‹ Traité de phrénologie. Tome 2Chapitre 22 sur 44 · Causalité · texte numérisé non relu

Causalité

On a observé pendant longtemps que les hommes d'une vaste et profonde intelligence comme Socrate , Bacon et Galilée, ont la partie supérieure du front largement développée. A Vienne, Gall remarqua que les disciples les plus zélés de Kant, hommes distingués par leur profondeur et leur pénétration en métaphysique, avaient la partie du cerveau précisément ù côté de l’organe de la comparaison, visiblement développée. Lui et Spurzbeim virent plus lard un moule de Kant lui-môme, pris après sa mort; et ils remarquèrent une projection extraordinaire à celte partie. Plus tard, ayant fait la connaissance de Fichtc, ils lui trouvèrent un développement de cet organe plus fort encore que celui de. Kant. D’innombrables observations établirent la fonction de cet organe. Gall le nomma esprit métaphysique, profondeur d'esprit; et Spurzbeim, causalité. Cet organe et la comparaison sont développés dans la tôle de Melancthon (t. I, p. 129) , dans le Tasse (t. I, p. 401 ), dans Chaucer et Locke ( 1. 1 , p. 419), et Michel-Ange ( p. 29 ) ; il est petit chez l’idiot (t. 1, p. 45), chez le naturel de la Nouvelle- Hollande (t. 1, p. 56), et dans la tôle de Griffiths.

Le Dr Thomas Brown dit : c Une cause , selon la déGnilion la plus large que la philosophie puisse admettre, est ce qui précède immédiatement un changement quelconque; et ce qui, dans des circonstances semblables, a toujours été et sera toujours suivi de changements semblables. On a d’abord observé des conséquences; et, en vériGant l’immutabilité des antécédents dans les conséquences passées et dans les conséquences futures supposées, on a établi ainsi les éléments, et les seuls éléments constitutifs d’une cause. » Telle est la déGnilion que donne l’individualité et l’éventualité de la fonction de la causalité; mais elle est incomplète. Quand nous traitons d'une faculté primitive de l’esprit, tout ce que nous pouvons faire, c’est de dire qu’elle reconnaît les objets qui l’excitent et de l’établir en lui donnant un nom. Nous ne pouvons, par une déGnilion , rendre une personne capable de la comprendre ou d’en éprouver les effets. La déGnilion du Dr Brown décrit avec assez d’exactitude les circonstances dans lesquelles est excitée la perception des causes; mais elle ne donne aucune idéede(la faculté mentale primitive, par laquelle la perception s'accomplit. Outre la conséquence immuable que perçoit l’éventualité, une idée du pouvoir ou de l’efficacité de l'antécédent qui produit la conséquence, doit naître dans l’esprit, quand il contemple les causes qui agissent dans la nature , et c'est cette idée qui semble être l'opération mentale liée à l’organe de la causalité.

On dit que c’est seulement par l’expérience, ou en observant l’immutabilité des conséquences, que nous découvrons la liaison de la cause avec l'effet, et cela est vrai; mais en cela la causalité nediffère pasdes autres facultés. Le calorique, comme existant dans la nature, constitue une chose; et la sensation de chaleur qu'il produit dans le corps humain en constitue une autre. Avant que l'esprit puisse éprouver la sensation, les nerfs ont dû sentir la chaleur. Mais même alors que la sensation a été éprouvée, l’esprit ne sait encore rien de ce qu'est le calo-

rique en lui-même , et ce qui lui a donné une qualité propre à exciter cette sensation. Tout ce que découvre l’esprit , c’est que le calorique, quel qu’il soit, existe, qu’il peut produire certains effets sur la matière, et exciter dans un corps vivant cette sensation particulière que l’on nomme chaleur. II en est de môme pour la causalité. Il faut qu’une cause se manifeste en produisant un effet, avant que l'esprit comprenne son existence. L’application du calorique sur les nerfs produit une sensation de chaleur; et cet effet excite, dans la causalité, l'idée d’une cause. Supposons qu’on voie un arc tendu; jamais, avant de l'avoir vu, on ne comprendra qu’un arc, en se détendant, lance au loin une flèche; et cela doit être; car un arc tendu n’excite que les facultés de la forme, de l’étendue, du coloris et de l’individualité. C'est un objet simple, inanimé; s'il se détend et lance une flèche il devient un objet dont l’éventualité perçoit le mouvement; mais en môme temps que ce mouvement excite l’éventualité, il excite aussi la causalité à rechercher la cause du mouvement de cette flèche. Le sauvage le plus iguorant bande son arc, sûr de l’effet de celte action. C’est ce qu’un singe ne ferait jamais; car s’il a des bras et des mains avec lesquels il peut, comme l’homme, bander un arc, il n’a pas comme lui l'organe de la causalité; et il contemplerait toute sa vie une succession de phénomènes, qu’ils n’éveilleraient jamais en lui l’idée d'une cause efficace (i).

L’individualité et l'éventualité prennent connaissance des

(!) Le# castor# et d’autre* animaux paraissent au prem'er abord avoir l'organe de la causalité il quelque degré. Les castors adaptent avec une étonnante sagacité la résistance des digues qu’ils construisent à la pression de l’eau; pour les élever, ils coupent des arbres et les font tomber dans l'eau; bien plus ils savent choisir, ceux que le courant doit entraîner après leur chute , là où il convient pour leurs constructions. Il semble y avoir dans ces opérations la perception d’une cause et d’un effet; et cependant le castor ne peut appliquer celle perception à autre chose. Je suis donc pot té à en donner une explication différente. Il est probable que chaque faculté

choses qui tombent sous nos sens. La causalité fait plus : elle perçoit les agents des phénomènes et nous inspire l'idée de la cause, impliquant l’efficacité, c'est-à-dire, quelque chose de plus que la simple juxtaposition ou conséquence. Elle grave en nous la conviction que tous les phénomènes, ou changements de la nature, sont provoqués par quelque chose, et nous conduit ainsi peu à peu à la cause primitive de tout ce qui est. C'est par elle que nous découvrons les motifs ou causes déterminantes des actions de l'homme. L’individualité et l’éventualité appréhendent les faits et les événements, ou prennent connaissance de leur évidence directe ; la causalité juge de ces faits et de ces événements par des déductions, et apprécie

est adaptée aux fonctions qu’elle doit remplir; l’organe des tons est fait nonseuleuicnt pour que scs sensations s’accordent avec les lois de l'harmonie; mais aussi pour obéir h ces lois quand il produit de la musique; il cherche la mélodie, et il ne peut l'obtenir qu’en observant les lois de l'harmonie. Il essaye donc jusqu’à ce qu’il réussisse à produire des sons qui lui paraissent agréables, et c’est précisément parce que sa constitution s’accorde avec les lois de l’harmonie, qu’il finit par y obéir instinctivement sans les connaître. De même il est probable que les organes de la construclivité et de la pesanteur sont, chez le castor, adaptés aux lois du mouvement et de la gravitation, et qu’il obéit à ces lois sans les connaître. Ceci expliquerait pourquoi la capacité de cet animal, renfermée dans de certaines limites, est parfaite. La construclivité et la pesanteur sont adaptées aux mêmes lois chez l'homme ; mais la causalité lui fait voir, dans les capacités naturelles, des agents généraux et l’aide à en faire une application générale. Ainsi un castor, un éléphant, un sauvage, pourront, par le seul instinct de la pesanteur, faire rouler ou élever sur un plan incliné un corps pesant qu’ils ne pourraient soulever, et ignorer néanmoins toutes les causes qui les font réussir à le monter de cette manière; mais le philosophe qui aura la causalité étendue, reconnaîtra l’existence des causes , déterminera les lois de celte opération et les adaptera ensuite à divers desseins. On expliquerait pourquoi quelques philosophes qui n'ont la causalité que modérément développée , excellent souvent dans certaines branches de la science, comme Newton, par exemple, dans les mathématiques et la dynamique , tandis qu’un homme qui n'a pas l’organe de la causalité très-développé ne se distingue jamais par sa capacité à appliquer les causes en général. Quelques philosophes pensent que les animaux ont la causalité à un faible degré. Les castors modifient leurs con-

la preuve résultant des circonstances. Dans un procès criminel un juré, ayant l'individualité et l’éventualité très-développées et la causalité petite , aura beaucoup de peine à former sa conviction d’après les preuves résultant des circonstances. Au contraire, celui qui aura la causalité très-dévcloppéc, trouvera cette preuve irrésistible. C’est la causalité qui nous fait demander, en mainte occasion: Pourquoi? Cette faculté donne une grande pénétration et la perception de la conséquence logique d’un argument. Elle est très-développée chez les personnes qui se distinguent dans la métaphysique, l’économie politique et autres sciences où l’on recherche les causes. Quand elle est beaucoup plus développée que l’individualité, l’éven-

sl Diction* selon les lieux , et j’ai vu un singe s’enfuir avec terreur à la vue d’un fusil , et indiquer par la qu’il le reconnaissait pour une machine destructive. Cela peut résulter de l’organe de la causalité, au faillie degré qui donne la perception des causes, mais qui est bien loin de produire l’application des causes !i divers objets; et s’il en est ainsi, nous donnons dans notre texte une acception trop large au défaut de causalité chez les animaux. Le D’ Vimonl dit : « Je suis porté à croire que la causalité existe chez certains animaux , comme chez l’éléphant, l’orang-outang et le chien , mais il un degré si faible qu’ils ne peuvent , sous ce rapport, être comparés à l'homme. Je crois que c’est surtout l’étendue de cette faculté chez l’homme qui établit l’énorme différence qui existe entre lui et la brute. « Le D' Klliotgori dit : • Chaque jour je vois la preuve de quelque chose dans les animaux qui mérite d’étre qualifié de jugement ou de raison. Je renvoie les incrédules à l’anecdote du D' Darvin , que voici, t Une guêpe avait attrapé sur le sable une mouche presque aussi grosse qu’elle. M’étant mis a genoux pour l’observer, je la vis séparer la tête du corps auquel les ailes étaient attachées. Elle prit alors le corps dans ses pattes et s’éleva à deux pieds environ de la terre; mais le vent, en agitant les ailes de la mouche, la fit tournoyer dans l’air, et elle redescendit sur le sable avec sa proie. Je la vis alors distinctement détacher une aile, puis l’autre, et s’enfuir avec sa proie en défiant le vent. » Zoonomic : Instinct. Les oeuvres des deux Huber sur les mœurs des fourmis indigènes, sont remplies de faits très-intéressants qui prouvent le raisonnement de ces insectes. Voyez aussi l’article de M'Smellie, dans les Transactions o[ royal Society of Edinburgh, vol. I, p. 89. i — Le Blumcnbach d’Elliolson , i" édit., p. 543; cl encore le Phrenologieal Journal, vol. VIII , p. 73.

tualité et la comparaison, elle donne du penchant à de vagues théories impossibles en pratique ; anssi ceux chez qui cette faculté domine ne sont pas destinés à briller dans le monde. Leurs pensées sont trop abstraites pour être comprises par le vulgaire. Ils le sentent et gardent le silence. Aussi sont-ils réputés ennuyeux, lourds et même stupides.

L'individu chez qui cet organe est très-déprimé, a l’intelligence superficielle; il est incapable d’avoir de la suite dans les idées et de se faire comprendre, soit dans les sciencesabstraites, soit dans les affaires ; il ne perçoit dans les événements que la coincidence et non la cause; mais il est souvent très-propre à occuper une position subalterne et à exécuter des projets conçus par une intelligence plus profonde; mais arrive-t-il aux chambres législatives ou au timon des affaires, il lui est difficile de se pénétrer des causes et d’en faire la base de sa conduite. Ne comprenant ni les causes ni leurs conséquences éloignées, il stigmatise comme visionnaires toutes les perceptions intellectuelles auxquelles son esprit ne peut atteindre; il rejette un principe comme une vaine théorie; il se complaît dans les expédients et en fait le beau idéal de la sagesse pratique.

Spurzheim fait remarquer que « l’individualité nous fait connaître les objets, l’éventualité les événements. La comparaison indique leur identité, leurs analogies, leurs différences, et découvre leur harmonie; enfin la causalité cherche la cause de tout. Et toutes ces facultés réunies, indiquant les lois et les principes généraux, les déductions et les corollaires constituent la véritable intelligence philosophique. »

Il est intéressant de suivre celle faculté, quelle soit forte ou faible, à mesure qu’elle se découvre dans les événements de la vie. J’allais, il y a quelque temps, voir avec deux personnes de grands travaux publics : l'une avait l'individualité développée et la causalité petite. C'était l’inverse chez l’autre. La

première , en suivant la marche des travaux , adressait questions sur questions aux ouvriers, et tout ce quelle apprit fut le nom d'une quantité d'objets. Ses réflexions ne lui suggérèrent rien , elle ne parut pas un instant considérer les travaux daus leur ensemble. L’autre regarda longtemps avant de questionner, puis demanda : A quoi cela sert-il? La réponse à cette question éveillant dans son esprit une foule d'idées différentes, elle continua son examen, et quand elle fut arrivée à une autre* partie de l’appareil qu'elle ne comprenait pas , elle questionna de nouveau. Lorsqu’elle eut fini, elle revint sur ses pas, et de l’air le plus satisfait du monde, se mit à contempler en silence toutes les opérations dans leur ensemble. Je l'ai entendue ensuite décrire ce quelle avait vu; et j’ai acquis la conviction qu’elle se rendait compte de tout. Il est probable qu’un observateur superficiel eût supposé de l'intelligence et de la pénétration à la personne qui demandait le nom de tout, et eut considéré celui qui s’était borné à deux ou trois questions comme un homme ennuyeux , lourd et qui ne savait rien dire.

Plusieurs individus étaient sur un bateau ; on en pria un de se mettre au gouvernail , au moment où il s’y attendait le moins; il le fit, hésita un moment (jour se rendre compte de ce qu’il devait faire, et le dirigea comme il le fallait. Quelqu’un lui ayant demandé pourquoi il avait hésité, il répondit : « Je ne savais pas gouverner, et il me fallait bien réfléchir au mécanisme du gouvernail; » et comme on le priait d’expliquer comment il s'en était rendu compte, il répliqua qu'il connaissait par l'étude la théorie de l’action d’un gouvernail , qu’il s’émit figuré l’action de l'eau sur le gouvernail , puis du gouvernail sur le bateau , et qu’il était ainsi arrivé à pouvoir diriger le bateau. Il avait la causalité pleine et l’individualité faible. S'il avait eu l'individualité et l’éventualité développées, et la causalité faible, il aurait essayé l’action du gouvernail pour arriver à savoir comment on dirige un bateau. Il l'aurait tourné à

droite, puis à' gauche , observé les résultats de ces mouvements, et agi en conséquence; et il aurait pu tenir le gouvernail toute sa vie sans y rien comprendre.

Une question s'éleva dans une soirée sur la durée du clair de lune, à l’époque de la moisson. Un des individus présents avait l'individualité et l’éventualité proéminentes; la causalité était l’organe intellectuel dominant chez un autre. Aussitôt le premier répondit que la durée du clair de lune, à celte saison , devait être attribuée à ce qu’elle remontait sur l’horizon vers le tropique du Cancer et en opposition avec le soleil. Le dernier réfléchit un peu, et dit : « Oui , monsieur, vous avez raison. > Ayant observé qu'ils étaient arrivés au môme résultat par des raisonnements différents, je leur demandai d’expliquer comment ils savaient cela. « Oh ! dit le premier, je me rappelle que le professeur Playfair l’a expliqué ainsi dans ses leçons. » Le second reprit :< J’avais oublié qu’il l’eût dit; mais je me rappelais le principe posé par le professeur Playfair; et un moment de réflexion m’a fait arriver à la môme conclusion que Monsieur. » « Je ne suis pas sur, dit le premier, de me rappeler le principe; mais je me souviens très-bien des paroles du professeur Playfair sur ce sujet. » C’est là un exemple frappant du mode d’action de ces diverses facultés. L’individualité ne connaît que les faits; l’éventualité les événements ; la causalité seule remonte aux causes.

Les ressources que fournit la causalité sont inépuisables. Placez un individu chez qui cette faculté est faible dans une position nouvelle, il sera malheureux et désorienté. Placez-en un autre qui aura cette faculté très-développée dans les mômes circonstances, et il montrera sa supériorité par une foule d'inventions. Un ouvrier qui a la causalité faible est perdu si ses outils lui manquent, ou si l'on change ses occupations habituelles. Un autre, ayant cette faculté puissante, supplée à tout. Qu'une personne qui manque de causalité ait la direction d'un

établissement, qui lui impose une foule d’obligations s’enchaînant mutuellement dans un ordre qui ne peut être interverti, elle en négligera la majeure partie; sans doute elle s'excusera sur son défaut de mémoire; mais ce sera son défaut de compréhension et de suite dans les idées qui sera la cause réelle de sa négligence.

Un auteur qui a la causalité petite peut briller dans scs narrations s'il a l’individualité, l'éventualité et le langage bien développés ; mais il devient faible et confus dès qu’il essaye d'argumenter. Un lecteur, doué de beaucoup de causalité , trouve qu’il manque de profondeur et ne parle pas à l’esprit. Un lecteur, ayant la causalité faible, parcourt-il au contraire l’ouvrage d’un auteur chez qui cet organe domine, comme les Essais de Locke ou les Leçons de Brown , il le trouve lourd , abstrait, sec, assommant.

Parmi les métaphysiciens. Hume, Adam Smith et Thomas Brown déploient une grande causalité. Le Dr Reid n’en montre pas autant, et le Dr Stewart encore moins. Cet organe est décidément développé dans les portraits des trois premiers comme aussi dans ceux de Bacon, de Franklin et de Playfair, et dans les moules de Haydon, Burke, Brunei, Wordsworth et Wilkie. Il est modérément développé chez Pitt, et chez sir J.-E. Smith. Il est très-déprimé dans les crânes des Caraïbes et des naturels de la Nouvelle-Hollande. Un auteur anonyme fait observer que « quoi qu’on ait dit sur les sciences morales et politiques en France, on remarque que tous les auteurs n’ont approfondi ni la nature ni le cœur humain (i). » Sans vouloir garantir l'exactitude de cette observation, il est certain que chez les Français l’organe de la causalité n’est pas très-développé; il s’en faut.

« Il est remarquable , dit Spurzheitn, que les auciens artistes

(I ) Revue d'Edimbourg, nov. 1820, p. 380.

ont représenté leurs philosophes avec un large front, et le Jupiter Capitolin avec la partie moyenne du front plus proéminente quelle n'est jamais dans la nature. Us semblent avoir observé que le développement du front a du rapport avec une grande intelligence. Il est de plus remarquable que ce grand développement du front ne comprend pas sa portion supérieure. L’esprit de saillie auquel les phrénologues d’Édimbourg attribuent la perception des différences , est petit dans les bustes de Déinosthène, de Cicéron et d’autres grands hommes. Il est étonnamment petit dans la tâte de Jupiter. En cela les observations des artistes de l'antiquité coïncident avec les miennes , et tendent à prouver que l’esprit n’est pas nécessaire à une intelligence philosophique (t). > Le buste de Socrate (dont la Société phrénologique possède une copie) présente un très-grand développement des organes réflectifs. Ou c’est son portrait exact, et dans ce cas il présente une coïncidence intéressante entre son caractère et le développement de ses organes; ou c'est un portrait imaginaire; et, dans ce cas, il prouve que l’artiste de l’antiquité avait compris qu’il fallait à l'esprit de Socrate un pareil contenant.

Comme on l’a déjà dit, quand la causalité est déprimée, on a beaucoup de peine à percevoir les causes; et l’on ne voit dans deux événements, qui dérivent l'un de l'autre, qu’une coïncidence. Cette remarque se vérifie souvent dans les discussions relatives à la phrénologie. Quand plusieurs preuves frappantes de coïncidence entre certaines formes de la tête et certaines facultés de l’esprit se présentent à un observateur qui a la causalité développée, le rapport entre l’organe et la faculté lui parait incontestable. Que les mêmes faits soient présentés à une personne qui manque de causalité, elle sourit d'étonnement, et s’écrie ironiquement : t Voilà une singulière'

(1) Phràwlogie, dernière édiUoa , Boston, 4834, p. 336.

coïncidence ! » C'est que son esprit n’a pas été frappé du rapport existant entre les phénomènes. Elle ne sent aucun désir de suivre les idées jusque dans leurs conséquences; c’est de cette classe d’esprits, toujours prêts à s’arrêter à la surface de toutes choses , que le public a entendu les premiers rapports sur la phrénologie; et c’est à eux qu’on doit attribuer les idées erronées qui ont longtemps entravé ses progrès.

Cette faculté constitue une partie du jugement des métaphysiciens. De même qu’il y a des individus qui ont l’organe des tons si faible qu’ils sont incapables de percevoir la mélodie , de même il en est qui ont la causalité si défectueuse qu’ils ne perçoivent que les causes les plus palpables. Si de telles personnes ne comprennent pas qu’elles sont privées de cette (acuité, elles deviennent d’insupportables dogmatiseurs; car elles tiennent aux idées dont on les a nourries , et sont incapables de raisonner par elles-mêmes. Il en est quelques-unes qui ont l’organe assez développé pour comprendre une cause alors qu’elle est clairement établie, mais qui sont cependant incapables de reproduire la série d’arguments qui les a convaincues. Ces personnes ont souvent des opinions fort saines sur des sujets abstraits, sans pouvoir jamais les expliquer.

La causalité est aussi, jusqu'à un certain point, la source des idées abstraites : à savoir celles des rapports entre les causes et leurs effets. Unie à la comparaison , elle correspond à la suggestion relative de Thomas Brown, « tendance de l’esprit, comme il l'explique, par laquelle, en percevant ou concevant plusieurs objets réunis, nousrecevons à l’instant l’impression du rapport mutuel de ces objets (t). » En n’admettant plus la perception, la conception, etc., comme facultés distinctes de l’esprit, et en divisant l'intellect en deux facultés de simple suggestion et de suggestion relative, le Dr Brown s’est rapproché des

(i) Lecturn, vol. III, p. 14.

résultats des découvertes phrénologiques, et de l'analyse correcte de la constitution actuelle de l'intellect humain. Il était impossible d’indiquer, au moyen des expressions surannées conception , etc., les traits caractéristiques d'un esprit qui ne comprend les faits que dans l’ordre dans lequel on les lui a présentés, et d’un autre esprit qui fait jaillir une multitude d’idées nouvelles de chaque objet qu’il contemple, et cherche instinctivement à savoir la cause et le résultat de tous les phénomènes. La simple suggestion du Dr Brown dénote le premier, et sa suggestion relative dénote le second. Dans la phrénologie , les facultés perceptives correspondent à peu près à la simple suggestion, cl les facultés réflcctives à la suggestion relative.

Occupons-nous à présent de quelques points qui ont provoqué de vives discussions parmi les philosophes de la vieille école. Il a été établi que l'individualité prend connaissance des objets qui existent; qu'un arbre, un navire, une montagne se présente à l’esprit , il s’en forme l’idée ou la conception ; et la conception est suivie d’une foi intuitive dans leur existence. L’évéque Berkeley objecte que cette foi dans leur existence est contraire à la philosophie, parce que , dit-il , la conception ou l’idée est une simple affection de l’esprit, et qu’on ne peut expliquer paraucun principcouaucun raisonnement, pourquoi l'on doit avoir foi en l’existence d’un objet extérieur, simplement parce que nous éprouvons une affection de l’esprit; une odeur, par exemple, n’est qu'une certaine impression sur l’esprit, communiquée par les nerfs olfactifs ; mais on ne peut percevoir de liaison nécessaire entre cette impression et la foi en l'existence d’une rose. L’esprit peut subir l’impression appelée odeur, tout comme il éprouve l’émotion appelée joie; et un objet matériel n’est pas toujours nécessaire pour la perception de ces impressions. De là, le Dr Berkeley en vient à conclure qu’il n’y a de preuves philosophiques que pour les impressions mentales, et qu’il n’en est pas pour l’existence du monde matériel.

Ilume a été plus loin , et a soutenu que comme nous n’avons que la conscience des idées, et que l’existence des idées n’implique pas nécessairement l’existence de l’esprit, nous n'avons la preuve philosophique que de l’existence des idées, et non pas celle de la matière ou de l’esprit. En réponse aux objections de Berkeley, le DrReid fait observer que la foi dans les objets externes étant la conséquence de ce qu'on les voit, est intuitive, et, par conséquent, n'a pas besoin d’arguments pour la soutenir.

La phrénologie nous permet de renvoyer ces différentes théories à leurs sources dans les différentes facultés. L’individualité ( aidée des autres facultés perceptives ) , en vertu de sa constitution, perçoit les objets externes, et son action est accompagnée d’une foi intuitive dans leur existence. Mais Berkeley s’est servi de la causalité, afin de savoir pourquoi celte perception est suivie de la foi, et parce que la causalité n’a pu répondre à ce pourquoi, et n'a pu voir de liaison nécessaire entre l’impression mentale, appelée perception, et l’existence de la nature externe , il a nié que la nature existe. Voici la traduction en langage philosophique de la réponse du DrReid : La connaissance du monde extérieur appartient à l'individualité. Cet organe a reçu sa constitution et ses fonctions; et l’on ne peut raisonnablement demander à la causalité de les expliquer. En vertu de sa constitution , elle perçoit l’existence des objets externes , et la foi en cette existence est la conséquence de cette perception ; et si la causalité ne s’explique pas comment cela a lieu , ce n'est pas que les indications de l’individualité soient trompeuses; c’est que la causalité a des limites.

Une autre classe de philosophes , tombant dans une erreur semblable , a nié les causes. Quand l’éventualité s’exerce sur des circonstances, réunies par des rapports de causes et d’effets, elle n’y voit que des événements qui se suivent par une conséquence immédiate et invariable. Par exemple, qu’en tirant

COMBE. — TRAITÉ DE FHRÉÎtOLOCIE. T. U. Î2

le canon, on abatte un mur, l'individualité et quelques autres facultés perceptives n'observent que l'existence delà poudre; l’éventualité perçoit le feu qui y est mis, l’explosion et la chute du bâtiment , comme événements qui se suivent; mais elle ne se forme pas une idée de la propriété qu’a la poudre de brûler, quand on y a mis le feu. Que la causalité, au contraire, s’unisse à l’éventualité pour contempler ces phénomènes, et l'impression du pouvoir ou de efficacité de la poudre, quand elle fait explosion, naît spontanément dans l’esprit, et la causalité produit la foi intuitive en cette efficacité, précisément parce qu’il est dans sa constitution de la produire; il serait aussi absurde que l’éventualité niât l’existence de ce pouvoir qui fait naître cette impression , parce qu'il n'y a que la causalité qui la perçoive, qu’il serait absurde que la causalité niât l’existence du monde externe , parce que les seules facultés du savoir le perçoivent

Il découle de ces doctrines un point très-important dans la pratique.

Quelques hommes nient l’existence de Dieu , et d’autres soutiennent avec force qu’il suffit, pour la démontrer, d’exercer sa raison dans de justes limites. Les premiers, qui nient Dien, disent que tout ce que nous percevons dans la nature est matière existante, et une succession de phénomènes; que nous ne pouvons nous former aucune idée de l'efficacité ou du pouvoir de la matière, et que, par conséquent, tout ce que ta philosophie peut enseigner, c’est que la matière existe, et quelle subit certains changements. Telle est la conclusion naturelle, à laquelle doivent arriver les hommes qui ont l'individualité et l'éventualité développées et la causalité petite; aussi , les athées, en général , ont l’organe de la causalité trèsfaible ; et tous leurs arguments décèlent celle faiblesse. D’un autre côté, un esprit qui a la causalité puissante, en interrogeant les phénomènes de la nature, sent s’élever en lui, par le simple

exercice de cette faculté, la conviction irrésistible et intuitive qu'ils oui une cause. Il perçoit une intention bienveillante dans l'ordre du inonde physique et moral, et en conclut instinctivement que la bénignité et l'intelligence sont les attributs de la cause de ces phénomènes. La phrénologie explique ainsi pourquoi tous les esprits supérieurs croient en Dieu. Socrate, Platon, et les philosophes de i’antiqoité sont représentés comme ayant l’organe de la causalité très-développé, et tous reconnaissaient un Dieu. Voltaire avait la causalité trop fortement développée pour douter de l'existence de Dieu, et Franklin continua d’adorer un Être suprême, après avoir renoncé au christianisme.

A ceux qui, pour le seul plaisir d’argumenter peut-être, veulent nier l’existence de Dieu, j’ai adressé ce qui suit sans recevoir de réponse satisfaisante : Un arbre existe, avec des racines; la terre existe; il y a union intime entre l’un et l'autre. Cette union intime n’est une qualité ni de l’arbre ni de la terre; elle n’a pas d’existence physique ; mais l’esprit l’appréhende clairement; le but en est évident; un esprit intelligent doit y avoir présidé; et nous appelons œt esprit Dieu. C’est la causalité qui perçoit cette union intime-

Un autre argument des athées trouve sa réponse dans les principes que nous venons d’exposer ; ils objectent que nous n’avons aucune preuve que Dieu existe par Ivi-métne; et ils affirment que nous ignorons si celui qui a créé le monde ne reconnaît pas lui-même un supérieur, s’il n’a pas lui-inême été créé. Voici comment ils formulent cette objection : ■ Vous qui croyez en Dieu , vous trouvez dans ses ouvrages la preuve de son existence , vous basant sur ce principe que tout effet doit avoir une cause; mais, disent-ils, cet être est lui-même un effet. Vous n’avez pas de preuve qu’il existe par lui-méme, ou qu’il se soit créé lui-méme; et puisqu'il existe , vous devez chercher la cause de son existence , d'après le même principe qui vous le

fait regarder comme la cause de la création matérielle. Les athées nient ainsi Dieu tout entier; ils n'en font qu’une cause première, dont nous faisons un Dieu, et dont la cause nous est inconnue.

On peut répondre ainsi à cette théorie : les facultés du savoir perçoivent directement T existence, et la causalité suppose des qualités d'après celles qui se manifestent. Pour approfondir un objet, il faut l’emploi de toutes ces facultés. Voyons-nous une montre, par exemple, les facultés du savoir perçoivent la spirale, le marteau, les roues; et la causalité en comprend l’objet ou le but. Qu’on nous demande qui a fait la montre ; d'après la nature des matériaux, tels que les ont perçus les facultés du savoir, la causalité conclut qu’elle n'a pu se faire elie-méme, et parce qu’elle découvre de l’intelligence et un dessein dans la disposition de scs parties , cette faculté conclut que la cause doit être intelligente aussi , et en attribue la fabrication à un mécanicien intelligent. Supposons qu'on fasse cette autre question : < Le mécanicien lui-môme est une existence ; toute existence doit avoir une cause ; qui donc a fait le fabricant de la montre? » Dans ce cas , si la causalité ne peut s'éclairer que par l'examen de la montre môme , elle répondra quelle n’en sait rien. Mais qu’on soumette le mécanicien ou l'homme à l’observation des facultés du savoir et de la causalité réunies, et qu'on demande qui a fait l'homme; les facultés du savoir, en examinant la conformation de son corps, offriront à la causalité une donnée d’où elle pourra conclure , sans crainte de se tromper , que, quoiqu’elle perçoive en lui assez d’intelligence et de pouvoir pour avoir fait la montre, cependant , d’après la nature de sa constitution , elle percevra qu’il n’a pu se faire lui-même. Avançant dans ses investigations, la causalité, toujours aidée des facultés du savoir, percevra dans le corps de l’homme des indices frappants d’uu pouvoir et d’une intention bienveillante ; et, en le con-

tcmplant , elle arrivera à la conviction intime que le fabricant de la montre n’a pu être fait que par un être grand, puissant et intelligent. Si cependant on veut lui demander encore d'où vient cet être puissant et intelligent , la causalité ne peut répondre, parce qu'elle se trouve dans une situation analogue à celle où on la mettrait, si, en lui montrant la montre seulement, on lui demandait qui a fait le fabricant. Les facultés perceptives ne peuvent observer la substance de celui qui a fait le corps humain. La causalité comprend seule son existence; et tout ce qu’elle a pu faire a été de supposer ses qualités ou ses attributs d'après ceux qu'il a manifestés. Nous avons établi cet argument dans les termes les plus simples, et nous sommes arrivés à cette conclusion que celte faculté est réduite nu silence, quant à la cause du créateur de l'homme. Elle ne peut dire s’il existe par lui-même, ou par un autre pouvoir encore plus élevé. Mais elle peut affirmer , sans hésiter, qu'il doit exister et qu’il possède les attributs qu'elle a perçus dans ses œuvres; et cela étant, elle dit qu'il est Dieu pour nous, qu'il est notre Créateur et notre Sauveur; que ses qualités, autant qu’elle peut en juger, méritent notre plus profond respect, notre plus profonde admiration ; et que, par conséquent, il est l'objet qui mérite le plus la vénération et le culte de l'homme.

On a objecté que, quoique la causalité ait découvert que Dieu a existé, elle n’a plus la preuve de son existence actuelle.

Il me semble qu’on peut répondre à cela que les manifestations * de son pouvoir, de sa sagesse et de sa bonté se représentent sans cesse à la causalité, et quelle n’a aucune donnée pour conclure que la cause a cessé, quand les effets sont là pour constater son existence.

Cet organe est prouvé.

Rapport du monde extérieur avec les facultés intellectuelles de l'homme.

L’esprit de l’homme et le monde extérieur, émanés du môme créateur, doivent , quand on les comprend bien, paraître faits l’un pour l'autre ; et l'on ne peut douter qu'il n'en soit ainsi. Que le lecteur porte son attention sur n’importe quel objet naturel ou artificiel, et envisage : 1“ son existence; 2® sa forme; 3® son étendue ; 4® sa pesanteur ; 3® sa localité ou rapport dans l’espace avec d'autres objets; 6® le nombre de ses parties; 7“ l'ordre ou ('arrangement physique de ses parties; 8® les changements qu’il subit; 9“ le temps qu’exigent ces changements; 10® les analogies et les différences entre l’objet individuel dont il s'agit et d'autres individus; 11° les effets qu'il produit; et enfin, s'il veut donner un nom à cet assemblage d'idées, il verra qu’il s'est fait de l'objet une idée assez complète.

On devrait suivre oet ordre dans l'enseignement des sciences. La botanique et la minéralogie sont ennuyeuses et sans intérêt pour un grand nombre de personnes qui ont cependant ce qu’il faut pour les étudier. Maison leur représente à tort que des noms et des classifications sont le seul but qu’elles doivent se proposer. Uoe meilleure méthode serait de faire en sorte que l’élève apprit à connaître ses propres facultés mentales; et de lui prouver, pardes expériences, que ses facultés ont un rapport défini avec les objets extérieurs, et de l’amener ainsi à trouver un plaisir positif à les contempler. On devrait alors diriger son attention sur l’existence d’un objet, comme intéressant l’individualité; sur sa forme, comme intéressant la faculté de la forme; sur sa couleur, comme plaisant à la faculté du coloris, et ainsi de suite sur ses autres qualités; tandis qu’on devrait enseigner en dernier lieu le nom, l’ordre, le genre , l’espèce, comme dé-

signant simplement les qualités et les rapports des objets qu’il connaît déjà. La pratique, dans ce mode d'intuition, trouverait des avantages. L’esprit peu exercé , qui regardait avec indifférence toutes les formes qui n’étaient ni extrêmement laides, ni extrêmement belles, éprouverait bientôt du plaisir à discerner les degrés les plus minutieux d'élégance et d’expression. On produirait le même effet en suivant un plan analogue d’instruction , quant aux autres facultés. Plus les organes seront développés, plus on éprouvera de plaisir dans l’étude. Mais même avec un développement modéré on en éprouvera beaucoup ; et il n’est pas nécessaire de recourir aux écoles ou aux collèges pour cette espèce d’exercice de l’intellect. Des objets, dus à la nature et à l'art, nous environnent de toutes parts pour stimuler nos facultés ; et si le lecteur , en se promenant soit à la campagne, soit à la ville , veut appliquer ses facultés diverses de la manière que nous venons d’indiquer, il trouvera à sa portée des sources innombrables de plaisir , quand bien même il ne comprendrait rien ni aux noms scientifiques, ni aux classifications.

Modes d’action des facultés.

Toutes les facultés tendent à une action, et quand elles sont actives à un degré suffisant, elles produisent des actions, bonnes, convenables ou nécessaires. C’est l’excès de l’activité et une mauvaise direction qui engendrent les abus. Il est probable que la phrénologie n’a été découverte, que parce que certains individus qui avaient des organes très-développés ont cédé aux penchants de leur nature. La petitesse d'un organe ne cause jamais l’abus d’une faculté. La bienveillance a beau être petite, elle n’excite jamais à la cruauté. Mais comme alors on est indifférent aux misères d'autrui, elle peut conduire

à l’omission de certains devoirs. Un organe petit donne aussi lieu à des abus, en ce qu’il ne peut balancer l’influence d’un autre organe. Ainsi un grand développement de l’acquisivité et de la secrélivité, combiné avec la dépression de la réflexion et de la conscienciosité, peut conduire au vol. La puissance de la destructivité , si la bienveillance est faible, peut provoquer des actions cruelles.

Toute faculté, quelle que soit la cause de son activité, produit l’espèce de sensation ou forme l’espèce d'idées qui résultent de sa constitution ainsi qu’on l’a vu plus haut. Les organes les plus développés ont le plus de tendance à agir. Les organes petits en ont le moins. Puisque tout organe tend à l'action , il est clair que chacun a une sphère d’action à lui propre. Aucun n'est par lui-méme nécessairement mauvais; autrement, Dieu aurait volontairement créé des organes, dans le seul but de nous faire tomber dans le péché.

L’action des penchants et des sentiments ne peut être directement provoquée par un simple acte de la volonté. Patexemple , on ne peut faire naître les émotions de la crainte, de la compassion et de la vénération , uniquement pour le plaisir de les éprouver ; aussi n’encourt-on pas de blâme pour ne pas éprouver une émotion à un moment déterminé. Cependant l’action de ces facultés peut être provoquée par l’excitation intérieure des organes ; et alors , qu’on le veuille ou non , on éprouve le désir ou l’émotion que produit chaque faculté. Ainsi le cerveau, activé par des causes internes, produit une sensation correspondante , qu’on ne peut éviter si l’organe est excité. 11 peut être en notre pouvoir de laisser paraître ou de dissimuler cette action; mais, si l’organe est excité, nous n’avons pas le choix d’éprouver ou de ne pas éprouver la sensation même. Il en est de même pour les organes de la circonspection, de l'espérance, de la vénération, etc. 11 y a des moments où nous sentons involontairement s'élever en nous des

émotions de crainte, d’espérance ou de vénération, que nous ne pouvons nous expliquer par aucunes causes externes quelconques; ces sensations proviennent de l'action spontanée des organes de ces sentiments, laquelle provient de la force croissante de la circulation dans leurs vaisseaux sanguins.

“ We cannot Nature bjr our wistaes rule,

Nor, al our will, ber warm émotion» cool (I). ”

Crabbe.

En second lieu ces facultés peuvent être mises en action, indépendamment de la volonté, par la présence d’un objet extérieur, destiné par sa nature à les exciter. Qu'un malheureux se présente, la faculté de la bienveillance entre en activité et produit la sensation qui en dépend. Qu’un danger imminent se perçoive, la circonspection fuit naître instantanément une émotion de crainte ; que l’on contemple des objets qui ont du grandiose, l’idéalité nous inspire le sentiment de ce qu'ils ont de sublime. Dans tous les cas, le pouvoir d’agir ou de ne pas agir dépend de la volonté; il n’en est pas de même du pouvoir de sentir ou de ne pas sentir. Quand le tempérament est actif, les émotions sont bien plus facilement excitées par les causes internes ou externes, que quand il est paresseux.

< C’est un plaisir inexplicable, dit Hume (s), que celui qu'excite, chez le spectateur d’une tragédie bien écrite, les émotions de pitié, de terreur et autres passions pénibles par elles-mêmes. Plus ils sont touchés et affectés, plus ils sont charmés. Tout l’art du poète consiste à exciter et à tenir en haleine la pitié, l'indignation, l’anxiété et le ressentiment de son auditoire , qui est d'autant plus charmé qu’il est plus

(1) Nous ne pouvon* régler la nature sur no» désir», et ne pouvons non plus calmer à volonté nos émotions brûlantes.

(3) Esiay , 33.

affligé, d'autant plus heureux qu’il peut donner un libre cours ù ses larmes, à ses sanglots, à ses cris, et soulager ainsi son cœur plein de la plus tendre sympathie. »

On a beaucoup écrit pour résoudre ce problème. Les auteurs qui nient l'existence des sentiments désintéressés et bienveillants chez l’homme, soutiennent que nous ne sympathisons avec Caton , Othello , ou le malheureux Roi Léar, que parce que nous concevons que nous pouvons nous trouver un jour dans la même situation qu’eux , et qu’alors tous les sentiments que nous éprouverions, si nous souffrions nous-mêmes des mêmes malheurs, s’élèvent en nous. D'un autre côté M. Stewart, qui dans sa théorie admet l'existence d'une émotion généreuse dans l’esprit humain , dit que nous croyons pour un instant à la réalité des malheurs représentés; et que par suite nous éprouvons la pitié qu’exciteraient en nous des souffrances réelles. Un acte ultérieur de notre jugement détruit l’illusion dans un laps de temps presque imperceptible, et empêche l’esprit d’agt'r sous l’influence de cette émotion, laquelle nous porterait, si nous continuions de croire à la réalité, à voler au secours du héros ou de l'héroïne opprimée. Il persiste à penser qu’il faut que nous ayons un moment la foi pour éprouver l'émotion excitée en nous.

La science de la phrénologie explique celte émotion. Chaqnc penchant, chaque sentiment est mis en action par certains objets; et son activité excite, en vertu de sa constitution, un sentiment ou une émotion qui y correspond, Le bonheur consiste dans la jouissance et l’harmonie de toutes les facultés; et l'activité est de l’essence de cet état de choses. « Ainsi le système musculaire, dit le Dr A. Combe, trouve du plaisir dans le mouvement. L’œil en trouve à regarder les objets extérieurs, la combativité à vaincre une opposition , la destructivité à la vue de la destruction et des supplices, la bienveillance à soulager les malheureux , l’espérance à envisager un bonheur

Dii

futur, la circonspection dans l’incertitude et l’anxiété, etc. Comme le plaisir est d'autant plus fort que le nombre des facultés satisfaites simultanément est grand, il s’ensuit qu’une scène tragique, excitant plusieurs facultés à la fois, doit être agréable, quelles que soient les facultés satisfaites, 1° si elle ne blesse en même temps aucun sentiment; 2° si elle n’excite aucune faculté au point de faire mal, comme trop de lumière blesse la vue, trop d'exercicefatigue les muscles.» Dans Pizarre, par exemple, quand l'enfant parait, son aspect, sa situation excitent la philoprogéniture ; et les personnes douées de cet organe à un haut degré s'iutéresscnt à lui; la vue des dangers auxquels il est exposé éveille la circonspection, et produit la crainte qu'il ne puisse se sauver ; quand Rolla le sauve, cette crainte disparait, la philoprogéniture est charmée, la bienveillance est aussi satisfaite, et l'excitation de ces facultés est un plaisir. Toutes ces émotions internes sont simplement produites par la constitution des facultés et les rapports établis par la nature entre les facultés et leurs objets, sans qu'il soit nécessaire que notre intelligence agisse, ou que nous formions des théories sur ce qu’il y a de réel ou de factice dans les scènes représentées. C'est d’après ces mêmes principes qu’un tableau nous parait beau ou sublime. » Les hautes tours se perdant dans les nuages, les palais somptueux » sont naturellement propres à exciter l'idéalité, le merveilleux et la vénération ; et l’activité do ces facultés fait naitre des émotions délicieuses. Les tours, exactement reproduites sur la toile, excitent l’action des facultés aussi bien que les tours ellesmêmes, et font uaitre dans l'ùrne le même plaisir. Mais que penserions-nous si M. Stewart nous affirmait que, pour trouver le tableau bien, il faut que nous croyions un moment que les hommes, les femmes, les pierres et le mortier, représentés sur 1a toile, existent réellement; et cependant cela serait tout aussi raisonnable que ce qu'il dit sur la tragédie. Nous pouvons

pleurer à une tragédie représentée sur la toile, et ne pas oublier un instant que nous u'avous que des couleurs et des formes devant les yeux. De môme, nous pouvons pleurer à une tragédie qui n'est que la représentation au moyen de mots et de gestes, d’objets propres à exciter nos facultés, et n’avoir pas un moment d’illusion quant à la réalité de la pièce.

Quand ces représentations excitent trop fortement l'activité des penchants ou des sentiments, il est possible qu’elles maîtrisent un moment l’intelligence. Dans ce cas, il y a un instant d’illusion , et la sensation est d’autant plus forte. Dans ce cas aussi , il me parait que la forte émotion ne provient pas d'une illusion préalable de f intelligence, mais que l’erreur de l’intelligence est la conséqucnee de ce que la sensation a été trop forte. Cette remarque est confirmée par l’extrait suivant de la vie de roistress Siddons : < J’avais l'habitude, dit-elle, d'étudier mes rôles le soir, quand j'en avais fini avec les soucis et les embarras de la journée. La veille du jour où je parus dans le rôle de Lady Macbeth pour la première fois, je m'enfermai comme à l'ordinaire quand tout le monde fut couché , et je me rais à étudier mon personnage. Comme ce rôle est très-court, je croyais bientôt avoir fini. Je n'avais que vingt ans alors, et je pensais, comme tant d’autres , qu’il ne fallait presque que me mettre des mots dans la tête; car, à cette époque de ma vie, il ne m'était pas encore venu à l’idée qu'il fût utile d'étudier un caractère dans ses nuances et son degré de développement. Je continuai à apprendre avec assez de sang-froid dans le silence de la nuit, nuit que je n’oublierai jamais, jusqu'à la scène de l’assassinat ; mais alors tout ce qu’il y a d’horrible dans cette scène me frappa, au point que je m’arrêtai. Je saisis mon (lambeau et me précipitai hors de la chambre , dans un paroxysme de terreur. Ma robe était de soie, et son frôlement, comme je montais l’escalier, figurait à mon imagination frappée les pas d’uu spectre qui me poursuivait. J’arrivai enfin à ma chambre.

où je trouvai mon mari. Je laissai tomber mon flambeau sur la table, sans avoir la force d’éteindre la lumière, et me jetai sur mon lit, sans trouver le courage de me déshabiller (<). >

Les facultés affectives, quand elles ne sont point excitées ou qu elles le sont trop, causent de l’inquiétude ou de la douleur. Les lois de notre constitution expliquent aussi les divers phénomènes de la folie. Tous les organes, dans l’état de maladie, sont susceptibles d'une excitation trop forte et involontaire. Cela produit une excitation mentale ou le désir violent d'agir dans la direction des organes affectés. Si c'est la destructivité , la furie , qui est précisément un penchant irrésistible à la violence et aux outrages , en est la conséquence. Si c’est l'organe de la circonspection, on a toujours peur, et l'on devient mélancolique. Si ce sont la vénération et l’espérance, le résultat est une exagération involontaire de dévotion, la joie la plus vive, et la jouissance anticipée d’un bonheur futur. Cette dernière disposition d'esprit Gxe et invariable constitue la monomanie religieuse. Il arrive parfois qu'un malade n'a de folie que relativement à un sentiment , et que si l'on évite de mettre celle faculté en activité, son intelligence parait saine, et sa conduite générale, raisonnable et conséquente. Ainsi un individu, qui a l'estime de soi affectée, s’imagine quelquefois être roi, quand, sous tous les autres rapports, il moutre beaucoup de bon sens et un jugement parfait. 11 y a des gens bien intentionnés qui, frappés de la lucidité de l'intelligence de pareils malades, se mettent à leur démontrer, en argumentant, la nature erronée des idées dont ils souffrent, supposant que, s’ils parvenaient à convaincre de son erreur l'intelligence, la malaJie serait guérie; mais la maladie consiste dans l’adlion morbide de l'organe d'un sentiment ou d’un penchant, et aussi longtemps qu'elle dure, la monomanie, base de toute aliénation mentale, persiste, et Car-

(1 ) fie de Miitress Siddons , par Campbell , vol. Il , p. 55.

gnmentation fait aussi peu d'effet qu'un discours pour guérir la goutte.

D’après les explications que nous venons de donner, quand un organe n’est pas actif, on ne peut éprouver le penchant ou le sentiment qui en émane ; de même on ne peut entendre un son, quand l’appareil auditif n’est pas excité par les vibrations de l’air.

De cet exposé de notre constitution mentale, on peut déduire les conséquences les plus importantes dans la pratique. Plus un organe est développé, plus il tend à l’activité; moins il est développé, moins il est actif. Ainsi un individu porté à la violence, à un orgueil excessif, à la vanité, à l'avarice, est la victime d'un mauvais développement du cerveau; et c’est ce que nous ne devrions jamais perdre de vue dans notre manière de le traiter. Si, par exemple, nous avions voulu donner de la douceur à Bellingham, le moyen n’eût pas été de le maltraiter pour son mauvais caractère; car on aurait par là excité dit ■ectemeni sa destructivité , dont le développement excessif était la cause de ses excès. 11 eût fallu s’adresser à sa bienveillance, à sa vénération, à son intelligence, afin d'atténuer la violence de la destructivité. Quand la conscienciosilé est trèsfaible, comme c’était le cas chez David Ilaggart, nous devons toujours avoir en vue que l'individu est aussi peu capable de sentir les obligations qui lui sont imposées par la justice, que M. Milne de percevoir les couleurs, ou Anne Ormerod de percevoir la mélodie. Jamais il ne nous viendrait à l’idée de perfectionner l’organe des tons chez Anne Ormerod en la battant. La conscienciosilé d’Ilaggart était aussi défectueuse, et nous aurions aussi peu réussi à lui donner le sentiment de la justice, en lui infligeant des traitements sévères. Dans de tels cas il est raisonnable d'éviter, uvant tout, de placer les individus dans des circonstances qui exigent l’exercice de la faculté défectueuse; de ne pas placer, par exemple, Anne

Ormerod dans un chœur do chanteurs, ou David Haggart dans un poste de confiance ; et enfin d’exciter tous les organes développés des sentiments élevés, afin qu’ils puissent contrôler les penchants, et combattre, autant que possible, par d'autres moyens, la faiblesse de la conscienciosité.

S’il est vrai que les organes proéminents excitent des désirs impérieux, et les organes déprimés des désirs très-faibles, la phrénologie doit être un jour, dans la pratique, éminemment utile à la société. Si, en choisissant un domestique, nous n’osons pas examiner sa tête, et si nous en engageons un dont les organes moraux sont des plus faibles, et les organes des penchants animaux très-développés, comme dans le cerveau de Mary Macinnes, et si des sentiments animaux accompagnent ce développement, il n’est pas douteux que nous ayons à nous repentir de notre choix. Si nous choisissons, par exemple, une bonne d’enfant qui manque de conscienciosité, et est incapable de sentir le prix de la vérité, elle ne se bornera pas à meutir ellemême; elle habituera les enfants au mensonge. Qu’un négociant prenne pour commis un homme qui a la tête conformée comme Haggart, et qu'il lui confie de l’argent, ses penchants animaux n’étant pas domptés par la conscienciosité , le porteront à le soustraire. On ne peut se figurer combien de fâcheux événements pourraient être prévenus dans la société par l’application pratique de la phrénologie. Je l’ai appliquée moi-même avec succès dans le choix de mes domestiques.

En second lieu , si la vue de l’objet propre à exciter une faculté suffit pour la mettre en activité; s’il ne faut, par exemple, que la vue d'une souffrance pour éveiller la bienveillance, on du danger pour éveiller la circonspection, ce point une fois reconnu peut devenir un principe d’une haute importance dans l'éducation des enfants. En prenant le langage de la destructivité ou de l’amour de soi, nous cultiverons chez eux ces organes en les excitant. En manifestant devant eux

de la bienveillance et de la vénération, nous développons chez eux ces facultés; en parlant continuellement d'argent, du désir d’en acquérir, de la crainte d'en perdre, nous stimulerons en eux les organes de l’acquisivilé et de l’amour de soi , et nous augmenterons ces penchants.

En troisième lieu , un cfTort de la volonté peut exciter à l'action les facultés des penchants et des sentiments, ou les réprimer indirectement. Ainsi, les facultés du savoir (qui servent à former les idées), en concevant intérieurement des objets propres à exciter les penchants et les sentiments, font naître ces penchants et ces sentiments aussi bien que la présence des objets mêmes, quoiqu’avec moins d'intensité.

Par exemple, quand nous concevons intérieurement un être malheureux , et que la bienveillance est puissante en nous , nous éprouvons une émotion de pitié, qui va quelquefois jusqu'aux larmes. De même, nous ne parvenons pas à réprimer l'activité de l'idéalité, quand nous le désirons par un simple effort de la volonté ; mais venons-nous à concevoir des objets propres à exciter la vénération, la circonspection, l’estime de soi ou la bienveillance, l'idéalité tombe bientôt dans l’inactivité. Dans ce cas , la vivacité du sentiment est proportionnée à la force de la conception , en même temps qu’à l'énergie des penchants ou des sentiments.

Quand c’est par des causes intimes qu'un penchant ou un sentiment prend un élan vigoureux, il contraint les facultés intellectuelles à former des conceptions de son ressort ; en d’autres mots, les organes qu’une excitation interne a rendus dominants,dirigent le cours habituel de nos pensées. L’individu dont le cervelet est constamment actif, recherche les livres, les tableaux, les anecdotes licencieuses. Celui chez qui la constructivilé, l’idéalité, l'imitation et les organes du savoir sont intérieurement très-actifs, est curieux de voirdcs tableaux, des sculptures et autres œuvres d’art dans lesquelles se eom-

binent la beauté, le talent et l'expression, et trouve du plaisir à en inventer lui-même. Ses connaissances dans les arts sont étendues, et il aime à en parler. Celui chez qui l’acquisivité est intérieurement active, a l’amour des richesses; sa curiosité sur les bénéfices des diverses branches du commerce est avide; il va jusqu’à s’inquiéter du rapport des propriétés d’autrui. L’esprit de celui dont l’organe de la bienveillance est intérieurement actif , s’exerce habituellement sur des projets philanthropiques , comme M. Howard , M. Oven , Mmo Fry. Dans tous ces exemples, le goût de l’individu dépend de la nature des penchants ou des sentiments qui sont actifs en lui,

et les facultés intellectuelles fonctionnent dans leur intérêt.

Quand le but qu’on se propose est purement intellectuel, comme dans l’étude des mathématiques ou de l’algèbre, le goût est imposé par l’activité des facultés intellectuelles mêmes.

Jamais les organes ne se trouvent tous combinés dans les mêmes proportions relatives chez deux individus; chacun a donc un goût qui lui est en quelque sorte particulier; c’est ce qui explique la variété des vocations et des caractères.

Puisque les penchants et les sentiments ne forment pas des idées, et qu’il est impossible d’exciter ou de rappeler directement, par un acte de la volonté, les sensations ou émotions produites par eux, il s'ensuit que ces facultés n'ont pas dans leurs attributions la perception, la conception, la mémoire et l’imagination. Elles n’ont que la sensation , c’est-à-dire que quand elles sont actives, on éprouve une sensation ou émotion. Donc la sensation accompagne l’action de toutes les facultés qui sentent, et le système nerveux en général; mais la sensation par elle-même n'est pas une faculté.

Les facultés du savoir et les facultés réflectives ne sont pas, en tous points, régies par les mêmes lois que les organes des penchants et les sentiments. Ces facultés forment des idées, et

perçoivent des rapports; elles comprennent la volonté, on plutôt constituent la volonté, et fonctionnent dans l'intérôt des autres organes qui ne font que sentir.

1° Ces facultés peuvent comme les antres être excitées à l’activité par des causes internes , et alors les idées , qu'elles sont destinées à former, se présentent à elles involontairement. Les notes découlent de l'esprit du musicien sans qu'il les cherche. L’homme qui a le nombre puissamment développé , calcule naturellement ; celui chez qui la forme est énergique , conçoit des figures par une inspiration intérieure. Celui chez qui la causalité est puissante et active, raisonne tout en pensant, sans qu’il lui en coûte le moindre effort. Celui qui a l'esprit de saillie proéminent, a spontanément des conceptions spirituelles, même alors qu’il voudrait les chasser de son esprit.

2° Ces facultés peuvent être excitées par la présence d’objets extérieurs en rapport avec elles.

3° Elles peuvent l'être par un acte de la volonté.

Excitées par des objets extérieurs, elles les perçoivent, et cette action est appelée perception. La perception est le plus faible degré d'activité de ces facultés, et quand un objet ne fait naître aucune idée, c’est qu’on n’a pas le pouvoir de manifester la faculté qui doit le percevoir. Si donc, on ne peut percevoir la mélodie de notes bien combinées, on est incapable de manifester la faculté des tons; si l'on ne peut distinguer les teintes d'un objet coloré, on n'a pas la faculté du coloris. Quand les prémisses d’un argument sont logiquement et distinctement posées, celui qui ne peut percevoir le rapport entre les prémisses et la conclusion que l’on doit en tirer, est privé de la causalité , et ainsi des autres facultés. Donc la perception est le mode d’action des facultés qui forment les idées au moindre degré; mais la perception n’est pas une faculté distincte.

Ces principes ne constituent pas une théorie; ils reposent sur

des faits. Le malade cité par M. Hood (i), perdit la mémoire des mots, tout en conservant la perception de leur signification. 11 comprenait ce qu'on disait devant lui, c’est-à-dire que l’organe du langage était encore assez fort chez lui , pour qu’il perçût la signification des mots qu’on lui adressait; mais il n’avait pas assez d’énergie pour qu’il pût , par un acte de sa volonté, se rappeler les mots et s’en servir afin d’exprimer ses pensées. Le fait relatif à M. Fergusson (s) est remarquable sous un autre point de vue. Il avait l’organe de l'étendue assez développé pour percevoir la distance des objets qu'il avait sous les yeux , et pas assez pour s'en souvenir quand il les avait perdus de vue. M. Sloane (s) est dans le même cas pour les couleurs. Regarde-t-il des couleurs, il en perçoit les différentes teintes; mais il a l’organe du coloris à un degré si faible, que dès qu'il ne les voit plus il est incapable de les nommer. Plusieurs personnes sont dans le même cas par rapport à la musique: elles perçoivent la mélodie des sons qu’elles entendent; mais leur faculté des tons est si peu développée, qu’elles sont incapables de se rappeler ensuite une seule note. Les pouvoirs réÛectifs donnent lieu aux mêmes phénomènes. Beaucoup de personnes ont les facultés réfleclives assez exercées et assez énergiques pour percevoir un argument qu’on leur soumet, et sont tout à fait incapables d’en inventer, ou même d’en reproduire. Elles attribuent cette imperfection à leur défaut de mémoire; mais souvent ces mêmes personnes font preuve d’une très-bonne mémoire pour la musique, la mécanique, la botanique ou autres objets qui ne sont pas du ressort de la causalité.

Ici encore se présente un résultat très-important pour la pratique. Que l’on place une personne dont le front, comme celui de

(t) Page 13t.

(2) Page *2.

(3) Page 36.

Fraser, présente une dépression au siège des organes réflectifs, qu'on la place , dis-je , dans une position qui exige une haute sagacité naturelle, une grande profondeur d’intelligence , soit pour bien agir, soit pour bien conseiller, et l’on sera certainement déçu dans son attente. Qu'on s’adresse, au contraire, à un individu dont les organes réflectifs présentent le même développement que dans la tête de Franklin, et l'on trouvera en lui une grande capacité instinctive pour concevoir l'enchaînement probable des causes , et pour prédire les résultats des mesures proposées. Fraser pourrait faire preuve de bon sens et d’un jugement sain , quand on lui aurait fait comprendre les conséquences, parce que , chez lui , les organes réflectifs sont assez développés pour qu’il perçoive les causes qu'on lui explique; mais il ne pourrait, comme Franklin, en prévoir les effets , parce qu’il faut pour cela des organes plus développés que les siens.

D’après ces principes, la perception étant un mode d’action de toute faculté intellectuelle, un individu peut percevoir parfaitement une certaine classe d’objets , et ne point en percevoir d’autres. Ainsi, quoique M. Milne ne perçoive pas le plus grand nombre des couleurs, il perçoit parfaitement les formes; d’antres individus qui ne peuvent percevoir la mélodie, perçoivent très-bien la symétrie. Ces principes ont le mérite d’être en rapport avec la nature ; car on rencontre très-souvent des exemples semblables à ceux que je viens de citer.

Les métaphysiciens parlent de la perception comme d’une faculté générale; et quand on applique leurs idées à ce qui existe , on est surpris de voir que leur pouvoir général n’accomplit bien que la moitié de ses fonctions chez un individu , précisément comme si une jambe pouvait se mouvoir quand on tourne à droite, et ne pouvait plus faire un seul mouvement quand on tourne à gauche. Le Dr Thomas Brown a nié cette absurdité, et il diffère à présent de Reid, de Stewart et de tous

DigitîzraJ Liy Gowgle

ses prédécesseurs , en ce qu’il nie que la perception soit autre chose qu’un acte du pouvoir général de l'esprit. Nous disons que c’est un acte de plusieurs facultés spéciales de l’esprit ; mais c’est ce qu’ignorait le Dr Brown.

Conception . Quand les organes réflectifs ou du savoir ont une activité puissante par suite d’une excitation intérieure, que la volonté détermine cette activité, ou quelle soit naturelle, les idées sont conçues rapidement, et l’acte de les former est appelé conception; quand elles jaillissent vives et rapides, c’est de ['imagination. Ainsi la perception est le moindre degré d’activité d’une faculté alors qu'elle est excitée par un objet extérieur; et la conception et l’imagination sont J es degrés plus élevés de l’activité dépendant des causes intérieures, et sans le concours d'objets extérieurs. Chaque faculté accomplit l’acte de la conception dans sa sphère. Ainsi une personne qui a l’organe des tons puissant, peut concevoir ou rappeler à son esprit les notes d'un air, alors qu’elle n'entend aucun instrument. Mais si elle a l’organe de la forme peu développé , il lui est bien plus difficile de se figurer des formes. Quelques personnes lisent la musique comme un livre; le signe écrit d’une note suffit pour exciter en elles l’impression de la note môme. C’est là le résultat d’un très-haut degré d’activité de la forme et des tons. Le tempérament influe beaucoup sur l’activité ; pour exciter à des actions vives les tempéraments lymphatiques il faut l'impression d’objets externes, tandis que les tempéraments nervoso- sanguins se font remarquer par une vivacité spontanée et constitutionnelle. Aussi voit-on rarement que les personnes qui ont un tempérament lymphatique brillent par l'imagination ; l'imagination veut un haut degré d’activité, et elle est d’autant plus forte chez les individus que leur tempérament se rapproche plus du tempérament nerveux.

En parlant du coloris, j’ai cité un passage dans lequel

M. Stewart, après avoir dit que quelques personnes, qui distinguent les couleurs quand on leur en présente plusieurs ensemble, ne peuvent nommer une couleur qu'on leur présente seule, ajoute qu’il attribue ce défaut de discernement à une imperfection dans le pouvoir de la conception , provenant, à ce qu'il suppose, d'une habitude d’inattention contractée dès l'enfance- Il a raison jusqu'à un certain point : on peut trouver des individus qui, comme M. Sloane , ont l’organe du coloris assez développé pour leur faire distinguer les couleurs, quand ils les voient juxtaposées, et qui l'ont trop faible pour qu’ils en aient la conception ou la mémoire quand elles sont séparées ; cela indique certainement une imperfection du pouvoir de la conception; mais le pouvoir de la conception peut être défectueux dans cette faculté seule, et très-énergique dans toutes les autres. D'après le principe de M. Stewart , que la conception est un pouvoir général , il y a anomalie quand elle n'accomplit bien qu'une partie de ses fonctions. Il veut l’expliquer par des habitudes contractées dès l’enfance ; mais une faculté naturellement forte a faim de ce qui peut l'alimenter, comme l'estomac vide d’un homme bien portant a faim de nourriture.

Quand une faculté réflective ou du savoir est active intérieurement , elle conçoit des idées sur les objets qui sont de son ressort. Ainsi , quand on a la localité, le coloris et l’étendue actifs, on peut, les yeux fermés, concevoir un paysage avec ses accidents de collines et de vallées, d’ombre et de lumière. Cette action interne devient-elle morbide par la maladie des organes, les idées deviennent fixes, elles s'impriment dans l’esprit en dépit de la volonté; et cet état, lorsqu’il dure longtemps, constitue l’insanité. Souvent, dans l'obscurité, on croit voir des êtres de toutes formes et de toutes couleurs ; et ces visions ont quelquefois tant d’éclat, quelles nous effrayent. Je conclus que ces apparitions proviennent d’une excitation interne des organes placés sous l’arcade ciliaire, c’est-à-dire de la

forme, de la localité, du coloris et autres. La plupart du temps cette affection n’est que momentanée; mais supposons quelle devienne, pour ainsi dire, fixe et continue, et l’esprit sera plein de conceptions vives et permanentes, d’étres fantastiques revêtus de formes et de couleurs surnaturelles ; ce qui constituera un certain degré d’insanité , non une exaltation de sentiment morbide comme la mélancolie, la fureur ou l'extase religieuse, mais une illusion intellectuelle. Tous les sentiments pourraient être sains, et cependant cette aberration de l’intelligence demeurer fixe et invariable , en dépit de tous les efforts de la volonté. Supposons à présent que cette maladie attaque les organes du savoir, et laisse intacts les organes réflectifs, il est tout à fait probable que l’individu aura des perceptions fausses sur quelques points, et non-seulement des perceptions saines sur tous les autres, mais qu'à l'aide des facultés demeurées intactes, il distinguera ce qti’ily a d’erroné dans ses impressions. Des faits semblables se présentent encore.

Les phénomènes des apparitions, ou les illusions qui nous font voir des spectres peuvent s’expliquer par ce principe. Quand plusieurs organes deviennent actifs par une excitation interne, ils donnent lieu à des conceptions involontaires d’objets externes que l’on revêt de tous les attributs de forme , de couleur et d’étendue, qui distinguent ordinairement la réalité. On trouve dans le Phrenological Journal (t) plusieurs exemples intéressants de cette affection.

D’après la description qu’on a faite des apparitions, il semble que les organes des facultés du savoir soient le siège de ces perceptions maladives. Nicolai , le libraire de Berlin, a vu la forme d’une personne morte à huit pas de lui , un grand nombre de figures d’hommes et d’animaux pendant le jour comme

(1) Vol. I, p. 541; II, Ht , 293, 362; V. 310 , 319 , 430; VI. 260 , 515; VU, 9, 162: X. 47. 217.

pendant la nuit , une foule d'hommes et de femmes , des gens à cheval, des oiseaux et des chiens, tous d’une dimension naturelle et aussi distincts que s’ils avaient été vivants, avec la couleur qu’ils ont dans la réalité, mais un peu plus pâles. Plus tard il les a entendus parler. On lui a mis les sangsues, et il a vu la chambre remplie de spectres noirs ; au bout de quelques heures, il lésa vus plus pâles; et quelques heures après encore, il les a vus tout blancs. Il les a vus se dissoudre dans l’air, et pendant quelque temps il en distingua encore des lambeaux. Le DrAlderson de Hull cite deux autres cas. M. R. qui avait laissé sa femme et ses enfants en Amérique, les vit et causa avec eux en Angleterre; il vit des processions de morts et de vivants; il revit dans un cadenas de cuivre bien poli les amis qu’il avait laissés dans l’autre hémisphère; et, pour les revoir, il lui suffisait de regarder ce cadenas. Il eut une violente céphalalgie. Un cabaretier de Hull vit dans sa cave un soldat; il voulut le saisir; mais il reconnut alors que ce n’était qu’une illusion; il essaya de la même manière de ramasser des huîtres, qui n’étaient pas plus réelles; il vit une foule de vivants et de morts; à peine pouvait-il distinguer les habitués de son cabaret des spectres qu’il avait devant les yeux; et il souffrit réellement des coups de fouet d'un charretier, lesquels n'étaient qu’une illusion (1). J’ai raconté (tome I, page 409) le fait d'un habitant de l’Écosse occidentale , qui avait l’organe du merveilleux étonnamment développé , et qui avait des visions de personnes et de choses inanimées. Pendant longtemps il eut devant les yeux un lapis moucheté, un enterrement, et une poutre sur des roues. Son fils avait la même disposition; il lui arriva de poursuivre un mendiant qui s'évanouit dans la muraille. Toutes ces perceptions proviennent des organes des facultés perceptives.

(1) Altlerson’s Eisny cm /ipparilions , London. 1823.

En juillet 1856, je fus présent à l'examen du cerveau d’un vieillard, qui pendant ces dernières années avait constamment des spectres devant les yeux , quoiqu'il comprit fort bien que c’étaient des illusions. Ils lui apparaissaient revêtus des costumes des différents pays qu’il avait parcourus. Des statues de Grecs et de Romains passaient animées devant ses yeux. Ces apparitions avaient des vêtements de couleurs brillantes et étaient de toute dimension , depuis le colosse jusqu'au pygmée. Une vieille femme, enveloppée du manteau écossais, était l’apparition qu’il avait le plus habituellement. Le cerveau de cet homme présentait en général une grande vascularité; 1 e faix et la dure-mère recouvrant les organes de la vénération, de 1a bienveillance, du merveilleux et de l’imitation , étaient épaissies, avaient l'aspect d'un vellum moite, et présentaient de fortes traces d’inflammation chronique.

M. Simpson a fait insérer dans le Phrenological Journal le cas suivant, qui est aussi intéressant qu'instructif. La concomitance de la douleur dans le siège exact des organes avec le dérangement de leurs fonctions, en est un des traits les plus saillants; et l’auteur se dit prêt à offrir les moyens de vérifier les faits à toute personne curieuse de les connaître.* M"* S. L., dit M. Simpson , âgée de vingt ans, d’une bonne famille, bien élevée, instruite, au-dessus de toute crainte superstitieuse, et parfaitement saine de corps et d’esprit, est néanmoins depuis quelques années troublée nuit cl jour par des visions d’objets et de personnes inanimées, qui lui apparaissent sous les mille formes dont nous avons déjà parlé. Elle fut de bonne heure sujette à des illusious semblables, et la première dont elle ait souvenir est celle d'un lapis étendu dans les airs qui descendit sur sa tête et disparut.

« Après un intervalle de quelques années, elle recommença à voir des figures humaines dans sa chambre, souvent quand elle était au lit tout éveillée, et souvent même dans le jour. Ces connu:. — triuté de wrénoî.oo.ie. t. il. 2o

ligures étaient blanchâtres ou plutôt grises, diaphanes comme des toiles araignée, et en général dune grandeur surnaturelle. Elle eut 5 celte époque de violents maux de tête, offrant celte particularité qu’ils n'existaient que sur Un petit point de la tête. Lorsque je lui demandai de l’indiquer, j’eus bien soin de ne pas l'aider dans sa réponse; et je laisse à nos lecteurs le soin de juger de nos sentiments comme pbrénologues , quand elle indiqua de son pouce et de l’index les deux côtis de la racine du nez, la naissance des sourcils, et la partie du front immédiatement au-dessus du nez , les trois sièges reconnus de la forme, de i étendue et de t individualité. Elle compara la sensation qu’elle éprouvait , aux deux côtés de la racine du nez , à des coups de pointe de canif. Sa douleur augmentait quand elle baissait la tête. Au contraire elle la soulageait en la tenant très-haute (i). Je demandai à MIW> S. L. si la douleur n'affectait que cette partie ; elle me répondit, quelque temps après, que la douleur s étendait à droite et à gauche sur ï arcade sourcilière, un peu au-dessus des sourcils et tout autour des yeux , lesquels semblaient parfois voxdoir sortir de leur orbite. Dans cette seconde période de ses souffrances , ses visions se modiûèrent précisément comme aurait pu le prédire un phrénologue; mais j’eus bien soin de la laisser répondre sans la mettre aucunement sur la voie. Observons ce qui arriva, quand les organes de la pesanteur, du coloris, de l’ordre, du nombre et de la localité furent tous affectés. Les spectres blanchâtres et diaphanes prirent la couleur naturelle des objets; mais ils se représentèrent aussi souvent , quoique pas toujours, d’une grandeur surnaturelle ; elle vit un jour, dans une des ses promenades , un mendiant qui s'évanouit quand elle arriva à l’endroit même où il se tenait. Le coloris étant excité donna lieu à des illusions

(I) « Cela ne ressemble-t-il pas à la pression du sang sur cette partie du cerveau t »

fantastiques spéciales. Des points brillants, comme des étoiles sur un fond noir, paraissaient remplir la chambre dans l’obscurité, et même dans le jour; sa chambre s’illuminait tout à coup, ou peu à peu, au point que tous les meubles en étaient visibles. Il lui sembla un jour que des milliers de globes de feu s’échappaient par torrents d'une des chambres et glissaient jusqu’au bas de l’escalier. Un jour la douleur entre les yeux et sur la partie inférieure de l’arcade sourcilière devint tout à coup très-violente , et aussitôt la chambre se remplit d’étoiles et de points brillants. Ce même jour, comme elle cherchait à se mettre au lit , elle se sentit comme ivre et incapable de se tenir sur les jambes, et elle tomba parterre après des efforts réitérés pour s'emparer d’une des colonnes du lit. Celte colonne avait esquivé son étreinte en changeant de place et aussi en se multipliant à ses yeux. Si l’organe de la pesanteur, situé entre l 'étendue et le coloris, est en effet l’instinct elle pouvoir de conserver l’équilibre, la conséquence naturelle du dérangement de cet organe doit être d’ôter la faculté de se tenir debout. Nous devons nous attendre à ce que la surexcitation de lorgarn du nombre produise la multiplication des objets, et la première illusion de cette espèce chez Mlle S. L. fut la multiplication des colonnes du lit. Plus tard tous les objets inanimés se multiplièrent uses yeux. Un objet réel cl unique, un livre, un tabouret, une chiffonnière étaient-ils devant elle, elle en voyait vingt, cinquante, quelquefois disséminés, quelquefois formant des piles régulières. Autre illusion : ces objets augmentaient de volume à sa vue, reprenaient le volume ordinaire, devenaient tout petits, grossissaient de nouveau. La surexcitation delà localité lui faisait voir hors de leur place des objets qui ne pouvaient en changer ; et elle pense ( mais elle ne l'affirme pas ) qu’en une occasion elle a vu une porte prendre la place d'une fenêtre et vice versd. Comme elle le dit, un miroir a pu donner lieu à cette erreur. Sa réserve dans ce cas servit à augmenter

notre confiance dans sa véracité. A propos de toutes ses autres illusions, elle avait parlé beaucoup plus positivement. Jusque là il n'y avait pas eu de confusion assez grande ni assez pénible dans ses illusions pour donner le droit de supposer un dérangement dans l’organe de l’ordre. Les seuls organes de l’ûufmdualité, de la forme, de la pesanteur, du coloris , de la localité et du nombre paraissaient jusqu'ici être affectés.

« Pendant près de deux ans, Mllc S. L. ne se ressentit plus de ces maux dans la région frontale , et ( remarquons cette coïncidence ) ne fut point troublée pendant tout ce temps par des visions ou des perceptions d'illusions. Il y a quelques mois, tous les symptômes reparurent avec plus de gravité; elle disait ne pas bien se porter (i). La douleur fut plus aiguë que jamais sur tout l'os frontal et en dedans de la prunelle , et tous les organes dont il est le siège, produisirent les mêmes illusions. Des formes d'amis absents ou morts l'assaillirent péniblement le jour et la nuit. Ils se présentaient quelquefois comme des fantômes diaphanes , quelquefois avec toutes les apparences de vie réelle. Elle vit dans ses promenades plusieurs de ses amies; mais quand elle s'approchait d'elles, ce n’étaient que des fantômes. Plusieurs fois, n’ayant pas cherché à reconnaître si c’était une illusion, elle leur affirma les avoir vues dans tels ou tels lieux, à tel ou tel moment; et elles établirent clairement leur alibi. C’est alors seulement que tordre fut affecté , et que la confusion, dans les apparitions qui l'assiégeaient, lui devint insupportable. Elle éprouvait une oppression cl une perplexité intolérables, quand ces formes se présentaient à elle dans le plus grand désordre, et surtout, comme dans le cas de Nicolai , quand des personnages entiers se métamorphosaient en des membres, des faces, des profils d’une dimen-

(I) « Une irrégularité constitutionnelle expliquerait probablement un dérangement général des fonctions du cerveau. >

niqiti7Qrt K. (

sion extraordinaire et d’une difformité effroyable. Un de ces moments d’illusion désordonnée, dont elle rend compte, est curieux en ce qu’il prouve surtout, ce qu’on ne peut expliquer autrement, le dérangement dans la perception de la gravitation ou de l’équilibre (pesanteur). Une nuit, comme elle était assise dans sa chambre à coucher, et sur le point de se mettre au lit, il lui sembla qu’un ruisseau de spectres, de ligures, de têtes, de bras , de jambes, se précipitait dans sa chambre , dans la confusion la plus dégoûtante et en forme de cascades. Mais quoique le mouvement descendant de celte cascade fût rapide et continu , il n’y eut pas dans la chambre d'agglomération de spectres. Ils semblaient s’évanouir à travers le plancher. Elle est souvent tourmentée par des figures gigantesques.

< Des objets inanimés, mais réels, ont pris à ses yeux la forme d’animaux ; et il lui est souvent arrivé de se baisser pour ramasser des objets qui ont échappé à son étreinte , comme les huîtres dans la cave du cabaretier.

« Plus récemment une nouvelle cause est venue aggraver ses frayeurs; car, de même que Nicolaï, elle a entendu parler ses spectres ( les spectres de M. R. de Hull parlaient toujours ); ce fut d'abord parmi eux un bourdonnement et un baragouin inexplicables, auxquels se joignaient quelquefois d'horribles éclats de rire, quelle ne pouvait attribuer qu’à des êtres malfaisants. Après cela les spectres s’avançaient près d'elle avec une rapidité toujours plus effrayante , et venaient appliquer contre sa figure leurs figures larges et horribles, et leurs yeux étincelants. Tout empire sur elle-même l’abandonnait alors, et une sueur froide couvrait son front. Puis les formes des morts et des absents qu’elle connaissait baragouinaient à leur tour et lui parlaient plus distinctement; mais jusqu'ici la terreur l’a toujours empêchée d'entendre ce qu'ils disaient (i).

(1) Disons ici que les explications phrénologiques, données à MUt S. L. de sa maladie, ont eu le bon effet de lui faire conserver beaucoup plus de sang-

« Au nombre des autres perceptions d'illusions de M"” S. L., nous mentionnerons la sensation déire soulevée, de tomber dune grande hauteur, et de tomber sur le nez , ainsi que la perception désagréable des perpendiculaires dérangées, comme, par exemple, la chambre, le plancher, le plafond fuyant d'un seul côté (pesanteur).»

M. Simpson termine en faisant remarquer que « le récit de ce cas contient l'explication curieuse de la série des phénomènes des apparitions, qui sont connus depuis longtemps. Les spectres gris ou blancs (le spectre gris de M. Ivor, dans Waverley ) résultent de l’excitation de l’organe de la forme, et du repos du coloris, les objets étant sans couleur. Les spectres pâles, légèrement colorés, résultent de l’excitation partielle du coloris. Des fantômes gigantesques et des esprits nains sont les illusions produites par la surexcitation de l’étendue. Créuse parut à Énée d’une grandeur colossale :

“ Infolix simulacnim atque ipsius unihra Crcusae,

Visa mihi ante ocnlos et nota major imago. ”

« Les fantômes d’Ossian sont souvent colossaux. Les fantômes qui parlent et baragouinent tous à la fois un langage inconnu, et qui ont les éclats de rire des démons faisant le sabbat, sont des illusions que bien des personnes ont éprouvées. »

Les illusions de ceux qui mangent de l’opium ne sont plus un horrible mystère; elles sont expliquées par l’article de M. Simpson , que nous venons de citer.

M. Macnish, dans les dernières éditions de son ouvrage sur le sommeil (i) , devenu populaire à de si justes titres, a fait un

froid qu’elle ne croyait possible quand ces fantômes la visitaient. Elle a toujours peur quand elle les entend parler ; mais en somme, son esprit est bien plus calme. >

(i) The Philoiophy of Sleep, par Robert Macnish; 2* cl 3e éditions, chap. XV. Voyez aussi son Introduction to Phrenology, p. 136.

Digitizpd^!

«le

chapitre sur les visions de fantômes, où il adopte notre théorie comme la seule qui puisse les expliquer. < Quand le cerveau , dit-il , est poussé par des causes internes à un haut degré d’excitation , ce qui n'est, en général , que le résnltat d'impressions externes, il s’ensuit des idées non moins vives que les sensations; et l’impression est la même que si un objet réel l’avait transmise par le moyen des sens; en d’autres termes le cerveau, dans un certain état, perçoit des causes externes; et toute cause qui produit cet étal donne lieu à une perception semblable, indépendamment de la présence des corps externes mêmes qui est la cause nécessaire. La principale de ces causes est l’inflammation du cerveau ; et quand les organes des facultés perceptives sont ainsi excités ( c’est-à-dire quand ils sont mis dans un état semblable à celui qu’amènent des impressions réelles extérieures ), il en résulte une série de fausses images ou de sons qui sont souvent si vifs , qu’on peut les prendre pour des réalités. Pendant le sommeil , les organes perceptifs semblent surtout susceptibles d’une telle excitation. Par exemple, quand nous rêvons, le monde externe se présente intérieurement à notre esprit , avec toute la force de la vérité. Nous parlons et nous entendons commesi nous communiquions réellement avec des êtres existants. Les visions de fantômes sont des phénomènes complètement analogues; et dans le fait, ce ne sont que des rêves involontaires que nous faisons tout éveillés.» M. Macnish donne ensuite le récit intéressant d'une de ses visions. « En mars 1829, pendant une attaque de fièvre qu'accompagnait une action violente du cerveau, j’éprouvai moimême des illusions analogues. Elles ne paraissaient que quand j’avais les yeux fermés, ou quand j’étais dans une obscurité complète ; et c’était une des choses qui m’étaient le plus péniblés pendant ma maladie ; car je me voyais forcé ou de tenir constamment les yeux ouverts, ou d’avoir dans ma chambre plus de lumière que mes yeux ne pouvaient en supporter. Jo

voyais dans l’obscurité profonde des faces hideuses et brillantes, faisant d'horribles grimaces et jetant une lumière diabolique ; elles ne restaient jamais tranquilles , elles s'agitaient continuellement, et se détachaient sur un fond obscur ; quelquefois elles s'approchaient de ma ligure, au point de n’en être plus qu’à un ou deux pouces; quelquefois elles s'en éloignaient de trois ou quatre pieds; d'autres fois elles se brisaient en morceaux, s’éparpillaient, et, en se réunissant, changeaient ensemble de ligure, et formaient ainsi des images plus abominables qu’auparavunt. Je n’avais qu’un moyen de me débarrasser de ces fantômes ; c’était de faire apporter plus de lumières, et d’ouvrir les yeux ; ils reparaissaient aussitôt qu'on les éteignait , ou que je fermais les yeux. Un soir que ma lièvre était très-forte, j’eus la vision d’un cirque magnifique, où Ducrow, le célèbre éruyer, se livrait à ses exercices. Cette fois, je ne vis point de fond obscur, pareil à celui sur lequel se détachaient ordinairement les images monstrueuses de mes illusions. Tout était brillant, beau, magnifique. J’étais tout à fait éveillé. Mes yeux étaient fermés; et cependant je suivis très-distinctement tout ce qui se passait sur le théâtre, Ducrow exécutant scs tours prodigieux, et la multitude assemblée au milieu de laquelle je reconnus plusieurs de mes amis, enfin tout l'enchaînement de la représentation, aussi bien que si j’y avais été. J'ouvris les yeux , et toute la scène s’évanouit comme le palais enchanté du magicien ; je les fermai , et elle reparut aussitôt. Mais quoique je pusse ainsi dissiper le spectacle à volonté, il me fut impossible de me débarrasser de la musique de l’orchestre; elle jouait la grande marche de l’opéra d’Aladin; jamais je ne l’avais entendu exécuter avec une énergie plus grandiose, plus imposante, plus terrible. C'est en vain que, pour la chasser de mon esprit , j’essayai de me rappeler d’autres airs. La vision était complètement disparue, qu'en dépit de tous mes efforis je l’entendais encore. Tant que dura cet état singulier, je

compris parfaitement l'illusion de mes sensations, et quoique je souffrisse d’un violent mal de tête , je ne pus m'empécher d’en raisonner et de remonter à leurs causes. Cette vision d’un théâtre dura cinq heures ; les précédentes avaient duré deux jours; toutes provenaient évidemment, comme je l’ai déjà dit, de l’excitation de quelque portion du cerveau. L'idéalité, le merveilleux, la forme, la couleur et l’étendue , avaient tous une activité excessive, tandis qu’il n’y avait rien de changé dans l'état des organes réOectifs. Si ces derniers avaient participé de l’excitation générale, au point de ne pouvoir rectifier les impressions des autres organes, mon état eût été du délire proprement dit. » Pour prouver combien les visions de spectres dépendent peu de la vue , M. Macnish cite le fait d’un aveugle qui y est très-sujet. « Un de mes malades, respectable vieillard , privé de la vue et qui souffrait de violentes céphalalgies, accompagnées de symptômes caractéristiques de dyspepsie, avait toujours devant les yeux un gros chat noir, et le voyait aussi distinctement qu'il aurait pu le faire avant d’étre aveugle. 11 était troublé par diverses autres apparitions de spectres, outre qu’il était sujet à des illusions de sons également remarquables; car il était souvent si bien convaincu qu’il entendait de la musique, qu’il était difficile à ses amis de le faire revenir de son erreur (i). »

11 est des personnes qui s’imaginent être de verre, et qui , dans la crainte de se briser en morceaux , refusent de s’asseoir, ou de prendre telle autre position qui ne conviendrait pas à du verre; il semble à d’autres que quelque objet pend au bout de leur nez ou qu’une figure est empreinte sur leur front, et toutes

(t) Holibes, Voltaire, SheDstone et Hume avaient très-bien pressenti ta théorie des apparitions; mais le H' Alderson de null est le premier qui établit que de semblables illusions sont le résultat du dérangement du cerveau. Cet honneur a été à tort réclamé par le D' Ferriar de Manchester. — Voyez Soles historiques sur la philosophie des apparitions par M. Robert Cov. Phrcnologieal Journal, vol. VIII, pag. 53H.

rOMBF. — TRUITÉ DE PHRÉNOI.OCIF. T. II. 90

sont saines d’esprit sous tous autres rapports. De telles aberrations paraissent être les conceptions fixes et permanentes d’une nature maladive, résultant de l’activité morbide et involontaire des organes du savoir. On opère la guérison en détruisant la cause organique, et non en démontrant logiquement que les objets n’existent pas. Des démonstrations peuvent convaincre une intelligence saine ; mais elles ne sauraient détruire des illusions provenant d’une maladie de cerveau.

Une autre forme du dérangement mental , provenant d’une excitation interne des organes, c'est la tendance aux manifestations involontaires des facultés. Quelques fous se parlent nuit et jour à eux-mômes (i); dans les affections hystériques on rit, on pleure alternativement malgré soi; on peut expliquer ces derniers phénomènes par la supposition que les divers organes sont tour à tour actifs ou inactifs, selon l’action irrégulière du cerveau. Le Dr A. Combe vit à Paris une dame qui en sortant d'un étal d’insensibilité résultant d’une attaque d'apoplexie, manifestait, sans intention aucune, les facultés de l'esprit et de l’imitation d’une manière si admirable, que ses parents éclataient de rire, malgré eux, tout en pleurant son malheureux état. Lorsqu’elle revenait tout à fait à elle, elle ne conservait pas le moindre souvenir de ce quelle avait dit. Chez elle, les organes de l’esprit de saillie et de l’imitation étaient très-développés. La phrénologie explique facilement de tels faits par l’influence de l’activité maladive des organes.

Rêves. — Quand le plus grand nombre des organes restent inactifs, ensevelis dans le sommeil , et que deux ou trois, par une excitation interne, laissés à eux seuls deviennent actifs , ils présentent à l’esprit des conceptions qui leur sont propres, et leur action étant séparée de celle des autres organes , qui , hors l’état de sommeil, coopèrent ordinairement avec eux, ces deux ou trois organes produisent des impressions distinctes et

(1) Voir plu* haut, pag. 136.

faniasliques d’objets, de circonstances et d'événements, enfin tous les phénomènes des rêves- Ainsi toute circonstance qui trouble l'organisme peut causer des rêves. Une nourriture lourde , prise à souper, en chargeant l’estomac , affecte péniblement le cerveau par sympathie ; et de là les spectres et les cruelles chimères enfantés par les rêves. La fièvre, en provoquant une excitation morbide dans tout le système, maintient le cerveau dans un état continuel d’activité ; de là les insomnies qui accompagnent le degré le plus fort de cette maladie, et les rêves qui en accompagnent les degrés moindres. C’est ainsi qu’on explique un autre fait assez ordinaire relatif à l'esprit. Si pendant le jour nous nous sommes beaucoup occupés d'une étude particulière, cette élude nous poursuit dans nos rêves. Pendant le jour, les organes des facultés principalement employées ont été maintenus dans une action excessive et soutenue en proportion de l'application mentale. D’après une loi générale de notre constitution physique , une action excessive ne cesse pas tout d'un coup; elle diminue insensiblement; et il y a encore tant d’activité dans l'organe au moment du sommeil, que la série d’idées continue à se développer jusqu'à ce qu’enfin épuisée elle se repose. Nous sommes quelquefois, dans nos rêves, accablés de terreur sans pouvoir découvrir l’objet qui en est la cause. On peut expliquer cela en supposant que l'organe de la circonspection est excité violemment par quelque cause interne, tandis que les organes des facultés intellectuelles continuent de dormir. D’autres fois nous rêvons que nous voyons les choses les plus merveilleuses et les plus effrayantes sans éprouver aucune émotion. Cela vient de ce que plusieurs des organes intellectuels sont éveillés, tandis que ceux des sentiments dorment. On trouve dansle PhrenologicalJoumal , vol. IX, p. 278, le récit d'un rêve remarquable de cette espèce.

Mes recherches m'ont prouvé ( ce que du reste on aurait pu prévoir à priori) que les r,êves, chez les divers individus, sont

presque toujours en rapport avec les facultés des organes les plus développés dans leur cerveau. Un de mes amis qui a les tons irès-dévcloppés et le langage faible , me dit que dans ses rêves il entend très-souvent et compose de la musique , mais qu’il a rarement rêvé qu’il composait des discours. Une autre personne de mes connaissances, qui a le langage bien développé et les tons faibles, m’a dit n'avoir jamais rêvé de musique qu’une seule fois dans sa vie, tandis qu’il lui est arrivé d’écrire en rêve des volumes entiers, de lire et de parler. Elle a même rêvé , à diverses reprises , qu’elle causait avec des étrangers dans leur propre langue, avec une volubilité quelle n’avait jamais pu avoir tout éveillée. De la même manière , une personne qui a la localité très-développée m’a assuré qu’elle avait fait, en rêve, de nombreux voyages dans des pays lointains, et qu’elle avait reçu des paysages des impressions très-vives, tandis qu’une autre qui a cet organe petit n’a jamais rêvé d’un pareil sujet. Un de mes amis, quia la combativité très-développée, me dit avoir soutenu en rêve, plus d’une longue et rude bataille; et un autre, chez qui cet organe est modérément développé, m’a dit n’avoir jamais rêvé de combat, qu’une seule fois en sa vie; et cela, un jour que son imagination l’avait placé entre les rnaius d’assassins ; il avait essayé de leur casser la tête avec une barre de fer et s’était réveillé tout effrayé de son courage.

Quand chez les personnes d’un tempérament actif, les organes réilectifs sont surtout exercés pendant le jour, il n’est pas rare que les organes de la forme, de la localité cl du coloris se mettent en jeu dans leurs rêves. J’ai connu des hommes de lettres et des avocats, qui, dans leurs rêves,

“ Flew to the pleasant flelds travcrs’d so oft ,

In life ’s morning mareb «lien the lionorn waa young (t),

(I j Volaient aux champs qu’ils avaient traversés si souvent dans le malin tle leur Yie, quand leur coeur ne tressaillait encore que d’espérances.

et jouissaient des sites qu’ils aimaient, et que leurs occupations les empêchaient d’aller voir quand ils étaient éveillés.

Une preuve curieuse de l’influence des organes dominants sur les rêves se trouve dans la personne de Scot qui fut exécuté pour meurtre à Jedburgh , en 1823. 11 est dit, dans sa vie, que quelques années avant l’événement fatal, il rêva qu’il avait commis un meurtre, et que ce rêve l'avait frappé. Il en parlait souvent comme de quelque chose de mauvais augure , et enfin il le réalisa. L’organe de la destructivité était très-développé dans sa tête, et avait tant d’activité que son goût pour la chasse était une passion, et qu’il se livrait habituellement & des violences et à des injures. L’activité de cet organe pouvait résister au sommeil , et inspirer alors à son esprit des sentiments de destruction; c’est ainsi qu’il a pu rêver qu’il devenait meurtrier. La force extrême de ce penchant à la destructivité a pu faire reconnaître qu’il était intérieurement porté à ce crime ; il est donc facile d’expliquer l’impression profonde que son rêve a produite sur lui.

Je suppose, mais je ne puis m'appuyer d’aucun fait , que les personnes chez qui la circonspection est faible , et l’espérance et la bienveillance très-développées , ont , en bonne santé , des rêves heureux , tandis que celles qui ont la circonspection très-développée et l'espérance faible, rêvent de mille difficultés, de mille chagrins.

M. Andrew Carmicbaël de Dublin, dans un essai sur les rêves, comprenant des conjectures sur la cause approximative du sommeil (i), hasarde l’idée que le besoin de dormir nous prend, quand ce que nous avons usé de la substance de notre cerveau doit être réparé par le dépôt de nouvelles molécules de matière. Il n’y a pas de preuve directe de la vérité de cette conjecture;

(1) Tilloch't Phil. May. vol. liv. p. 232 , 324 ; ou Transactions nf lhe King and Qucen’s College of Physicians, vol. II, p.48 ; et M' Cannichael’s Memoir of lhe Life and Philosophy of Spurzheim, p. 9t.

■unis le cenreau , comme toute autre partie de notre être animal, a des vaisseaux sanguins et des absorbants, et comme eux, il dépense une partie de lui-même. C’est donc un fait de déduction nécessaire, que ce qu’il dépense doit être réparé; et M. Carmichaël conçoit que la période du sommeil, quand les fonctions mentales sont suspendues, est surtout le moment propre à cette opération réparatrice. M. Macnish a combattu M. Carmichaël en s’appuyant des bases suivantes : 1° 11 est inconcevable qu’un dépôt naturel et sain de nouvelles molécules suspende les fonctions du cerveau. Avant qu’un dépôtsemblable ait lieu, il faut que la circulation du sang soit augmentée dans ses vaisseaux, et une augmentation de la circulation comprend une augmentation dans l'activité des fonctions; d’ailleurs, la circulation dans le cerveau, au lieu d’augmenter, diminue beaucoup pendant le sommeil. 2° En admettant la supposition que la marche de l’assimilation dans le cerveau soit la cause immédiate du sommeil, comment expliquerons-nous que tant de gens se réveillent si facilement? Il est difficile de concevoir que la marche de l’assimilation soit tout d’un coup arrêtée ou complète. 3° Les rêves sont incompatibles avec cette théorie ; car on doit supposer que l’assimilation a lieu en même temps dans tout le cerveau, cas où l’activité d’un organe, tandis que les autres sommeilleraient, est chose impossible. Enfin, et par dessus tout, la disposition au sommeil se sent immédiatement après les repas, et longtemps avant que le chyle ait atteint les vaisseaux sanguins , par lesquels il est déposé préalablement à l'assimilation (t). M. Carmichaël a publié dans le même volume (*) une réponse très-ingénieuse à ces arguments.

La manière ci-dessus exposée d’envisager les phénomènes des rêves donne le coup de mort à l’idée superstitieuse des

(t) Phrenological Journal, vol. IX, p. 173 — 181.

(2) Ibid., p. 318.

avertissements et des communications surnaturels arrivant à l'esprit pendant le sommeil , et explique naturellement une continuité de rêves comme dans le cas de Scott.

Ainsi l'excitation interne des organes intellectuels produit la conception , les idées conçues ayant toujours du rapport avec l’organe ou les organes mis en action. Celte excitation , qu’elle soit morbide ou involontaire, produit des conceptions ou idées fixes, ce qui est une espèce de folie; et cette excitation de quelques organes pendant le sommeil, tandis que les autres restent inactifs , produit les rêves. Lorsque , dans les moments d'insomnie, cette excitation est extraordinaire , il en résulte la conception d'apparitions. Ces phénomènes, quoique dissemblables dans leurs apparences externes, ont donc des causes analogues.

Imagination, Les métaphysiciens emploient souvent les mots imagination (imagination) et fancy (1) ; mais ni l’un ni l’autre ne sont synonymes du terme phrénologique idéalité. L’imagination est définie : « Le pouvoir de former des peintures idéales; le pouvoir de se représenter les choses absentes. » Si l’on admet cette définition primitive et parfaitement exacte de l’imagination, il y a à peine l’ombre d’une différence entre la conception et l’imagination. La localité, l’étendue, le coloris et l’individualité, une fois mis en activité par la volonté aux ordres de laquelle elles sont, pour se rappeler les lignes d’un paysage, on peut dire alors qu’on le conçoit. Si l’on applique à cet acte le mot imagine, et si l’on dit qu’on imagine un paysage, l’expression n’est pas impropre. Si M. Stewart n’avait vu dans l’imagination que * le pouvoir de se représenter les choses absentes », il ne serait pas blâmable de mettre en doute si c’est une faculté distincte de la conception; car il a expliqué la conception de la

(i) Voir à la page 209 l'explication du mot fancy qui n’a pa» d’analogue en français.

même manière. L'opinion que t l'imagination n'est pas un don de la nature » , maisqu’elle est formée « par des habitudes particulières d’étude ou de travail » , est fondée sur cette supposition erronée ; car il n’y a pas de mode d’action de l’esprit qui ne soit un-don de la nature, quoiqu’il puisse être beaucoup perfectionné par un exercice judicieux. Il y a cependant une différence entre la conception et l’imagination. La conception est la représentation froide et méthodique que nous nous faisons à nous-mêmes des choses absentes, telles quelles existent dans la nature. L’imagination est la représentation sans passion des mêmes choses, non pas simplement avec les formes et les arrangements de la nature , mais avec de nouvelles combinaisons qui se forment dans l'esprit. La phrénologie envisage donc la conception comme le second degré d'activité des facultés du savoir et de la réflexion, et l’imagination comme le troisième. L’imagination ne comprend que les conceptions intenses, brillantes et forcées; elle procède d'une grande activité des facultés intellectuelles, ne se borne pas aux circonstances icelles, et embrasse les combiuaisons nouvelles que ces facultés sont capables de former. Oc cette manière, l’imagination peut se manifester d’une manière toute simple; c’est ce qui arrive, quand les facultés de la forme, de la localité, du coloris et de la causalité agissent par elles-mêmes, sans l’aide de l’idéalité et de la comparaison. Aussi l’assertion de d’Alerabert (t) que * la métaphysique et la géométrie sont do toutes les sciences exerçant la raison celles où l’imagination joue le plus grand rôle > est elle tout à fait intelligible, et peutelle avoir été avancée très-sérieusement. Si la forme , l’étendue, la localité, le nombre et la causalité, enGn les facultés qui contribuent à constituer le génie des mathématiques et de la métaphysique étaient très-actifs chez ce philosophe, il pouvait

(J) Stewart, Prétim. Disserl. (o Sup Encyclop. Dril. part. I, p. 0.

se sentir capable d'imaginer bientôt de nouvelles relations d’espace, de grandeur et de cause ; et voyant les définitions ordinaires de l'imagination, il pouvait désigner ces actes comme des opérations de cette faculté.

Les métaphysiciens attachent une signification différente et beaucoup plus étendue au mol fancy, et si je comprends bien les fonctions par eux attribuées à ce pouvoir, il a une acception plus vaste que l'imagination , et suppose nécessairement des ornements et des preuves. Donc la comparaison et sans doute l'idéalité doivent se combiner aux facultés réflcclives et aux facultés du savoir pour constituer le fancy. Ces dernières facultés rappellent les objets tels qu’ils existent dans la nature l’idéalité les revêt de beauté, la comparaison choisit des similitudes, cherche des analogies dans le vaste champ de l’espace, et c'est le produit du concours de ces facultés qui peut être regardé comme la création du fancy; mais la signification attachée, en général, aux mots imagination et fancy n’est nullement précise. Les conceptions des facultés réllectives et des facultés du savoir, dont la comparaison seule fait la valeur et la différence, sont souvent désignées comme du fancy; et en ce sens on peut dire d’un auteur ou d’un orateur qu’il possède un brillant fancy, quoique l’idéalité ne soit nullement un organe dominant dans sa tête. D’un autre côté , plusieurs passages de Milton ne sont que le produit des facultés du savoir et de la causalité, fécondé par une forte idéalité, et la comparaison s’y manifeste peu ; néanmoins on dit qu’ils sont remplis d'imagination, et l'on a raison. Ainsi, en jugeant le génie, la phrénologie nous apprend à être circonspect dans nos analyses, cl à éviter l'erreur qui fait supposer la présence de tous les pouvoirs de l’esprit chez un homme qui a du talent.

Les improvisateurs peuvent, sans élude ou réflexion, débiter des milliers de vers impromptu, souvent assez bons, sur le sujet qu’il plaît aux spectateurs de choisir. Je n’ai pas vu beau-

MHBE. — TRAITÉ !>F. PHRÉNOLOGIE. T. il. 27

coup de ces individus; mais la phrénologie nous met à môme de présumer quels sont les éléments constitutifs de leur génie. D’abord nous pouvons croire qu'ils ont un tempérament trèsnerveux ou très-sanguin, qui imprime une grande activité à leur cerveau , et en second lieu, que les organes du langage , de l’individualité, de la comparaison, des tons, du temps et de l’idéalité sont tous développés. Celte grande activité que nous supposons, et qui est si rare, produit la promptitude de conception et la chaleur de sentiment ; ce qui est nécessaire avant tout. Ils doivent au grand développement de l’individualité et de l’éventualité les faits et les accidents qui animent la composition; la comparaison donne les similitudes, les métaphores, les analogies, l’idéalité ennoblit tout; les tons et le temps donnent le rhythme; et le langage revôt d’expression toutes les idées ainsi formées et ainsi combinées. Ce n’est que par l’observation qu’on pourra reconnaître l’exactitude de ces conjectures; mais les causes ici indiquées paraissent être en rapport avec leurs effets; et c’est la seule condition qu’on puisse exiger dans une hypothèse.

La mémoire est aussi un mode d’action des facultés. Chez la plupart des individus, l’esprit n’a pas le pouvoir de rappeler, de faire revivre, par le seul désir de les éprouver, les émotions qu’ont causées les penchants et les sentiments; nous concluons de là que ces facultés n’ont pas de mémoire. Mais les idées, formées par les facultés réflcctives et les facultés du savoir, peuvent être reproduites par le souvenir; aussi dit-on que ces facultés ont de la mémoire. La mémoire n’est donc qu’un mode d’action des facultés réllectives et des facultés du savoir. J’ai dit que la conception et l’imagination résultaient aussi de l’action interne de ces organes ; et cette question : t En quoi donc la mémoire diffère-t-elle de la conception et de l’imagination? * se présente d’elle-même. Voici quelle paraît être la différence. La conception et l’imagination forment de nouvelles

combinaisons d’idées, sans égard au temps ou à l'ordre des idées premières, ni à ces idées premières elles-mêmes. La mémoire, au contraire, implique la reproduction d'impressions déjà reçues, avec l'idée du temps écoulé depuis, et ordinairement elle conserve l'ordre des événements.

Chaque organe donne à l'esprit le pouvoir de rappeler les impressions qu'il lui a fait percevoir. Ainsi l'organe des tons rappelle les notes entendues autrefois, et donne la mémoire de la musique. La forme rappelle les figures que l'on a observées, donne la mémoire des personnes, des tableaux etc., et ce qu’il faut pour se distinguer dans les arts. L’individualité et l’éventualité donnent la mémoire des faits, et dominent chez les personnes versées dans l'histoire naturelle ou dans les études historiques. La personne qui a la causalité énergique a une grande mémoire pour la métaphysique. Il y a donc autant d’espèces de mémoires qu’il y a d’organes réfleclifs et d’organes du savoir ; et l'on peut avoir une grande mémoire dans un ordre d’idées, et en manquer dans un autre. Georges Bidder avait une mémoire étonnante pour le calcul , et n'avait pas plus qu'un autre la mémoire de l'histoire ou des langues. Dans le langage ordinaire , on entend par une grande mémoire , le souvenir des faits et des événements, et ceux qui en sont doués ont en général l’individualité, l'éventualité et sans doute le langage très-bien développés.

Il semble qu'il y ait dans le cerveau une qualité qui donne de la rélenlivité à la mémoire; de sorte qu'avec la même combinaison d'organes, un individu peut retenir des impressions bien plus longtemps qu’un autre. On dit que Waller Scott avait ce trait caractéristique à un très-haut degré ; mais la cause en est inconnue. Ce fait n’infirme pas notre théorie de la mémoire; car chez tous les individus, le pouvoir de retenir une espèced’impression est plus grand que celui d’en retenir une autre; et ce pouvoir est toujours en proportion du développement des organes.

Cuvier csi un autre exemple frappant. 11 possédait celle qualité de rétentivité (dont la cause reste inconnue) à un degré extraordinaire; mais ce pouvoir était plus fort dans ses organes intellectuels les plus développés. De Candolle parle de ses qualités mentales en ces termes : — t La sphère de ses connaissances était d'une étendue inconcevable. Pendant toute sa vie, il a beaucoup lu, beaucoup vu, et jamais il n’a rien oublié. Une mémoire puissante, soutenue et dirigée par un jugement sain et une sagacité singulière, a été la base principale de ses travaux immenses et de ses succès. Cette mémoire était surtout remarquable, quant à ce qui se rattache à la forme, dans l’acception la plus étendue de ce mot; la forme d'un animal , qu’il l'eût vu, soit en réalité, soit en dessin, restait à jamais gravée dans son esprit, et lui servait de point de comparaison pour tout objet analogue. Il suffisait d'une carte de géographie ou du plan d'une ville pour lui donner la connaissance presque intuitive d'un lieu ; et parmi tous les dons qui le distinguèrent, cette mémoire, que l’on peut appeler graphique» fut peut-être le plus remarquable. Aussi dessinait-il fort bien; il saisissait vite et parfaitement la ressemblance, et avait l'art d’imiter, avec le crayon, d’une manière qui lui était particulière , le tissu des organes ; ses dessins anatomiques sont admirables (i). »

Les organes réflectifs, comme ceux du savoir, étaient trèsdéveloppés dans sa tète; et si l’on peut juger d'après ses portraits, son tempérament parait avoir été nerveux ou nervoso-sanguin.

Le Dr Watts semble avoir pressenti la véritable philosophie de la mémoire. Il dit : « Il est très-probable que les mêmes fibres , pores , ou voies du cerveau qui aident à l'idée première ou perception d’un objet, aident aussi à s’en souvenir. Il suit

(1) Edinburgh nev> phüotophical journal, vol. XIV, n“ 38.

de là que la mémoire n'a pas pour siège une partie spéciale du cerveau, et qu’elle est dans toutes les parties qui sont au service de nos sensations, aussi bien que de nos pouvoirs réfleclifs et de raisonnement (<). > Cette conjecture coïncide exactement avec le fait cité par M. Hood, d'une personne de Kilmarnockqui, tout en demeurant capable d’articuler, perdit tout pouvoir de se rappeler les signes arbitraires, et qui, avec un jugement sain et une intelligence parfaite , avait oublié, par suite de sa maladie, son propre nom et les noms de toutes les personnes et de tous les objets qui lui étaient le mieux connus. On ne put expliquer ce fait, qu’en supposant que l’organe du langage avait perdu le pouvoir d’ôtre excité par l’acte de la volonté, tandis que tous les autres organes intellectuels étaient intacts. On explique de la même manière la perte de la mémoire dans la vieillesse, avant que le jugement ait rien perdu de son pouvoir. L’âge diminue la susceptibilité et l’activité des organes; aussi le vieillard est-il incapable de recevoir et de reproduire ses impressions avec la vivacité de la jeunesse. Le jugement étant l’exercice des facultés sur des objets présents, ne requiert pas le même degré d’excitation interne et spontanée. On sait que quand l’esprit est mort au souvenir d’événements récents, il se rappelle encore, avec une grande activité, les impressions de sa jeunesse et même de l’enfance; c’est que ces impressions se gravèrent alors que tout le système était très-susceptible, et qu’elles ont souvent été rappelées à l’esprit ; et les organes qui n'ont plus la faculté de retenirlcs impressions produites par des événements, arrivés depuis qu'ils ont perdu leur énergie, sont encore capables de reprendre l’état qui doit rappeler les impressions premières.

Cette opinion, que la mémoire n’est que le degré d'activité des facultés , se trouve corroborée par les phénomènes aux-

(!) Perfectionnement de l'esprit , ch. XVII.

— il t —

quels donnent lien les maladies qui excitent surtout le cerveau. Il arrive que sous l'influence d'une maladie, on a le souvenir le plus vif de choses qui avaient entièrement échappé à la mémoire dans un état parfait de santé. « Un exemple très-remarquable de ce genre se présenta à l'hôpital Sl.-Thotnas, il y a quelques années. On y avait admis un homme qui avait reçu plusieurs fortes contusions à la télé, dont il se guérit ultérieurement. Quand il devint convalescent , il se mit à parler un langage que personne autour de lui ne pouvait comprendre. Un jour, cependant, une laitière galloise entra dans les salles de l’hôpital, et comprit aussitôt tout ce qu’il disait. Il parait que ce pauvre homme était Gallois, et qu’il nélait plus retourné dans son pays depuis environ trente ans. Pendant ce temps, il avait oublié sa langue mère et appris l'anglais. Mais quand il guérit de scs contusions, il oublia la langue qu’il parlait encore si peu de temps auparavant, et retrouva celle qu’il avait parlée, et oubliée la première (i). »Un pareil fait serait tout à fait inexplicable, si l’on ne reconnaissait l'existence des organes qui manifestent les facultés; car ce ne put être l'esprit môme qui fut afTeclé par la fièvre; elle ne put pas davantage en affaiblir les facultés ; et ce ne fut pas l'esprit non plus qui retrouva , par l’influence de la maladie, un savoir oublié depuis longtemps. Quelle est la cause d’un semblable effet? C’est ce qu'on ignore entièrement. De vieilles gens, quand ils sont faibles, reprennent involontairement le dialecte de leur jeunesse.

Voici l’extrait d’un cas très-intéressant, communiqué par le Dr Dewar à la Société royale, que l’on ne peut jusqu'à présent expliquer.

(1) Tupper’a Inquiry inlo GaWt Sytlem, p. 33; GocxTs Slwdy ofMedirtne.2* édit., vol IV, p. 190 et Article deukiüü, par le D' Pricbard dans Cyclop. of Prœc. Med., vol. I, p. 306. — Le Dr Pricbard dit que ce récit de M' Tupper, a été confirmé à l’auteur de cet article par un témoin oculaire.

Die

Dans un « rapport sur une communication faite par le Dr Dyce d'Aberdeen , sur l'irritation de l’utérus et les résultats qu'il peut avoir sur la constitution de la femme (4), t le Dr Dewar dit que < c’est un cas d'affection mentale accompagné de quelques manifestations puissantes des pouvoirs intellectuels, et que ces manifestations cessent dès que l'individu a recouvré la santé. C’est un exemple d'un phénomène qu'on appelle quelquefois double conscience, mais que l’on devrait plutôt appeler, conscience divisée ou double personnalité, dans lequel on trouve, en quelque sorte , deux séries de pensées distinctes et indépendantes l’une de l'autre , et deux capacités mentales dans le même individu; chaque série de pensées comme chaque capacité étant entièrement séparée de l’autre , et les deux états dans lesquels elles dominent respectivement sujets à de fréquentes altérations. >

La malade était une jeune fille de seize ans; l'affection commença quand elle approcha de la puberté, cl disparut quand elle fut pubère. Elle dura depuis le 2 mars jusqu’au 14 juin 1815 sous les yeux du Dr Dyce. « Le premier symptôme fut une envie étonnante de dormir qui la prit tous les soirs. Le second fut l’habitude de parler dans ce sommeil. Un soir qu’elle s’était endormie de celte manière, elle s’imagina être un évêque, fit toute la cérémonie du baptême de trois enfants, et improvisa une prière pour la cérémonie. Sa maitresse lui mil alors la main sur l'épaule, elle se réveilla , mais elle ne conservait aucun souvenir de ce qu’elle avait fait; elle se rappelait seulement qu’elle s’était endormie et s’en montrait honteuse. Quelquefois pendant cet état de sommeil de mort, comme l’appelait Mra* L., elle s’habillait ou habillait ses compagnes, et répondait assez bien aux questions qu’on lui adressait pour qu’on ne pût douter quelle les comprenait. Mais souvent aussi ses réponses

(1) Lu à la Société Royale en février 1822.

étaient incongrues. Un jour elle prépara le déjeuner, les yeux fermés, avec la plus grande précision. Puis elle habilla un enfant, et s'étant réveillée avec l'enfant sur ses genoux , elle exprima son étonnement de ce qu’elle avait pu le changer de vêtements. Le froid la réveillait quelquefois; d’autres fois c’est pendant la promenade avec les enfants que son alTeciion la prenait. Souvent, quand elle était dans cet état, elle chantait des hymnes d’une manière ravissante et incomparablement mieux d'après la comparaison qu’a pu en faire le Dr Dyce, que quand elle était dans son état normal.

« Cependant un autre symptôme plus singulier encore et plus intéressant commença à se faire remarquer. Elle oubliait totalement aussitôt qu’un paroxysme cessait, ce qui s'était passé pendant sa durée, mais elle se le rappelait distinctement pendant les autres paroxysmes, et c’est à ce propos que j’ai envisagé ce cas dans ses rapports avec la mémoire. Sa maîtresse me dit que, dans des occasions ultérieures, pendant qu'elle était dans cet état, cette jeune fdle lui avait répété tout ce qu’on avait dit le jour où elle avait baptisé les enfants. » Voici d'autres exemples du même genre : « Une domestique dépravée, ayant entendu dire qu’elle oubliait tout ce qui se passait pendant un paroxysme, introduisit en cachette dans la maison un jeune homme qui la traita avec la plus grande grossièreté, tandis que sa complice étouffait ses cris avec une couverture, et s’opposait de toutes ses forces à la résistance vigoureuse qu’elle faisait. Le lendemain elle ne conservait pas le moindre souvenir de ces violences. Pendant plusieurs jours les personnes qui s’intéressaient le plus à elle ignorèrent tout ce qui s'était passé. Ce ne fut que pendant son paroxysme suivant quelle dit tout à sa mère. Le dimanche suivant, elle était menacée d’un paroxysme, quand elle fut conduite à l’église; elle versa des larmes pendant le sermon , surtout pendant le récit que fit le ministre de l’exécution de trois jeunes gens à Édimbourg, qui avaient

déclaré, avant de mourir, les circonstances qui les avait conduits au vice et à l'infamie. Un quart d’heure après son retour de l'église, elle revint à elle , et fut tout étonnée des questions qu’on lui fit sur le sermon; elle nia même qu’elle l’eût entendu ; mais le lendemain un accès l'ayant reprise, elle rappela qu’elle avait été à l’église , répéta le texte du sermon , et en présence du Dr Dyce, fit un récit exact de la fin tragique des trois jeunes gens, qui l’avait si fortement émue. Quoiqu’elle fût alors dans la maison de Mme L., elle soutint qu’elle était dans la maison de sa mère.

Les Dr* Dyce et Dewar n’expliquent par aucune théorie ces phénomènes extraordinaires; ils disent qu’à l'approche d'une attaque, cette jeune fille se plaignait de confusion dans ses idées et d’oppression à la tête; et qu’aussilôl qu’elle fut bieu réglée, tous les symptômes disparurent. La phrénologie ne jette pas plus de lumière sur ce cas ; et la seule conclusion qu’on en puisse tirer , c’est qu’avant que La mémoire existe , les organes devaient être affectés delà même manière, ou être dans un état analogue à celui où ils étaient quand ils reçurent la première impression. Plusieurs autresfaits viennent à l’appui de celle déduction. Le Dr Abel m’a parlé d’un Irlandais, portier d’une fabrique, qui oubliait, étant sobre, ce qu’il avait fait dans un état d'ivresse ; mais qui se le rappelait quand il s’enivrait de nouveau. Il lui arriva une fois de perdre, étant ivre, quelques paquets de valeur; il ne put rien en dire, tant qu’il ne fut pas ivre; mais alors il se rappela la maison où il les avait laissés; et en effet on les y trouva. Les mêmes phénomènes se présentent dans l'état de somnambulisme, produit par le magnétisme animal. Dans les ouvrages sur cette matière, il est dit ( et le fait m'a été confirmé par une personne trèsinstruite , qui l’a observé à Paris ) qu’une personne, magnétisée de manière à produire le sommeil magnétique , appelé somnambulisme, acquiert, comme la jeune fille d’Aberdeen, une

COVBE. — TRAITÉ DE rilRÉSOLOCIE. T. II. 28

nouvelle vue et une nouvelle mémoire; elle ne peut se souvenir des circonstances de l’état ordinaire de l’existence, et acquiert le pouvoir de sentir et d'expliquer son nouvel état, abstraction faite du monde extérieur. Quand cet état cesse, tout ce qui s’est passé pendant sa durée s'efface de sa mémoire , et le souvenir des événements ordinaires revient. En reproduisant l’état magnétique, on rappelle îi la mémoire le souvenir de tout ce qui s’était passé pendant le premier sommeil. On peut donc dire que les individus magnétisés ont une double vue. On a actuellement dans ce pays, pour le magnétisme, le mépris qu'on avait autrefois pour la phrénologie. Je ne puis me prononcer làdessus. Mais plusieurs physiciens célèbres croient à son influence (»); et la circonstance , dont nous venons de parler, de mémoire et d’oubli alternatifs, se trouve non-seulement dans les ouvrages sur la matière, que j’ai consultés, mais elle m’a été certifiée par un homme qui a trop d’esprit pour être trompé et trop de délicatesse pour tromperies autres. On ne peut jusqu’à présent donner de ces faits une explication satisfaisante ; mais en constatant leur existence, on attirera sur eux l’attention. Des observations subséquentes les éclairciront sans doute.

M. Hewetl Watson a inséré dans le n° 29 du Phrenological Journal un essai d’un grand mérite sur les particularités de la mémoire; il n’est pas philosophique, observe-t-il, de se servir de phrases comme celles-ci : Une bonne mémoire ou une grande mémoire, car ces expressions sont susceptibles d’interprétation très-différentes. Dans le but de fixer l’attention des phrénologues sur la nécessité de l'exactitude dans leurs descriptions, il spéciGe quelques-unes des principales variétés de la mémoire, et suggère en môme temps quelques-unes des conditions dont

(t) Voir le rapport du comité de l'Académie des sciences de Paris , sur le magnétisme animal; Georget, Ve la Physiologie du système nerveux, lom. I, p. 207 , et l'Encyclopédie de la médecine pratique, article somnambulisme.

elles dépendent. « Pour faciliter l’intelligence, » dit-il, « il conviendrait de distinguer les variétés de la mémoire en deux divisions principales, que l’on nommerait la mémoire simple et la mémoire par association. La mémoire simple serait celle qui rappellerait directement et spontanément l'idée d’un son, d’une couleur, d’un objet, ou d’un événement. Par exemple, quand on a vu une fois une maison ou un arbre , si l’idée ou l’impression mentale se reproduit plus lard , on dit qu'on se rappelle. La mémoire dépendant des associations est indirecte , et s’explique par ce fait qu’il nous arrive à peine de penser au ciel d'été, et aux roses qu’il fuit épanouir, sans nous rappeler aussitôt la forme concave et la teinte bleue du premier, et l’élégance et les teintes roses de ces dernières. La liaison inséparable qui vient à s'établir entre les sons et les formes arbitraires dont on se sert pour parler et pour écrire , et les diverses idées mentales, à ce point qu’un simple son ou la vue d'un mol rappelle indubitablement l'idée qui s’y rattache, donne tous les jours la preuve de la mémoire par association. De pareilles associations varient des plus simples aux plus bizarres.

Parlons d’abord de la mémoire simple : une des variétés les plus frappantes qu’on doit classer dans cette division, c'est celle qui rend un individu capable de se rappeler un grand twmbre d’idées , de formes, d’objets, de sons, de couleurs ou de toute autre chose. Le souvenir peut en être ou durable, ou passager; conforme ou non à l’ordre des événements; l’individu peut être prompt ou lent à reproduire les impressions formées. Enfin, une pareille mémoire peut varier à l’infini, en conservant cependant son caractère distinctif, savoir : la multiplicité des idées remémorées. J’ai vu plusieurs individus faire preuve d’une grande mémoire de cette espèce, mais avec de grandes variétés dans la durée , la clarté, la promptitude et autres particularités des idées remémorées. C’est à cette espèce de mémoire qu’on applique le plus communément les expressions

une bonne ou une grande mémoire, quoiqu'elle ne mérite pas toujours d’étre ainsi qualifiée. Elle parait essentielle pour parvenir au premier rang, dans la plupart des branches de la science et de la littérature ; et c’est cette variété qui a conduit Gall à la découverte des organes intellectuels; car elle parait surtout dépendre d’un grand développement organique du cerveau. Ceux qui comprennent et retiennent le plus grand nombre d’idées à la fois, soit qu’ils en conservent le souvenir pendant une longue période, ou que d’autres idées les remplacent bientôt, ont, cwleris paribus, le plus grand développement organique du cerveau. J’ai observé chez des botanistes, dont les organes du langage et de l’individualité n’étaient que modérément développés, la faculté de se rappeler, pendant longtemps et avec une grande exactitude, un nombre limité de plantes, leurs noms et leurs caractères distinctifs. Ils se rappellent, par exemple, celles d’un jardin particulier, d’un district, d’une province ; mais lorsqu’ils veulent étendre leurs observations , ils oublient les premières, sans doute par suite de la difficulté de retenir un grand nombre d’idées dans un petit organe. D'autres, au contraire, développent tout le système du règne végétal; ce qui fait un total de connaissances individuelles, presque incompréhensible dans un petit développement du cerveau. Le moule de sir James Smith, dont la principale science en botanique était la connaissance des divers noms que les botanistes et autres ont, à différentes époques, appliqués à la même plante, montre qu’il avait l’organe du langage tresdéveloppé ; les organes de l’individualité et de la forme y sont tous deux bien développés; mais je les ai vus plus développés encore relativement, chez quelques-uns des botanistes les plus distingués de la Grande-Bretagne , qui se rappelaient mieux les plantes que leurs noms. Cette réunion de diverses mémoires en constituerait une qui serait bien nommée mémoire étendue ; cependant, comme elle dépend snrtout d'un grand développe-

moni organique du cerveau, que personne ne possède dans foules les facultés, cette mémoire est toujours plus ou moins partielle, c’est-à-dire limitée quant à l’espèce d’idées quelle retient; si bien que, pour la caractériser avec précision, il serait nécessaire de dire mémoire étendue des mots, mémoire étendue des couleurs, des sons ou de quoi que ce soit. Plusieurs personnes prennent une mémoire limitée pour un manque absolu de mémoire, et s’en plaignent , lorsqu’en réalité ils ont une mémoire, étendue pour un ordre d’idées et limitée pour un autre ; et comme la mémoire faible est la seule qui les gène, ils en font un critérium général. L’exercice semble avoir moins d'influence sur celte réunion de mémoires, que sur les autres dont nous allons nous occuper, sans doute parce qu’elle influe plutôt sur la direction que sur lenombredes idées remémorées. Linnée, Shéridan, Newton, Johnson, Cuvier et sir Edward Coke peuvent fournir des exemples de mémoire étendue, et cela principalement dans une direction ou dans un ordre particulier.

« Une seconde variété de mémoire est celle des hommes capables de se souvenir de ce qu’ils ont vu, entendu ou fait pendant une très-longue période de temps ; leurs impressions mentales paraissent déGer le temps. Que les objets remémorés soient nombreux ou non, et de quelque nature qu’ils soient, leur image, une fois formée, reste distinctement gravée; les individus, doués de cette variété de mémoire à sou plus haut degré, causent aussi facilement et avec autant d’exactitude d’événements passés depuis des années, que d'autres parleront d’événements arrivés une semaine auparavant. 11 y a des enfants qui apprennent leurs leçons à l’école vite et facilement, mais qui l’oublient presque aussi vile; la leçon qu'ils savaient, il y a quelques jours, ne se présente plus aujourd'hui à leur esprit que comme le contour incertain et imperceptible de quelque chose qui a été, et qui demain aura entièrement disparu de leur mémoire.

* Puis on voit d'autres enfants qui ont les mêmes leçons, dont l'instruction diffère à peine, mais dont la mémoire présente des résultats tout opposés. La leçon de la semaine ou du mois passé est dans leur mémoire comme s’ils l'avaient apprise hier; ils s’étonnent de ce que les autres oublient si vite, et ceux-ci s'étonnent à leur tour que la mémoire puisse avoir autant de rétentivité. De quoi cela dépend-il? C’est un problème qui n'a pas encore été résolu. Chaque jour l’expérience nous prouve qu’on ne peut l’attribuer à l’étendue ou du moins à l’étendue seule; et tout ce qu’on peut supposer jusqu’à présent c'est que la qualité plutôt que la quantité du cerveau est la condition dont elle dépend principalement. Elle semble être presque constamment accompagnée d’un degré de lenteur dans l'action, d'un défaut de rapidité dans le flux des idées qui caractérisent la variété dont nous parlerons tout à l’heure. La lenteur et l'opiniâtreté dépendent peut-être de la même particularité dans la composition ou la qualité du cerveau; car la rétentivité des idées premières se lie à la lenteur pour en acquérir de nouvelles. Quand je lus ces observations à la Société phrénologique , on cita un individu qui, lorsqu’il apprenait en peu de temps de longs passages par cœur, les oubliait très- vite, et retenait longtemps ce qu’il avait appris lentement (1). Il paraîtrait d'après cela que la lenteur à acquérir des idées est un préalable nécessaire à la rétentivité. Nous n’avons pas le droit de dire quelle en est la cause; car l’une et l’autre peuvent dépendre et dépendent probablement ( généralement ou momentanément) d'une condition constitutionnelle qui réprime la rapidité. L’épithète rétentive désignerait assez exac-

(1) Dan» son ouvrage sur les facultés intellectuelles, p. 100, le D' Abercromby cite un acteur qui , dans une circonstance , apprit son rôle avec une vitesse surprenante et l’oublia aussi très-vite. Cependant il se rappelait très-bien , pendant des années, les rôles qu’il avait appris lentement et qu’il avait médités.

temcni celte variété de mémoire et la distinguerait de la première avec laquelle tantôt elle est combinée, tantôt ne l'est pas. Je l'ai remarquée chez des hommes qui ont une mémoire limitée comme chez ceux qui ont une mémoire étendue ; mais, cceteris paribus elle semble plus générale chez les hommes qui ne s’appliquent qu'à un petit nombre d'objets. Cette variété de mémoire est-elle l’effet ou la cause d’une uniformité de goût et de recherche ? C'est ce dont on peut douter. Chez l'habitant de la campagne le souvenir semble avoir plus de persistance que chez l'habitant de la ville; et certes, le campagnard est plus porté que le citadin à se pénétrer d’une idée lentement et avec réflexion. Jointe à une mémoire étendue, cette variété constitue la science dont elle est un élément essentiel ; mais elle ne donne jamais ni du brillant, ni de l'esprit. Joseph Hume, Jules César et peut-être Napoléon, peuvent être cités comme exemples.

« Une troisième variété de la mémoire simple se caractérise par la rapidité avec laquelle les idées premières se reproduisent dans l’esprit. Les impressions et les pensées premières se renouvellent l’une après l’autre, et passent devant l’œil mental dans une succession perpétuelle. Elles peuvent se renouveler en séries systématiques liées ou régulières, ou jaillir en assemblages les plus confus et les plus hétérogènes, comme un cortège de carnaval , ou comme les objets et les teintes variés d'un immense paysage. La rapidité des idées est le trait essentiel de celte modification. De pareilles idées sont-elles justes ou erronées, limitées ou générales, coordonnées ou désordonnées? Cela semble dépendre de conditions différentes, que celles qui sont nécessaires à la promptitude de leur reproduction... Le granddéveloppementdu langage et de l’individualité, joint à cette grande rapidité, tend à provoquer les jeux de mots et ce genre d’esprit qualifié de bons mois , à-propos , saillies, et je l’ai souvent remarqué chez des gens dont l’organe

appelé esprit de saillie n'avait qu’un développement modéré. C’est peut-être celle rapidité de mémoire, quand la consiruelivité est peu énergique, qui inspire ce qu’on appelle ordinairement de l’esprit cherché, ou cette réunion d’idées qui n’ont aucun rapport entre elles, et qui arrive avec une rapidité que ne réprime pas une action concentrée... La rapidité de la mémoire est peut-être nécessaire au poète ; car, dans la poésie , elle se manifeste par la variété des images; et c’est ce qu’un poète a très-bien rendu dans les expressions tourbillons d'images, La rapidité poussée à l’excès, impliquant une transition perpétuelle d’idées , rend impropre aux sciences. De là vient qu’on trouve rarement, si l’on trouve jamais, une personne qui tient le premier rang en science et en poésie, ou en science et en esprit. On peut être à la fois, et au même degré, savant et poète, ou savant et homme d’esprit, mais sans jamais sortir de la médiocrité. En traitant de la variété précédente j’avais suggéré l’idée que la rareté sinon l’incompatibilité des mémoires rapides et rétentives coexistait à un haut degré ; mais on me dit, quand je lus cette remarque, que le professeur Mezzofante, de Bologne, combine la rapidité de la mémoire verbale avec la rétentivité. Le tempérament nerveux semble concourir à donner cette qualité au cerveau; il serait peut-être plus exact de le regarder comme l’effet; mais elle n’est certainement pas particulière aux personnes brunes qui ont ce tempérament : les exemples les plus frappants de mémoire rapide que j’aie trouvés étaient chez des personnes d’un teint clair. Un bon moyen de distinguer cette modification de la mémoire , de celles déjà mentionnées, serait de la qualifier de rapide. Miss Pratt , citée dans les ouvrages pbrénologiques comme ayant l’individualité très-développée , peut être aussi citée comme ayaut une mémoire rapide, combinée avec une mémoire étendue des objets et des événements.

« La promptitude de la mémoire , ou le pouvoir de la porter

immédiatement sur un sujet donné a un rapport intime avec la mémoire intime, sans néanmoins coexister nécessairement avec elle. Il y a des hommes qui ont une rapidité et une diversité d’idées étonnantes, et qui, si on leur fait la plus simple question sur un sujet qui n'occupe pas leur pensée dans le moment même, trouvent des difficultés inouïes à faire prendre à leurs idées une nouvelle direction. Ils semblent ainsi , à leurs propres yeux comme aux yeux des autres , manquer tout à fait de mémoire. L’inégalité dans le développement des organes du cerveau tend sans doute à augmenter celte imperfection particulière; mais il me semble que la concentrativité et la sccrétivité y sont aussi pour quelque chose. Je n'ai fait que peu d’observations sur le développement cérébral des individus dont la mémoire est prompte; mais elle semble atteindre à son plus haut degré de perfection, quand la secrétivité, la concentrativité et le lobe antérieur, surtout l'individualité se combinent avec elle, et souffrir en proportion de l'absence d’un de ces organes. J’ai vu un exemple de cette promptitude de la mémoire chez une personne qui avait les organes du savoir et surtout l'individualité, l’éventualité et la secrétivité très-développées, la concentrativité et les organes réflectifs développés au-dessus de la moyenne et un degré moyen de rapidité et de rétentivité de la mémoire. L’épithète prompte peut désigner cette variété , qu’avaient sans doute fiurke, Pilt , Curran et Sheridan.

< Aux particularités de la mémoire , dont nous venons de parler, il nous reste îi en ajouter une autre, qui, par son influence sur la mémoire, par association, peut être considérée comme la transition entre les deux divisions artificielles ici établies. Je veux dire la mémoire partielle, ou celle qui ne sort pas d'une certaine sphère d'idées. Le rapport entre la mémoire partielle et le développement proportionné des organes du cerveau est si bien la pierre fondamentale de la phrénologie, qu'il est inutile d’en rien dire ici; mais nous ne devons jamais

perdre de vue ce fait que la mémoire partielle dépendant de cette cause ne se montre que dans la nature des idées, comme celle de la couleur en opposition avec les dimensions, et non simplement dans sa direction particulière.

Le Jugement, dans le sens qu’y attachent les métaphysiciens , appartient aux facultés réflectives seules. Cependant les facultés du savoir peuvent aussi aider à juger; par exemple, la faculté des tons juge des sons par l’impression agréable ou désagréable qu’ils produisent sur elle ; mais le jugement, dans l’acception propre de ce mot , est la perception de l’adaptation du rapport , de la convenance ou de la liaison entre une cause et son effet, et est exclusivement du ressort des facultés réfleclives. Ces facultés, comme celles du savoir, ont la perception, la mémoire et l'imagination. Par exemple, la causalité perçoit les rapports des causes avec leurs effets, se rappelle et imagine aussi ces rapports, précisément de la même manière que la localité perçoit, se rappelle et imagine la position relative des objets. Ainsi le jugement est la décision des facultés réflectives sur les sentiments fournis par les penchants et les sentiments, et sur les idées fournies par la masse des facultés intellectuelles. Tel est, à mon sens, l'analyse strictement phrénologique du mot jugement, mais, dans le langage ordinaire , il a une signification plus étendue. On entend tous les jours dire de quelqu’un, qu’il a une intelligence vive et même profonde, mais qu’il manque de jugement. Ce paradoxe apparent peut s’expliquer de deux manières : d’abord, parce que, par une intelligence vive ou profonde, on entend souvent un grand mérite, mais un mérite limité, que l’on doit attribuer à quelques-unes seulement des facultés du savoir. Ainsi on peut être mathématicien ou peintre distingué, et ne pas briller par la réflexion ou le jugement, selon la signification absolue de ce mot. Voici cependant une explication préférable : pour juger de la ligne de conduite à suivre dans les affaires de la vie , il faut sentir exactement,

aussi bien que raisonner profondément , ou plutôt il est plus nécessaire de sentir juste que de réfléchir juste. Ainsi un individu qui, comme Bacon, a de très-fortes facultés réflectivcs, et qui manque de conscienciosité ( et il parait en avoir manqué ) est comme un beau vaisseau sans gouvernail à la merci des courants et des vents. Les facultés réflectives donnent le pouvoir de penser profondément; mais la conscienciosité et les autres sentiments sont indispensables pour nous fournir des sensations exactes, qui puissent régler notre conduite dans la vie. Bacon prouve clairement combien le don de l'intelligence, même la plus transcendante, est peu de chose, quand elle n’est pas accompagnée par des sentiments droits. Cet esprit, qui embrassait d’un seul regard toutes les sciences , et qui indiquait, avec une étonnante sagacité, les moyens de les cultiver avec succès, cet esprit enfin , qui anticipait d’un siècle et demi les progrès de l'intelligence humaine, avait si peu de jugement, si peu de bon sens dans la vie ordinaire, qu'il devint l'accusateur et le calomniateur d’Essex , son ami et son premier protecteur ; souilla la robe du magistrat en donnant l’exemple de la corruption et de la vénalité, et, pour satisfaire à une ambition méprisable, prodigua lâchement à une faible reine les plus basses flatteries. Jamais déception ne fut plus complète. Il tomba dans un abime de dégradation , dont il ne se releva plus; et même aujourd’hui, le souvenir de sa moralité flétrie forme un déplorable contraste avec le renom de sa brillante intelligence. Il y avait chez lui le défaut de jugement le plus patent; et avec les pouvoirs réflectifs qu’il possédait , la source de ses erreurs ne pouvait être que dans ses organes des sentiments, dont la dépression l’empêchait de sentir juste, et par conséquent privait son intelligence de ce qui aurait pu guider sa conduite.

Dans la vie ordinaire, on oublie trop souvent l’influence des sentiments sur les opinions. On entend souvent des personnes

su quereller avec aigreur dans le but de convaincre mutuelle* ment leur intelligence , quand la cause réelle de leur désaccord porte sur un sentiment qui, s'il pouvait devenir le même ehei tous deux , ferait cesser la contestation. On a l'habitude de dire dans de semblables cas : * Je diffère tout à fait de sentiment avec vous » , forme d’expression tonte philosophique et qui concorde avec l'explication que nous venons de donner; mais on ne songe pas que, par l' argumentation, on ne peulfaire partager un sentiment , dans la stricte acception du mot ou dans le langage ordinaire ; et l'on soutient la controverse, en s’adressant à l’intelligence seule, sans aucun résultat satisfaisant. Deux personnes , au contraire , dont les sentiments et les penchants sont les mêmes se rencontrent elles, leur sentiment coïncide en général, malgré la différence énorme qui peut exister dans la profondeur de leurs facultés intellectuelles. Lors donc qu'on estime le degré de jugement sain dans les atraircs de la vie ordinaire , le bon sens ou esprit primitif de tout individu, on ne doit pas se borner à examiner le front, d'après l'idée qu'il est exclusivement le siège du jugement; on doit, en premier lieu, examiner le tempérament, afin déjuger de l'activité du cerveau , et examiner ensuite la combinaison des organes; car on trouvera qu'en général le bon sens résulte du développement égal de tous les organes, de ceux des sentiments moraux et du développement un peu dominant des organes intellectuels. Il n'y a alors ni pouvoir exagéré ni facultés défectueuses ; de sorte qu'aucun désir ne prend un ascendant désordonné , cl les organes sont assez, forts pour que toute émotion puisse être éprouvée. Aussi le bon sens est-il plus rare . qu'un talent éminent dans une spécialité. On me désigna une personne qui avait le front d’un idiot , et qui, cependant, gérait son commerce avec une prudence et un succès remarquables, cl s’était , par scs bonnes qualités , acquis l'estime de ses entours. En l’examinant, je lui trouvai un beau tempérament

nervoso-sanguin et le front très-fuyant il est vrai, mais les organes du savoir bien développés, et les penchants et les sentiments développés parfaitement et dans une bonne proportion. Les organes de la conscienciosilé, de la vénération, de la bienveillance, de l’amour de l’approbation, de l’adhésivité et de la circonspection étaient tous très-développés, et indiquaient à la fois les sources de sa prudence, de son bon sens et de ses bonnes qualités. Pour m’assurer si la phrénologie était d'accord avec la conformation de sa tête, je recherchai quelle était sa puissance de logique; et ses amis me dirent que , quoiqu'il aimAt la lecture, on s’était étonné qu’il n'eût jamais compris la signification d'un grand nombre de mots très-simples : et je me convainquis que ces mots étaient toujours des termes abstraits formés par la causalité et la comparaison. Cet individu nonseulement ne pouvait raisonner avec suite, mais, dans le discours ordinaire, il faisait une fausse application de tous ces termes et ne paraissait nullement les comprendre. C'est exactement ce qu’un phrénologue aurait prédit.

Ainsi , en décrivant l’effet des facultés réflectives dans la vie ordinaire, je dirai que les penchants et les sentiments nous donnent les principaux désirs qui nous poussent à l'action , et les sentiments qui règlent notre conduite, tandis que la réflexion, sans être capable d’en changer la nature , juge de leurs motifs, avec une portée de vues plus ou moins grande selon l’étendue des organes intellectuels. L’intelligence prend connaissance des facultés mentales, de leurs désirs, du monde externe, et des rapports existant entre lui et l’esprit; elle juge des moyens de satisfaire les désirs et de leurs conséquences; et c’est parce qu’elle a la perception du résultat bon ou mauvais, qu’elle constitue un pouvoir régulateur et dirigeant. On peut expliquer ainsi , que l'influence des penchants et des sentiments fausse le jugement. La combinaison de la circonspection très-développée avec l’espérance faible remplit l’esprit

de sinistres pressentiments ; et l’intelligence ne peut jamais, dans ce cas, changer les sentiments, au point de rendre gaies et brillantes les scènes que l’on empreint de mélancolie et de tristesse. Quand l’espérance est très-développée et la circonspection très-petite, on a les plus heureux pressentiments. Quand les organes de la circonspection et l’espérance sont tous deux développés, chacun fournit les émotions qui lui sont propres sur les objets de sa contemplation ; et l'intelligence ayant deux vues, est capable de juger et d’en venir, par la - comparaison à une saine détermination. On voit donc, comme

nous l’avons déjà observé, qu’un jugement sain dans la pratique est le résultat d’une heureuse combinaison de tous les organes jointe à un tempérament actif et à l'expérience.

D’après ces principes, nous nous expliquerons fort bien pourquoi un mauvais avocat plaidant peut être un bon juge, et vice vend. L’intelligence et les penchants sont plus essentiels à l’avocat plaidant que la cooscienciosité. Au contraire, il faut au juge un grand développement des organes moraux ; sans cela, il serait sujet à se laisser égarer par des subtilités et des vues fausses, et le grand principe de la justice manquerait dans ses décisions. J’ai remarqué qu’un avocat, dont la conscienciosité est très-développée, ne peut s’empêcher, lorsqu’il plaide une mauvaise cause, de trahir qu’il sait avoir tort. Celui chez qui cet organe est faible , envisage toutes les questions comme questions d’opinion , et dispute la victoire avec cette chaleur que les autres ne déploient qu’en défendant la vérité.

Les mêmes principes nous mettent à même de juger de la convenance d’une règle très-importante dans une des institutions de notre pays : je veux parler de {'unanimité exigée de la part des jurés dans les causes civiles. Que de deux individus constitués arbitres dans une réclamation de dommages pour diffamation , l’un soit doué d’un grand amour de l’approbation; celui-ci préférant la mort à une vie déshonorée , jugera d’a-

près ce sentiment; l’autre, au contraire, que nous supposons manquer de l'amour de l’approbation, pouvant passer sa vie indifférent au blâme ou aux éloges du monde, ne pourra jamais, quelque effort d'intelligence qu’il fasse, en venir à considérer l’injure soufferte par le plaignant, sous le même point de vue que son collègue, ni s’accorder avec lui sur le montant des dommages devant constituer une juste compensation pour la calomnie. L’un des arbitres devra céder sa conscience à l’autre, ou permettre qu’un tiers prononce entre eux deux; car la constitution même de leur esprit rendra l’unanimité réelle impossible. Aucun exercice de V intelligence ne pourra la produire. Il n'est pas jusqu’aux perceptions intellectuelles, qui ne diffèrent chez les jurés. L'un peut avoir les organes réfleclifs faibles, oublier par suite les preuves déduites de tels ou tels faits, et les conclusions à mesure qu’on les lui expose, et regarder, comme n’étant pas prouvé, un point qui parait clairement démontré à celui dont les organes réflectifs sont bien développés.

Il est difficile d’admirer la sagesse d'une législation , qui est assez ignorante de l'esprit humain, pour imaginer que les hommes peuvent, quand ils le veulent , arriver par l’argumentation aux mêmes conclusions , ou qui , si elle n’ignore pas qu’ils ne peuvent s’accorder, trouve néanmoins que c'est une mesure profonde et pleine de sagesse, que d'exiger uu verdict en opposition directe avec la constitution de l’esprit, que de produire une apparence d’unanimité quand l'unatiimilé même est impossible. Les deux côtés de cette question ont été défendus par un grand nombre d’arguments; mais il me semble que le mode de jugement offert par la phrénologie nous fait de >N suite envisager la question comme elle doit l’être. S’il est vrai qu’il soit au pouvoir d'un homme de se rendre capable de juger des questions de conduite , telles qu’il s’en présente devant les juges, il faut exiger l’unanimité; mais si la nature exclut cette harmonie parfaite de sentiments, il est absurde de prétendre la

produire par un acte du parlement. Aussi la nature prévautelle ici comme ailleurs; tous les jurés, doués de quelque bon sens, avant d'entrer en délibération conviennent que la minorité cédera à la majorité, et la loi fait qu’un entêté ou un méchant (seul de son opinion, et, par conséquent, d’après les chances ordinaires, plus absurde que tous les autres), force ses collègues à se ranger de son avis, ou à tromper l'attente des parties en les privant tout à fait d’un verdict.

On a dit qu’en exigeant l’unanimité, on force le jury à donner plus d’attention à une cause et à la discuter. Je ne mets point en doute la véracité de ce fait ; mais même avec toute l’attention possible et par la discussion, il est moralement impossible que l'unanimité soit jamais générale. Les questions qui se présentent le plus souvent devant les cours de justice ne sont pas des questions sur lesquelles tous les hommes puissent s’accorder; ce sont des questions difficiles dans lesquelles les plus consciencieux et les plus éclairés peuvent différer d’opinion. Sur douze ou quinze personnes, on risque toujours que deux ou plus n’aient une constitution intellectuelle ou morale diamétralement opposée à celle des autres. D’après nos principes , les premières devront céder sans être convaincues. Il me semble qu’en n’exigeant qu’une majorité des trois quarts à peu près, on aurait l’avantage de la discussion, etau moinsil ne serait plus au pouvoir d'un entêté de forcer le grand corps du jury à rendre un verdict qui ne lui convient pas. Une proposition, à laquelle consentiraient volontairement neuf jurés sur douze , serait plus près de la vérité que celle à laquelle les douze jurés consentent , après bien des modifications faites dans le but de tout concilier sinon de satisfaire à tout.

Maintenant que nous avons examiné les facultés métaphysiques de la perception , de la conception , de l’imagination , de la mémoire et du jugement, et prouvé qu’elles ne sont que des modes d’action des facultés mises au jour par la phréno-

logie , et dont les métaphysiciens ne soupçonnaient pas l’existence. Je vais parler de plusieurs autres opérations et affections mentales, dont parlent les systèmes ordinaires de la philosophie mentale , et les expliquer aussi d’après les principes de cette science.

La Conscienciosité signifie la connaissance qu'a l’esprit de sa propre existence et de ses opérations. Le Dr Brown nie que ce soit un pouvoir, ou quelque chose différent d’une sensation, d’une émotion ou d’une pensée , et sans cesse présent à l’esprit. La conscienciosité ne nous avertit pas de l’existence des organes, elle ne fait que nous révéler les opérations de notre propre esprit, et nous laisse dans une obscurité profonde quant aux affections des autres. Aussi , en réfléchissant à la conscienciosité, comme l’ont surtout fait les métaphysiciens pour étudier l’esprit, on ne peut rien découvrir touchant les organes par lesquels les facultés agissent, et nous risquons beaucdhp de former des conceptions erronées sur la nature humaine, en supposant que le genre humain, en général, est constitué exactement comme nous.

Chaque organe communique la conscienciosité des sensations et des idées qu’il sert à manifester. Ainsi quand l’organe des tons est très-faible, on ne peut atteindre la conscience de la mélodie; quand on a l’organe de la conscienciosité très-petit, on n’a ni la conscience du sentiment de la justice, ni la conscience des devoirs qu’elle impose; quand l’organe de la vénération est très-faible, on n’a pas la conscience de l’émotion de la piété. Quand on place des personnes dont les organes de la conscienciosité, de la justice et de la vénération sont très-faibles, dans des circonstances qui requièrent la conscience vive des sentiments qu’ils servent à manifester, on doit s’attendre à de grandes déceptions. Les métaphysiciens qui ont étudié la philosophie de l’esprit, en étudiant leur conscienciosité, ne purent réussir à découvrir les facultés primitives, parce qu’ils n’avaient r.naBF:. — tuait* nr ?HRtf>oi.or.iF. t. ii. 30

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pas la conscience que certains organes étaient faibles dans leur cerveau, et que certains autres, comme la combativité, la secrélivilé et l'acquisivité , ne pouvaient donner leur impulsion dans la retraite d'une étude philosophique. Je dis plus : la conscienciosité étant un organe unique, il ne pouvait découvrir la pluralité de facultés attachée à une variété d'organes. Mais quand les organes sont développés et le tempérament actif, on a la forte conscienciosité des sentiments et des idées qui émanent de ces organes; et quelques personnes prenant les émotions provoquées par le merveilleux , la vénération et autres facultés, pour des révélations surnaturelles, tombent dans le fanatisme et dans la superstition.

On n’a pas donné jusqu’ici d’explication satisfaisante sur ce que la conscience est unique, quand les organes de toutes les facultés mentales , internes et externes , sont doubles. On cite des cas de double conscienciosité, sans doute parce que les deux hémisphères du cerveau étaient dans des conditions opposées. < Tiedemann , dit Spurzkeim , raconte le fait d'un nommé Moscr, qui était fou d’un côté, et qui observait sa folie avec l’autre côté. Gall a soigné un ministre protestant affligé de la même manière : pendant trois ans il entendit son côté gauche lui adresser des reproches et des injures; son côté droit appréciait ordinairement la folie de son côté gauche. Cependant, ordinairement, quand il avait la fièvre, il ne s'en apercevait pas. Longtemps après qu’il fut revenu de celte maladie, des accès de colère, ou des excès de table plus fréquents amenèrent une rechute {<). » Caldwell, à propos de ces faits, en cite < un autre tout à fait analogue, produit par une chute de cheval, et qui existe dans le Kentucky, pas très-loin de Lexington (s). • Un ami m'a communiqué un fait de même

(1) Phrénologie , p. 37.

(2) Élément» de Phrénologie , 2» édit., p. 82.

nature qui le concerne. Dans une lettre datée du 25 juin 1836, le révérend R. B. m’éicrivit : * Vous avez sans doute entendu parler de personnes qui éprouvaient un dérangement dans un des hémisphères du cerveau , qu'ils s'expliquaient avec l'autre hémisphère. Je crois me rappeler que Gall et Tissot en citent des exemples; ce qui n’empéchera pas , je pense, que vous ne trouviez digne de votre attention, un fait qui m’est personnel, et qui arriva il y a quelques mois. Un soir, après une journée de travail pénible et de grande excitation, je m’étais mis à lire dans ma chambre à coucher. Tout à coup il me sembla lire mon auteur avec deux esprits, ou, pour parler plus clairement, je lisais en même temps une phrase à ma manière ordinaire, je comprenais le sens de ce que je lisais d’une manière toute simple, et en même temps je donnais carrière à mon imagination sur celte lecture. Dans le fait, il me semblait quefavais deux esprits distincts, occupés de la même page simultanément. Cela continua quand je me fus couché. Le lendemain matin celle sensation était partie, et je n'ai plus rien éprouvé de semblable depuis. Ne pensez-vous pas qu’un degré d’activité différent dans les deux hémisphères du cerveau, par exemple à la région de l’idéalité et du merveilleux, expliquerait cet état? 11 est certain qu’il diffère de ce qu'on appelle double vision, car j'avais la conscience que je ne lisais qu’une page.» Nous avons expliqué { p. 159 et 215 ) la conscienciosité divisée.

Quelques sceptiques ont soutenu que l'esprit humain ne possède pas de connaissances certaines; parce que non-seulement les sens et l’intelligence nous trompent parfois, mais la conscienciosité même nous donne de faux avertissements. Ainsi un homme, dont la jambe a été amputée, a quelquefois la conscience, plusieurs années après l'opération, d’une douleur dans l’orteil du pied qu'il a perdu; ou bien une personne ayant une maladie chronique du foie n’en souffre pas, et a la conscience d’une douleur à l'épaule droite. La réponse ù cet

argument est que chaque nerf et chaque faculté ont reçu une faculté définie , en vertu de laquelle, quand ils sont affectés d'une certaine manière, ils transmettent de certaines impressions; par exemple, quand le nerf de l’orteil est affecté, il donne la conscienciosilé de la douleur et l’indication instinctive de la partie qu’elle devrait affecter. Quand une jambe a été amputée, une partie des nerfs restent, et quand ils sont affectés comme au temps où l’orteil existait, ils communiquent l’impression qu’ils éprouvaient étant entiers. En cela, il n’y a pas de déception , parce que le nerf qui communiquait primitivement la douleur dans l'orteil est affecté comme au temps où l’orteil existait. De môme , le foie a peu de sensibilité par lui-méme; mais le nerf phrénique, qui se ramifie sur lui, communique avec l'épaule ; et ce nerf, étant très-sensible, est affecté par l’état du foie, et produit de la douleur dans l’épaule. Le nerf, en ce cas, est réellement affecté, et la douleur indique exactement son état. C’est à la causalité à découvrir la cause de scs affections ; la conscience ne peut que donner avis des sensations mômes. Tout dérangement d’un organe de sensation ou de perception est accompagné du dérangement de la conscienciosité à un degré correspondant : ainsi , dans la jaunisse, l’esprit a la conscience que tous les objets sont jaunes; dans les cas semblables à celui de M11' S. L., relaté page 193, il a la conscience de la perte de l’équilibre; dans des castels que celui de M. Macuish ( page 198) , il a la conscience qu’il entend de la musique ; mais la causalité attribue ces perceptions à des maladies. Quand le dérangement embrasse les organes de la causalité , on perd le pouvoir de distinguer que l'impression est morbide , et la folie est établie.

11 serait d’une grande utilité dans la vie , d’enseigner que la conscienciosité dépend de l’état des organes intellectuels; on engagerait ainsi les personnes qui sont sous l’influence d'une excitation morbide à se méfier de leurs propres impressions ,

et à s’aider des conseils de gens ayant toute leur raison. Dans le système actuel de l'éducation, la connexion des sentiments et de l’intelligence avec les organes matériels est si méconnue > et l’on répresente si bien toute émotion et toute perception comme purement intellectuelles , que quand les organes matériels s’exaltent ou se dérangent , il est très-difficile de faire comprendre au malade comment ils peuvent induire en erreur ou être affectés par des affections corporelles : aussi souffret-il en secret; il évite d’avoir recours à un médecin, et persiste à agir sur cette impression morbide , comme si elle était saine, jusqu’à ce qu’enfin la maladie devienne chronique ; cependant un guide plus éclairé aurait pu facilement la prévenir, ou l'arrêter dès sa naissance.

Il est extrêmement difficile de déterminer si le sentiment de l’identité personnelle , indiqué par le pronom Je se rattache à un organe particulier, ou s’il est l’action générale de tous les organes. Nous renvoyons le lecteur à ce qui a été dit sur ce sujet 1. 1, p. 159,317, et t. II, p. 98.

L’Attention n’est pas une faculté de l’esprit ; elle ne consiste que dans l’application des facultés réffectives et des facultés du savoir aux objets qu’elles doivent comprendre. Ainsi la faculté des tons excitée par la mélodie fait attention aux notes: la causalité, quand on lui adresse une démonstration, fait attention aux prémisses de l'argument ; et de même les autres facultés de l’intelligence font attention à leurs divers objets. La concentralivité donne de la continuité aux impressions des facultés. L’individualité et l’éventualité les dirigent vers leur objet; et la fermeté les maintient dans un état d’application. Ces quatre facultés aident donc beaucoup à l’attention ; néanmoins l’attention en elle même n’est qu'un acte des différentes facultés intellectuelles , et non l’attribut d’aucun pouvoir particulier, destiné à la produire exclusivement.

Association. Les métaphysiciens ont essayé , en réfléchissant

sur leur propre conscienciosilé , de découvrir des lois univer* selles par lesquelles la succession des idées chez l'homme serait réglée en général. Ils s’imaginent qnc nos pensées se succèdent dans un ordre déterminé, et ils ont essayé de découvrir les causes et les circonstances de leur enchaînement. Le succès d'un pareil essai me semble impossible. Si nous voulions déterminer les lois qui règlent la succession de notes émises par une harpe éolienne, nous chercherions à découvrir les causes qui les produisent. Des causes semblables, agissant dans des circonstances semblables, produisent des effets semblables ; mais si nous changeons seulement une circonstance sur mille, nous ne pouvons en calculer le résultat. Les causes qui déterminent la succession des notes dans une harpe éolienne, sont la construction de la harpe , la force de l’air et l’ordre dans lequel il fait vibrer les cordes. Faites que toutes les circonstances soient les mêmes pour tontes les harpes , et vous aurez indubitablement la même succession de notes. Mais si l’air, cet emblème de l'inconstance, ne souffle pas deux fois avec la même force au même endroit dans l'espace d'un mois, ou ne fait pas vibrer deux fois dans l'année les cordes dans une même succession , et si deux harpes éoliennes ne peuvent être faites semblables dans les détails de cordes, de forme et de substance, qui pourra , en observant les notes données par une harpe , découvrir les lois qui peuvent déterminer la succession des notes dans les harpes éoliennes en général, quelles qu’en soient la forme, la construction, le nombre des cordes, et quelles que soient les circonstances dans lesquelles elles sont placées? Cet exemple est tout à fait applicable aux facultés intellectuelles. Les idées sont les affections de ces facultés, précisément comme les notes sont les affections des cordes de la harpe. Ces affections peuvent provenir de l'activité interne des facultés ou des impressions produites sur elles par des objets externes; et il y a aussi peu de régularité dans l’ordre

dans lequel a lieu cette excitation que dans le souffle de l'air sur les cordes. Enfin , si les harpes peuvent différer dans leur construction , les hommes diffèrent positivement dans la force relative de leurs facultés. Aussi les mêmes impressions peuventelles produire des effets très-différents, ou introduire des idées très différentes dans des esprits de constitution différente; et combien peu d'effets semblables peut-on attendre de causes présentant d’aussi nombreuses variétés.

Si l’on place, dit l’auteur de Arthur'sSeat, un grand nombre de personnes au sommet d'une colline dominant la campagne et la mer, et que l’on demande à chacune de dire ce que ce spectacle lui fait éprouver, on trouvera que celle, chez qui l'idéalité domine, pensera à la magnificence de la nature , à l'infini dé l'Océan, à la grandeur des montagnes; et lorsqu’elle rappellera cette scène, les idées et les émotions qu'elle lui aura inspirées, s'y associeront dans son esprit. Une autre, chez qui la causalité et la constructivilé seront développées et l’idéalité faible, admirera l'adresse qu’elle verra déployée dans la culture des champs et dans la construction des maisons et des vaisseaux. Celle qui aura la bienveillance très-développée pensera au bonheur du peuple qui habite celte plaine. Une autre, ayant l’acquisivité active , pensera à ce que peuvent rapporter les diverses branchesd'industrie. Une autre encore, ayant la vénération forte, y trouvera peut-être une preuve de la grandeur et de la bonté de Dieu ; et quelque jeune amant trouvera dansla solitude du lieu, l’occasion de déclarer sa passion à l’aimable compagne de ses excursions. Les métaphysiciens espèrent trouver des lois qui , lorsqu’on rappellera le château d’Arthur, en présence de ces personnes, régleront l’enchaînement des idées de chacun sur cet objet ; et ils espèrent arriver à ce résultat, en étudiant l'enchaînement de leurs propres idées à propos de la colline. Une pareille espérance doit nécessairement être déçue; car chacune des personnes, quand on lui rappellerait la colline

(J u château d’ Arthur, aurait un enchaînement d’idées qui rappellerait ses premières impressions, et rien ne peut être plus dissemblable. Autant vaudrait dire ( pour nous servir des paroles d’un phrénologue ingénieux) qu'en étudiant les formes et les teintes des nuages qui passent aujourd'hui sur notre tête, on pourrait espérer découvrir des lois qui régleraient demain leur marche, et qu’en réfléchissant aux idées qui se succèdent dans notre esprit, on saurait découvrir les anneaux de la chaîne d'association, par lesquels les idées se lient et pénètrent uniformément dans les esprits, dans un ordre déterminé.

M. Stewart dans ses Eléments ofthe Philosophy of the Human Mind (t) (chap. V. part. II. sect. III) parle de « l’association des idées qui opère pour produire de nouveaux principes d’action » et cite l’atwnce comme étant un de ces principes. Il dit que « l’on ne peut douter que ce principe d'action ne soit artificiel (p. 592). » Dans la même page il ajoute que : « Il doit y avoir une limite au delà de laquelle la théorie des associations ne peut être soutenue ; car l’explication qu’il donne de la formation de nouveaux principes d’action est basée sur la supposition qu’il y a d’autres principes existant préalablement dans l’esprit. La grande question est donc de savoir quand nous sommes parvenus à cette limite, ou en d’autres termes, quand nous sommes arrivés (non aux facidtis primitives, mais) aux lois originelles et simples de notre constitution! > < C'est à cause, dit-il, des jouissances qu’il nous permet de nous procurer, que l’on commence par désirer l’argent ; mais plus tard, par suite des impressions agréables qui s’y associent, on le désire pour lui-même ; et on continue à en faire l’objet de son désir , bien longtemps après que l’on a perdu le goût des jouissances qu’il procure. * Nous reconnaîtrons ce qu’il y a d’erroné dans ce système de philosophie, en reportant notre

(t) Éléments de In Philosophie de l'esprit humain.

attention sur les organes de l’intelligence. Peut-on concevoir que des habitudes d’association d’idées puissent créer un nouvel organe ? C’est cependant ce que tend à prouver l'hypothèse de M. Stewart, si par des principes d’action il veut parler des facultés de l'esprit. L’amour des distinctions, par exemple , est un désir primitif, qu’excite l'amour de l’approbation, et qui n un organe spécial. L’argent sert à le satisfaire. Cependant, selon M. Stewart, il n’y a pas d’organe qui inspire l'amour de l’argent ; mais par suite des impressions agréables qui s'y associent, comme moyen de satisfaire l’amour de la distinction, l'amour de l'argent devient lui-méme un principe d’action; et comme tous les principes d'action ont des organes, on doit présumer qu’ils créent un organe pour lui-méme. Nous devons supposer ensuite que ce nouvel organe est cause qu'on fait de Forgent F objet de ses désirs bien longtemps après quon a perdu le goût des jouissances qu'il procure, lesquelles jouissances ont créé l'organe.

Il est évident que M. Stewart n'a jamais vu clairement la différence qui existe entre les facultés primitives et leurs modes d’action, et qu'il n’a jamais compris la philosophie réelle de l’association des idées. Les nouveaux principes d’action, que M. Stewart et autres métaphysiciens supposent produits par les associations, sont ou des penchants primitifs, ou des sentiments qu’ils ont à tort regardés comme factices ou comme les simples résultats des combinaisons dans l'action des facultés primitives réunies. Comme nous l’avons dit , M. Stewart décrit l’amour de l'argent, et sir James Mackintosh décrit la conscience comme de nouveaux principes d'action produits par l'association des idées, et cependant l’amour de l’argent, comme la conscience, sont le résultat de facultés primitives ayant des organes distincts. M. Stewart croit que le goût est une faculté formée par l’habitude de l’étude, tandis que le goût n'est point du tout une faculté primitive, mais le résultat

du concours harmonieux des facultés primitives dans l’action.

M. Stewart, comme on l’a remarqué l. 1, page 444, confond aussi dans tous ses écrits les facultés primitives , les modes d'action, les lois de l'action et les résultats des combinaisons des facultés, prend l’un pour l’autre , et applique à tous le même langage , sans se soucier des inconséquences dont ils fourmillent.

On chercherait vainement une loi ou un principe fixe à l’association d’une idée à une autre; mais l’influence de l’association des organes est déterminée. Il y a aussi des associations naturelles entre certains objets externes et les facultés internes, et enfin on peut former des associations artificielles entre les objets et les sensations de l’esprit, et les lois qui règlent la constitution de ces associations peuvent être étudiées et sont très intéressantes. Jetons donc un coup d’œil sur ces lois d’association.

1° Quant à ce qui regarde les organes simples, chaque organe , en répétant fréquemment un môme mode d’action, en vient à l’accomplir avec une grande facilité et une grande rapidité. Chaque idée formée ou chaque émotion éprouvée , doit résulter de l’affection d’un organe. Si donc un organe a été habitué à agir d’une certaine manière, comme l’organe du langage à reproduire de certains vers , ou l’organe des tons à reproduire un certain air, il acquiert une facilité étonnante à répéter cet acte, ou, en d’autres termes, les vers ou les notes se présenteront dans un ordre de succession, ou seront associés de telle sorte que quand on répétera un vers ou une note les autres suivront dans l’ordre accoutumé.

2° 11 nous est facultatif de faire de nouveau tout mouvement que nous avons fait une fois. Cela prouve que tous les nerfs du mouvement sont associés ou liés aux organes de l’esprit, de telle sorte qu’ils obéissent à la volonté. En troisième lieu, nous pouvons, en concevant un objet malheureux, exciter dans notre

esprit l'émotion de la pitié ; en concevant une scène magnifique de la nature , exciter des émotions de sublimité et de beauté produites par l'idéalité, et, en lisant une histoire terrible, éprouver le frisson de la peur. Ces faits indiquent une connexion intime entre les organes de l’intellect et ceux des divers penchants et sentiments. Et, en effet, on trouve, à la dissection du cerveau, le rapport le plus intime entre ses diverses parties se combinant avec la disposition des fonctions séparées, mais ceci est plutôt une connexion qu'une association.

Bien plus , en étudiant les organes du cerveau , nous comprenons qu'il s'associent admirablement et que leur disposition tend à ce qu’ils s'aident mutuellement, « Quand je vis pour la première fois , dit M. Scott (t), la planche du cerveau , publiée par Gall et Spurzlieim, je n’y pus d'abord découvrir aucune beauté. En regardant la liste des facultés, je n’observai aucun ordre ni aucune liaison entre elles. Le tout me paraissait grossier et tout à fait différent de ce que je supposais alors exister dans la nature. Cependant un examen plus attentif ouvrit mes yeux à la lumière, et ayant considéré les facultés d'une certaine manière, et les ayant groupées dans un certain ordre, je les vis toutes dans un système de symétrie étonnante, et de même que les parties disjointes d'une anamorphose ; quand je les vis dans leur point de vue se réunir en un dessin élégant , elles me charmèrent par l’apparence de cet ordre et de celte beauté même, que je m'étais attendu à y trouver en premier lieu. Dans un plan tel que celui-ci , où nous trouvons des pouvoirs qui sont analogues, qui se ressemblent dans leur nature et dans leurs usages, qui agissent l'un sur l'autre, coopèrent l’un avec l’autre, s’aident, se contrôlent, et

(1) Observations on Phrenolngy, as aflording a Systrmatic Pieu) of Uuman Sature. Edinburgh, 1822. Gall a écrit un cliapitrc sur ce sujet dans son ouvrage, sur Us Fonctions du Cerveau, tom. III , p. 206.

se balancent mutuellement , nous devons naturellement nous attendre à trouver les organes de ces pouvoirs situés près l’un de l'autre, et de telle manière qu'ils se joignent, ou qu'ils communiquent facilement ensemble. C'est en effet ce que nous voyons. Immédiatement au-dessus de l'amativilé, par exemple, on voit la pbiloprogéniture donnant l'amour des enfants, et l’adhésivité produisant le penchant à l'attachement, trois organes qui, réunis, constituent le groupe des sentiments domestiques. A côté on voit la combativité comme pour prouver que , ceux que nous aimons le plus, sont ceux qui mettent le plus notre courage à l'épreuve. Tout contre la combativité est la destructivité, le premier organe donnant celte hardiesse qui nous fait aller au-devant de l’ennemi , le dernier trouvant du charme dans le danger, et inspirant des menaces de mort.

Il est nécessaire dans la vie privée d'étre circonspect et de tenir nos projets secrets, enfin « de ne pas avoir le cœur sur la main, pour que les oiseaux ne viennent pas en faire leur pâture, » la secrétivité se trouve tout contre et au-dessous de la circonspection.

Qu'on étudie la région des sentiments , on trouve la vénération qui produit la tendance à la religion entourée de la bienveillance, de l'espérance, de la persévérance et de la justice, sources de toutes les charités et de tous les devoirs de la vie, associéesen un groupe et admirablement disposées pour se combiner et pour s'aider mutuellement.

Près de ces organes, et un peu en-dessous, on trouve l'idéalité; elle est placée si près de la conslruclivité quelle en ennoblit le but. L'idéalité touche aussi l’esprit et les tons, comme pour donner de l’âme et de l'imagination ù la poésie.

I)e même on voit les organes qui ne font que percevoir (les organes du savoir) disposés ensemble sur l’arcade ciliaire, et ceux de la réflexion, devant les gouverner et les diriger tous, occupant le sommet du front.

Après cet aperçu, M. Scott fait observer qu'un arrangement semblable est plus beau , plus systématique et mieux adapté que s’il eut été l’œuvre de l'homme. Si nous réfléchissons ensuite que les organes furent découverts à diverses époques, et dans des circonstances différentes, et qu’on n’en découvrit l’ordre et la beauté, que quand la plupart furent reconnus, nous trouvons la preuve a priori que les organes furent découverts et non inventés, et que le système du cerveau est l’ouvrage de la nature et non celui de Gall et de Spurzheim.

En traitant de l’organe du langage, j'ai expliqué l'association des idées avec les signes. J'ajouterai ici, que la science 1

de la mnémonique repose sur ce pouvoir de l’esprit, d’associer des idées arec d'autres idées, ou avec des signes arbitraires.

Quand on cherche des moyens d’aider la mémoire, on ne doit jamais oublier qu’on associe le plus facilement les idées avec les objets externes que l’on perçoit le plus facilement. Il arrivei par exemple, que la pensée d'un lieu sert à nous rappeler les idées que nous craignons d’oublier. Notre imagination divise une chambre en compartiments; dans l’un nous plaçons le premier point d’un discours; dans un autre le second, et ainsi de suite; de sorte qu’en parcourant les différents compartiments, nous rappelons les divers points du discours auquel nous les avons associés. On comprend cependant qu’un pareil expédient ne peut être utile qu’à celui qui a l’organe de l’individualité très-développé, car cette faculté étant faible, il serait aussi diflicile de se rappeler les compartiments de la chambre que le discours même. De même si c’est par des nombres qu’on se rappelle les idées, — si, par exemple, on associe la première pensée que l’on désire retenir au nombre un , et la seconde au nombre deux , — c’est qu’on a l’organe des nombres énergique; car autrement le souvenir des nombres exigerait un plus grand effort que le souvenir des idées seules. D’après cela, on voit que selon les individus, on doit

employer des modes différents pour aider la mémoire. Celui qui a l’organe des nombres très-énergique, trouve associés les mots aux nombres; celui qui a la forme très-développée, les associe plus facilement à des formes; celui qui a la localité puissante , est porté à les associer à des lieux , et celui qui a les tons largement développés, les associe avec des notes de musique. C'est ainsi que s'explique également l’influence des associations sur le jugement. Celui chez qui la vénération est puissante, qui a été habitué, dès sa plus tendre enfance, à regarder l'image d’un saint, comme un objet digne de nos respects, éprouve une émotion de vénération involontaire et spontanée, chaque fois qu'il voit cette image, ou qu'il se la figure; parce qu’elle devient le signe qui excite en lui cette émotion, indépendamment de toute réflexion. Tant que nous n’aurons pas pu rompre cette association, et empêcher la conception de l’image d’opérer un signe propre à exciter la faculté de la vénération, nous ne réussirons jamais à amener son intelligence à examiner les attributs réels de l'objet môme, et à percevoir l’absence de toutes les qualités qu’on vénère avec raison. De même, lorsqu’une personne aime , la perception ou la conception de l’objet aimé, donne une vie nouvelle aux facultés qui sentent, l’émotion qui en est la suite est délicieuse , et les facultés réflectivcs ont si peu la conscience, que la source réelle de la fascination est dans les facultés qui sentent , et qu’il est impossible d'obtenir d’un homme, qu’il regarde l’objet de sa passion de l’œil d’un spectateur désintéressé. S’il nous était possiblo de rompre l’association entre l'objet et les facultés qui sentent, les facultés réflectives rempliraient fidèlement leurs fonctions, et l'objet aimé paraîtrait à ses yeux sous son véritable jour. Mais tant que nous serons incapables de rompre cette chaîne, et d’empêcher celte fascination, nous pourrons raisonner éternellement, et nos conclusions ne concorderont jamais; parce que les prémisses, c’est-à-dire l'apparence de

l'objet, ne seront jamais les mêmes pour nous et pour la partie intéressée.

Ainsi les associations qui faussent le jugement , et qui perpétuent les préjugés sont celles des mots et des choses avec les sensations et les sentiments, et non les associations de conceptions avec les conceptions , ou simplement d'idées avec les idées. Toutes les classes d'idées, formées par les facultés réflectives et du savoir, peuvent être associées à l’infini, sans tomber dans aucun préjugé , si ces idées ne se rattachent pas aux penchants et aux sentiments.

Nous devons donc , en étudiant les lois des associations, aller au delà des idées mômes et considérer les facultés qui les forment. En ne perdant pas de vue les facultés, tons les phénomènes des associations nous paraîtront lucides et intelligibles, fel nous nous convaincrons que les principes de la phrénologie reposent sur les lois de la nature, puisqu’elles les confirment tous. Nous verrons que celui , chez qui les facultés réflectives dominent les autres, associe les idées suivant des rapports de conséquence nécessaire; que celui chez qui ce sont les facultés du savoir, associe les idées suivant des rapports de temps, de lieu et de circonstance (t) , et que trèssouvent, quoique cela n’arrive pas toujours, il associe le plus facilement cl se rappelle mieux les idées qui servent à satisfaire ses penchants ou sentiments les plus puissants. Nos recherches seront toujours infructueuses , si nous nous obstinons à vouloir trouver des rapports entre les idées individuelles mêmes, ou des lois générales par lesquelles les idées s’associent chez tous les individus. Ce qui le prouve, c’est que même alors que deux individus arrivent à la même conviction par le même acte du raisonnement, ils ne formulent pas leur opinion dans les mêmes mots, et ne se servent pas non plus des mêmes

(1) Voir des exemples d'association de couleurs p. ai de cet ouvrage.

preuves. La similitude générale d’actes du raisonnement, dépend de la similitude de la constitution des facultés qui raisonnent; mais la différence des mots et des preuves employés, provient de ce que la combinaison des organes est différente chez tous les individus, et de ce que n'ayant pas été cultivés de la môme manière, chacun fournit en quelque sorte à la pensée des matériaux particuliers.

Les hommes de tous les siècles se sont fait un instrument de cette loi des associations pour asservir leurs égaux. Aux sentiments de circonspection, de conscienciosité et de vénération qu’ils eurent soin d’inculquer de bonne heure dans le peuple , ils lièrent certaines pratiques et certaines idées tendant à favoriser leur propre pouvoir, et lui apprirent ainsi à craindre des choses imaginaires et à commettre des actions imcompatibles avec le bien-ôtre de la société. La phrénologie doit détruire celte espèce de tyrannie. Le Créateur a tracé à chaque faculté une sphère d’actions qui sont en harmonie avec tous les intérêts qu’il reconnaît comme purs et bienfaisants; mais chacune trouve au delà un espace sans bornes d’abus favorables à l’égoïsme et à la bassesse. Tant qu'on ignore les facultés mômes et leurs rapports entre elles et avec les objets externes, et que l’intelligence humaine est inculte, il est très-difficile à un esprit ordinaire de distinguer exactement les limites du droit, et alors le champ est ouvert à tous les abus de tous les pouvoirs. Aussi ceux qui espèrent tirer parti des illusions du peuple ont-ils tenté de mêler la vérité à l'erreur, cl c’est pourquoi les opinions et les institutions de la société, dans la plupart des pays, paraissent faibles et inconséquentes. Notre ignorance du monde moral est cause que nous percevons à peine ce maguifique pouvoir et cette intention bienfaisante qui ressort de toute la création physique. Dans l'état de choses actuel, il n’est pas difficile d'imprimer des idées fausses et nuisibles dans l’esprit de la

jeunesse ei de les leur faire conserver toute leur vie, par l'observation de pratiques propres à les rendre durables ; et c'est sur celte base que l’inlérél individuel pose ses funestes principes. Mais quand on étudiera en général les facultés et leurs rapports, et que l'on connaîtra bien les limites dans lesquelles elles doivent se renfermer, on découvrira que la création n’est en harmonie qu'avec leurs justes manifestations , et alors la perception exacte du juste et la détermination de le poursuivre prendront la place de la cécité tâtonnante , et de l’imbécillité irrésolue qui caractérisent actuellement l'aspect moral de la société dans plusieurs pays du monde.

En traitant des circonstances qui modifient les effets de l'étendue sur le pouvoir des organes du cerveau (t), j’ai énuméré «la constitution, la santé, l'exercice , l’excitation produite par des causes extérieures, et, dans quelques cas, l'influence mutuelle des organes. > J'ai considéré l'effet des trois premières circonstances dans l’Introduction, et je viens de présenter diverses observations sur les deux autres. Les lois de l'influence mutuelle des organes forment un département de la phrénologie , auquel on ne s'est pas assez arrêté jusqu’ici. Cependant M. Robert Cox s’est depuis peu occupé de la recherche de ces lois, et a publié quelques-unes de ses conclusions dans le Phrenoloijical Journal. « Un organe, dit-il, a plusieurs modes d’en influencer un autre. D'abord un organe peut nous empêcher d'agir d’après l’impulsion de l'autre, sans cependant diminuer en rien la force de l'impulsion même; comme quand une personne est dominée par le désir de frapper son voisin et que la circonspection le retient. En second lieu, un organe peut en porter un autre à le satisfaire en suivant une ligne de conduite ; comme quand la conscienciosité porte l'avare à amasser des richesses, par une industrie honnête plutôt que par le vol.

(I) Voyez l’Introduction, p. 40.

COMtK. — TRAITÉ DE PHRÉSOLOGIE. T. II. 32

Cependant dans ce cas, c’est plutôt le résultat de l’activité que l’activité même , qui se trouve modifié, si bien que , strictement parlant, l’influence mutuelle des organes est la production, l’accroissemenl, la diminution ou l'extinction de T activité d'un organe causé par un certain état des autres organes. Nous l’avons déjà dit, ce département de la phrénologie quoique très-intéressant a jusqu’ici été très-négligé. Spurzbeim en parle brièvement, et d’une manière peu satisfaisante dans son ouvrage sur l’éducation, dans un chapitre consacré à < l'influence des facultés commé moyen d'excitation » et M. Combe , en dit quelques mots dans son analyse des associations, dans le System ofPhrenology. Ce sujet est embrouillé au dernier degré; mais comme il est aussi d’une très-grande importance, il mérite d’élre étudié avec un soin minutieux. J’ai depuis peu consacré beaucoup de temps à cette branche de la physiologie du cerveau , et je suis convaincu que les phrénologues peuvent l'étudier avec tout espoir de faire d’utiles découvertes. Les données que j’ai pu réunir paraissent prouver que l’influence réciproque des organes est réglée par des lois générales, lesquelles cependant sont, dans des cas spéciaux, soumises à des lois particulières qui ne régissent que certains organes. Mes études sur la première classe de lois , dont je viens de parler , quoiqu’assez avancées , ne sont pas arrivées au point de maturité convenable pour être livrées à la publicité. Mais je crois avoir trouvé des conclusions précises et définies, sur une branche au moins de ces lois particulières (t). «Les lois dont M. Scott croit avoir établi l’existence sont : 1° que quand nos facultés souffrent ou que leur activité est désagréable , c’est que la destructivité est excitée sympathiquement à un degré qui varie selon l'intensité de la douleur; 2° que, par une loi parfaitement analogue, l’organe de la bienveillance est excité par l’action agréable

(t) Phrenologieat Journal, vol. IX, p. 405.

des organes des autres facultés mentales. A l’appui de ces propositions, M. Cox ajoute plusieurs faits et arguments pour lesquel je renvoie le lecteur au Phrenological Journal (t).

La Passion est le plus haut degré d'activité de toute faculté; et les passions sont aussi différentes que les facultés. Ainsi la passion de la gloire résulte d’une grande activité de l’amour de l'approbation ; la passion de l’argent d'une grande activité de l’acquisivilé ; la passion de la musique d’une grande activité de la faculté des tons, et la passion de la métaphysique d'une grande activité de la causalité. Byron dit : • Je ne puis jamais faire comprendre aux gens que la poésie est l’expression de la passion excitée; et qu’une vie de passion n’existe pas plus qu’un continuel tremblement de terre , ou une fièvre éternelle (s). > Gela est exact , mais pour que la poésie soit belle et exquise, il faut que l’idéalité soit au nombre des facultés excitées à la passion. Il ne peut donc y avoir de passions factices comme celles qu’on trouve dans les livres. L’homme ne peut altérer sa nature ; et tout nouveau désir doit être excité par quelque faculté naturelle.

< Locke, et plusieurs écrivains modernes, dit Spurzheim-, soutiennent que les enfants sont privés de toute passion ; et il est vrai que les adultes sont susceptibles d'une passion, celle de l’amour, qu’on n’observe pas chez les enfants. Cependant il s’est trouvé des individus qui, dès- l'âge de trois ou quatre ans, ont éprouvé celte passion avec force ; et, en généra^ le plus grand nombre des penchants se manifestent chez les enfants avec une activité énergique. Les détracteurs de la phrénologie confondent pour la plupart, avec les penchants mêmes, les objets sur lesquels les facultés particulières agissent à des âges différents. Les enfants, il est vrai, ne sont pas

(1) Phrenological Journal, v ol. IX, pag. 408 ; et vol. X, |>. 1

(2) Lettre, 43(1. fie de Moorr , vol. V, p. 197.

portés à dépouiller la veuve et l’orphelin, ou h conquérir des royaumes; mais ils se mentent l’un à l'autre pour un nid d’oiseau , combattent pour des joujoux , et sont fiers d’occuper la première place à l’école. > Les mêmes facultés, qui excitent ces désirs, dirigées autrement, produisent plus tard les passions diverses qui caractérisent l’âge mûr. L’enfant qui se sent humilié de perdre une place et brûle du désir d’étre le premier dans sa classe, devenu homme, ne sera jamais sans ambition.

Le Plaisir et la Douleur sont des affections que toute faculté est susceptible d’éprouver. « Il n’y a pas de faculté, dit Spurzheim , qui n’éprouve du plaisir à se livrer à son action naturelle, et de la douleur quand elle est affectée d'une manière désagréable; il y a donc autant d’espèces de douleurs et de plaisirs qu'il y a de facultés; aussi, un individu trouve du plaisir à pardonner les offenses, un autre à se venger. L’un trouve le bonheur dans la possession de grandes richesses, un autre le trouve à dédaigner les vanités du monde. Ainsi, la douleur et le plaisir sont le résultat et non la cause des diverses facultés.

Patience et Impatience. La patience est un sentiment positif qui naît du grand développement de la bienveillance, de la vénération , de l’espérance , de la conscienciosité et de la fermeté, combinées avec l’estime de soi. Cette combinaison d'organes est accompagnée de douceur, d’humilité, de constance, de résignation , éléments constitutifs d’un caractère patient et endurant. L’apathie provient d’un tempérament lymphatique, ou d’une grande dépression du cerveau. Celui qui ignore la nature humaine prend souvent l'apathie pour la patience : de même qu'un despote croit qu'une nation repose, parce qu’elle a perdu toute pensée et tout sentiment.

Celui qui a un tempérament actif, l’estime de soi, la combativité et la destructivité plus développées que la bienveillance.

la vénération et la conscicnciosité, sera impatient de toute opposition et de toute contradiction ; celui qui a les tons , le temps et l’idéalité développés, s'impatientera en entendant de la mauvaise musique; l'hypocrisie et l’égoïsme impatienteront celui qui aura la bienveillance, la conscienciosité et la causalité développées. Quand les tempéraments nerveux et sanguins dominent , les organes sont très-actifs , et toute lenteur dans les discours ou dans les actions est matière à impatience.

La Joie et le Chagrin , d’après l’analyse subtile qu’en fait Hume, ne sont qu’un mélange d’espérance et de crainte. Après avoir traité de plusieurs passions, cet écrivain continue ainsi : « Aucune de ces passions ne semble rien renfermer de particulier ou de remarquable, sauf l’espérance ou la crainte, lesquelles, provenant de la probabilité du bien on du mal, sont des passions mixtes qui méritent notre attention.

< Celte probabilité, dit-il, vient d'une opposition de chances ou de causes contraires qui , ne permettant pas à l’esprit de se fixer d'un côté ou d'un autre , fait qu’il est constamment ballotté de l’un à l’autre et déterminé à considérer un objet tantôt comme existant, tantôt comme n’existant pas.

i Supposons donc que l’objet de notre doute produise le désir ou l'aversion, il est évident alors que selon que l’esprit se prononce pour l’un ou l'autre, il éprouve une impression momentanée de joie ou de chagrin.

« Les passions de la crainte et de l’espérance peuvent être excitées , alors que les chances sont égales pour toutes deux , et qu'on ne peut découvrir qui l'emporte sur l’autre. Que disje, dans celle situation les passions sont d’autant plus fortes que l'esprit sait moins sur quoi s’appuyer et est plus sujet à des irrésolutions. Mettez du côté du chagrin un degré de plus pour la probabilité, et vous verrez que de suite on envisagera l’objet avec crainte ; un degré de plus encore , la crainte dominera davantage, jusqu’à ce qu'enfin, tout sentiment de joie

s'élnnt évanoui , ce sera du chagrin. Quand vous en serez là , diminuez le chagrin par une opération contraire , en mettant du côté de la mélancolie moins de probabilité , et vous verrez celte passion s’éclaircir à chaque instant , jusqu’à ce que, par degrés, elle s’élève à l’espérance, qui, elle-même, devient de la joie à mesure qu’on augmente la probabilité de son côté. > M. Hume termine par cette question : « Ne sont-ce pas là des preuves irrécusables que les passions de la crainte et de l’espérance sont des mélanges de chagrin et de joie , aussi irrécusables que cette autre loi d’optique qu’un rayon coloré du soleil passant par un prisme est composé de deux autres? lorsque vous augmentez ou que vous diminuez la quantité de l’un ou de l’autre , vous trouverez que le rayon composé s’en ressent en proportion (\). »

Ces idées sont extrêmement ingénieuses, et exactes jusqu’à un certain point; mais la phrénologie donne une explication plus exacte encore de la nature, de la joie et du chagrin. Chaque penchant tend à se satisfaire, et lorsqu’il y parvient l’esprit éprouve un sentiment de contentement. L’acquisivité cherche la richesse ; l’amour de l’approbation , soupire après les éloges cl les distinctions ; et l’estime de soi aspire à l'autorité et à l’indépeudance. En acquérant des richesses on satisfait l’acquisivité , et, par conséquent, l’action d'acquérir est accompagnée d’une certaine émotion qui constitue la joie. Perd-on ces richesses, l'acquisivité se voyant dépouillée de son objet excite une émotion pénible qui constitue le chagrin. Les mêmes remarques s’appliquent à l'amour de l’approbation , à l’estime de soi , à la philoprogéniture. Un enfant vient-il au monde, la joie des parents est proportionnée à l’ardeur avec laquelle ils désiraient un rejeton ; en d'autres termes, leur joie est d’autant plus vive que l’organe de la philoprogéniture est

(I) Hume’* Diualation on (lie I Mutions, sect. I.

plus satisfait. Viennent-ils à perdre cet enfant, leur chagrin est aussi en proportion de la force de ce sentiment. Dans tous ces cas , nous voyons la joie et le chagrin exister sans entraîner nécessairement l'espérance ou la crainte.

Arrêtons-nous maintenant sur l’analyse de M. Hume. La circonspection et l’espérance sont deux sentiments primitifs; le premier produit la crainte, et le second une émotion délicieuse sui generis. Tous deux ont rapport à des objets à venir et diffèrent en cela des autres facultés, lesquelles portent surtout sur des objets présents; mais cette différence ne change pas les lois de leur opération. Quand la perception d’un mal à venir se présente à l’esprit, elle excite la circonspection , ce qui produit la crainte ; cette émotion est pénible, mais la crainte n'est pas le chagrin. Remarquons cependant que le chagrin doit le plus souvent renfermer la crainte de quelque chose et comme le mal est ce qui affecte désagréablement une faculté primitive, l'acquisivilé ou la philoprogéniture par exemple, la circonspection se trouve rarement affectée seule. Ainsi quand un enfant est malade , la circonspection craint qu’il ne meure , et la philoprogéniture est péniblement affectée par la perspective de cet événement : cette dernière émotion pénible est du chagrin. Dans ce cas, la crainte et le chagrin sont concomitants; mais ils proviennent de sources différentes, et quoique la crainte ne puisse exister sans le chagrina un degré quelconque, le chagrin pourrait cependant exister sans la crainte, ce qui aurait lieu, en effet, si l’enfant était emporté en un moment. De même quand quelqu’un espère,’ il espère quelque chose. Lorsqu’il espère gagner mille livres sterling, l’acquisivilé est satisfaite de cette perspective, et c’est là de la joie. Ici l'espérance et l’acquisivilé satisfaites se réunissent pour produire la joie; mais les sources de la joie et de l’espérance n'en sont pas moins distinctes, et l’argent une fois touché, la joie existe sans l'espérance ; mais l’espérance ne peut presque pas être active

sans la joie. On reconnaîtra que les principes exposés ici, éclaircissent toutes les opérations possibles de la crainte ot de l’espérance, de la joie et du chagrin, ce qui est une forte preuve que nous avons trouvé la vérité. Ils expliquent parfaitement, par exemple , pourquoi chez un grand nombre d'individus la perspective d'un bien est plus délicieuse que le bien même. Quand les organes de l'activité et de l'espérance sont tous deux puissants, la perspective d’un gain excite et satisfait les deux organes à la fois ; tandis que la possession de ce gain, en satisfaisant l'acquisivité , exclut l'espérance; et l'espérance étant comme l’acquisivité une source de plaisir, il est facile à concevoir que l’exercice de toutes deux procure plus de jouissance que l'exercice de l’une ou de l’autre seule , et que , quand on ôte l'espérance de la combinaison, on ôte la plus grande partie du plaisir.

Le contraire s'explique également. La perspective d’un mal éloigné est plus pénible que le mal même. Quand on prévoit la perle d’un enfant, la circonspection, si elle est largement développée , ajoute ses craintes mélancoliques et déchirantes aux douleurs de la philoprogéniture blessée; mais quand l’événement arrive , l'influence de la circonspection cesse d’exister, la philoprogénilure souffre seule, et le malheur réel cause souvent une douleur moins forte que celle qu'on ressentait en le prévoyant.

Le Créateur a déployé une grande sagesse et une grande bienveillance en constituant ainsi nos esprits; car, par là, nous sommes bien plus vivement poussés à éviter le mal quand il est éloigné, et à contrôler les mouvements qui nous y excitent.

La SmPATHig (<) peut être défiuie un sentiment par lequel

(I) Je doi* a la complaitancc^lu D’ A. Comité, le* détail* suivant* sur la Sympathie.

on s’associe aux émotions, aux souffrances d'autrui. En observant les lois qui régissent l'activité des facultés mentales , nous découvrirons la véritable nature de cette affection et les circonstances qui sont le plus favorables à son développement.

L'activité de toute faculté interne, de même que des sens externes , est surtout excitée puissamment et agréablement par la présence directe de son objet. Par exemple, l’aspect du danger réveille la circonspection; la souffrance réveille la bienveillance , etc. , etc. Ainsi, quand deux individus ayant une constitution d’esprit à peu près semblable, sont sous l’influence des mêmes causes externes, les mêmes facultés sont excitées à l’activité chez tous deux, et comme elles provoquent des émotions analogues, on peut dire qu’ils sympathisent ensemble. C’est là une espèce de sympathie , mais qui n’indique pas cet état d’esprit auquel on applique plus correctement le mot sympathie.

Un autre aiguillon pour les facultés est celui que prête un langage naturel. Toutes les fois qu’une faculté est active au point de dominer toutes les autres, elle donne aux traits une expression particulière, elle imprime au corps de certaines attitudes déterminées dont tout le monde, même ceux qui n’ont cette faculté que modérément développée, comprend la signification. Ainsi l’estime de soi dominante répand sur toute la personne un air froid, cérémonieux, roide, hautain, et tout le monde sent intuitivement, en le voyant, qu’il indique un orgueil excessif. Cet air est le langage naturel de l’estime de soi (t). Eh bien! une loi de notre constitution veut que le langage naturel de toute faculté active excite toujours la même faculté chez celui qui peut l’observer, et, par conséquent, quelle fasse naître en lui les mêmes émotions. Par exemple, la prestance rebutante de l'estime

(t) Voyez remarques sur le langage naturel des facultés , p. 1(18.

de soi, chez une personne que nous voyons pour la première fois, s’adresse directement à notre estime de soi; nous nous redressons instinctivement, et quelque chose en nous nous dit de soutenir notre propre importance par une froideur proportionnée à la sienne. De même, quand nous rencontrons pour la première fois une personne dont la physionomie et les manières expriment la bienveillance, la franchise, l’amitié sincère, langage naturel de la bienveillance, de la conscienciosilé et de l’adhésivité, quand ces facultés sont actives, nous sentons exciter en nous des émotions analogues, et instinctivement, nous répondons à ses avances par une amabilité en rapport avec la sienne (i). Or, supposons que nous nous précipitions à la rencontre d’un ami que nous espérons trouver plein de bonheur et de gaieté , et qu’au lieu de cela nous trouvions la réflexion, l’anxiété et le chagrin peints dans tous ses traits; le jeu de sa physionomie, de ses gestes, langage naturel dans ce cas de la circonspection et d’autres facultés péniblement affectées, indiquera ces divers sentiments, provoquera dans notre

(t) M. Cox , supposant à la loi de sympathie une bien moindre influence , explique différemment ces phénomènes ; mais ses remarques neme paraissent pas entièrement justes. En commentant le passage ci-dessus de notre texte, il dit : « Il mu semble que ces effets sont produits, indépendamment d’une loi quelconque, telle qu’en suppose le D' Combe, et seulement parce que le langage naturel a la propriété d’exciter chez le spectateur, la faculté même dont il est l’interprète. La prestance dédaigneuse de l’estime de soi n’éveille en nous ce sentiment qu’autant qu’elle nous parait signifier une insulte ou une prétention il la supériorité. Il est évident que le langage naturel de l’estime de soi n’excite pas cette faculté chez le spectateur , quand il est tout it fait hors de cause. Ainsi nous aurons beau voir un acteur prendre sur la scène le langage naturel de l’arrogance, comme il ne s’adresse pas à nous, nous n’avons aucune envie de nous redresser , et nous rions de bon cœur. De même nous verrons un homme marcher orgueilleusement à la rencontre d’un autre , sans éprouver le moindre désir d’imiter sa démarche ; et cependant si c’est vers nous que cet homme s’avance la tète haute, notre estime de soi ressentira l’insulte et nous dictera son langage. Il est clair que c’est la conséquence des airs que l’on

esprit une affection analogue des mômes facultés, et avant d'apprendre la cause de son chagrin, nos traits et notre maintien prendront aussitôt une expression en harmonie avec la sienne. C'est à celte communication de sensations et d'émotions (à laquelle la volonté est étrangère et dont on n'a, pour ainsi dire, pas la conscience) de l’esprit d'un individu avec celui d'un autre par le langage naturel , que le mot sympathie s’applique le mieux.

On trouve nn exemple frappant de cette espèce de sympathie dans les effets d’une terreur panique , ou dans une forte excitation de la circonspection chez un individu qui excite le même sentiment chez tous ceux qui en sont témoins. La seule vue d'une personne frappée de terreur panique, quand nous n’en connaissons pas la cause, nous fait éprouver un sentiment d'inquiétude générale pour notre propre sûreté; et si un grand nombre de personnes perçoivent en même temps cette expression de terreur, elle excite aussitôt en elles la faculté de la circonspection à son plus haut degré, et produit une frayeur

prend avec nous, et non la conséquence de notre simple perception du langage naturel ; car une insulte faite sans aucune intention , et de l'air le plus obligeant et le plus respectueux , produit exactement le même effet. Je n’oublierai jamais l’air de dignité offensée qu’un fonctionnaire prit en se redressant , à l’offre qu’on lui fit d’une demi-couronne comme prix de son obligeance à montrer un édifice. Il en est de même de la destructivité et de la bienveillance. Nous pourrons voir un homme furieux sans que notre destructivité soit le moins du monde excitée, tandis que s'il nous adressait la dixième partie des injures qu’il adresse h d’autres, il enflammerait aussitôt notre courroux. De même le langage naturel de la bienveillance ne réussit pas à exciter en nous ccttc faculté quand nous devinons que c’est une feinte. Un air franc, sincère, amical, ne dispose favorablement qu’autant qu’il signifie des qualités estimables , lesquelles étant agréables h nos sentiments, excitent par eux la bienveillance. Tous les phénomènes, qui ont réellement lieu , s’expliquent par les lois dont je me suis efforcé île prouver l'existence : savoir que la destructivité est éveillée par l'action désagréable , et la bienveillance par l’action agréable de toutes les facultés de l’esprit humain. » Phrenological Journal , vol. X, p. 13.

extrême. Telles sont les causes et l’origine des terreurs paniques qui ont fait perdre tant de batailles, et qui tant de fois ont dissipé la populace ameutée. De lit aussi la rapidité électrique, avec laquelle les passions de toute espèce se communiquent dans une réunion nombreuse d'individus.

Un autre exemple de cette espèce de sympathie se présente tous les jours dans une ville populeuse. Que quelqu'un, passant sur le pont de Londres, s’arrête tout court, lève la tête et ouvre la bouche à moitié, comme si quelque merveille le frappait d'étonnement, aussitôt cette expression ( langage naturel de l’idéalité et du merveilleux) paraîtra sur la physionomie des neuf dixièmes des passants, sans qu'aucun puisse trouver une cause directe à l’émotion dont son esprit sera rempli. Comme les penchants et les sentiments font servir leur intelligence à leur satisfaction, si le badaud se met à dire que c'est quelque chose de très-surprenant dans le ciel qui fixe son attention , le plus grand nombre des curieux en extase parviendront , par un effort de conceptions intellectuelles, à voir quelque chose là où il n’y a rien.

La véritable sympathie provient donc de ce que le langage naturel de tout sentiment actif chez un individu excite le même sentiment chez un autre, préalablement àla connaissance de ce qui fa excitée chez le premier; et, par conséquent, comme le langage naturel a pour stimuler une faculté un pouvoir secondaire ou inférieur à celui qui dérive de la présence directe de l’objet d’une faculté , il est facile de comprendre pourquoi la personne qui sent par sympathie sent moins vivement que celle avec laquelle elle sympathise. Cela explique aussi pourquoi tous les hommes ne sympathisent pas au même degré, et pourquoi , dans quelques cas, ils ne sympathisent pas du tout. Si la faculté stimulée en nous par la présence directe d’objets n’est pas celle que nous voyons en activité chez un autre, il s’ensuit qu’en vertu de l'influence plus forte de

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l’excitation directe , la faculté particulière à laquelle les objets s’adressent sera excitée à une activité bien plus forte que celle excitée par le stimulant moins fort du langage naturel ; et ainsi nous éprouverons une émotion tout h fait différente. Supposons, par exemple, qu'un homme, ayant la combativité et la destructivité bien développées, soit attaqué sur une grand’route ; les regards et les gestes menaçants de l’agresseur ( langage naturel de ces facultés) les excitent aussitôt à une action énergique chez celui qui doit se défendre, et la force est repoussée par la force. Supposons au contraire que l'attaque soit faite sur une femme ou sur un individu dont la combativité n’est que modérément développée , et chez laquelle la circonspection domine , l’attaque ne sera plus qu'un stimulant direct pour la circonspection, laquelle, étant excitée, produit la peur, et le stimulant direct de la circonspection dominant le stimulant indirect de la combativité, l'individu se rendra ou s’enfuira plutôt que de se défendre.

Adam Smith (<) suppose qu’il y a des émotions pour lesquelles nous n’avons pas de sympathie. « La fureur d’un homme en colère, dit-il, nous exaspère plutôt contre lui-méme que contre ses ennemis. > Cependant suivant cette théorie de la sympathie qu’elle excite en nous la même émotion que d'autres éprouvent , cette opinion ne nous paraît pas soutenable. Si la combativité et la destructivité chez une personne excitent, par sympathie, la combativité et la destructivité chez une autre, et je crois qu’elles le font, il s’ensuit que , comme la fonction de ces facultés est d’attaquer ou de repousser l'attaque, leur constitution veut que, quandelles sont excitées, elles s’exercent contre quelqu'un ou contre quelque chose. Quand nous connaissons la cause de la colère d'un homme et que nous l’approuvons, nous portons notre combativité et notre

(1) Theory of Moral Sentiment*, p. 32.

destructivité contre ses ennemis , et c‘esl là de la»sympathie dans toute l'étendue du mot ; mais quand nous désapprouvons la cause de sa colère, il devient lui-même l'objet de notre ressentiment ; et, selon le langage familier , on peut dire que dans ce cas nous ne sympathisons pas avec lui. Mais il faut observer : •1° que l'activité de la combativité et de la destructivité en lui a causé l’excitation de ces mêmes facultés en nous ; et 2° que ce qui fait que notre colère s’est tournée contre lui-même, c'est qu'il a outragé par sa conduite nos sentiments moraux, et nous a présenté ainsi un objet (un homme furieux sans motif raisonnable) qui les stimulait directement, et nos sentiments moraux étant excités déterminent la direction de la combativité et de la destructivité. Le même raisonnement s’applique à la sympathie de l'estime de soi, et des autres facultés que l’on a supposées jusqu’ici ne pas sympathiser.

On doit chercher la preuve que nous sympathisons avec la colère bien dirigée, aussi bien qu'avec le chagrin ou la pitié, dans la sincérité avec laquelle nous en approuvons et même on encourageons un juste degré. Heureusement pour la combativité et la destructivité, comme pour tous les penchants, notre sympathie, au delà d’un certain degré, est bientôt réprimée par les sentiments moraux qui sont directement excités par la conduite de la personne fâchée, et par le sentiment profond, appréciable alors, de leur supériorité. Nous ne sympathisons donc avec les actions produites par les facultés inférieures des autres, que quand elles sont guidées par les faeultés particulières à l’homme. Par exemple, nous ne sympathisons jamais avec la combativité quand on l'écoute pour le seul plaisir de se battre; ou avec la destructivité quand on la satisfait pour le seul plaisir d'être féroce; ou avec l’acquisivité quand elle ne s’occupe qu’à accumuler des richesses. Mais nous sympathisons avec l’action de ces trois facultés,

quand la justice et l'intelligence y président. Telle est cependant la beauté de notre constitution, que nous sympathisons avec tons les bons sentiments de l’homme, alors même que nous ne découvrons aucun motif dans leur action. Par exemple, nous sympathisons avec la bienveillance seulement parce que nous trouvons que la charité est belle; avec la vénération par le seul sentiment de dévotion qui est en nous; avec la justice par la seule force de notre conscienciosité; Pt les actions dictées en apparence par l'impulsion de ces facultés, perdent dans notre estime de leur pureté et de leur beauté en proportion de l'alliage des facultés inférieures. Nous estimons moins la bonté, pour peu que nous y découvrions un motif d’intérêt. L’activité pour le bien public perd de son mérite à nos yeux à mesure que nous reconnaissons qu’elle est moins guidée par la conscienciosité et la bienveillance qne par l'amour de l’approbation. Ces faits prouvent l’exactitude de celle assertion phrénologiqnc, que les facultés élevées sont faites pour gouverner les facultés inférieures, et aussi cette circonstance singulière que l'homme sait posséder des sentiments, nécessaires sans aucun doute, en eux-mêmes; mais dont il blâme luimême la jouissance alors qu’ils ne sont pas gouvernés par des facultés supérieures. 11 n’est pas jusqu'aux sentiments élevés qui n'aient besoin, pour être approuvés, d'agir de concert avec l’intelligence; car l’excès de la vénération , de la bienveillance comme du scrupule, est regardé comme une faiblesse, tout aussi bien que l’excès d’un penchant inférieur est regardé comme un vice.

La doctrine de la sympathie a, dans la vie ordinaire, des conséquences très-importantes. Le langage naturel d'une faculté est compréhensible pour tout individu, et excite en lui la même faculté ; cela explique pourquoi la dureté réussit moins bien que la douceur, à commander les prévenances d'autrui. La dureté est le langage naturel de l’estime de soi , de la

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combativité, de la destructivité et de la fermeté, quand ces facultés sont actives. D’après ce que nous avons dit plus haut , elle excite naturellement les mêmes facultés chez ceux auxquels elle s'adresse , et en même temps une résistance ou une désobéissance instinctive. Cela se voit tous les jours dans la classe qui ne reçoit pas d’éducation. Une mère ordonne à son enfant, d’une voix aigre. et dure, de faire ou de s’abstenir de faire quelque chose ; l’enfant résiste instinctivement , et il s’ensuit des menaces et des violences, lesquelles stimulant directement la circonspection, dominent les facultés excitées indirectement seulement par la dureté, et produisent enfin l’obéissance. Tel est l’effet uniforme des commandements impérieux; l’obéissance n’a lieu que quand la circonspection s’alarme des conséquences qu’elle prévoit, et alors l’obéissance est accompagnée de rancune. Au contraire, la vénération, la conscienciosilé, l'amour de l’approbation et la bienveillance, sont les facultés qui amènent une soumission et une obéissance volontaire ; nous devrions donc nous adresser à elles. En les stimulant, l’obéissance sera agréable à celui qui devra obéir, et doublement avantageuse à celui qui commande.

Ce principe explique aussi la force de l’exemple pour inspirer une bonne conduite, et offre des règles instructives pour I éducation des penchants et des sentiments. Quand les parents et les maîtres agissent sous l'influence des sentiments élevés , ces mêmes sentiments sont ainsi directement cultivés chez les enfants, cl entretenus dans un état de vivacité par l'exemple quon leur met sous les yeux. Les enfants, ayant l’organe des sentiments développé de bonne heure, peuvent juger de ce qui est bien et de ce qui est mal, longtemps avant qu’ils puissent raisonner. De là l’importance de toujours manifester devant eux la suprématie des sentiments. On a attribué à l’imitation une grande partie des effets de l’exemple sur le caractère ; mais, sans nier l'influence de l’imitation, je suis per-

suadé qu’elle est petite, comparée à celle de la sympathie, telle que nous venons de la développer.

On a confondu avec la sympathie un état de l'esprit qui provient de l’excitation directe des facultés par leurs objets. Quand nous voyons une pierre visée, prête à tomber sur le bras ou la jambe d’une autre personne , nous sommes portés à nous reculer et h retirer notre jambe ou notre bras; et, quand elle tombe, nous la sentons en quelque sorte, et en sommes blessés aussi bien que celui qui en est frappé. Adam Smith continue cette explication en disant que, dans ce cas, notre sentiment compatissant provient de ce que nous changeons, en idée, de place avec celui qui est frappé. « Ainsi, » dit-il, t si notre frère est à la torture , nous nous mettons à sa place par l’imagination, nous nous concevons endurant tous les mêmes tourments; nous entrons, pour ainsi dire, dans son corps et devenons en quelque sorte une même personne avec lui ; ainsi, nous nous formons quelque idée de ses sensations, et même éprouvons quelque chose qui leur ressemble, quoique à un plus faible degré. Ces agonies, quand nous les avons ainsi adoptées et faites nôtres, nous affectent au point que nous tremblons et frémissons à la pensée de ce qu’il éprouve (i). *

Cependant, cette théorie parait inexacte, car souvent il nous arrive de compatir à la misère d’un autre, sans changer de place avec lui-même en idée. En contemplant des souffrances, nous sentons une profonde commisération, seulement parce que la faculté de la bienveillance , qui a pour fonction de manifester celle émotion, est une faculté mentale primitive, ayant, avec la misère ou la douleur intérieure, un rapport aussi intime que celui qui existe entre la lumière et l’œil; et c’est pourquoi la présence d’un être souffrant l’excite aussi promptement et aussi irrésistiblement que la lumière excite l’œil, ou que la percussion des sons excite l’oreille. En vertu de cette

(I) Tlieonj of Moral Sentiments, p. 30.

COUDE, — TRAITÉ DR PHRÉNOLOGIE. T. II. 3i

constitution d'esprit, quand nous voyons la misère d’un autre, nous sentons d’abord une émotion de pitié, et, à mesure que cette émotion augmente, nous nous imaginons la douleur qu'il endure; mais la pitié précède toujours l’effort qui conçoit la douleur et V effet , mais non la cause de la pitié. Aussi, ceux qui n'ont la bienveillance que très-modérément développée, alors même qu'ils possèdent les facultés supérieures intellectuelles ou concevantes, n’essayent jamais de s'imaginer être à la place de ceux qui souffrent, parce qu'ils ne sentent en eux aucun motif qui les pousse à cet essai. Au contraire, l'idiot bienveillant ayant à peine une faculté de conception , éprouve les angoisses les plus poignantes.

Le même principe explique pourquoi nous reculons lorsqu’une pierre va atteindre une autre personne. Le sentiment qu’on éprouve alors est un compusé de crainte et de pitié, de circonspection et de bienveillance. La crainte est excitée par le danger, et la pitié par la douleur qui doit en être la conséquence. Le danger est le stimulant direct de la circonspection, et la souffrance celui de la bienveillance; et, par conséquent, quand ces objets sont présentés à l’esprit , nous ne pouvons pas plus nous empêcher d’éprouver des émotions correspondantes , que nous ne pouvons nous empêcher de voir ou d’entendre. Le but ou la fonction directe et principale de la circonspection, est le soin ou la préservation de soi-méme. Par conséquent, quand elle est excitée par l’aspect du danger, nous regardons avec inquiétude autour de nous, et relirons notre jambe ou notre bras comme faisant partie de nous-mêmes ; mais ce mouvement résulte directement de la constitution de cette faculté, et non de ce que nous nous mettons à la place d'un autre. Le but ou la fonction directe de la bienveillance est le bien elle bonheur des autres, et, par conséquent, quand elle est excitée par la misère d’autrui, sa constitution veut qu’elle sente pour autrui et non pour nous-mêmes.

Un tempérament actif nous conduit à la sympathie, en produisant de la vivacité dans toutes les fonctions cérébrales; mais cela ne détruit en rien les lois de la sympathie déjà expliquées.

Habitude. Après l'association, l’habitude joue le principal rôle dans la philosophie de M. Stewart; il rapporte à l'habitude d’inaction l'incapacité qu'ont quelques individus de discerner les couleurs. Il dit aussi que les pouvoirs de l’esprit , de l’imagination et de l'invention dans les arts et dans les sciences, ne sont pas les dons de la nature < mais le résultat d’habitudes acquises (i). » « Le pouvoir du goût et le génie de la poésie, de la peinture, de la musique et des mathématiques , se forment peu à peu, dit-il, par des habitudes particulières d’études ou d’affaires; > et, dans le système de M. Stewart, l’habitude n’exécute pas seulement ces admirables fonctions; elle a , dans la vie privée , une espèce de toute-puissance. En lisant à un ami le récit des débauches précoces du jeune J. G. (s), il les attribua toutes aux mauvaises habitudes contractées dans la maison de charité de Glascow. Montrant un individu dont le caractère était tout à fait opposé, il attribua la différence à de bonnes habitudes prises sous les yeux de ses parents. Ainsi, d’après plusieurs auteurs, il n’est pas de talent si transcendant, d'inclination si bonne ou si dépravée, que l’habitude n’explique. Qu'est-ce donc que I'Habitude, et quelle place occupe-l-ellc dans le système phrénologique ? Toute action volontaire est la manifestation d’une ou de plusieurs facultés de l’esprit. On définit l'habitude < un pouvoir que tout l’homme a de faire, à force de faire. » Mais avant de faire une chose, il faut posséder la faculté dont elle dépend ; et plus la faculté est forte, plus la facilité à apprendre à faire cette

(1) Eléments, vol. I , chap. V, p. t , aect. 1.

(2) Voir Tratuatlioni oflhePhrenological Society, p. 289.

chose est grande, plus il est facile de la répéter ensuite. George Bidder, le célèbre calculateur mental, apprit en très-peu de temps à résoudre, sans l'aide des notes, les problèmes d’arithmétique les plus compliqués et les plus embrouillés. Pour y parvenir, l’organe des nombres était avant tout indispensable. Comme il était chez lui très-développé, il acquit bientôt une habileté incroyable; et il avait, dès l’àge de sept ans, l’habitude qui nous étonna. On trouve d’autres individus qui n’ont l’organe des nombres que faiblement développé, et qui, quoique forcés par position à calculer, ne réussissent jamais à acquérir l’habitude de résoudre avec facilité les plus simples questions d’arithmétique. Ce cas se représente pour la peinture , la poésie et les mathématiques. Avant de contracter l’habitude de cultiver ces branches des arts et des sciences, il faut posséder les organes dont ces talents dépendent, et quand on les possède, l’habitude résulte spontanément de l’exercice des organes. Un enfant acquiert-il à l’école l’habitude de se quereller et de se battre , il est évident que comme ces actes sont les manifestations de la combativité et de la destructivité, il acquerra cette habitude d’autant plus vite , que ces organes seront plus développés et moins contrôlés par d’autres. Si ces organes sont petits, ou si les organes supérieurs sont dominants, l’enfant sera naturellement peu disposé à quereller et n’en acquerra l’habitude que très-difficilement , n’importe où il sera placé. Il pourra repousser des agressions iujustes, mais il ne provoquera pas le mal et ne sera pas le boute-feu dans les querelles de ses camarades. Beaucoup d’enfants ne peuvent acquérir l'habitude de sè quereller, même alors qu’ils y sont poussés par les circonstances (t).

L’exercice fortifie les organes , et les fait agir avec une plus

(I) Voir à l’appui de ecs observation» le ca* de John I.inn, Phrenologicat Journal, vol. X, p. 307.

grande facilité (i), et on peut expliquer ainsi les effets réels de l’habitude sur l'esprit ; mais il faut que l’organe possède un pouvoir et une activité naturels, considérables , pour être susceptibles de l’exercice par lequel l’habitude se contracte. L’habitude de la plaidoirie donne aux avocats une grande facilité d’improvisation , si on la compare à celle des personnes qui ne parlent jamais en public ; et l’on peut dire que cette facilité s’acquiert par l’habitude de parler; mais elle est toujours en proportion du développement primitif des facultés; et nous aurons lieu de vériüer que, tandis que l’habitude donne à un individu une grande volubilité de paroles, elle laisse souvent à un autre une grande pauvreté dexpression, et de la difficulté à articuler les mots. Le pouvoir de tous deux sera supérieur è ce qu’il aurait été sans l’habitude de parler; mais leur éloquence différera en raison de la différence de leur constitution primitive.

Les métaphysiciens, comme nous l’avons vu, attribuent plusieurs phénomènes intellectuels importants, aux effets de l’habitude, et négligent entièrement l’influence de l’organisation sur l’esprit. Selon notre manière de voir, c’est l’organe qui acquiert la force, l’activité, et une facilité supérieure à remplir ses fonctions, par un exercice convenable, comme les doigts d’un musicien acquièrent de la facilité de mouvement par la pratique du jeu. Les effets de l’habitude , pour donner la promptitude et la facilité, s'expliquent ainsi d'une manière qui du moins est intelligible et soutenue par des analogies. D'un autre côté, les métaphysiciens s’imaginent que c’est le principe immatériel même qui se perfectionne par l’exercice, et acquiert de la force par l'habitude, idée tout à fait inconcevable et opposée aux attributs d’un être purement spirituel. De plus, la phrénologie enseigne que l'organe des tons est

(i) voir t. i, p. as.

distinct de celui du langage, que les organes de l'étendue, de la localité, du nombre, de l’individualité et de la comparaison, dont dépend le talent des mathématiques, sont différents de l’organe de la causalité, par lequel le raisonnement en général s’accomplit, et qu’il est tout à fait possible d'exercer un organe et d’en laisser un autre inoccupé. Nous expliquons ainsi pourquoi en nous exerçant comme musiciens, nous n'acquérons pas l’habitude de parier ou d’écrire avec facilité, et pourquoi en étudiant les mathématiques, nous n’acquérons pas l'habitude de raisonner avec profondeur sur les sciences morales et politiques. Cependant les physiologistes qui considèrent le cerveau comme un organe simple , et toutes ses parties comme absorbées dans tous les actes de l’esprit, devraient démontrer comment il se fait qu’en l’exerçant d'une manière, on ne le perfectionne pas du tout d'une autre, ou, pour nous servir d'une comparaison du Dr Johnson, comment il se fait qu’un homme qui marche à droite ne puisse marcher à gauche. Si les organes, au moyen desquels il marche à droite, sont différents de ceux par lesquels il marche à gauche, l’explication ne sera pas difficile; mais si les organes sont les mêmes, il faudra de l’esprit de la part des disciples de la vieille école pour résoudre la question à la satisfaction générale.

Goût, M. Stewart parle du goût comme d’un pouvoir ou d’une faculté, et, comme nous l’avons déjà dit, il suppose qu’il s’acquiert par l'habitude. Je ne sache pas qu'un autre métaphysicien soit d’accord sur ce point avec lut; mais quoiqu’on ait beaucoup écrit sur ce sujet, il n’y a de théorie satisfaisante que celle de sir G. S. Mackenzie (i). J'indiquerai comment on peut le traiter phrénologiquement ; mais il est trop vaste pour que j’entre dans des détails.

Tout acte de l'esprit doit être une manifestation de quelque

(t) An Etsay on tome subjeett connectât with Tatle, par George Stewart Mackenzie, Bart. Kcliml). 1817.

Digiliz

faculté, et tout acte doit être caractérisé par le bon ou le mauvais goût ou par l’absence du goût. Recherchons l’origine du mauvais goût , cela nous conduira à l’opposé, c’est-à-dire au bon goût. Le mauvais goût parait donc provenir de la manifestation excessive ou impropre d'une faculté. Byron fait preuve de mauvais goût dans quelques passages de Don Juan, lorsqu’il représente la passion de l'amour dans toute la grossièreté du sentiment animal; cela vient de la manifestation excessive de l’amativité, qui n’est ni purifiée ni ennoblie par les sentiments moraux, ou par les facultés réfleclives. Dans le même ouvrage, il y a une scène dans un bateau, dans laquelle don Juan veut, avec ses compagnons, dévorer son tuteur. Pour un être que domine l’organe de la destructivité, une pareille représentation peut être agréable; mais à moins que ce penchant ne soit trèspuissant, il sera impossible d'inventer de propos délibéré une telle peinture des misères humaines, ou de trouver du charme à cette lecture. Il n’y a donc pas d’irréflexion, de légèreté, de désordre de l’imagination, ou autre genre de folie, qui eût pu la produire sans la prédominance de l'organe de la destructivité. On peut donc attribuer ce grand défaut de goût à une manifestation excessive de cette faculté, qui n’est pas atténuée par la bienveillance ou par d'autres sentiments supérieurs. Moore, dans ses premiers vers, pécha aussi contre le goût, par des manifestations excessives du pcnchantd'amativité; mais il est revenu de cette erreur dans ses dernières productions.

Les fautes contre le goût ne proviennent cependant pas seulement de manifestations inconvenantes des penchants inférieurs; elles viennent aussi de l’expression désordonnée des sentiments et des facultés intellectuelles. Dans Peter Bell et Chrislabel, et en général dans les productions de celte école de poésie, beaucoup de mauvais goût prend sa source dans les manifestations enfantines et fabes de la bienveillance, de la philoprogénilure et de l’adhésivité. On peut abuser même de

l'idéalité. C'est sans doute la source de la beauté; mais, poussée à l'excès, elle dégénère en pathos, en fatras et en exagération, ou en celte espèce de composition , qu'un critique contemporain a fort bien désignée en l’appelant « le délire sublime de l’ivresse. » Wordsworth offre des exemples d'erreur de goût , provenant de l’abus de la causalité; ses poésies sont pleines de recherches métaphysiques obscures et inintelligibles. Homère aussi blesse parfois le goût, en surchargeant ses descriptions d’analogies sous l'influence de la comparaison.

De même l’expression du sentiment , ou d'un penchant à un degré trop fort, dans la conversation ou dans la conduite, est essentiellement de mauvais goût. Un excès de vanité et le penchant à s’emparer de la conversation sont une espèce de mauvais goût qu’on rencontre souvent en société, et qui provient d’une trop grande activité de l'amour de l’approbation et de l'estime de soi. Le penchant à la chicane, à la dispute età la contradiction est un autre défaut, qui provient de l'activité excessive de la combativité. La disposition à flatter et à débiter une quantité de choses agréables à des personnes que nous n’estimons pas et auxquelles cependant nous désirons plaire, est aussi une espèce de mauvais goût qui provient de la manifestation outrée de la secrétivitéet de l'amour de l'approbation.

Quelle différence y a-t-il entre ce qui est de mauvais goût et ce qui est immoral ? C’est une question qui se présente naturellement. J’y répondrai que l’immoralité implique toujours mauvais goût; car elle prend sa source dans la manifestation outrée de quelque sentiment inférieur, au mépris des sentiments de la justice, de la bienveillance et de la vénération. Il peut cependant y avoir mauvais goût sans turpitude, et cela provient de l’activité trop forte d’une des facultés, sans blesser cependant les sentiments moraux. La mollesse qui respire dans Peler Bell est assez bas placée dans l’échelle du goût ; mais comme une grande tendresse pour les ânes n'implique

pas nécessairement défaut de justice, de bienveillance, ou de respect pour les autres êtres, il y a mauvais goût et non immoralité. De même quand un individu, sous l’influence de l'estime de soi et de l’amour de l'approbation excessifs, se constitue le boute-feu d’une émeute, comme par là il n’empiète pas sérieusement sur les droits que nous reconnaissons par les sentiments de conscienciosité , de vénération et de bienveillance, nous le tenons pour mal appris, et non pour immoral.

Chesterfield, et quelques hommes qui donnent le ton, soutiennent fermement que de légères offenses contre la bonne foi, bien loin d’être de mauvais goût, sont essentiellement de bon goût. Aussi Chesterfield compte-t-il, dans ce qui caractérise un homme comme il faut, un grand nombre de complaisances contraires à la bonne foi ; mais quoique sa seigneurie soit en ces matières une autorité fort respectable, je ne puis admettre cette doctrine que l’immoralité et le bon goût soient en aucune façon compatibles. On peut agir souvent contre toutes les convenances, et faire preuve, sous certains rapports, de beaucoup d’éducation. Cela se comprend facilement ; car les sentiments supérieurs peuvent coexister avec de forts penchants animaux, et ils peuvent être alternativement excites de sorte que la conduite, à divers moments, paraisse toute différente. Mais la question est de savoir si l'on peut ù la fois être immoral et de bon goût? A mon avis, cest impossible. Il est de bon goût de réprimer en société l'expression de nos opinions toutes les fois qu'une conduite différente provoquerait des querelles; mais cela est aussi très-moral. Chesterfield va plus loin : il permet, comme tout à fait compatible avec les bonnes mœurs, l’expression de sentiments qui ne sont pas les nôtres, pourvu qu’ils plaisent à ceux à qui nous nous adressons; et en cela il manque à la bonne foi. Un tel procédé est une insulte pour la personne qui en est l’objet; et si elle pouvait deviner le motif réel, elle en jugerait ainsi. Rien de ce qui est essentiellement grossier et cornu:. — tuait* de ranf.soLOGiK. t. ti. TO

contraire à tous les principes, en prenant les choses sons leur véritable point de vue, ne peut être de bon goût; il n'y a que l’apparence et non les vrais éléments de la politesse. La pureté dans le motif est également nécessaire pour le bon goût et la saine moralité: car le motif détermine la qualité essentielle de l'action.

Parlons à présent des sources du bon goût. Les tempéraments nerveux et sanguin, en donnant de la finesse à la substance du cerveau et de la vivacité à son action, contribuent beaucoup aux raffinements du bon goût. Tous les auteurs et tous les artistes, dont les ouvrages se distinguent par une grande délicatesse et de grandes beautés, ont avec l'idéalité de beaux tempéraments. Les manifestations intellectuelles les plus parfaites sont celles qui dérivent d’une bonne combinaison de toutes les facultés, dans laquelle chacune contribue pour une part de ses bonnes qualités, et, grâce au concours des autres, est exempte d'excès ou d'abus. Avec un tel développement du cerveau, plus l’idéalité s’élève, sans tomber dans des excès, et plus le tempérament est beau , plus le goût est parfait. En même temps, et pour la même raison , on peut, avec l’idéalité modérément développée, et quand les autres facultés se balancent bien , avoir beaucoup de bon goût d'une espèce simple.

Comme le goût provient de la belle qualité du cerveau et d'une bonne combinaison des organes, il est facile d'expliquer comment on peut sans génie avoir le goût bon. Le génie vient d'une grande vigueur et d’une grande activité dépendant de la grande étendue des organes et d’un fort tempérament; ici il n'y a plus équilibre : il y a des qualités dominantes, et l’on peut ne pas en avoir, mais être si bien doté quant à ['équilibre des facultés pour sentir vivement les beautés ou les fautes du génie manifesté par d’autres. De là vient que beaucoup d’individus sont d’excellents critiques, qui ne pourraient eux-mêmes produire des ouvrages originaux de quelque mérite; de là vient

aussi que beaucoup d'auteurs originaux, de très-grande réputation , ont un goût très-hasardé.

Ces principes, dans l'application, nie paraissent soutenus par des faits nombreux. Le Dr Chalmers pèche parfois contre le goût; et dans sa tète., l'idéalité et la comparaison ne sont pas dans une bonne proportion avec la causalité et quelques autres organes. Dans le buste de lord Jelfrey, au contraire, on voit un développement très-beau et très-régulier de l'éventualité, de la comparaison et de la causalité, avec un bel équilibre entre les penchants et les sentiments; son tempérament est nervoso-bilieux, et son goût est en général admirable.

Puisque le bon goût est le résultat de l’action harmonieuse des facultés, il est facile de concevoir comment le goût est susceptible de recevoir de grands perfectionnements par la culture. Il arrive souvent qu’un auteur raisonne avec autant de profondeur, et plane dans les régions les plus élevées dès son premier essai , comme après vingt ans de pratique ; mais il manifeste rarement au début de sa carrière ce tact qu’il doit à de longues études et aux conseils d’une critique impartiale. Le raisonnement dépend de la causalité et de la comparaison, et les élans de l’imagination dépendent de l'idéalité; et quand les organes de ces facultés sont largement développés, ils exécutent intuitivement leurs fonctions, et dès les premiers pas donnent à l’auteur un vol audacieux et puissant ; mais comme il faut , pour constituer le goût , que les pensées et les émotions se balancent et s’ajustent, s’abaissent et s’élèvent, s’ordonnent et s’arrangent de manière à produire un tout harmonieux, ce n’est que par la pratique, la réflexion et la comparaison avec les plus grands génies, que nous arrivons à la perfection ; mais ce secours même ne peut aider que quand la nature a également combiné les organes ; car si la balance penche beaucoup d’un côté, il n’y aura pas d’effort capable de rétablir l'équilibre.

On a beaucoup écrit sur les règles du goût; mais en traitant celle question, il faut établir une distinction. Si en fixant des règles on veut déterminer des objets particuliers ou des qualités d'objets que tous les hommes devront trouver beaux, on n’atteindra jamais le but qu’on se propose. Celui qui est doué des organes de la forme, de l'étendue et de l’idéalité, éprouve les émotions de beauté les plus délicieuses en contemplant un temple grec, où celui qui est privé de ces organes ne voit que pierre et mortier. Un individu trouvera dans un certain arrangement de couleurs une beauté que ne pourra percevoir l'individu privé de l’organe du coloris. Un tel trouvera délicieuse de la musique dans laquelle, ù cause du défaut de l’organe des tons, tel autre ne percevra aucune mélodie. Ainsi on ne peut fixer des objets, ni des qualités d’objets, que tous les hommes, quelle que soit leur constitution primitive, trouvent beaux à l’unanimité; aussi, sous ce rapport, il ne peut exister de règles.

Mais on comprend qu’il y ait des nuances dans la beauté qui constituent, non les règles, mais les divers degrés de l’échelle du goût. Plus la constitution primitive d'un individu approche de la perfection, et plus ses facultés ont été cultivées, plus il fait autorité en matière de goût. On nie l'existence d'un sentiment de justice , parce qu’on a trouvé des individus chez lesquels il était si faible, qu’à peine paraissait* il quelquefois influencer leur conduite; mais la phrénologie, en indiquant leur imperfection , prouve qu’ils forment exception à une règle générale, et personne ne pense à en appeler à eux pour décider si une action est juste ou injuste. De même les hommes qui n’ont point les facultés qui donnent la perception de la •beauté, ne peuvent faire autorité en matière de goût; le meilleur juge est celui en qui le meilleur développement des organes des penchants, des sentiments, et de l'intelligence se combine à un beau tempérament, ainsi qu’à une idéalité

largement développée , et qui a d’ailleurs cultivé ses facultés avec assiduité.Ses déterminations, quant aux degrés debeauté dans les objets, formeront les meilleures règles de goût que notre nature imparfaite puisse créer.

Effets de ré tendue dans les organes sur les manifestations des facultés.

Après avoir traité des facultés primitives de l’esprit, de leurs organes, et des modes d’action, nous allons nous occuper de leurs effets quand ils agissent combinés. Afin de comprendre ce sujet, il est nécessaire de nous attacher particulièrement aux effets de l’étendue dans les organes sur les manifestations des facultés.

Nous renvoyons le lecteur à la distinction entre le pouvoir et l’activité de l’esprit telle que nous l'avons établie 1. 1 , p. 152. Cœteris, paribus l’étendue dans les organes est la mesure du pouvoir dans les facultés.

Comme une grande étendue dans les organes est de toute nécessité pour la manifestation de la vigueur intellectuelle, on ne doit trouver aucun exemple d'individu qui , avec un petit cerveau , ait manifesté clairement et sans équivoque une grande force physique, morale et intellectuelle, comme Bruce, Bonaparte, Cromwell ou Fox; et, en effet, les pbrénologues affirment qu'il en est ainsi. La Société pbrénologique possède les moules des crânes de Bruce , de La Fontaine, de Rammobun-Roy et d’autres hommes qui se sont distingués par un grand pouvoir d’esprit; et tous sont larges. Les bustes et les portraits de Bacon , de Shakspcare et de Bonaparte , indiquent des têtes fortes; et dans des hommes vivants, je n’ai jamais vu

un individu qui laissât une impression vive de sa propre grandeur sur l'esprit public avoir un petit cerveau.

La tête de l'Européen se distingue de la tête de l'Asiatique et de l’Américain, non-seulement par la différence de la forme, mais aussi par la différence de l'étendue. La tête de l'Européen est bien plus large , et l’on connaît l'énergie supérieure de celte variété du genre humain. La tête des hommes est bien plus large que celle des femmes , et les femmes obéissent. Pour rendre la démonstration plus complète, nous n'avons qu'à comparer la tête d’un enfant avec celle d’un homme mûr, ou celle d’un idiot avec celle de Rammohun-Roy, telles qu’elles se trouvent au 1. 1 , p. 45. Si donc l’étendue accompagne clairement le pouvoir dans les cas extrêmes, nous ne devons pas présumer qu’elle cesse d’exercer son influence, quand les différences sont si minutieuses que l’œil peut à peine les découvrir. La règle, Extremis probatis, media prœsumuntur, est tout à fait applicable ici.

Le principe que le pouvoir est un trait caractéristique de l’esprit , et se distingue de prime abord du simple aiguillon intellectuel, et aussi de l’activité, est d’une grande importance dans la vie ordinaire, et explique une foule de phénomènes que nous ne pouvions expliquer par aucune théorie avant do le connaître. Nous rencontrons souvent dans la société des personnes qui ont quelque chose de petit dans toutes leurs manières; nous sentons instinctivement qu’elles ne sont faites pour aucune grande entreprise, ou aucun devoir difficile; et néanmoins elles se distinguent par beaucoup de bon sens el des sentiments aimables. Cela vient d’un petit cerveau bien proportionné dans toutes ses parties. D’autres individus, avec bien moins de formes, moins d’instruction, et moins de qualités aimables, nous communiquent le sentiment de leur pouvoir, de leur force, de leur énergie ou de leur grandeur; nous sentons qu’ils ont du poids, et que s’ils agissaient contre nous,

nous trouverions en eux des adversaires formidables. Cela vient d’une grande étendue du cerveau. Bonaparte, qui avait un tact admirable pour juger de la nature humaine, distingue entre le mérite simple et la force de caractère, et préfère presque toujours la force. Dans ses Mémoires il parle de quelques-uns de ses généraux comme possédant des talents, de l’intelligence et du savoir, et n'ayant pas cependant la valeur d’un homme, parce qu’ils manquaient de ce poids et de cette conception qui rendent un homme propre aux grandes entreprises ; tandis qu’il parle d’autres comme possédant une intelligence limitée, peu de jugement, mais une force de caractère prodigieuse, et les considère comme admirablement faits pour conduire les soldats au-devant du danger, pourvu qu’ils soient dirigés par un esprit supérieur au leur. Murat était un de ces hommes, et Bonaparte, après tout, semble avoir aimé de tels officiers; car ils ne l'ennuyaient pas en pensant par eux-mêmes, et avaient une énergie propre à l'exécution de ses desseins les plus gigantesques. On trouvera toujours un cerveau large au chef d'un parti populaire, qui a été élevé à ce rang par une élection, ou qui s’y est élevé avec l’assentiment général. Il faut aussi que les chefs d’une armée ou d'une flotte aient un large cerveau ; car autrement ils n’auraient qu'une autorité artificielle sans poids naturel , et n’inspireraient jamais la confiance à leurs inférieurs. Bonaparte avait une large tête; et les officiers et soldats, citoyens et hommes d'État, se courbaient devant sa grandeur intellectuelle, alors même qu'ils détestaient l'usage qu’il faisait de son pouvoir. En lui tous lesorgaues physiques, moraux et intellectuels (excepté peut-être la conscienciosité et peut-être encore la fermeté ) semblent avoir été largement développés; il avait aussi une grande activité; et de là provenait l’énergie du commandement, combinée avec une capacité profonde de conception et d'intelligence.

La Société possède les moules de la tête de Franklio et de

Parry, et toutes deux sont décidément larges, et ont les différents ordres des organes dans une proportion parfaite. Ces deux hommes ont déployé une grande force de caractère dans leurs expéditions respectives à la recherche d’un passage nordouest. Aucune velléité de mutinerie ou d’insubordination ne parut même dans les circonstances les plus difficiles; et cela sans doute parce que les hommes sous leurs ordres sentaient instinctivement qu’à leur rang élevé ils joignaient une supériorité naturelle.

Les hommes qui sont capables de remplir leurs devoirs d’hommes privés, et de porter en même temps le fardeau des affaires publiques sans se sentir écrasés, le doivent à une grande étendue du cerveau, à un tempérament actif et à des organes du savoir largement développés. Ceux qui ayant le cerveau petit trouvent que leurs occupations particulières absorbent et épuisent tous leurs pouvoirs, regardent ces hommes avec étonnement et ne peuvent comprendre ni pourquoi ni comment ils font tant de choses à la fois. C’est le pouvoir qui les distingue, au point que des devoirs qui seraient fatigants pour d’autres leur paraissent légers, et ne sont pour eux qu’une source d’amusements. M. Joseph Hume, membre du parlement, est un exemple frappant de ce que j’avance. II a peu de causalité, peu d’esprit de saillie, encore moins d’idéalité, et le langage pas très-développé ; cependant il n’est pas jusqu’à ses adversaires qui ne lui reconnaissent une grande force de caractère, avec un pouvoir d’application et de persévérance qui parait incompréhensible à des esprits ordinaires. Si nous remarquons le cerveau large qu indique son moule, et la combinaison de ses organes, nous comprendrons comment c’était un homme de poids. Spurzheira montrait aussi une grande force de caractère; et son cerveau était large. Celte qualité était chez lui la source de 1 intérêt vif et durable qu’il faisait naître dans l’esprit de ceux qui l approchaient. Il était calme, doux, facile dans les relations;

cependant il y avait autour de lui un degré de profondeur et de pouvoir qui faisait une impression durable sur ceux qui l’écoutaient parler en public ou en petit comité.

J'ai examiné la tête de plusieurs criminels détenus, et j'ai trouvé que les plus hardis, les plus désespérés et les plus énergiques avaient le cerveau large. Quand avec un cerveau large il y a une mauvaise combinaison des organes, les officiers de justice se voient réduits à désespérer de corriger le délinquant; ils sentent une force de caractère qu'ils ne peuvent dompter, et une mauvaise direction qu’ils ne peuvent changer; le résultat est en générai un rapport de la police, dont la conclusion est que l'individu est incorrigible. Sa première faute capitale est poursuivie avec la dernière rigueur, et il est pendu pour préserver la société de nouveaux crimes. On remarque aussi dans les diverses professions que ceux qui ont sur leurs confrères une supériorité marquée, tant par leur mérite que par la profondeur et la force du caractère , ont la tête large ; cela se voit non-seulement dans les arts libéraux, mais encore dans les professions industrielles. J’ai observé que les individus qui, nés dans la pauvreté, ont acquis de grandes richesses en dirigeant de vastes établissements, ont toujours le cerveau d'une étendue au-dessus de la moyenne , et que les voyageurs de commerce qui réussissent à se procurer des commandes et à faire prospérer un commerce, malgré une concurrence redoutable, se distinguent par la même qualité. De tels hommes font impression et agissent avec une confiance de pouvoir qui double la valeur de ce qu’ils disent et de ce qu'ils font. Si dans une école les enfants ne se soucient pas de leur maitre et lui manquent de respect, et si, malgré de la sévérité, il ne peut maintenir la discipline et la subordination, c’est qu'il a le cerveau petit. Quand une mère de famille (jouissant d’une bonne santé) est vaincue, ennuyée et fatiguée des soins et des devoirs de son ménage, cela provient de ce qu'elle a la tête trop petite.

Les effets de 1 étendue sont également remarquables dans le clergé. Quand un prédicateur a le cerveau large, ses ouailles sentent qu’il a du poids, et elles accueillent bien ses conseils et ses instructions, tandis quelles n’ont qu’indifférence pour la faiblesse qui accompagne une petite tête. Quand un prédicateur possède une excellente combinaison d'organes, ce qui a lieu parfois, c’est-à-dire quand il a les organes des sentiments et l’intelligence développée en proportion des organes des penchants animaux, il peut être fin, aimable, logique et intéressant; mais quand l’étendue générale de son cerveau est au-dessous de la moyenne, il ne fait pas impression, il n’impose pas.

Ce principe que l’étendue confère le pouvoir des manifestations , donne la clef des critiques suivantes sur le Dr Chai mers. « Ses manières sont loin d’être gracieuses, dit un écrivain contemporain, elles sont presque grossières; sa voix n’est pas musicale et souvent sur un diapason trop élevé ; dans le choix des mots et des figures son goût est très-souvent rien moins que pur; sa prononciation, quoique vigoureuse et distincte, trahit le provincial , et un long séjour à Londres n’a pu le corriger; et quant à ses gestes, partout où nous l’avons entendu, il nous a paru ignorer complètement qu’il y a quelque chose comme des mains et des bras dont il peut faire usage. En quoi donc, demandera-t-on, peut consister l’éloquence du Dr Chai mers? En cela seul, selon nous, que, en mime temps que ses arguments et ses preuves sont pour la plupart frappantes et originales, il possède un enthousiasme et une énergie prodigieuse pour les faire valoir ; que les défauts de sa rhétorique se perdent entièrement dans la force de sa conviction ; que , en même temps qu’il a assez de mathématiques ou de logique pour rendre son raisonnement subtil, saisissant et irrésistible, il a assez de poésie pour l’empêcher d’être monotone, manifestant ainsi l’intelligence la plus élevée, l’union d’un jugement sain

et étendu à une imagination fertile et brillante. Nous avons dit . qu'il a de F énergie; et nous croyons que ce qui rachète ses manières, c’est cette grande qualité auprès de laquelle les grâces de la diction ne signifient rien. Que nous soyons alleu* tifs ou distraits, que nous aimions ou non la doctrine du prédicateur, ce qu’il y a de certain, c’est qu’il nous force à l écouter. Onpourrait facilement se laisser voler en écoulant le Dr Chalmers, mais je défie qu'on s’endorme. * La tête du Dr Chalmers indique un cerveau large.

On trouve dans les auteurs la confirmation de cette maxime. Les critiques ont été embarrassés d’expliquer le haut rang qu’occupe le Dr Samuel Johnson dans la littérature anglaise, et de découvrir les qualités intellectuelles auxquelles il en est redevable. 11 n'a fait aucune découverte dans la morale ou dans les sciences qui puissent captiver l'esprit. Son style est grave et sonore, et l'arrangement de ses phrases est en général bon; mais on trouve dans Goidsmith, Thompson et d’autres auteurs , que personne ne s’avisera de lui comparer pour le génie, des grâces égales ou supérieures. Ce qui le caractérise surtout , c’est la force et le poids ; et cela concorde avec la grande étendue de son cerveau. Les écrits de Milton se distinguent par la vigueur, de môme que ceux de Locke. Addison au contraire est un exemple de génie produit par une heureuse combinaison des sentiments et de l’intelligence, sans une énergie prépondérante due à une grande étendue.

Le pouvoir est le charme principal des écrits de Swift; il n'est pas gracieux; il est loin d’étre élégant; son raisonnement est souvent superficiel et ses conclusions vagues. Mais il est rarement faible. La force, l’énergie et la résolution se trouvent à chaque page. Son crâne indique un cerveau large, surtout dans la région des penchants.

Pour produire tout son effet, une large étendue du cerveau doit être accompagnée d'une bonne santé et d’un lempé-

rament actif; c’est ce que nous avons expliqué t. I, page 48. Mais si la santé et l’activité du tempérament sont nécessaires pour donner l’effet à l’étendue , elles n’en compensent jamais l’absence.

L’activité dans les organes donne de la vivacité ou de la rapidité. Spurzbeim pense que de longues fibres contribuent à l’activité. Les tempéraments sanguin et nerveux , tels que nous les avons décrits tom. I, pag. 48 , 49 et 150, offrent des indications externes d’une activité constitutionnelle. Une étendue modérée du cerveau, avec une bonne combinaison des organes et beaucoup d’activité, constitue ce qu’on entend par un homme de mérite dans la vie ordinaire. Un tel individu forme rapidement des idées, fait beaucoup d’ouvrage, fait preuve de tact et de discernement, et se montre utile à la société ; mais pour cela il ne faut pas que ses devoirs soient trop nombreux, il ne faut pas qu'il rencontre trop d’obstacles et que le champ de ses travaux soit trop étendu.

On commet en société , par suite de l’ignorance de ce fait, un grand nombre d’erreurs. Un individu, ayant le cerveau petit, mais un beau tempérament et une bonne combinaison d’organes, peut se distinguer dans une sphère inférieure et bornée ; il peut faire avec succès un grand effort, où l'exercice de scs pouvoirs est porté au plus haut degré ; on adopte alors l’idée que c'est un homme habile, fait pour une plus haute position, et capable de montrer habituellement cette force d'esprit qu’il a déployée en une seule occasion. En conséquence, il est promu à une position plus difficile; il continue d’exécuter si bien les petites choses, qu’il est difficile d’indiquer les cas où il manque à ses devoirs les plus importants ; cependant le sentiment de son incapacité se propage ; le défaut de succès et le mécontentement augmentent; et enfin, après avoir beaucoup souffert lui-même , et causé des désagréments à tous ses

subordonnés , il est renvoyé. Un cerveau petit est l’origine de cette incapacité, et l'ignorance de ses effets la cause de ce qu'il a été mal placé.

Les hommes, dans les cas extrêmes, reconnaissent l’énergie ou la faiblesse du caractère mental , et règlent là-dessus leur conduite. Ceux dont la règle de conduite n'est pas tracée d’après les principes moraux et religieux, traitent les autres de mille manières différentes, selon l'impression qu’ils reçoivent de leurs manières, et l'idée qu'ils ont de leur force ou de leur faiblesse d’esprit. Il y a des hommes qui imposent par le regard le sentiment de leur grandeur, et dont toutes les manières disent : « Nemo me impuni lacesset. » Le monde comprend ce langage muet , il trouve plus prudent de ne pas se mettre sur leur passage et de ne pas les offenser. Comme contraste , il y a les personnes faibles et indécises , aussi inconstantes que le flot de la mer, aussi mobiles que le vent. Les méchants tombent sur eux , et font d’eux leur proie. Le traitement qu’on reçoit de différentes personnes en société est ainsi très-différent , et l'on peut dire avec raison que la plus grande partie du genre humain ne peut concevoir les misères imposées aux faibles par le tyran qui se prévaut de leur faiblesse.

Quand une bonne combinaison d’organes, un beau tempérament et une grande étendue du cerveau se trouvent réunis chez un individu , ils constituent la perfection du génie. C’est ainsi que je conçois Homère et Shakspeare. Vivacité, légèreté, facilité , fertilité , provenant de la première et de la seconde cause , jointes à une profondeur, une force , une compréhension et une énergie masculines, résultat de la troisième cause , c’est ce qui place ces auteurs au-dessus de tous ceux que le monde a jamais vus. Et quand nous considérons que tous ces dons rares et magnifiques doivent se trouver réunis de nouveau dans un individu, avant que leur égal ne paraisse, nous

concevrons comment la nature a fait si peu d’Homères et de Sbakspeares.

Dans les observations précédentes, j'ai traité des effets de l'éteudue du cerveau en général sur les manifestations générales de l'esprit, afin de faire mieux comprendre au lecteur la doctrine phrénologique ; mais je le prie de se garder contre les erreurs, en parlant de l'étendue générale, comme indiquant un pouvoir particulier; car alors il rencontrera des difficultés sans nombre. Par exemple, on a souvent objecté qu’un certain individu portait un large chapeau , ce qui indique un large cerveau, et que cependant il n'avait pas une grande portée d’intelligence et d'habileté dans le sens général dn mot. Nous répondons que nous devons chercher le pouvoir dans la direction de l’itendue, comme nous l’avons expliqué à la page 146. S'il faut un grand chapeau à cause du grand développement des organes animaux, nous devons nous attendre à ne trouver dans l'individu qu’un puissant animal; et il peut être un puissant animal en même temps qu'un homme faible. Si l’étendue prédomine dans la région des sentiments, nous devons chercher la valeur morale; mais ce n’est que quand une grande étendue, combinée avec un tempérament actif, domine les organes des trois classes de facultés, les penchants, les sentiments et l’intelligence , que la phrénologie nous autorise à compter sur un caractère vigoureux, intelligent et profond. La largeur du chapeau n'indique pas lesquels dominent des organes moraux ou de ceux de l'intelligence.

J’ai déjà établi les circonstances qui modifient les effets de l'elendue, 1. 1 , p. 48 et 150, quand j’ai traité des principes de la science.

Dioitized bv (i ongle

Combinaisons dans l'étendue ou effets des organes, quand ils sont combinés dans des proportions différentes.

On découvrit les fonctions primitives de chaque organe, en observant les cas dans lesquels certains organes dominaient décidément les autres ou y étaient inférieurs; et c'est par de semblables observations qu'il faut encore les vérifier. Quand la découverte est établie , son application pratique mérite de fixer notre attention. Tout individu qui n'est pas idiot possède tous les organes; mais ils se combinent différemment en degrés d’étendue relative selon les différentes personnes, et les manifestations de chacun sont en quelque sorte modifiées par l’influence de ceux avec lesquels ils se combinent. Cependant l’effet de la combinaison n’est pas de changer les fonctions respectives des divers organes, mais seulement de changer la manière dont ils se manifestent, ou les actes dans lesquels ils cherchent leur jouissance; Si, par exemple, l’organe des tons est également développé chez deux individus , et que chez l'un les organes des penchants animaux dominent, tandis que chez l’autre ce sont les sentiments moraux, le premier manifestera les tons dans des chansons bachiques, le second dans des hymnes sacrées. Dans les deux cas les tons conduisent à la production de la musique; l’effet de la combinaison est de changer la direction. Ceci s’applique à toutes les facultés et prouve que, quoique toutes les fonctions de quelques parties du cerveau ne soient pas encore reconnues, leur découverte ne changerait rien aux fonctions des organes déjà connus.

Gall (î), en considérant les combinaisons des organes, divise les hommes en six classes.

Chez les hommes composant la première classe, les organes des qualités et des facultés les plus élevées sont complètement développés, tandis que ceux des facultés com-

(I )Surlei fondions (lu cerveau, lom. I, p.319.

muncs à l'homme et aux animaux n’ont qu'un faible degré de développement et d'activité. Les penchants et la conduite de ces hommes respirent la raison, la justice et la morale.

Dans la seconde classe, la combinaison est précisément l’opposée de la première, et les individus qui la composent sont esclaves de la sensualité et de l'erreur.

Dans la troisième classe, les organes animaux, et ceux particuliers à l’homme, ont un degré considérable de développement et d’activité. Les hommes qui en font partie peuvent être grands dans la vertu ou dans le vice, ou manifester les qualités les plus opposées. Ils éprouvent le combat interne des éléments les plus élevés et les plus bas de notre nature; Socrate , saint Paul et saint Augustin étaient de ce nombre.

Dans la quatrième classe, un organe, ou un petit nombre d’organes sont très-développés , tandis que les autres ne le sont que très-modérément, ou le sont à peine. Cette classe comprend les hommes d'un grand génie exclusif, ou les hommes qui se distinguent par une grande force de caractère ou par des penchants puissants d'un genre particulier, tels que les grands musiciens, les grands mécaniciens, ou les braves militaires qui, en dehors de leur profession, ne montrent pas de supériorité.

Dans la cinquième classe, un ou plusieurs organes sont trèspeu développés, tandis que tous les autres sont proéminents et énergiques. Cette classe comprend les hommes qui ont des connaissances générales, et qui ont des imperfections particulières et limitées. Lessing et Tischbein délestaient la musique, et Newton et Kant n’avaient pas de passion pour les femmes.

Dans la sixième classe, les organes animaux et ceux particuliers à l'homme, sont développés à un degré presque également modéré. Cette classe comprend la grande masse des hommes ordinaires.

Ces six divisions, dit Gall, sont susceptibles de mille modifications.

Le Dr Vimont (1) observe que ces divisions sont insuffisantes pour donner une idée juste et complète des combinaisons de toutes les facultés ; mais il me blâme d'en avoir omis la citation dans les premières éditions de cet ouvrage. Mon excuse est que ces remarques de Gall, se trouvant dans son premier volume, au milieu de discussions préliminaires sur la morale et d'objections métaphysiques, n'ont fixé mon attention que lorsque le Dr Vimont m’y a renvoyé. Le Dr Vimont fait sur ces classes plusieurs observations très-judicieuses, et en ajoute deux, savoir : les hommes chez qui les organes perceptifs dominent ceux de la réflexion; et ceux qui, placés un peu audessus des idiots, ont les pouvoirs perceptifs faibles et ceux de la réflexion nuis. Cette classe peut manifester quelque talent, tel que celui de la construction ou de la musique; elle peut aussi se distinguer par la ruse, l'entêtement ou la vanité, et ne jamais faire aucun progrès. Le Dr Vimont fait aussi de très-bonnes observations sur les combinaisons des organes dans les différentes espèces d’animaux, auxquelles je ne puis que renvoyer.

Les bornes de cet ouvrage ne me permettent pas de citer plus de trois règles pour apprécier les effets des différences dans l’étendue relative des organes d’un même cerveau.

Première règle. — Toute faculté désire être satisfaite avec un degré d’énergie proportionné à l’étendue de l'organe (s); ce sont les organes qui sont les plus développés dont on écoule le plus habituellement les facultés (s).

(1) Traité de Phrénologie , tom. Il, p. *39.

(2) La condition cœterin parihtu, est toujours sous-entendue et n'a par conséquent pas besoin d'être répétée en traitant des effets de l’étendue.

(3) Ayant été prié d’établir dans un ordre méthodique les effets des combinaisons autant que j’ai pu les observer , j’ai essayé de le faire dans le

Exemples. — Si les organes animaux en général sont proéminents, et les organes des sentiments moraux et de l’intelligence petits en général, l’individu a naturellement des goûts très-animaux et est disposé à les satisfaire de la manière la plus grossière.

Quand , au contraire, les organes des sentiments moraux et de l’intelligence dominent fortement, l'individu est naturellement porté à des travaux intellectuels et moraux ; de telles personnes savent se faire < la loi à elles-mêmes. >

Pour preuve de celte règle , on peut comparer la tète d'Alexandre VI ( 1. 1, p. 309), qui fut un monstre de perversité ayant forme humaine , avec celle de Melunctbon , le réformateur (t. I, p. 129), ou le crâne d’un naturel de la Nouvelle- Hollande à celui de Spursheim, représentés tous deux à la page 56.

Pour plus de preuves , on peut encore comparer la tête de Vitellius et de Hare l'assassin ( 1. 1, p. 135 et 129), à celle du Tasse (t. I, p. 401), de Chaucer et de Locke (t. I, p. 419), et de Michel-Ange (page 28). Dans la première classe de têtes, le cervelet et les régions postérieures du cerveau affectées aux penchants animaux, dominent beaucoup les régions coronale et antérieure, lesquelles manifestent l'intelligence et les sentiments moraux (t) ; dans la seconde , la région basilaire

manuscrit de cet ouvrage; mais j’ai trouvé que le résultat était une énumération fastidieuse de proportions faites pour l'individualité seule, difficiles S retenir etde plus extrêmement incomplètes. J’ai donc préféré établir surtout des principes accompagnés de preuves pour les rendre intelligibles et en indiquer l’application. Celte méthode a été adoptée dans les Éléments pour plus de brièveté ; et, après un mhr examen, il parait qu’on doit la préférer. Le lecteur dont les organes rédectifs seront bien développés comprendra facilement les régies que nous exposons, et pourra même étendre la sphère de leur application.

(t) On juge mieux de la région coronale par la hauteur et la largeur du cerveau vers la circonspection et la causalité, organes dont la situation est

est développée, mais la région morale et intellectuelle est décidément prépondérante.

D'après la règle que nous venons d’établir, la première classe ayant pour but de satisfaire l'amativité, la destructivité, l'acquisivité, et autres sentiments inférieurs, aura naturellement des goûts bas et dégradés ; les hommes qui la composent aspireront peu après les vertus nobles et bienfaisantes qui ennoblissent la nature humaine; ils seront sourds à la voix de la justice , de la piété et de la miséricorde , et tout à fait incapables d’apprécier les avantages de la science. La seconde classe formera un contraste frappant. Les hommes qui la composent sentiront la supériorité des travaux moraux et intellectuels; ils désireront ardemment avancer dans la voie des perfectionnements, et aimeront d’instinct toute vertu, toute qualité propres à augmenter la véritable dignité et le bonheur de l’homme. Il est assez ordinaire de voir des individus juger du genre humain d'après eux-mémes; cependant aucun critérium ne peut être plus illusoire. La conscienciosité des hommes appartenant à la classe inférieure représenterait notre race comme basse, haineuse et vaniteuse; la conscienciosité de la classe élevée la représenterait comme noble , bienveillante et intellectuelle.

Seconde règle. Comme il y a trois espèces de facultés, celles des penchants, des sentiments moraux et de l’intelligence qui ne sont point homogènes, il peut arriver que dans un même individu plusieurs organes larges des penchants se combinent avec plusieurs organes moraux et intellectuels fortement développés. La règle veut qu’alors les penchants inférieurs obéissent aux pouvoirs élevés, et l’on suit le cours d’action qui est

indiquée dans plusieurs têtes par des astérisques. Toutes les fois que cette région est déprimée ou étroite, les sentiments moraux sont faibles en proportion. y oy. pag. 129.

le plus propre à satisfaire toutes les facultés dont les organes sont développés.

Dans cette combinaison, les penchants qui sont forts peuvent par intervalles se soustraire au contrôle des sentiments, et produire des abus; mais comme la nature a donné aux facultés morales et intellectuelles les pouvoirs dirigeants, la conduite habituelle sera d'accord avec leurs inspirations, en même temps qu’elle satisfera les penchants.

Exemples. Quand les organes de l'acquisivité et de la conscienciosité sont tous deux développés, par le vol on pourrait satisfaire l’acquisivité; mais on blesserait la conscienciosité. D’après la règle que nous venons de donner, l’individu tâchera, dans ce cas, de satisfaire ces deux facultés en acquérant des richesses par une honnête industrie. Quand la combativité et la destructivité sont très- développées, et que la bienveillance et la conscienciosité le sont aussi fortement, des injures et des querelles à tout propos satisferaient les deux premières facultés, mais elles blesseraient les deux dernières; aussi un individu, dans ce cas, cherchera une position dans laquelle il pourra les satisfaire toutes les quatre; et il la trouvera dans les rangs d'une armée appelée à la défense de son pays, ou dans des recherches morales et intellectuelles contre les suppôts de la corruption et des abus, soit dans le clergé, soit dans le gouvernement. Luther, Knox, et plusieurs autres bienfaiteurs du genre humain, furent sans doute inspirés par cette combinaison de facultés; Washington en offre aussi un noble exemple.

Quand le cervelet est très-développé, et que la philoprogcnilure, l’adhévisité et la conscienciosité manquent, l'individu sera porté, par-dessus tout, à satisfaire, n'importe comment, ses appétits animaux; et quand les trois autres organes sont aussi développés, il conçoit que le mariage lui offre un moyen légitime de satisfaire tout ce groupe d’organes.

Quand la bienveillance , l’estime de soi et l’acquisivité sont tous trois développés, la charité peut satisfaire le premier organe; mais à moins que l'individu ne soit riche, l’action de se séparer de sa propriété sera désagréable aux deux derniers; et il préférera satisfaire la bienveillance par une obligeance personnelle; il sacriGera son temps, ses plaisirs, son influence et ses conseils, mais non sa propriété au bien d’autrui. Quand la bienveillance eatpslite, avec la même combinaison d’organes, l’individu ne donne ni argent ni conseils.

Quand l’amour de l’approbation très-développé se combine avec une forte idéalité et des organes réflectifs modérés, l’individu est ambitieux; il veut éclipser les autres par le luxe de son équipage, sa mise et le train de sa maison. À cette combinaison d’organes, ajoutez une intelligence puissante et une forte conscienciosité , il préférera la perfection intellectuelle et morale comme plus propre à obtenir le respect du monde.

Celui qui a la bienveillance et l’amour de l’approbation très-développés , et la conscienciosité faible , est très-bienveillant, aux petits soins pour les personnes qui font tout haut son éloge, et portent aux nues sa bienveillance, et à peine remarque-t-il le mérite caché qui ne se fait pas valoir. 11 parle beaucoup de scs bonnes œuvres. Quand la bienveillance et la conscienciosité dominent, le mérite aimable et modeste attire ses regards , et jamais il ne proclame lui-même le bien qu'il a fait.

Quand l’estime de soi très-développée se combine avec la faiblesse de l’amour de l’approbation et de la conscienciosité, l’individu est porté à satisfaire ses sentiments égoïstes , sans égard à la bonne opinion des autres hommes ou à leurs justes réclamations. Quand l’estime de soi se combine avec l’amour de l’approbation et la conscienciosité très-développées, elle ne produit que ce degré de respect de soi-même , essentiel à

la dignité du caractère, et cette indépendance de sentiments sans laquelle il n’y a pas de vertu.

Quand la circonspection très-développée se combine avec la combativité faible, l'individu est très-timide. Quand la combativité est très-développée et la circonspection petite , une intrépidité téméraire en est le résultat. Quand la combativité et la circonspection sont également développées, la prudence tempère le courage. Quand la circonspection, la conscienciosité, l’estime de soi et l'amour de l'approbation sont tous développés, et que la combativité l’est modérément, la mauvaise honte est le résultat de cette combinaison. Ce sentiment est la crainte de ne pas s’acquitter avec honneur de ses devoirs, et par là de compromettre sa dignité personnelle.

Qnand la vénération et l'espérance sont développées, et la conscienciosilé et la bienveillance faibles, l'individu aime naturellement le culte religieux, tout en faisant fi de la charité et de la justice. Le contraire se présente-t-il , il est porté par sa constitution à être charitable et juste, sans aimer les pratiques de dévotion. Quand les quatre organes sont développés, l’individu , sans renoncer à ses devoirs de citoyen , sera porté à entrer dans les ordres. Quand la vénération développée se combine avec une acquisivité proéminente et l’amour de l'approbation, le premier sentiment s'adresse à des hommes haut placés, dans le but de satisfaire un désir de richesses et d’influence , qui dépend des autres facultés. Quand la vénération faible se combine avec l’estime de soi et la fermeté développées, l’individu ne sera pas porté à avoir de la déférence pour ses supérieurs.

Les facultés intellectuelles tendent naturellement à préférer les occupations qui sont propres à satisfaire les penchants, et les sentiments dominants : quand les organes qui donqent le génie de la peinture se combinent avec l’acquisivité, l'individu peint pour devenir riche; si, au contraire, l’acquisivité est faible

et que ces organes se combinent avec l’amour de l’approbation, il travaille pour la gloire et meurt de faim.

Les talents, dans les différentes carrières intellectuelles, dépendent des combinaisons des organes réflectifs et des organes du savoir, dans de certaines proportions. La constructivité, la forme, l’étendue, le coloris, l'individualité, l’idéalité, l’imitation et la secrétiviié très-développées, avec la localité petite, font le peintre de portraits et non le paysagiste. Diminuez la forme et l’imitation, et augmentez la localité, et vous aurez un paysagiste, mais non un peintre de portraits. La constructivité et la pesanteur se combinant avec les tons développés, peuvent produire le talent de faire des instruments de musique. Sans les tons développés, ces deux facultés ne pourraient prendre avec succès cette direction. La constructivité se combinant avec l’étendue et les nombres développés, peuvent conduire à fabriquer des instruments de mathématiques. La causalité se combinant avec l’idéalité et l’imitation très-développées , s’attache à la philosophie des beaux-arts ; le même organe avec une forte bienveillance , la conscienciosité et la concentrativité, se complaît surtout dans les investigations politiques et morales. Quand à l’individualité, l’éventualité, la comparaison et la causalité, s’unit l'organe du langage, également bien développé, l’individu est auteur ou orateur; mais avec le langage petit, ces mômes facultés cherchent plutôt à se satisfaire dans la vie privée ou dans une philosophie abstraite.

Une grande difficulté qu’on éprouve souvent est celle de comprendre l’effet des pouvoirs réflectifs unis à un haut degré de développement des facultés du savoir, quand ces dernières s’exercent dans des branches particulières pour lesquelles elles paraissent d'elles-mémes suffisantes. Il est dit, par exemple, que la constructivité, la secrétiviié, la forme, l’étendue, l'idéalité, l’individualité, le coloris et l’imitation, constituent le

génie de la peinture , et l'on peut demander avec raison quel effet peuvent produire sur cette combinaison les organes ré- Oectifs, développés ou non. Il est facile de répondre. Quand les organes réflcctifs sont petits , la forme, la couleur, la beauté sont l’objet principal des études du peintre : dans ses ouvrages il n'y a ni histoire, ni action, ni intelligence. 11 faut en examiner les détails comme formant des objets sépares, et n’ayant pas été rattachés les uns aux autres par les pouvoirs supérieurs. Ajoutez les organes réfleclifs, et alors le contour, la forme, le coloris, la perspective, ne sont plus que des moyens dont se sert l'intelligence pour arriver à Un but plus élevé, à la représentation de quelque grande action, de quelque grand événement, à quelque scène qui parle au jugement et au cœur, à la peinture historique.

Dans les portraits de Raphaël, les organes que nous venons d’énumérer comme essentiels aux peintres paraissent tous fortement développés, et ceux de la causalité, de la comparaison et de l'esprit de saillie ont aussi une étendue plus qu'ordinaire. Eh bien , un critique de Raphaël (t) dit : « Dans la composition, Raphaël tient le premier rang ; son invention est l’émanation d'un esprit dramatique, et il a choisi dans la nature et s'est approprié tout ce qui était le plus fait pour intéresser les sentiments ou satisfaire le jugement. L’époque, dans ses sujets historiques, est toujours bien choisie; elles incidents secondaires, ou d’un intérêt secondaire, concourent essentiellement à r action principale. Le contraste ou la combinaison des lignes ne se voit pas dans ses ouvrages comme principe artificiel de composition. La nature et le caractère de faction créent les formes les plus propres à les exprimer. L’expression individuelle de chaque personnage s’accorde avec son caractère et avec son rôle; et qu’ils soieul immobiles ou agissants, ils ne pèchent

(1) fie ttc Raphaël . Londres , 18t<3.

jamais par l'affectation. L'intérêt général de son sujet se soutient dans toute la composition; Faction présente implique le passé et anticipe Fa/venir. Si, dans la sublimité de la pensée, Raphaël a été surpassé par son célèbre contemporain Michel-Ange; s’il l’a été dans le contour et la forme par les anciens, et dans le coloris et le clair-obscur par les écoles lombarde et vénitienne, il n'a pas de rival dans la composition historique; et jamais personne ne l’a approché dans F invention , f expression ou le pouvoir de représenter une action. »

M. Fuseli , en parlant des qualités du style de Raphaël comme peintre, dit que « il n’a jamais représenté la perfection de la beauté humaine. Aucune des figures de Raphaël n’est parfaitement belle ; aucune de ses figures , prise isolément, n’est assez bien proportionnée pour servir de modèle. La forme n’était pour lui que le véhicule du caractère ou du sentiment , et il l’y adaptait avec une vérité propre à faire le désespoir des critiques. La partie la plus animée de ses tableaux est l'action principale, et les accessoires en émanent et s'y rattachent. Les groupes, la forme et les contrastes sont subordonnés à l'action, et n’ont jamais rien de vulgaire. Son expression est franche et pure, étroitement unie au caractère, avec lequel elle est toujours en harmonie, qu'il soit calme, animé, agité, bouleversé ou absorbé par la passion; jamais elle n’est en contradiction avec la cause de sa passion , et est aussi exempte de monotonie que d’afféterie. Il ne choisit jamais le moment où l'action est terminée, ou sur le point de se terminer. C’est un moment de transition, la crise est pleine du passé et non moins pleine d avenir. Son invention concilie les choses les moins réelles avec le plus haut degré de vraisemblance, de manière à parler également à notre imagination, 5 notre jugement et à notre cœur. »

Dans toute celte critique nous avons la description la plus exacte des manifestations de la comparaison et de la causalité

('«■BF. — TBAITÊ OF l'HRÉSOLOGIF. T. II. 38

qui donnent la portée, la profondeur et la force de la conception intellectuelle, le pouvoir de combiner les moyens pour atteindre un but, et la tendance naturelle à tenir ces moyens à leur place, comme subordonnés à l’action principale.

Aussi le génie de Raphaël ne peut être complètement apprécié que quand on a exercé sur ses ouvrages ses facultés intellectuelles les plus élevées. Sir Josué Reynolds avoue que ce ne fut qu’après des visites réitérées et de profondes réflexions qu’il en découvrit le mérite, et que sa première impression fut celle de l'humiliation et du désappointement, parce qu'il n’en comprenait pas tout d’un coup toute la grandeur. « La perfection du style de Raphaël, dit-il, n’est pas à la surface; elle a quelque chose de mystérieux; il faut approfondir ses ouvrages pour la découvrir. A la première vue, c'est le style brillant qui éblouit et captive l'œil pour un moment, sans satisfaire le jugement. » Si les organes du savoir et de la construclivilé avaient seul dominé dans Raphaël , les accessoires auraient été sur la même ligne que l’action principale, et le critique possédant une intelligence réflective aurait senti dans ses peintures l’absence évidente de dessin, d’action, d’inlérét et de but. Les organes réllectifs élevés sont donc indispensables à la peinture historique. Haydon, qui a manifesté un grand pouvoir de conception dans ce genre , les a tous très-énergiques. Feu M. Raeburn, peintre de portraits, dont le style, plein de dignité et de force, approche du style historique, a le front parfaitement développé aussi bien que les organes de la peinture. Cette règle s’applique à la sculpture. L'artiste qui a la forme, l’étendue, la construclivilé et l’idéalité sans les organes réflcctifs, peut ciseler un vase et y tracer une guirlande de fleurs; mais il n’atteindra jamais la grandeur de conception qui donnerait à ses produc lions de la dignité et du pouvoir.

11 suit de ces principes qu’un sculpteur ou peintre représente une certaine classe d’objets avec beaucoup plus de vérité

ou de fidélité qu’un autre, selon les organes particuliers qui dominent dans sa létc. Ainsi pour rendre la grâce exquise , l’élégance et l'harmonie des formes de la femme, les organes constructifs, l'idéalité et les sentiments moraux, avec un beau tempérament, peuvent suffire, sans beaucoup de profondeur et de puissance de réflexion. Au contraire, pour représenter sur la toile ou sur le marbre des hommes d’une nature supérieure, aux pensées profondes, aux émotions fortes et élevées, il faut que l’artiste ait lui-même de grands organes de sentiment et de réflexion, avec les organes de son art ; sans quoi il ne pourrait jamais concevoir ou rendre ce genre d’esprit, quand son sujet le comporterait. Cette heureuse combinaison d’organes se présente avec un beau tempérament dans Lawrence et Macdonald; et de là les qualités admirables par lesquelles ils se distinguent.

La même règle trouve son application dans l’architecture et dans la musique. Un architecte ayant de larges organes du savoir peut faire bien le plan d'une maison ordinaire, ou de tout autre objet simple; mais il ne faut pas qu’il entreprenne un ouvrage dans lequel des pensées profondes et des combinaisons étendues sont des conditions indispensables. C’est parce qu’on méconnaît ces principes que nous voyons en Angleterre tant de monuments d'architecture complètement man- * qués. Un artiste qui a une tête scientifique et constructive peut produire un plan qui parait beau sur le papier, et qui peut être même très-beau comme dessin. Mais s’il n’a pas les organes réflectifs , il est incapable de considérer la construction dont il fait le plan , dans ses rapports avec les objets qui devront l’entourer, et de deviner quel effet elle fera, quand elle sera élevée auprès d'eux. Aussi ce beau dessin , une fois exécuté, ne sera peut-être qu’une œuvre informe. Donnez-lui des organes réflectifs, il percevra les effets des objets circonvoisins, et agira en conséquence. Un architecte, chez qui les

organes réflectifs sont développés, et les organes du savoir faibles, manquera dans l’arrangement pratique des détails.

De même le musicien, capable d’exprimer la pensée, le sentiment et l’émotion avec un effet exquis, chez qui les sons sont subordonnésau jugement, au dessin et à l’expression, possède les facultés les plus élevées, avec les sim pies facultés musicales.

De même encore l'orateur qui a l'individualité, l’éventualité, la comparaison et le langage, peut dans ses discours montrerde l'érudition , de la facilité et du brillant, et quand avec cela il a les penchants et les sentiments énergiques, il peut être véhément, pathétique ou sublime; mais pour qu'il ail une grande intelligence, une profonde sagacité et le talent de développer des principes, il faut qu’à celte combinaison se joigne la causalité.

Dans toutes les branches des beaux-arts, le goût est distinct de la puissance et de l’intelligence, et dépend, comme nous l’avons déjà dit (i), d’une combinaison harmonieuse et d’une bonne culture de tous les organes en général. Raphaël parait avoir réuni toutes ces conditions ; et c’est parce que la nature réunit rarement tous les organes particuliers qui constituent le peintre (de larges organes réflectifs, une grande étendue en général, une proportion harmonieuse et une activité naturelle) dans un seul individu, qu’il y a si peu de Raphaëls.

Dans aucun cas, il n'est indifférent pour les talents et les dispositions d’un individu d’avoir un organe déterminé large ou petit. Quand l’organe est large , quoique ses abus puissent être réprimés par la contrainte que lui imposeraient ses autres facultés , cependant son existence ne laisse pas que d’opérer sur l’esprit. Par exemple, l’individu qui a la combativité et la ^ destructivité développées, combinées avec un grand déve-

loppement des organes moraux et intellectuels, peut passer toute sa vie sans commettre aucun crime ni délit; et l’on

(t) P» ne Î70.

pourra demander dans ce cas quel effet produisent les premiers organes. Pour répondre à cette question nous devrons supposer que tous les autres organes restent développés, tandis que la construclivité et la combativité ont diminué en volume, et en expliquer l’effet que produira celte diminution. Le résultat serait une prépondérance outrée des qualités intellectuelles et morales, dégénérant en mollesse. La combativité, la destructivité ajoutent les éléments de répulsion et d’agression au point de permettre la manifestation d’un courage viril. Aussi, dans le cas supposé, ces organes accompliraient bien leurs fonctions, et ajouteraient de la force au caractère dans les luttes de la vie d’action, tandis que l’observateur superficiel s'imaginerait qu’ils sont complètement inutiles.

De même quand un organe est très-faible, les autres organes, quelque développés qu’ils soient , ne peuvent compenser sa petite étendue. Supposez, par exemple, qu’un individu ait la bienveillance, la modération, l’amour de l’approbation et l'intelligence très-développées, et la conscienciosité très-faible, on pourrait supposer que l’absence de la conscienciosité sera insignifiante, puisque son influence sera compensée par les autres facultés que nous venons de nommer. Cependant tel ne sera pas le cas. Le sentiment du devoir prend sa source dans la conscienciosité. et l’individu que nous supposons serait bienveillant quand la bienveillance dominerait, religieux quand la vénération serait en vogue, et obligeant quand l’amour de l’approbation serait à la mode. Mais si tous ces sentiments ou l'un d’eux était contrarié par les suggestions des penchants inférieurs, et que l’organe de la conscienciosité fût faible, il ne sentirait en aucune occasion l’obligation de devoir appuyer les inspirations de scs autres sentiments et augmenter leur pouvoir restrictif. Il manquerait des sentiments de justice et de devoir; il obéirait aux impulsions des facultés élevées, quand il en aurait envie ; mais tant que cette envie ne lui vien-

«Irait pas , il ne comprendrait pas le tort qu'il aurait de négliger leurs inspirations, comme il le comprendrait si l'organe de la conscienciosité était développé. Bien plus, les sentiments que nous lui avons supposés n’étant pas dirigés par la conscienciosité, tomberaient sans cesse dans les abus. La bienveillance envers l’un serait injustice envers un autre ; la dévotion serait parfois substituée à la charité, ou la charité à la dévotion.

Prenons un exemple opposé, et supposons qu'un individu ait une grande intelligence et la conscienciosité, et manque de bienveillance, de vénération et d'amour de l'approbation. Dans ce cas, en supposant que ses penchants soient forts, sa conduite sera peut-être brutale, malgré sa forte conscienciosité. Par cette combinaison d’organes il agira sous l'impression de sentiments égoïstes et énergiques, qui domineront probablement le sentiment unique du devoir que n’aideraient point la bienveillance , la vénération et l'amour de l'approbation; et il pourrait bien agir contre les inspirations de sa propre conscienciosité. Video meliora proboque , détériora sequor, sera sa devise. Supposant, au contraire, que ses penchants soient modérément développés, il sera strictement juste, donnera à chacun ce qui lui est dû; mais probablement il n’y aura guère de ferveur ni dans sa bienveillance, ni dans sa piété. La faculté de la bienveillance inspire le sentiment de la charité; et la conscienciosité en appuie les inspirations; mais quand ( pour supposer un cas extrême ) la charité n’est point du tout inspirée, la charité ne peut le produire ni étendre sur lui son influence. Elle pourrait inculquer ce précepte : Ne fais pas de mal à autrui, parce que c'est de la simple justice; mais elle n’inspirerait pas le désir de lui faire du bien, parce que cela sort de ses attributions.

11 arrive parfois qu’il se présente des combinaisons extraordinaires d’organes particuliers, dont on ne peut prévoir les effets; et dans de pareils cas, le phrénologue doit se garder

de prédire; il faut d’abord qu’il s’instruise. Cependant, comme la nature est constante, il peut se prononcer avec confiance la seconde fois que le cas se présente. Avant qu'il fût reconnu que la secrélivilé et l’imitation donnent le talent du comédien, j’ai rencontré un exemple de cette combinaison, et je me suis trompé dans le résultat que j’y ai prédit. Cet événement fut proclamé hautement comme subversif de la phrénologie; pour moi , ce fut une leçon et une découverte de quelque impor* tance. J'ai toujours trouvé depuis qu’un talent particulier accompagnait cette combinaison d'organes.

Troisième règle. — Quand tous les organes paraissent également proportionnés, l’individu livré à lui-mémc montrera un caractère différent, selon que les penchants animaux ou les sentiments moraux domineront: il passera sa vie û faillir et à se repentir. Une influence extérieure pourra beaucoup modiGer sa conduite; une discipline sévère, une contrainte morale, pourront faire pencher la balance en faveur des sentiments élevés; les instigations de mauvais sujets rendront aux penchants animaux tout leur empire. Maxwell, qui fut exécuté pour vol avec effraction, est un exemple de cette combinaison. Dans sa tête, les trois ordres d’organes sont bien développés, mais la région des sentiments moraux placés dans la tête au-dessus des astérisques, est faible en proportion des régions basilaire et occipitale, manifestantles penchants.Tant qu’il fut soumis à la discipline d'une armée, il jouit d'une bonne réputation; mais quand il devint pauvre, ses penchants reprirent le dessus; il se réunit à une bande de voleurs,

adopta leur genre de vie, et fut exécuté. La qualité caractéristique des hommes qui ont cette combinaison d’organes est la facilité avec laquelle ils se laissent dominer par des influences extérieures.

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