‹ Traité de phrénologie. Tome 2Chapitre 2 sur 44 · DU TOUCHER · texte numérisé non relu

DU TOUCHER

Spurzheim a inféré, de plusieurs faits pathologiques, que les nerfs du mouvement sont distincts des nerfs du sentiment (s), et les expériences sont venues à l'appui de son opinion. Ce sujet a déjà été traité à tapage 85. Non-seulement toute la surface exlernedu corps, mais encore le canal intestinal éprouvent la sensation du toucher. C'est par elle que nous sentons la douleur, le plaisir, les variations de la température, la sécheresse et l'humidité. La volonté ne peut rappeler ces sensations, c’est pourquoi je les considère comme dépendantes des sens seuls.

On croit, en général, que ce sens nous donne l’impression, non-seulement du froid, du chaud , de la douleur, du plaisir , mais aussi de la résistance , si le corps se trouve en contact avec des objets extérieurs; ce doit être une erreur; car nous avons réellement en nous un sens tout à fait distinct du tçueher proprement dit, dont les nerfs ( mentionnés à la page 91 ), transmettent au cerveau le sentiment de l'état des muscles , ou,

(t) Caldwcll’s Eléments nf Phrenology , 2* édit. p. 2t.

(2) Voir les ouvrage» suivants de Spurzheim : Système physiognomonique, ISIS, page 23, Phrénologie , 1818, page 238, et /inatomic du cerveau , section 3, pages 37 et suiv.

si l’on veut, du degré de contraction ou de force qu’ils exercent. Thomas Brown soutient positivement l’existence d’un sens semblable.* Selon moi, dit-il, on doit attribuer la sensation d’une résistance non à l’organe du toucher, mais au système musculaire, lequel forme un organe distinct des sens. Les attributions de ce nouvel organe , surtout comme combinées avec d'autres sensations , et modifiant les idées que nous nous en sommes formées ( par exemple dans une vue de perspective ) , ne sont pas moins importantes que celles de nos autres organes sensitifs (t). » Il est digne de remarque, que ce passage fut écrit la ans avant la découverte des nerfs des sens, par sir Charles Bell. M. Simpson, dans un essai sur ce sujet, plein de recherches ingénieuses , publié dans le Phrenological Journal (a) , conGrme l’opinion de Brown par un grand nombre d’arguments et de faits. Un cas péremptoire est celui inséré dans ce journal (s), par un médecin d’Édimbourg. « Je fus consulté, dit-il, par le fils d’un riche propriétaire, sur une singulière affection paralytique. Ses bras avaient perdu la puissance de mouvement, niais ils conservaient une puissance de sensation très-vive; et, si l’une ou l’autre personne y appliquait la main, il disait aussitôt qui avait chaud, qui avait froid. (Cet état indiquait que les nerfs du toucher, distribués sous la peau, étaient intacts, tandis que les nerfs moteurs , qui transmettent la volonté aux muscles, étaient affectés. ) Trois semaines après, il avait récupéré le mouvement; mais il perdit alors si complètement le sentiment de l’état de ses muscles, que ses contractions musculaires ne sont plus en rapport avec les actes qu’il voudrait

(t) Lectures , vol. I , pag. 496.

(2) Vol. IX , p. 195. Voir aussi les autres articles insérés dans ce Journal , notamment celui sur le sentiment de l’équilibre, vol. IV, p. 266. Le vol. IX, p. 519, contient un article de sir George Mackensic sur l'Eiiai de M. Simpson , dont nous parlons dans ect ouvrage.

(3) Vol. IV, p. 318.

COUSE. — TRAITÉ PE rURÉSOLOOIE. T. II. 3

leur faire exécuter. ( Le nerf moteur a retrouvé ses facultés , mais le nerf du sentiment de résistance est paralysé. ) Veut-il saisir un objet, il étend la main sans comprendre la contradiction qu’il y a dans ce mouvement, et celui que se propose sa volonté. Il conserve une puissance absolue sur ses muscles quant à la contraction et au relâchement ; le sentiment de leur étal actuel lui manque. »

La faim, la soif semblent constituer un sens particulier, dont l’estomac, la bouche et les nerfs, qui les mettent en rapport avec le cerveau, sont les organes externes; et l’organe de l’alimcntivité est la portion cérébrale qui éprouve les sensations (î).

11 y aurait donc ainsi sept sens, au lieu de cinq.

LF. GOUT.

Ce sens n’a d’autre fonction que de donner la sensation du goût, et la volonté seule ne pourrait la reproduire. Nousavons la faculté déjuger les qualités des corps extérieurs, par l’impression qu’ils font sur nos sens; mais il est du domaine des facultés internes de former des idées d’après ces qaalités.

l’odorat.

C’est par l’odorat que le monde extérieur agit, de loin, sur l’homme et les animaux. Des molécules odorantes, en se dégageant des corps, les signalent aux êtres doués de l’odorat. Ce sens a pour fonction de provoquer des sensations agréables ou désagréables, selon que l’organe est affecté. Aucun effort

(1) Voir page 238 de cet ouvrage ; et un article de M. Robert Coi, sur l'Alimentivité, dans le Phrenological Journal , vol. X,

de la volonté ne peut les reproduire. On conçoit des idées diverses sur les qualités des corps extérieurs, selon l'impression qu'ils produisent sur ce sens ; mais ces idées sont du ressort des facultés internes de l’esprit.

l'ouïe.

Ce sens n’est pas encore actif chez l’enfant nouveau-né; il se perfectionne par degrés et à mesure que l’organe acquiert de la vigueur. C’est une idée reçue, qu’on doit au sens de l’ouïe, d’étre musicien et de parler avec facilité; mais cette opinion est erronée.

Nous l’avons déjà dit : l’appareil auditif, excité par une cause externe, ne donne que l’impression d’un bruit; il faut, de plus, la faculté des tons pour percevoir de la mélodie dans les sons. Sans la faculté des tons, point de perceptions semblables. De là vient que chez les oiseaux, quoique la femelle entende aussi bien que le mâle, cependant celui-ci a un chant bien supérieur, parce qu’il a l’organe des tons bien plus développé. Celte différence existe aussi chez les hommes; il en est qui entendent très-bien et qui, néanmoins, sont insensiblesàla mélodie.Donc, chez l’homme comme dans les animaux, la perfection de la perception de la mélodie n’est point nécessairement en rapport avec la perfection de l’ouïe. Si la perception de la mélodie ne dépendait que de l’appareil auditif, comment se ferait-il qu’il remplit toutes ses fonctions chez les uns , tandis qu’il ne les remplit qu’à moitié chez les autres. La nature est plus conséquente dans ses œuvres. L’ouïe ne donne pas les facultés musicales; car l’appareil auditif n’est excité que par des sons déjà produits; et le premier musicien a sans doute fait de la musique avant d’en avoir entendu. Il ne peut y avoir été poussé que par une faculté intellectuelle. Des oiseaux, qui ont été couvés par

uuc femelle d’une autre espèce, n’en ont pas moins le chant naturel à leur espèce, aussitôt que leur organisation interne est active. Prenez des oiseaux de toute espèce, élevez-Ies ensemble ; chacun conservera le chant qui lui est propre. Par la même loi, le musicien, qui a perdu l'ouïe , continue de composer. Il possède la faculté interne ; et , celte faculté étant indépendante de l'appareil auditif , il conçoit l'impression que doivent produire divers sons, longtemps après que son oreille a perdu la faculté de les entendre. De même, le sourd et muet a un sentiment inné de la mesure et delà cadence. Cependaat si l’ouïe ne donne pas les facultés musicales, on ne peut sans un appareil auditif, approprié aux impressions des tons, percevoir la mélodie, et jamais on ne peut la produire, si jamais ou n’a possédé cet appareil; car, dans ce cas, on ne peut juger de l’impression que les sons, qu’on arrangerait, pourraient fairesur ceux qui entendent.

Une autre opinion reçue, c'est que de l’ouïe seule ou de l’ouïe jointe à la voix dépend la faculté de la parole. Cette erreur se réfute d’elle-même , quand on considère ce qu’est le langage et ce qui le constitue. 11 y a deux espèces de langage: le langage naturel et le langage artificiel. Dans l’un et l'autre on se sert d’un signe particulier, pour faire comprendre aux autres une sensation ou une idée particulière. Les divers mouvements du corps, l’expression de la physionomie, indiquent rapidement les diverses émotions, les divers sentiments qu’ils servent à exprimer. Dans ce cas, l’expression de la physionomie, ou les mouvements du corps , est un signe naturel , destiné à éveiller en nous la perception d’une sensation. Pour le comprendre, l’homme n’a besoin ni d’instruction, ni d’expérience; et il est clair que sa puissance d'éveiller la perception ne dépend, dans ce cas, ni de l’ouïe, ni de la voix; car on n'a eu recours ni à l’un ni à l’autre de ces sens pour l'éveiller. L’effet de ce signe est un fait qui résulte de notre constitution, et qui

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nous vient du Créateur. Pour communiquer nos pensées, nous

nous servons aussi d’un grand nombre d'autres signes qui n’ont aucun rapport primitif avec les objets qu’ils désignent. Ainsi te mot table n’a aucun rapport nécessaire avec l’objet sur lequel j’écris en ce moment. Comment donc se fait-il que ce mot indique cet objet? Les facultés internes conçoivent d'abord l’objet; puis elles se demandent un signe par lequel elles puissent rappeler ou communiquer cette conception , et elles se servent des organes de la voix pour produire un son qui l’indique; et, comraeen l’articulant pour la première fois, on a soin de désigner du doigt l’objet en question, chaque fois qu’on articule le son on rappelle l’idée de l’objet qu'il suggère. Mais on ne doit pas conclure de là, que l’appareil auditif ou les organes de la voix ont conçu l'idée de la table; non : ce sont les facultés internes, seulement elles ont eu recours aux organes de la voix comme à des instruments destinés à produire ce signe. Pourquoi les singes ne parlent-ils pas? ce n'est pas qu'il leur manque le sens de l'ouïe ou les organes de la voix; c’est qu’ils n’ont pas cette faculté interne, qui crée des signes artificiels, pour indiquer les conceptions formées par l’esprit.

Disons donc que la fonction du sens de l’ouïe est seulement de produire des impressions qu'on appelle sons ; mais qu’il aide à un grand nombre de facultés internes.

Le nerf auditif a un rapport plus intime avec les organes des sentiments moraux, qu’avec les organes des facultés intellectuelles.

LA vue.

Ce sens, le dernier selon l’ordre dans lequel nous les avons classés , est le troisième qui signale à l’homme et aux animaux l’existence d’objets éloignés, au moyen d’un medium ; et dans ce cas le nxedium est la lumière.

C’est par le loucher ou l’habitude, ont dit plusieurs auteurs, que ce sens acquiert ses fonctions. Des métaphysiciens pensent que l’évéque Berkeley a découvert la véritable théorie de la vision, et le résultat de ses recherches est» qu’un aveugle-né, à qui l’on donnerait la vue, ne se ferait d’abord aucune idée des distances. Le soleil, les étoiles, les objets les plus éloignés lui paraîtraient exister dans ses yeux, ou plutôt dans sa pensée (t). > Reid et plusieurs autres philosophes se sont livrés à des recherches très-ingénieuses, pour démontrer qu’on acquiert la perception de la distance, de la forme et du mouvement. < La philosophie , dit James Mil), a reconnu que l'œil ne donne que la sensation des couleurs, et que l'idée de l’étendue, qui comprend le volume, la forme, la distance, ne vient pas de sensations dans l’œil, mais de sensations de notre système musculaire. Comment donc se fait-il que nous recevions par l’œil des impressions exactes de volume, de forme, de distance? Simplement par l’action des idées (s). » Ces déductions partent de ce principe, que la nature a peu fait pour l’homme, mais qu’il fait beaucoup pour lui-méme en se douant de la puissance perceptive. Mais la vision dépend de l’organisation de l’œil , et elle est forte ou faible selon que l’organisation est parfaite ou imparfaite. Quelques animaux ont cette organisation parfaite en naissant; ceux-là voient tout d'abord. Le papillon et la mouche à miel volent à leur premier essai; le perdreau et le poulet courent dans les champs de blé. Lorsque le moineau prend sa première volée, il ne va pas se frapper la tête contre un mur, ni prendre le tronc d'un arbre pour les branches; et, cependant avant sa première volée, il ne peut avoir aucune expérience des distances.

(1) Stewart’* Dissertation, p. 2, 100.

(2) Analysis of the Phenomma oflhe IJuman miml, vol. I, cbap. in, page 73.

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