet réel de chacun de ces organes (t).

Quand un développement modéré des tons se combine avec l'énergie des organes réflecteurs , l’esprit s'occupe des sujets élevés qui dériveut de ces derniers organes, et peu de musique. Quand, d'un autre côté, les organes réûeciifs sont petits, et que l’idéalité , l’espérance , la bienveillance , la vénération et le merveilleux , organes que les tons sont surtout appelés à satisfaire, sont développés, le goût de la musique est bien plus fort. De là vient que le môme développement de cet organe donne des résultats si différents. Cela s’accorde exactement avec les principes de la phrénologie ; car c'est la prédominance de certains organes chez un individu, qui décide de la direction de son esprit , les organes les plus forts tendant toujours à se satisfaire.

On trouve parfois les tons très-développés chez les idiots, et quelques fous les conservent intacts, malgré le désordre des autres facultés. J’ai vu deux idiots qui manifestaient les tons à un très-haut degré.

Le Dr André Combe rapporte le fait suivant, comme s’étant présenté dans sa clientèle :

(t) J'ai observé que de larges poumons qui impliquent un cœur large et de larges vaisseaux sanguins sont très-favorables il l’intensité de l’action du cerveau. Le sang est alors bien oxygéné , et refoulé vers le cerveau avec vigueur et en abondance.

COMBE. — TRAITÉ PC FBRCN01.0f.ie. T. II. !.’>

« Une jeune femme, d’une puissauce d’intelligence musicale extraordinaire, et d’un esprit très-actif, qui depuis plusieurs mois était sujette à de fréquentes attaques d'hystérie sous ses mille formes différentes, et qui souffre presque constamment de maux de tête plus ou moins violents, se plaignit samedi 22 avril, d’une douleur aiguë à l’angle externe du front, exactement à l’endroit des tons quelle a très-développés , et sur lesquels, voulant m'indiquer le siège de sa douleur, elle plaça le bout du doigt. Le lendemain elle se plaignit de nouveau d’une douleur dans cette région; et environ deux heures après ma visite , une affection spasmodique ou plutôt convulsive du larynx, de la glotte et des parties circonvoisines se déclara; sa respiration rendit alors un son bref, précipité, continu, et presque harmonieux. En examinant les parties externes, on voyait l’os hyoïde à la base de la langue , et les cartilages thyroïdes dans un mouvement continuel, s’éloignant et se rapprochant sans cesse l’un de l’autre. Cette jeune dame pouvait cependant, à volonté, comprimer ce mouvement au point de retrouver la faculté de prononcer quelques phrases courtes et entrecoupées. Cet état singulier avait duré deux heures , quand elle lit d’clle-même la remarque que le son de sa respiration était devenu presque trop musical , et en parut contrariée; une demi-heure après, il cessa par haard, lorsque voulant faire remarquer le mouvement du larynx à une autre personne, j’y appuyai le doigt; elle revint alors à son étal habituel ; seulement elle se sentit un peu fatiguée.

i Le lundi, 24 avril, elle se plaignait encore de douleurs au siège de l'organe des tons. Elle me dit que toute la nuit il lui avait semblé entendre une musique délicieuse, que ce rêve l’avait excitée, et qu'elle ne pouvait en chasser l'impression de sa tête. Le jour se passa sans présenter rien de remarquable.

« Quand je me rendis chez elle le jeudi, elle m’attendait avec impatience. De semblables rêves l’avaient fatiguée toute la

nuit. Elle avait entendu et joué les plus beaux morceaux de musique avec une précision remarquable; et ils avaient laissé une impression telle, qu'en se réveillant, il lui sembla qu’elle pourrait noter un morceau qui l'avait surtout charmée. II est remarquable que l’excitation excessive de la faculté des tons avait atteint un degré tel, qu'on ne pouvait plus la contrôler. La malade ne se sentait pas seulement le désir d’entendre de la musique, elle en avait soif; c’était une passion qui demandait à être assouvie, et qui la faisait souffrir au delà de toute expression. Elle voulut absolument se lever, demanda la permission de jouer du piano et de chanter ; et, comme pour plusieurs motifs, on ne pouvait raisonnablement la lui accorder, elle voulut envoyer chercher une amie qui ferait de la musique pour elle; c’était, disait-elle, le seul soulagement possible à son état pénible. Peu de temps après, la soif de la faculté des tons devint si intolérable, quelle s’empara d’une guitare, et s’étant assise sur un sofa, laissa s'échapper un torrent de sons, et cela avec un volume, une clarté, une puissance de voix, une facilité d’exécution qui aurait étonné toute personne qui l’aurait vue deux jours auparavant. Elle chanta, en s’accompagnant, jusqu'à ce qu’elle eut fatigué . épuisé sa faculté musicale. Cependant elle n'avait pas cessé de ressentir de la douleur aux angles externes du front; et pendant qu'elle se livrait à ses inspirations musicales , elle eut comme une sensation de plénitude et d’inquiétude dans toutes les parties antérieures et coronales du front. Jugeant que tous ces phénomènes provenaient surtout d’une surexcitation des organes des tons, j’ordonnai une application locale d’eau froide et autres mesures propres à en apaiser l’action toujours croissante , et bientôt après elle revint à son état normal; depuis, ces symptômes extraordinaires n’ont plus reparu.

« Dans ce cas , les phénomènes qui se sont présentés ne sont pas de nature à faire supposer exagération ou déception de la

— ne —

part do la jeune femme, ou compérage de la mienne. Pendant 36 heures au moins avant la première nuit de rêves , et pendant au moins trois jours après l’inspiration irrésistible qui s’empara d’elle au réveil , elle se plaignit distinctement et continuellement d’une douleur dans le siège de l’organe des tons. Quand mon attention se porta pour la première fois sur l'existence de la douleur, j'imaginai qu'elle provenait d'une affection des membranes, qui recouvrent cette portion du cerveau, et je n'eus jamais la pensée quelle se terminerait par une inspiration musicale, ainsi qu'il arriva plus tard ; et, je l’avoue, quoiqu’elle m’eût parlé de rêves mélodieux , ma surprise égala presque celle de ses parents ( et grâces soient rendues à la phrénologie, si je ne fus pas effrayé comme eux ) , quand , en entrant chez elle, dans la matinée du jeudi 2o, j’entendis les sons de la guitare se mêlant aux sons pleins et harmonieux de sa voix aussi belle, aussi puissante qu’elle eût pu l’avoir dans toute la force d'une santé brillante. >

Notre système actuel d'éducation a malheureusement rendu général le tort d’essayer de rendre musicienne toute jeune personne , même alors qu'elle n’a pour la musique aucun goût naturel. Le Dr Neil Arnott parle avec conviction des conséquences déplorables du préjugé « qui condamne aujourd’hui plusieurs jeunes femmes, douées de tous les attraits et de tous les talents propres à en rehausser l’éclat, si l’on en excepte celui de comprendre des notes , à perdre des années d’un temps précieux en vains efforts pour l’acquérir ; et pourtant , quand elles ont atteint le degré de perfection auquel elles peuvent prétendre, elles sont tout au plus des machines exécutantes, aussi peu goûtées par les véritables juges, que ne le seraient les efforts d’un étranger, qui saurait à peine l'alphabet d'une langue pour réciter, en cette langue même , des morceaux de haute poésie. Quand l'âge ou le mariage leur en laisse la liberté , ces personnes abandonnent en général une occupation

qui leur déplaît; cependant le tyran, qu’on appelle la Mode, soumettra leurs filles à la même loi (î). »

L’organe des tons est développé chez Haydn et Macvicar ; il est petit chez Sloane et manque tout à fait chez Anne Ormerod. Celte enfant fut admise, à l’âge de douze ans, dans l’asile des aveuglesà Liverpool. Pendant deux ans, aucun moyen ne fut négligé pour développer chez elle la faculté musicale qu’elle aurait pu posséder; et « cela avec si peu de succès, que ses professeurs , MM. Platt et Handfort, hommes d’une persévérance à toute épreuve , et habitués à triompher du mauvais vouloir de leurs élèves , finirent cependant par se décourager (s). » Dans la tête d’Anne Ormerod l’organe des tons est indiqué sur le contour du côté gauche; et dansla tête de Handel l’orgaue est sur le contour du côté droit :

HANDEL. AUNE OBHEHOD.

Spurzheim dit que la tête et le crâne des oiseaux qui chantent , de ceux qui ne chantent pas , et de ceux qui ont plus ou moins de dispositions à chanter, présentent une différence remarquable au siège de cet organe. La tête des mâles, par exemple , et la tête des femelles de la même espèce d’oiseaux

(1) Elément! nf Physies, vol. I, p. 493.

(2) Phrennlngical Journal, vol. Il, p. 842.

chantants, se disti nguent aisément par leur développement. Le Dr Vimont sc prononce contre la comparaison que fait Gall entre les crânes des animaux de différentes espèces , quant à cet organe : « Un tel système, dit-il, est extrêmement vicieux; car il y a, dans le développement des organes, bien des degrés que Gall n’a pas étudiés , et qui doivent induire en erreur. Le résultat des recherches anatomiques, ajoute-t-il, est que la différence de l’organisation du cerveau et du crâne , entre les oiseaux qui chantent , et ceux qui ne chantent pas , n’est appréciable que par la comparaison d’oiseaux de la même espèce ou du même genre (i). >

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