APPLICATION PRATIQUE DE LA DOCTRINE DES COMBINAISONS
Je ne puis trop répéter que les principes que nous venons de développer sont importants dans la vie ordinaire. Si quelqu’un requiert l’aide d’un autre dans des affaires importantes,
qu'il se rappelle qu'en étudiant ces trois éléments : le tempérament, la combinaison des organes intellectuels et l'éducation, il obtiendra des renseignements plus certains sur les qualités qu'il demande de lui, et sur ses capacités ordinaires, que par des certificats de bonnes moeurs et de capacité. Les limites de cet ouvrage me font une loi de me borner à quelques observations sur ce sujet.
Il m’est arrivé de refuser un domestique, parce que je vis que les organes inférieurs dominaient dans su lôte; il m’était cependant présenté par une femme de très-bonnes mœurs, et de beaucoup de discernement, que je connaissais depuis fort longtemps et qui répondait de lui. Elle fut d'abord blessée de ce que je refusais de l’engager ; mais un mois ne s’était pas écoulé, lorsqu’elle revint me dire qu’une voisine, mère du jeune homme , lui en avait imposé grossièrement , et qu'elle avait appris qu’il avait été renvoyé de son dernier service pour vol. Une autre fois, j'engageai une servante parce que les organes supérieurs dominaient dans sa tête, et quoique la dame qu’elle quittait lui eût donné un certificat fort insignifiant. Le résultat fut également en faveur de la phrénologie. Elle devint une domestique excellente, et demeura à mon service pendant plusieurs années, au bout desquelles elle fit un bon mariage (i).
Quand on engage un domestique ou une servante , on doit surtout remarquer :
1° Le tempérament. — S'il est lymphatique, on doit s’attendre à peu d’activité naturelle; le travail sera pénible et l’épuisement suivra bientôt une application forcée. S'il n'est
(I) Le Phrenological Journal , n- XXI, p. 88, a publié le rapport de onze cas, observés au pénitentiaire de Dublin , dans lesquels on apprécia le caractère des individus d’après le développement de leur cerveau. Do semblables cas sont cités dans le Mémoire que j'ai fait en 1836, pour concourir i la chaire de logique h l’université d’Ëditnbourg.
que nerveux, on peut s'attendre à une grande vivacité et à une forte activité naturelle; mais la force physique ne sera pas en rapport avec elle. Les tempéraments sanguin bilieux ou nerveux-bilieux sont les meilleurs : le bilieux donnant la force d’endurer, et le nerveux ou le sanguin donnant l’activité.
2° Les proportions des différentes régions du cerveau entre elles. Quand la base du cerveau, siège des organes animaux, est large, et la région coronale déprimée et étroite, les sentiments animaux sont forts, et le moral faible; quand ces deux régions sont larges et le lobe antérieur du cerveau petit , les penchants peuvent être bons, mais l’intelligence est faible; quand toutes les trois sont larges , le moral et l'intellect dominant, il s’ensuit la combinaison des meilleures qualités.
3° Les proportions de certains organes entre eux. Quand la région inférieure du front est largement développée et la région supérieure déprimée, l’intelligence exécutera bien tout ouvrage qn'on lui donne à faire; mais elle sera limitée dans sa capacité de prévoir tout ce qui doit être fait si on ne le lui indique , et dans l’arrangement des détails par rapport au tout. Quand la partie supérieure du front est développée et la partie inférieure déprimée, le pouvoir de la pensée abstraite ( dont un domestique a rarement besoin, et qu’il n’est jamais appelé à exercer ) sera fort , mais inculte et sans objet ; tandis que le talent d’observer les détails, l'amour de l’ordre et de l’arrangement, en un mot tous les éléments d'utilité pratique , manqueront. La meilleure combinaison des organes intellectuels pour un domestique, est celle qui a lieu quand la région inférieure du front est développée, ainsi que la région moyenne immédiatement au-dessus du nez, et la région latérale supérieure pleine. Les dispositions dépendent des combinaisons des organes animaux et moraux. Quand l’acquisivilé, la secrétivité, l’amour de l’approbation et la vénération sont déve-
lized by G
loppées chez un domestique, et la conscienciosité déprimée, il est égoïste, rusé, mais plein de déférence et de politesse; il fera exactement la partie apparente du service, mais il sera loin de remplir ses devoirs en conscience. Quand la bienveillance, la conscienciosité, la fermeté, l’estime de soi fortement développées se combinent avec un développement modéré de la circonspection , de la secrétivité et de la vénération , il peut être très-fidèle et très-honnête, mais emporté, et avoir une roideurde caractère à ne jamais plier; enfin son extérieur sera tout le contraire du premier, mais il y aura plus de foi à avoir en ses dispositions et en sa conduite. Les combinaisons déterminent aussi à quels emplois particuliers un individu est propre. On ne devrait jamais employer comme bonne d’enfant une femme qui n’a pas la philoprogéniture développée, ni comme femme de chambre celle qui n’a pas l’ordre et l’idéalité. L'homme qui a la conscienciosité déprimée n’est pas fait pour être sommelier ou intendant. Les variétés de combinaisons sont extrêmement nombreuses, et on ne pent en apprendre les résultats que par l’expérience.
4° 11 faut s’enquérir de l’éducation de l’individu. La phrénologie indique les qualités naturelles; mais c'est seulement par des recherches qu’on peut savoir la direction qu’elles ont * prise. Aucune combinaison d’organes ne fait un habile cuisinier de celui qui n'a jamais appris la cuisine, ni un habile cocher de celui qui n'a jamais appris à conduire des chevaux.
S® Il faut aussi remarquer le rapport des qualités naturelles du maître ou de la maîtresse avec celles du domestique. Qu’une maîtresse, au cerveau petit, ayant la conscienciosité et la bienveillance modérées, et l’estime de soi et la combativité développées, engage une domestique dont le cerveau est large, bien proportionné et actif, celte dernière sent bientôt instinctivement, malgré l'infériorité de sa position, la supériorité que lui a donnée la nature. La maîtresse le sent aussi, et elle