GENRE III. — FACULTÉS RÉFLECTIVES
Les facultés intellectuelles que nous avons examinées nous donnent la connaissance des corps, de leurs qualités et de leurs rapports, et aussi la connaissance des événements. Celles dont nous allons nous occuper « agissent comme, le dit Spurzheim, sur toutes les autres sensations et sur les pensées; » en d’autres termes , elles jugent non des qualités et des rapports des objets externes , mais des rapports des différentes classes d’idées formées par les facultés perceptives. Elles dirigent et complètent toutes les autres facultés, et constituent ce qu’on appelle la raison ou la réflexion.
•Ï4-. — Comparaison.
Gall causait souvent de sujets philosophiques avec un savant qui avait une grande vivacité d’esprit. Toutes les fois que ce dernier était embarrassé pour démontrer ce qu’il avait avancé, il recourait à une comparaison. Par ce moyen, il peignait en quelque sorte ses idées et entraînait ses adversaires, ce à quoi il ne parvenait jamais par une argumentation pure et simple. Aussitôt que Gall eut compris que chez lui c'était un trait caractéristique, il examina sa tête et trouva une élévation de la forme d’une pyramide renversée sur la portion moyenne et supérieure de l’os frontal. Il a rencontré par la suite des exemples à l’appui de cette observation. Il nomme cette qualité « perspicacité , sagacité , esprit de comparaison. > On a donné , à la page 89 , des exemples de l’apparence de cet organe, quand il est développé, et quand il est petit.
Cette faculté perçoit des ressemblances et des analogies. Les tons peuvent comparer différentes notes entre elles, le
coloris constater la différence des nuances. Mais c’est la comparaison qui compare une nuance à une note, une forme à une couleur (t). « Cette faculté est surtout destinée, dit Spurzheim, à former des idées abstraites ou générales, et à établir l’harmonie dans les opérations des autres facultés. Le coloris compare les couleurs l'une à l'autre et sent leur harmonie; mais la comparaison adapte les couleurs aux objets qu’elles servent à représenter ; elle rejette les couleurs vives pour représenter un paysage sombre. Les lois de la musique sont particulières, et les tons comparent les notes; mais la comparaison fait la musique pour le lieu où elle doit être exécutée; elle repousse une musique dansante dans une église; elle s’oppose à ce qu’on porte de belles robes par un mauvais temps , à ce qu’on place un meuble élégant à côté d’un meuble commun; elle compare les sentiments inférieurs avec les sentiments supérieurs, et donne la préférence à ces derniers. Cependant son influence présuppose l'activité des autres facultés ; elle ne peut agir sur elles si elles sont inactives. Cela explique pourquoi quelques personnes ont du goût et du jugement dans certaines choses, et en manquent dans d’autres. Celui qui n’a pas la vénération ne comprend pas ce qu’on doit vénérer ; il méprise ce que d'autres respectent. Et celui qui a la vénération développée à un haut degré, ainsi que la comparaison , se laisse guider pour la vénération par ses autres facultés. >
Ainsi la comparaison embrasse toute la nature. < Elle compare, dit M. Scott , les choses les plus opposées, trouve des analogies, découvre les ressemblances les plus surprenantes , les plus imprévues ; elle compare, par exemple, une lueur vue de loin dans une nuit obscure à une bonne œuvre dans un monde corrompu; si nous voulions décrire plus minutieuse-
(t) Voir Gall sur les fondions du cerveau , VI , 406 ; Phren. Joum., IV , 322 ; VI , 384 ; et IX , 433 , 493. Voir aussi plus haut , p. 437.
ment ei plus exactement , continue-t-il , quelles sont les espèces de ressemblances que découvre cette faculté, on verrait que ce ne sont jamais des ressemblances directes, telles qu’en perçoivent les pouvoirs observateurs, mais des ressemblances relatives, ou pour parler plus clairement , des ressemblances non entre les objets mêmes , mais entre leurs rapports avec d’autres objets. Quelle ressemblance y a-t-il, par exemple, entre une bonne action et la lueur d’une chandelle? Aucune directement ; mais on sent que dans celte comparaison d’une lueur, qui parait d’autant plus brillante qu’une obscurité complète enveloppe l’horizon, à une bonne action qui contraste avec la perversité du monde, il y a ressemblance relative (i).» Elle trouve des analogies entre la matière et l’esprit, et les comparaisons cl analogies forment dans une langue tous les mots qui servent à exprimer les qualités de l’esprit; «la plupart n'étant que des métaphores dont le sens littéral désignait primitivement des qualités de la matière. > Aussi le langage d’une nation prouve-t-il le développement plus ou moins grand de cet organe chez le plus grand nombre d’individus. Quand elle possède cette faculté à un haut degré , son langage est plein de figures. Le Dr Murray Paterson dit que , le langage des Iodous abonde en figures , et que la comparaison , dans leur tête, est en général bien plus développée que la causalité (s).
C'est cette faculté qui a inventé les proverbes figurés.
Elle nous porte à faire des comparaisons bonnes ou mauvaises; car chacun puise ses analogies dans ce qu’il sait ou dans la sphère d’activité de ses autres facultés. Celui qui a la localité très-dévcloppée , puise ses comparaisons dans celte faculté, tandis que celui chez qui la forme domine, compare d'après les idées qu’il lui doit. Le Dr Cbalmers tire ses compa-
(t) Essai sur la faculté de comparaison; Phrcn. Jour n. , vol. IV, p. 322. (2) Transactions of the Phrcnologicat Society , p. 437.