OVBE. TRAITÉ T1E FHBÉBOI.OGIE. T
cherche à maintenir son autorité par une humeur impérieuse ou querelleuse, ou par la violence. Dans ce cas, les meilleures dispositions d’une servante peuvent être annihilées, et sa conduite peut paraître blâmable si on la sépare des circonstances qui l’ont provoquée. Une domestique qui aurait le cerveau petit, avec une heureuse combinaison d'organes, serait un trésor pour une maîtresse semblable, tandis quelle paraîtrait trop faible et nulle, dans toutes ses manières d’agir, à une dame dont le cerveau serait très-développé, très-bien combiné et très-actif. Ceci explique comment la même domestique passe pour une excellente servante dans une famille, et a, dans une autre, une réputation toute différente.
6° On doit faire attention aux qualités des domestiques, eu égard à leurs rapports ensemble. Deux individus, ayant le cerveau développé et actif, l’estime de soi, l’amour de l’approbation et la combativité, s’ils ont en outre la bieuveillance, la vénération et la conscienciosité développées, peuvent être d’excellents domestiques aux yeux de celui qui les emploie {car ils voient dans leur maître un objet légitime de vénération et de conscienciosité), et ne pas s’accorder entre eux. Chacun prétendra à la déférence et au respect de son camarade ; ni l’un ni l’autre ne voudra céder ; et , selon toutes probabilités, ils se querelleront et se manifesteront leurs penchants dans leurs relations intimes. Une instruction conforme à leur nature et à leurs sentiments pourrait, dans plusieurs cas, remédier à ce mal ; mais tant que l'instruction ne sera pas répandue dans cette classe , je conseille de s’en rapporter aux qualités naturelles; et si l'on a un domestique qui a l’estime de soi trèsdéveloppée, d’en choisir un, pour servir avec lui, qui ait cet organe faible. En négligeant cette précaution, le langage naturel de l’estime de soi ou de la combativité de la part de l’un , excitera involontairement le même sentiment dans l'autre; et il deviendra impossible qu’ils vivent en bonne harmonie; si au
contraire l’un a l'estime de soi développée, tandis que l’autre l'a faible, l’expression naturelle du premier n’est pas pénible à l'autre; an contraire, l’absence de prétentions qui accompagne la faiblesse de l’estime de soi, rend le dernier agréable au premier, et ils finissent par s’estimer mutuellement.
Il sera évident pour toute personne qui réfléchit, que la circonstance qu’un domestique a été refusé par un phrénologucnc prouve pas qu’il ne vaille rien ; cela prouve seulement que, dans l'un ou l'autre des points ci-dessus mentionnés, l'individu n’a pas convenu à certains phrénologues, et rien de plus. Ce même domestique peut paraître excellent à un autre.
De semblables remarques s’appliquent au choix d'un commis, d’un assoeié ou de toute autre personne appelée à remplir un emploi de confiance. Je me suis laissé dire qu’il est très-difficile de prévenir les concussions dans l’administration des postes et autres branches des administrations publiques et privées, où l’on est forcé d'accorder aux employés une grande confiance. Si l'on ne choisissait pour remplir ces places que des hommes chez lesquels les organes moraux et intellectuels sont décidément dominants, le mal disparaîtrait.
Je ne présente ces observations que comme des données dignes d’attention sur plusieurs particularités, et non comme des règles invariables de conduite. Les éléments qui composent le caractère de l'homme sont si nombreux , leurs combinaisons sont si complètes, et l’on a fait si peu l'application pratique de la science, de la manière que nous recommandons, qu’il est impossible d’être trop modeste soit en traçant des règles, soit en promettant des résultats. L'expérience est le grand maître, et mon unique prétention est d’engager les phrénologues à chercher l’expérience dans la pratique. Je sais que plusieurs de mes lecteurs sentiront que ce court exposé n’est pas assez près de la perfection pour leur servir de guide, et d’après cela jugeront que mes remarques sont tout à fait inutiles. A celte
objection, je répondrai que plusieurs phrénologues qui pratiquent actuellement ce que je recommande dans cet ouvrage, y ont trouvé de grands avantages ; et ce qui a été fait avec succès par quelques-uns, peut l’élre de môme par d'autres. En second lieu, la science est inutile quand on ne peut pas l'appliquer dans la pratique; toute science pratique ne fait de progrès que par l’expérience, et cette expérience ne s’acquiert que par la persévérance. En troisième lieu, les personnes mêmes qui se sentent incapables de pratiquer ces règles doivent percevoir l’avantage qu’il y aurait à agir d'après elles, si elles le pouvaient, et doivent sentir que jusqu’à ce qu'ou ait trouvé un moyen de guider le jugement dans le choix des individus qui doivent avoir des places de confiauce, ce qui fera ressortir les points que nous venons de traiter, l’incertitude, le désappointement et l'ennui devront affliger et les employés et ceux qui les emploient; enfin toute personne qui a un peu de réflexion devra reconnaître que s’il peut être d’un grand avantage de connaître le caractère de l’homme, il n’existe pas de philosophie mentale, si ce n’est la phrénologie , qui soit de quelque secours à cet égard.
L’application de la phrénologie a suggéré cette question : la société doit-elle rejeter les individus dont la léte est mal conformée ? Ceci est précisément le mal qui existe dans le système actuel de la législation criminelle, et que les phrénologues s’efforcent de détruire. Un cerveau malheureusement développé et de bonnes dispositions naturelles, sont deux conditions qui ne coexistent pas dans la nature; aussi, établir ce fait, qu’un cerveau imparfaitement conformé porte un individu au vice, c'est donner à la société un motif pour traiter les hommes ainsi constitués comme des malades moraux, et essayer de moyens plus efficaces que ceux adoptés à présent pour restreindre leurs pénehants. Celte méthode serait, selon moi, préférable à celle qui laisse les individus nés avec les penchants
les plus mauvais, dans les circonstances les plus défavorables pour eux , libres d’obéir à l'impulsion instinctive de ces mauvais penchants, et qui se contente de les punir quand ils ont commis des crimes. En ce moment, ils se voient en proie au besoin, à la misère; les moyens de s’enivrer leur sont offerts; ils violent la loi pénale , et ils sont enfermés dans des prisons où tout doit exciter leurs penchants, où rien n’est fait pour cultiver leurs facultés morales. Puis ils sont rejetés dans l’atmosphère immorale où on lésa trouvés; mode de traitement que l'on ne suivrait pas si l'on croyait à la phrénologie et si on la comprenait.
On a fait encore cette question :t M. Combe nie-t-il que, dans le cas cité par lui , le domestique qu'il a refusé aurait pu avoir un bon caractère malgré les indications que présentaient ses penchants naturels ? S’il le nie , il nie une proposition que lui-même a posée, et dont il déduit toute la valeur pratique de la phrénologie; savoir : que les penchants naturels peuvent être corrigés et même effacés par l’éducation et autres moyens. »
Réponse : Je n’ai pas établi que < les penchants naturels pouvaient être effacés par l'éducation et autres moyens; » s'il en était ainsi, la phrénologie serait aussi un rêve. J’ai dit qu’on pouvait diriger les facultés vers des objets convenables, et que quand elles étaient ainsi dirigées leur action pouvait devenir bonne. Mais, pour que de forts penchants animaux soient guidés ù la vertu, il faut un pouvoir dirigeant. Quand un individu a des facultés intellectuelles et morales énergiques , il peut se faire la loi à lui-même. Mais quand les facultés morales et intellectuelles sont faibles , ce qui avait lieu dans le cas de l'individu en question , alors je soutiens que de forts penchants animaux ne peuvent faire de lui un homme vertueux. Dans ce cas , le pouvoir dirigeant doit venir du dehors. Tel est le cas de E. S., inséré au Phrenological Journal, n° XXI, p.82 et 147,
qui vient à l'appui de ce que nous venons de dire. Ce jeune homme avait été placé dès l'enfance dans un asile où rien ne le poriait au vice, et dans lequel le plus haut traitement moral et intellectuel était administré. 11 se pourrait qu’il eût un bon caractère, nonobstant la forme de son cerveau , parce qu'atnst placé il n'aurait pu faire de mal. Mais on me dit qu’il avait été élevé dans les circonstances ordinaires des classes ouvrières dans ce pays , et de nombreuses observations m’avaient convaincu que cette position n’éloigne pas les tentations des penchants, et n'applique pas aux facultés élevées un stimulant intellectuel et moral assez fort pour diriger vers ce qui est moral un esprit constitué comme le sien. J’ai donc conclu que son bon certificat était faux ; et cela me fut prouvé plus tard. La société actuelle manque d’institutions dans lesquelles l'influence morale des esprits élevés peut balancer les esprits inférieurs en l'absence de tentations extérieures.
Par suite de l’ignorance déplorable de la nature des individus, ce qui arrive trop souvent, les défauts intellectuels, source des crimes, ne sont pas compris; et le pouvoir immense de l’influence morale, que les esprits les plus élevés pourraient avoir sur la classe inférieure bien appréciée, l'est encore moins. Cette influence ne peut cependant s’exercer efficacement, à moins qu’on ne retire toute tentation extérieure au mal; ce qui n'aura jamais lieu sans des institutions établies dans ce but. La phrénologie sera d'un grand secours à de telles institutions. L’histoire et l’esprit d'observation ont donné à la société une connaissance assez exacte de la nature humaine en général; mais celte connaissance est trop générale pour être utile dans la pratique. Quand un individu lui est présenté, elle ne peut dire , avant que l'expérience ne le lui ait appris , si la nature l’a fait un Caligula ou un Washington. La phrénologie non seulement donne une base scientifique et une forme à la connaissance générale du genre humain déjà existant, mais
encore contribue, dans certains cas, à l’amélioration de l'espèce humaine; elle développe les qualités naturelles des hommes considérés individuellement, et nous rend capables de juger jusqu'à quel point ils sont propres à telle ou telle action. Je ne crois donc ni injuste ni inhumain de refuser de prendre à mon service des individus que je sais être incapables par leurs qualités mentales de remplir les devoirs que je leur imposerais. Enfin, si au lieu de donner { par bienveillance et par défaut de conscicnciosilé) de faux certificats à de mauvais sujets, et d’exposer ainsi les autres à être volés ou assassinés, les membres de la société traitaient comme malades moraux tous ceux que leurs imperfections mentales rendent incapables de devenir par eux-mémes vertueux , ils se rendraient service en même temps qu’aux hommes vicieux (i).
SUR LA COÏNCIDENCE ENTRE LES TALENTS ET LES DISPOSITIONS NATURELS DES DIFFÉRENTS PEUPLES, ET LE DÉVELOPPEMENT DE LEUR CERVEAU.
Le caractère mental d’un individu est toujours le résultat des facultés naturelles dont il est doué, modifié par les circonstances dans lesquelles il s’est trouvé. La plupart des
(t) Le but principal de cci ouvrage est de développer les faits et les doctrines fondamentales de la phrénologie , comme étant la science de l’esprit de l’homme. D’autres ouvrages traitent de son application ; outre ceux que nous avons cités, on pourra consulter les suivants avec avantage.
Esquisses des lois naturelles de l'homme ; par Spurzbeim.
Principes élémentaires d’éducation; par Spurzbeim.
La constitution de l’homme considérée dans ses rapports avec les objets extérieurs ; par l’auteur de cet ouvrage.
La Phrénologie mise en rapport avec la physiognomonie; par Spurzheim.
Observations sur le dérangement de l’esprit , contenant une application des principes de la phrénologie à l'éclaircissement des causes, des symp-
hommes pensants reconnaissent que le premier élément on la constitution naturelle est la base de l'opération du second élément , et lui impose des limites. Quand la nature a donné à un enfant une humeur belliqueuse et très-peu de circonspection, un penchant à l’avarice et aucun à la justice, un père qui pense bien adoptera une méthode d'éducation différente, et s'attendra à des conséquences autres que si ses penchants naturels étaient tout autres, et il ne s’attendra pas à ce que l'éducation change sa nature.
Une nation se compose d’individus, et ce qui est vrai pour toutes les parties (lesquelles dans une nation conservent leur individualité), doit être vrai pour le tout; en dépit de la doctrine à la mode, qui soutient que le caractère national dépend exclusivement des circonstances extérieures, et que le fonds naturel des pouvoirs intellectuels moraux et animaux, sur lequel ces pouvoirs opèrent, est le même dans la Nouvelle- Hollande, l’Angleterre, l'Indostan et la France, M. Stewart nous apprend que < les capacités de l’esprit de l'homme ont été les mêmes dans tous les siècles, et que la diversité des phénomènes que présente notre espèce est simplement le résultat des circonstances différentes dans lesquelles les hommes se trouvent placés. Depuis longtemps, dit-il, cela est reçu comme une maxime d'une vérité incontestable, ou plutôt, telle est l’influence de l'éducation première, que nous sommes portés à considérer cette maxime comme suggérée par le simple sens commun. Et cependant, avant Montesquieu, elle était si peu généralement reconnue par les savants, qu’elle ne pouvait
Mmes, de la nature du traitement de la démence; par Andrew Combe.
Philosophie de l'éducation , avec son application pratique à un système d’éducation populaire ayant un but national; par James Simpson , avocat.
Choix des articles les plus int&essants (20 premiers n“) du Journal Phrénoloifique.
avoir une influence sensible dans la société européenne (i). •
Ce passage offre quelque ambiguïté. Cette proposition que i les capacités de l’esprit de l'homme ont été les mêmes dans Cous les siècles, » n'implique pas nécessairement quelles ont été les mêmes dans Coules les nations. L’esprit de l'Indou doit avoir été le même dans l’année 100 comme dans l’année 1800; ainsi des Anglais et des autres peuples; mais il ne s’ensuit pas que, soit dans l'année 100, soit dans l’année 1800, l’esprit de l’Anglais et celui de l'Indou aient été constitués de même par la nature. El cependant c'est ce que veut faire comprendre M. Stewart; car il ajoute que : « la diversité des phénomènes que présente notre espèce est simplement le résultat des circonstances différentes dans lesquelles les hommes se trouvent placés; > embrassant dans cette proposition les hommes de toutes les nations, comme doués des mêmes facultés intellectuelles. Maintenant il y a lieu de contester celle doctrine, non-seulement comme erronée en théorie, mais encore comme extrêmement nuisible dans la pratique.
Quand nous portons nos regards sur les différentes parties du globe, nous sommes frappés de la dissemblance extrême dans les degrés de civilisation des différentes espèces d'hommes qui les habitent. Jetons un coup d’œil sur l'histoire de l'Europe, de l'Asie, de l'Afrique et de l’Amérique, nous trouverons des traits de caractère distincts et permanents, qui indiquent positivement des différences naturelles dans leur constitution mentale. Les habitants de l’Europe ont manifesté dans tous les siècles une forte tendance vers un perfectionnement moral et intellectuel. Aussi loin que nous reporte l’histoire, nous trouvons la société instituée, les arts pratiqués et la littérature florissante, non-seulement dans le calme de la paix, mais encore dans les troubles de la guerre. Avant la fondation de Rome,
(I) Dissertation, p. 33.
COHBF. — THAITÉ DE PHRÉNOLOGIE. T. II. 41
les Étrusques avaient établi la civilisation et les arts en Italie. Sous les empires grec et romain, la philosophie, la littérature et les beaux-arts étaient cultivés assidûment et avec succès; et cctltwpartie du peuple, que sa fortune mettait à même de payer pour acquérir de l’éducation , atteignait un haut degré d’intelligence et de perfectionnement. L’irruption des bordes du Nord fit plus tard retomber ces pays dans un chaos d’ignorance ; mais le soleil de la science se leva de nouveau ; les ténèbres du vandalisme disparurent, et l'Europe se remit à la tôle du monde dans les sciences, la morale et la philosophie. Les habitants de cette partie du globe paraissent avoir une souplesse d’esprit qu’il est impossible de réprimer continuellement. Vaincue pendant quelque temps par la violence extérieure, l'énergie mentale de ses habitants semble avoir recueilli ses forces dans sa contrainte; ils ont à la fin brisé leurs fers et surmonté tous les obstacles qui s'opposaient à leur affranchissement.
Reportons ensuite notre attention sur l’Asie , nous y verrons des mœurs et des institutions qui remontent à une époque trop éloignée pour être connues , et qui cependant sont bien inférieures à celles de l'Europe. Le peuple de l’Asie a atteint de bonne heure un point comparativement bas dans l’échelle des progrès, et ne l'a jamais dépassé.
L'histoire de l’Afrique (si l'on peut dire que l’Afrique a une histoire) présente des phénomènes semblables. Les annales des races qui ont habité ce continent présentent, sauf quelques exceptions, une scène non interrompue de désolation morale et intellectuelle; et dans cette partie du globe qui embrasse une si grande variété de sols et de climats, on nie trouve aujourd'hui aucune nation qui présente les moindres traces de civilisation (t).
(1) Depuis que celte observation a été écrite, il a paru des détails sur un peuple que le major Clapperton a découvert, dans l’intérieur de l’Afri que, cl que relativement on peut dire civilisé. Cet officier dit que, quoi-
L’aspecl de l’Amérique est encore plus déplorable. Envahis depuis des siècles par la science, l’audace et l’énergie européenne, et poussés au perfectionnement par l'exemple des institutions européennes, les naturels de ce continent sont encore aujourd'hui des sauvages, misérables, errants, sans asile et sans lois comme leurs ancêtres , lorsque Colomb mit le pied sur leur sol. On trouve quelques exceptions à celte règle dans quelques-uns des districts sud de l'Amérique septentrionale: mais le nombre de ceux qui ont adopté le mode de la vie civilisée est si petit, et les progrès faits par eux sont si limités que, parlant de la race entière, nous n’exagérons pas en disant qu'ils sont encore enveloppés dans leur barbarie primitive, et qu'ils n’ont profité en rien de l’introduction des arts, des sciences et de la philosophie parmi eux. Un collaborateur de la Revue d'Êdimbourg a fait les mêmes observations. Les remarques suivantes sur le caractère des naturels de l'Amérique ont paru dans un article sur le Canada supérieur par Howison (n° de juin 1822) : — « D’après tout ce que nous apprenons de l’état des premiers habitants de ce grand continent, dans cet ouvrage comme à toute autre source de renseignements, il est évident qu’ils ne font pas de progrès vers la civilisation. C’est certainement un fait mystérieux et frappant que celui d’une race d’hommes qui depuis des siècles demeurent stationnaires dans la dernière barbarie. Celte tendance au perfectionnement, principe qui distingue l’homme des animaux inférieurs, semble leur manquer entièrement. Les générations succèdent aux générations; et aucun progrès ne distingue la première de la dernière. On peut traverser d'un bout à l’autre le désert immense qu’ils habitent sans découvrir un vestige de la main des hommes. On devait naturellement
qu’ils (oient noirs, ce ne sont pas des nègres, et suppose qu'ils descendent des anciens Numides. Si ce qu’on dit de leur civilisation est exact , je leur prédis un cerveau développé comme celui des Européens.
s'attendre à ce que dans le cours des siècles, quelque génie supérieur s’élevât parmi eux pour inspirer à ses compatriotes le désir de cultiver les arts de la paix , et d'établir quelque institution civile durable, ou au moins à ce que , pendant la longue période depuis que les Européens se sont établis parmi eux et leur ont apporté les bienfaits de l'industrie et de l’ordre social , à ce qu’ils eussent tenté de participer dans des bienfaits mis aussi providentiellement à leur portée ; mais tout a été inutile, et il semble à présent certain que les Indiens de l'Amérique du Nord , de même que les ours et les loups , sont destinés à fuir l'approche de l’homme civilisé, à tomber devant sa main rénovatrice, et h disparaître de la face de la terre avec les antiques forêts qui seules les nourrissent et les abritent.
La théorie par laquelle on a coutume d'expliquer les différences dans le caractère des peuples, est quelles sont produites par des diversités de sol et de climat; et quoique raisonnablement on puisse attribuer quelque inllucncc à ces diversités, elles ne suffisent pas pour expliquer tous les phénomènes. Nous ne devons jamais perdre de vue que la nature est constante dans ses opérations, et que les mêmes causes produisent invariablement les mêmes effets. Aussi, quand nous trouvons des exceptions pour résultat, sans pouvoir les expliquer par des causes différentes, nous pouvons être assurés que nous n’avons pas trouvé la seule ou la véritable cause. Nous devrions nous hâter de chercher de nouvelles lumières, et non persister à nous dire suffisamment éclairés.
Quand nous jetons les yeux sur la carte du monde, nous trouvons que les nations dont le sol est fertile et le climat tempéré sont plus bas dans l'échelle de la civilisation que celles qui, sous ce rapport, sont moins favorisées. Quelques naturels de la terre de VanDiémenct de la Nouvelle-Galles du Sud, ont existé dans un état de pauvreté, d’ignorance et de
dégradation des plus misérables, quand tout Européen s’y enrichit. En Amérique aussi , les Européens et les naturels Indiens ont vécu pendant des siècles sous l’influence des mômes causes physiques; les premiers se sont tenus au niveau des progrès de leurs confrères du vieux continent, tandis que les derniers demeurent stationnaires dans une indolence et une ignorance sauvages.
De pareilles différences ne se voient pas seulement dans les grands continents; différentes tribus du môme hémisphère ont un caractère différent, qui traverse les âges sans subir aucun changement. Tacite parle des Gaulois comme étant gais, légers, vifs, prompts à entrer en action, mais incapables de supporter l’adversité; et tel est encore aujourd’hui le caractère de la partie celtique de la nation française. Il dit des Bretons qu'ils sont froid3, réfléchis et calmes, et qu’ils possèdent des talents intellectuels, et ajoute qu’il préfère leur aptitude naturelle aux manières plus vives des Gaulois. Les mômes qualités mentales caractérisent les Anglais du xix' siècle, et les Français présentent encore avec, eux les mômes contrastes. Tacite décrit les Germains, faisant la part de leur état de civilisation, comme un peuple hardi , prudent, sobre et vertueux, possédant une grande force de caractère, et les mômes traits les distinguent encore. L’Irlandais, par ses mœurs, ses penchants et ses capacités, est un ôlre tout à fait différent de l’Écossais de la plaine; et en remontant à l’antiquité la plus éloignée, nous trouvons toujours les mômes différences caractéristiques.
On attribue ordinairement ces différences entre les nations vivant sous un môme climat, aux institutions politiques et religieuses des divers pays. On suppose, par exemple, que les écoles paroissiales et presbytériennes rendent l’Écossais attentif à ses intérêts personnels, en môme temps que circonspect , pensif et honuéte; tandis que c’est aux prêtres catholiques que l’Irlandais devrait d’être libre et généreux, mais emporté et
irréfléchi , prêt à sacrifier son meilleur ami dans le. transport de son ressentiment, comme à s'immoler lui-môme dans un transport d'amitié. On a oublié qu'il fut un temps où le papisme et les prêtres avaient un ascendant égal dans les trois royaumes des iles Britanniques, et que les Anglais, les Irlandais et les Écossais étaient des êtres aussi distincts que de nos jours. D'ailleurs, la manière la plus exacte est de considérer les institutions politiques et religieuses, toutes les fois qu'elles ne sont pas imposées h un peuple par la conquête, comme le résultat spontané de leurs penchants naturels, de leurs sentiments, et de leurs facultés intellectuelles. Les hiérarchies et les constitutions ne prennent pas racine dans le sol, mais dans l'esprit des hommes. Si nous supposons qu'une nation soit douée de beaucoup de merveilleux et de vénération, mais de peu de conscienciosité, de réflexion et d’estime de soi, et qu’une autre soit douée d'une combinaison d’organes tout à fait différente, il est évident que la première sera par la nature portée à la superstition religieuse et à la servilité envers ses chefs, au lieu que la seconde résistera instinctivement à tous les efforts qui seraient tentés pour lui faire vénérer des choses profanes, et tendra constamment à établir des institutions politiques ayant pour but de satisfaire l’estime de soi de chaque individu par l'indépendance, et sa conscienciosité par l’égalité devant la loi. Ceux qui prétendent que les institutions sc forment d'abord et que le caractère d’un peuple en est la conséquence, sont forcés de donner aussi une cause aux institutions. Si elles ne dérivent pas de l'esprit primitif d'un peuple, et qu’elles ne lui soient point imposées par la conquête, il est difficile de dire d’où elles viennent.
Le phrénologuc ne se contente pas de ces théories vulgaires sur le caractère des peuples. Il a observé qu’une même forme du cerveau entraîne presque toujours les mêmes penchants et
les mêmes talents , et que cette vérité s'applique aux nations aussi bien qu’aux individus. Gall (i) a traité brièvement ce sujet ; et après avoir parlé des effets du climat sur les facultés de l’homme, il donne les avis prudents que voici :« On croit en général qu'il suffit d’avoir devant les yeux quelques crânes d'un peuple pour en tirer des conclusions. Cela suffirait sans doute si le caractère moral et intellectuel de tous les individus qui composent un peuple était le môme; mais d’après les observations de Spurzheim et les miennes, de grandes différences existent entre tous les individus et même entre ceux qui font partie d'un peuple dont le caractère a uncachet tout particulier. Spurzheim vit à Londres deux Chinois, et il reconnut une aussi grande différence entre leurs deux têtes qu'entre leur tête et celle des Européens. 11 n’y avait réellement de ressemblance que dans leur physionomie, et surtout dans la conformation des yeux. M. Diard m'a donné deux crânes trouvés à Coulpi sur les bords du Gange , et si j’excepte les organes de la philoprogéniture et de l’acquisivilé qui sont très-développés tous deux, tous les organes présentent des différences frappantes. Lesmêmes différences sont sensibles chez les nègres, quoiqu’ils se ressemblent tous par la bouche et par le nez, surtout quand ils sont nés dans un même pays. Spurzheim a vu à Londres, à l'établissement pour l'enseignement mutuel, trois nègres dont l'un, jeune homme de dix-huit ans d'une physionomie agréable, était doué de talents extraordinaires. J’ai vu plusieurs nègres des deux sexes, dont les traits étaient très-agréables, et j’ai remarqué que les formes sont les mêmes chez tous les individus à quelque nation qu’ils appartiennent ; cela est si vrai qu’il serait impossible de reconnaître aux formes seules si un individu est Français, Allemand, Italien , Espagnol ou Anglais. Aussi trouve-t-on chez tous les peuples des individus dont
(I ) Sur le» fonction» du cerveau, ». V, p. tti.
le caractère moral et intellectuel est le même. Ceux donc qui croient pouvoir déchiffrer le caractère d'un peuple par un petit nombre de crânes, jugent à la légère. Pour découvrir ce caractère général, il faut étudier un grand nombre d’individus, des régiments entiers, tout le peuple s'il est possible. Après cela , il sera facile à l’organologue de découvrir daus la conformation de la tête des individus qui le composent, la cause matérielle du caractère distinctif d'un
La collection des crânes de la Société phrénologique d Édirnbourg est la plus nombreuse qui soit en Europe, et tout en reconnaissant l’importance de l'avis donné par Gall, je ferai remarquer qu’en jugeant d’après cette collection, on pourra exagérer les différences entre les crânes des individus appartenant à un même peuple. Les variétés des tribus qui composent le genre humain sont très-nombreuses, et les divisions politiques ne s'accordent pas toujours avec les divisions naturelles des races. Une collection de crânes russes pourrait, par exemple, contenir presque toutes les variétés de 1 espèce humaine, si nous en exceptons les nègres; politiquement parlant, ils seraient tous russes ; mais selon leur caractère naturel, ils seraient Celtes, Germains, Mongoliens, Circassiens, etc. On ne devrait considérer comme formant un peuple, quand on s’attache aux particularités des crânes des peuples, quune tribu bien distincte; et cela faisaut, il me semble que l'étude est possible, parce que la majeure partie de chaque tribu porte un même cachet particulier. 11 est vrai que plusieurs crânes se ressemblent fortement , mais ils font exception à la règle générale. Les quarante ou cinquante crânes d’indous qui se trouvent au musée de la Société d'Edimbourg, et qui ont été acquis à des époques différentes et dans différentes parties de l’Indoslan, présentent la même forme de cerveau et la même proportion entre les différents organes; la tête de
Rammohun-Roy est la seule exception remarquable. La tête de cet homme célèbre rappelle, par son étendue et par la combinaison d’organes qu'il présente, la tête de la race mixte des Celtes et des Germains d’Europe; mais dans son pays il fut un phénomène. Il y a , dans les autres crânes des Indous, des variétés de développement qui correspondent aux différences que présente le caractère de plusieurs individus , mais elles sont insignifiantes quand on compare la forme du crâne de l'Indou dans son ensemble à celui du nègre ou du Caraïbe. Les mêmes remarques s'appliquent aux Esquimaux, aux Suisses, aux Péruviens et aux crânes des autres peuples qui font partie de la collection de la Société. Le crâne de chaque peuple présente dans son ensemble un caractère particulier qui le distingue des autres. Cela n’est pas extraordinaire quand on considère qu’un peuple se compose d’une masse d’êtres, dont les traits caractéristiques sont presque analogues.
Je vais donc présenter quelques remarques sur plusieurs crânes des divers peuples qui se trouvent à la Société phrénologiquc , en priant toutefois le lecteur d’avoir présent ù l’esprit l’avis donné par Gall.
Le Dr G. M. Patterson a publié dans les Transactions de la société phrénologiqw des détails sur l’Indoustan. Les Indous n’ont pasde force de caractère; ils en ont si peu qu’une poignée d’Européens lient dans une sujétion permanente des milliers, que dis-je? des millions d’indous, et suffit pour les vaincre dans une bataille. Le pouvoir des manifestations mentales est proportionné à l'étendue des organes cérébraux : la tête de l’Indou est petite, et la tête de l’Européen est large, précisément comme l’indique la différence mentale de leur caractère (t).
(t) Nous donnons II la fin de cette section une table indiquant la mesure de tous les crânes qui y sont mentionnés.
COUDE. — TRAITÉ DE rHRÉNOLOGIE. T. 11. 42
De plus l'Indou se distingue par un grand respect pour la vie animale et par l’absence de toute cruauté dans ses penchants, en même temps qu’il lui manque ce feu et cette énergie d’esprit qui fait vaincre les obstacles et donne la force de commander. L’Européen est tout l’opposé; il vit surtout de chair animale , il est furieux dans sa colère et a une ardeur belliqueuse et destructive qui le caractérisent. Le crâne des Indous manifeste l’absence des organes de la combativité et de la destructivité; au lieu que, dans le crâne des Européens, ces organes sont largement développés. L’Indou est rusé, timide et orgueilleux; et en lui la secrétivité, la circonspection et l'estime de soi sont développées en proportion. L’intelligence de l’Indou raisonne plutôt par analogie que directement; il aime les métaphores et les comparaisons , il se donne peu la peine de discerner les différences, et l’organe de la comparaison est bien plus grand dans sa tôle que ceux de la causalité et de l’esprit de saillie. Le Dr Patterson dit avoir déduit ces faits de plus de trois mille observations; et elles sont appuyées par une collection de crânes indous présentés par lui à la Société phrénologique. Ces crânes (i) , au nombre de douze , de même qu’un grand nombre d’autres crânes de la même nation acquis par la Société d’une autre manière, sont depuis longtemps du domaine public. H. Montgommery a mis en doute l’exactitude du caractère attribué aux Indous ; mais ses objections ont été victorieusement réfutées par le Dr Corden Thomson
(i) Je recommande fortement au lecteur d’aller voir les moules des crânes des divers peuples dont je viens de parler. L’étude de ces crânes fera sur lui une impression bien plus profonde que toutes les descriptions que je pourrais faire.
- Digitireéby G»egle
dans le Phrenological Journal, vol. VI, p. 244. Je crois à la vérité des assertions du Dr Patterson.
La collection de la Société contient d'autres échantillons également intéressants du développement du cerveau des peuples. La forme du crâne des Caraïbes est aussi extraordinaire : il est aussi large que celui de l'Indou, et, conformément au principe qui veut que caraïbe.
l'étendue indique le pouvoir, celle tribu est la plus remarquable de tous les naturels de l'Amérique par la force de son caractère. Les Européens ont en vain essayé de les subjuguer. Ils les ont chassés comme des bêtes sauvages et lesont presqne extirpés; mais ils n'ont pu réussir à les subjuguer en masse, comme les Portugais et les Espagnols ont subjugué les naturels du Mexique et du Brésil. De plus, le cerveau des Caraïbes est prodigieusement développé dans les régions de la combativité et de la destructivité, qui sont déprimées dans la tête des Indous, et les Caraïbes sont aussi cruels que les Indous sont doux et inoCTensifs. Les organes réfleclifs sont très-déprimés dans la tête du Caraïbe : et l'on dit qu’il se précipite avec une ardeur qui ne connaît point de frein sur tout ce qui lui promet une prompte jouissance, qu’il ne prévoit aucune conséquence, et qu’il est incapable de remonter à la moindre cause. Prenant l'oreille pour centre et tirant deux lignes, l’une à partir de l'oreille jusqu’à la partie la plus proéminente du front du crâne d’un Caraïbe, et l'autre jusqu’à la partie la plus proéminente de l'occiput, nous trouverons que la quantité de cerveau située derrière l’oreille est la plus grande de beaucoup ; les organes des penchants animaux dominent beaucoup ceux de l’intelligence ; si l’on mesure ensuite les régions au-dessus des organes de la circonspection et de la causalité, on trou-
vera que la hauteur en est petite comparée à celle des Européens, ce qui indique que les sentiments moraux ont aussi une très-faible étendne. La Société possède les moules de cinq crânes de Caraïbes, et tous, avec des différences individuelles, présentent dans leur ensemble un type général caractéristique. J'ai vu, à L'hôpital de Saint-Thomas, à Londres, l’original d’un de ces moules. Tous ont été donnés par Spurzheim, d'après des crânes authentiques, et l’on peut les étudier avec confiance. J'ai vu au Musée anatomique de l’université andersonienne de Glascow un autre crâne de Caraïbe, exactement semblable à ceux que je viens de mentionner.
M. Sedgwick, secrétaire de la Société phrénologique à Londres, a publié dans le Phrcnological Journal, vol. VI, p. 377, un essai intéressant t sur la compression artificielle de la tôle des enfants chez les peuples barbares, » dans lequel il établit clairement que les Caraïbes, et autres tribus indiennes, aplatissent le front de leurs enfants par la compression, quelquesuns par le moyen d’uu petit sac de sable, d’autres en resserrant la tôle de l'enfant entre deux petits morceaux de bois placés devant et derrière la tôle et fortement attachés ensemble; et d’autres encore, sur la côte nord-ouest, au moyen d'une planche placée sur le front et attachée fortement au berceau sur la tête de l'enfant. On ôte rarement un enfant de son berceau, et la compression est continuée jusqu'à ce qu'il soit capable de marcher. Mais je n'ai point à dire pourquoi leur front est plat; je ne cherche qu’à établir le fait d'une concomitance entre la faiblesse de l’organisation et la faiblesse des capacités intellectuelles que je regarde comme incontestable.
Le crâne du naturel de la Nouvelle -Hollande indique une faiblesse déplorable dans les régions des organes intellectuels et moraux. Les organes des nom-
bres, de la constructivité,de la réflexion et de l'idéalité sont surtout déprimés, tandis que ceux des penchants animaux sont largement développés. La Société possède les moules de deuxcrânesdenaturelsdelaNouvelle-Hollande, sir G. S. Mackenzie vient de lui faire hommage du crâne d’un chef et d'une femme de ce pays, et tous se ressemblent d’une manière frappante dans leurs traits généraux.
Si l’on mettait ces crânes dans les mains d'un phrénologue pour reconnaître les dispositions qu'ils indiquent, il dirait que les individus devaient avoir un courage et une énergie considérable, mais qu'ils devaient avoir aussi une extrême incapacité intellectuelle, être vains, opiniâtres et féroces. Tous les organes dont dépendent l'architecture et tous les arts constructifs en général sont déprimés, et l'idéalité est si petite, que les sentiments de luxe ou d’élégance ne peuvent guère être éprouvés. L’œil le moins exercé percevra combien il y a loin de ce crâne et de celui du Caraïbe à celui de l'Européen, dans les organes de la réflexion, de l’idéalité et de la constructivilé.
Smellie, dans sa Philosophie de l’histoire naturelle, donne les détails suivants sur les naturels de la Nouvelle-Hollande : < Il paraît qu’ils arrachent les deux dents du milieu de la mâchoire supérieure, car on ne voit ces dents ni aux hommes, ni aux femmes et à aucune époque de la vie (t). Ils n’ont pas de barbe ; leur visage est long et ne présente aucun trait agréable. Leurs cheveux sont noirs, courts et crépus ; et leur peau est noire comme celle des nègres de la Guinée. Leur unique vêtement consiste en un morceau d’écorce d’arbre dont ils se font une ceinture, et d’une poignée d’herbe dont ils se couvrent les parties nobles. Ils ne construisent pas de maisons et dorment par terre à la belle étoile, sans se couvrir. Les hommes, les femmes et les enfants se réunissent pêle-mêle au nombre de vingt ou trente. Un petit poisson qu’ils
(I) Ce» denu manquent dan» le crâne du chef présenté par sir G. S. Mackenzie S ta Société.
attirent dans des réservoirs en pierre situés dans des bras de mer, est leur principale nourriture. Us ne connaissent ni le pain, ni aucune espèce de grains (î). » J'ai choisi cette description comme étant la plus courte, Smellie s’appuie sur l’autorité de Dampierre.
Cook est le premier qui ait exploré la côte orientale de la Nouvelle-Hollande; il donne les détails suivants sur les naturels de ce pays : « Ils nous parurent ne point avoir d’habitation fixe, car nous ne vîmes dans tout le pays rien qui ressemblât à une ville ou à un village. Leurs maisons, si on peut leur donner ce nom , nous semblèrent construites plus grossièrement que tout ce que nous avions vu jusque-là , si nous exceptonslcs misérables cabanes de la Terre de Feu,‘ et même sous plusieurs rapports elles sont inférieures à ces dernières. ABotany-Bay, où elles étaient le mieux construites, ellesétaient justement assez hautes pour qu’un homme s’y assît, mais elles n’étaient pas assez larges pour qu’il s’y couchât tout de son long. Elles sont bâties , en forme de four, en jonc flexible de la grosseur d’un doigt environ. Les joncs sont enfoncés dans la terre par les deux extrémités , et recouverts ensuite de feuilles de palmier et de grands morceaux d’écorce. La porte n’est autre chose qu’un grand trou à l’extrémité opposée à celle où est le feu. Pour dormir sous ces maisons ou hangars, ils se ramassent en forme de colimaçons avec la tête sur les talons, et de celte manière un seul hangar contient trois ou quatre individus. » « Le seul meuble que nous y ayions observé est un vaisseau fait d’écorce, » et ils supposèrent qu’il servait de baquet pour transporter l’eau. Le capitaine Cook ajoute que « les deux sexes sont nus comme des vers, » et qu’il n’a vu ni réseau ni vaisseau pour bouillir de l’eau. « Les canots de la Nouvelle-Hollande , continue t-il , sont aussi pauvres et gros-
(1) Vot. Il, p. 8t.
siers que les maisons (parlant de ceux de la côte orientale) ; chaque canot se compose d’un morceau d’écorce d'environ douze pieds de longueur, plié et attaché à chaque extrémité, et tenu ouvert au milieu par de petites baguettes de bois. > Il dit plus loin que dans les parties septentrionales ce ne sont que des troncs d’arbre creux. C’élaient là des habitants d’autres parties que celles visitées par Dampierre. Leur absence de curiosité était aussi très-remarquable et contraste parfaitement avec l’étonnement que les tribus américaines manifestèrent lorsque les Espagnols et leurs vaisseaux se montrèrent pour la première fois dans le nouveau monde. Le capitaine Cook raconte que sur environ vingt naturels qu’ils aperçurent sur la côte non loin de Botany Bay , < nous n’en vîmes pas un seul s'arrêter et nous regarder. Ils marchaient sans paraître éprouver la moindre émotion de curiosité ou de surprise, quoiqu’il fût impossible qu’ils n’eussent pas vu le vaisseau , même sans le vouloir, et quoiqu’il dût ne leur paraître guère moins prodigieux et inexplicable par rapport à tous les objets qu'ils avaient vus jusqu'alors, qu'une montagne flottante couverte de bois ne l’eût été pour nous (î). >
Ces observations sont confirmées par le révérend Dr Lang dans les termes suivants (s) : « Pendant toute la durée de son gouvernement, dit le DrLang, le capitaine Phillip s'efforça , avec un zèle et une persévérance qui témoignent de l'excellence de son jugement et de sa bienveillance, de s’attacher les naturels du territoire. Mais tous ses efforts, aussi bien que ceux de quelques autres individus de la colonie que guidait aussi l’humanité pour fixer la civilisation parmi ce misérable peuple, échouèrent complètement. On n’éprouvait aucune difficulté à
(1) Voyez Ici premiers voyages île Cook , 1. II, ch. Il ut VI.
(2) Rapport statistique et historique de la ouvelle-üalles de Sud, considérée comme colonie britannique, et comme établissement penal. Par John Dunraorc Lang.
décider un certain nombre d’individus, surtout les jeunes, à résider pendant quelque temps dans des familles européennes pour acquérir les habitudes de la civilisation et en apprendre les arts; mais tôt ou tard, tous sans exception retournaient auprès des autres enfants de la forêt, et reprenaient la vie sauvage. Bennelong, naturel intelligent, ayant quelque importance dans sa tribu, avait été a/tpnuotsédans la famille du gouverneur, et il se comportait à table très-convenablement. Lorsque le capitaine Phillip revint en Angleterre , il l’emmena avec lui et le présenta dans la plus haute société de sa mère patrie comme un échantillon intéressant des naturels de la colonie. Cependant, de retour dans son pays natal , Bennelong se hâta de se dépouiller de son attirail européen, et il rejoignit sa tribu dans toute sa nudité de sauvage, sans paraître avoir fait le moindre progrès comme homme civilisé.
« En l’année 1788, le nombre des naturels habitant le port Jackson était très-considérable, mais une maladie ressemblant un peu à la petite vérole, qui parait avoir régné parmi eux quelque temps après l’établissement de la colonie , décima leurs rangs d’une manière sensible, et n'en laissa qu'un petit nombre pour hériter du patrimoine conquis par leurs aïeux. De temps en temps les colons trouvaient de nombreux corps morts dans toutes les directions autour du port, dans l’attitude môme dans laquelle ces misérables gens étaient morts quand leur tribu, dans la crainte de la peste, les avait abandonnés. D’ailleurs on ne pouvait supposer que les naturels fussent dépourvus d’intelligence au point de ne pas comprendre que l’occupation de leur pays par les hommes blancs devait diminuer leur subsistance. < Blancs venir, » disait un noir intelligent d’une tribu, résidant il y a quelques années au delà des montagnes bleues. « Blancs venir, Kangarow tout partir. » Cette impression dégénérant en folie, comme cela doit souvent être arrivé par les agressions répétées des déportés, provoquait
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souvent, dans les premiers temps de la colonisation, des efforts meurtriers, quoique maladroits de la part des sauvages, pour détruire les Européens. Mais les exemples vicieux de la population déportée de la colonie ont déjà plus fait pour éteindre les misérables restes de cette race dégradée, dans tous les districts les plus populeux du territoire, que n'auraient pu faire pendant une bien plus longue série d’années, la guerre, la famine cl la peste!
« Il semble, en vérité, que ce soit l'intention de la divine Providence, que le wigwam indien de l’Amérique du Nord, comme la misérable hutte d'écorce des naturels de la Nouvelle-Hollande soit emporté par le courant de la colonisation européenne; ou, en d’autres termes, que les races des hommes non civilisés disparaissent devant les progrès de la civilisation dans les pays dont les Européens ont pris possession. L'humanité peut pendant quelque temps élever sa voix en faveur de l’homme sauvage; les missions chrétiennes peuvent essayer, peut-être avec succès dans quelques cas, de 'le tirer des ténèbres et de la servitude du paganisme pour l’élever à la lumière et à la liberté de l'Évangile; mais le vice et la démoralisation européenne produiront infailliblement d'ici à longtemps encore, même dans les colonies libres, une riche moisson de misère et de mort parmi les plus belles fleurs de la forêt; et les misérables débris d’une race jadis pleine d’espérance disparaîtront enfin peu à peu de la terre de leurs pères, comme les neiges au sommet des montagnes à l’approche du printemps! *
Dans l’Essai de Mallhussur la population (i), on trouvera le caractère des naturels de la Nouvelle-Hollande, d’après le récit de Cook, et d'après les détails sur la Nouvelle-Galles du Sud de Collin.
()) Livre 1*% ch. III.
COUDE. — TRAITÉ DE PHRfoOLOGlE. T. II. -i5
Le naturel de la Nouvelle-Zé
la Nouvelle- Hollande. L’étendue de son cerveau est à peu près la même que celle de l'Européen, mais l'étendue est surtout dominante dans la région des penchants. Le lobe antérieur est plus grand que chez le naturel de la Nouvelle-Hollande, et moins grand que chez les Européens, et la région coronale, au-dessus de la circonspection, est large, mais très-plate. Cette tête indique une intelligence modérée, beaucoup d’énergie, de la ruse, de la cruauté, de la circonspection, de la vanité, et très-peu de bienveillance, de vénération et de conscienciosité. M. Earle les dit actifs, malins et intelligents. Ils travaillent par centaines dans leurs forêts à abattre des bois pour les docks européens établis sur leurs côtes. Ils cultivent la patate et le blé indien, imitent les maisons bâliek par les Anglais, en décorent l'intérieur de sculptures qui ne sont guère inférieures à celles qu’on trouve dans les premiers travaux des Égyptiens. Les chefs ne considèrent pas le travail comme dégradant : ils sont trèsbeaux. Ils tuèrent leurs enfants du sexe féminin en grand nombre, jusqu’à ce qu’ils découvrirent que les Européens faisaient cas de leurs femmes. Non-seulement ils rôtissent et mangent leurs ennemis, mais parfois ils tuent et mangent un des leurs. M. Earle a vu tuer, rôtir et manger une esclave qui avait pris la fuite. ( Neuf mois de résidence dans la Nouvelle- Zélande en 1827, pag. 10 et 243.)
Le crâne de I’Indien de l'Amériqüedu Nord est haut depuis l’oreille jusqu'au sommet, et court depuis le front jusqu’au derrière de la tête. Le front n’est pas très-développé, tandis que la fermeté, la secrélivilé et la circonspection
sont très-proéminentes, ainsi que la destructivité. L’adhésivité et surtouila coneentraiivité sont petites. La Société ne possède que deux moules de crânes de cette tribu, et la forme générale et l’apparence en sont semblables. Il est impossible de tirer aucune déduction certaine d’une collection aussi limitée. Cependant il sera bonde dire quelque chose de leur caractère, afin d'engager les voyageurs à ne pas oublier à l’avenir, dans leurs descriptions, le développement de leur cerveau. Comme les Indiens de l'Amérique du Nord s’étendent sur un territoire immense, il est probable qu’ils forment un grand nombre de tribus, et, dans ce cas, on doit s’attendre à trouver des différences considérables dans leurs crânes. Cependant il parait qu'il règne entre eux une ressemblance générale.
« Fuir un adversaire qui est sur ses gardes, et éviter un combat où il ne peut lutter sans risques pour sa propre personne, et, par conséquent, pour sa communauté, est le point d’honneur de l’Américain. Il faut les chances de dix contre un pour garantir une attaque sur une personne qui est armée et préparée 5 résister; et même alors chacune a peur d'avancer la première. Le grand objet du guerrier le plus renommé est de détruire, par tous les artifices, par tous les moyens de stratagème et de surprise que son imagination peut lui suggérer, les tribus de ses ennemis avec le moins de perte possible pour la sienne. Rencontrer un ennemi à chances égales est regardé comme une extrême folie. La mort, sur le champ de bataille, au lieu d’être regardée comme une mort honorable, est un malheur qui entache la mémoire du guerrier de l’imputation de témérité et d’imprudence. Mais demeurer couché sur le ventre des journées entières jusqu’à ce qu’il puisse se précipiter sur sa proie au moment où elle est sans inquiétude et sans défense; se glisser dans l’ombre de la nuit auprès de ses ennemis, mettre le feu à leur hutte, et en massacrer les habitants pendant qu’ils échappent aux flammes , nus et sans dé-
feinte, ce sont là des œuvres glorieuses qui vivront immortelles dans la mémoire de ses compatriotes reconnaissants (t). *
A celte description il faut ajouter que ces sauvages ont une résolution indomptable : quand le destin en a mis un au pouvoir de ses ennemis, il sait que les plus horribles tortures l'attendent; mais le point d'honneur est alors de défier la rage de ses bourreaux, et d’être, par sa fermeté, supérieur aux supplices qu’ils imaginent. Comme nous l’avons déjà dit, on a rarement vu l'Américain devenir membre d’une société civilisée; depuis que le soleil s’est levé sur lui, il a continué jusqu'à ce jour d’errer dans ses déserts. Le contact même des Européens et de leurs arts, la lumière de leur intelligence ont à peine communiqué un atome de perfectionnement à cette misérable race. Quand les barbares ont conquis l'Europe, les vainqueurs elles vaincus se sont, au bout de quelques siècles, amalgamés ensemble; ils se sont confondus et ont enfin formé un seul peuple uni. Les naturels Américains, au contraire, ont toujours reculé devant les Européens; et même dans les États de l'Union, où ils ont les mêmes droits que les blancs, ils s’élèvent rarement au-dessus de la dignité de barbier ou de décrotteur.
La coïncidence exacte entre le développement de ces crânes et le caractère de ce peuple nous porterait à supposer qu'ils représentent la forme de la tête de tout ce peuple. L’étendue générale est de beaucoup inférieure à l'étendue moyenne de la tête de l’Européen , ce qui indique une infériorité dans le pouvoir mental naturel. La combinaison de la destructivité, de la secrétivilé , de la circonspection et de la fermeté correspond tout à fait à leur férocité timide, rusée, persévérante ; et la faiblesse de leurs organes moraux ainsi que de la concentrativilé et de l’adhésivité, explique le relâchement de leui-s relations patriotiques et sociales.
Timothée Flint , dans ses Souvenirs de dix ans de résidence (I) Mallhus, sur la population , Irv. !*', ch. IV.
et de voyages dans la vallce du Mississipi, donne une description semblable des Indiens de l'Amérique. « J'ai causé, dit-il, avec plusieurs voyageurs qui ont été au delà des montagnes Rocheuses dans les établissements des missionnaires de Saint- Pierre et de Saint-Paul. Ces voyageurs (et quelques-uns étaient des catholiques renforcés) se réunissent pour aflirmer que les convertis s’échappent de l’établissement de la mission, toutes les fois qu'ils en trouvent l’occasion , revoient à leur désert natal , et reprennent aussitôt leur ancienne manière de vivre. Le vaste empire des jésuites dans le Paraguay s'est écroulé ; et l’on nous dit que les descendants de leurs Indiens convertis, ne se distinguent nullement des autres sauvages; ce qui me frappe, c'est que le christianisme est la religion des hommes civilisés, qu’il faut d'abord que les sauvages se civilisent, et comme il y a peu d’espoir que la génération actuelle des Indiens puisse être civilisée, il y en a peu aussi qu’elle embrasse le christianisme (page 145). > Ces témoignages se trouvent tous conOrmés ; et le développement du cerveau, d’après des observations récentes, est décrit par le Dr Caldwell dans les termes suivants (i) : < Les naturels de l’Amérique du Nord sont, je crois, considérés comme une variété de la race mongolique. Certainement ils ne sont pas de la race caucasique. Dans mon voyage j’ai eu l'occasion d’examiner et de mesurer les têtes de six nations ou tribus de celte famille d’hommes infortunés.
« Dans la cité de Washington, il y avait des députations de chefs des nations Cherokee, Crcek, et Seininole; et dans les États de New-York , j'ai visité les habitations desOnéidas, de Tuscaroras et des Senccas.
« Sans entrer dans des détails, je dirai seulement le résultat de mes observations et des dimensions que j'ai constatées souvent en présence de témoins intelligents et compétents.
(I) Phrcnological Journal, vol. IV, pag. 191.
« L’étendue moyenne de la tête de l'Indien est moindre que la tête du blanc peut-être dans la proportion de huit à dix, et certainement de dix à douze sur toute la masse. La principale défectuosité dans la tête de l'Indien git dans les parties supérieure et latérale du front , au siège des organes de la comparaison, de la causalité, de l'esprit, de l'idéalité et de la bienveillance. Ce qui frappe surtout , c’est le manque de causalité, d'esprit et d'idéalité. Aux organes de la combativité, de la secrélivité, de la circonspection et de la fermeté, dont les fonctions sont les éléments dominants du caractère indien, le développement est hardi. La proportion du cerveau derrière l’oreille est de beaucoup plus large chez l'Indien que chez le blanc. L’organe de l’adhésivité est petit chez l'Indien.
« Cette analyse, toute brève et tout imparfaite qu’elle est, nous démontre la philosophie du caractère indien , et nous met à même de comprendre jusqu'à un certain point la cause de l’inaptitude particulière de cette race d'homme pour la vie civilisée; quand le loup, le buffle et la panthère seront devenus comme le chien, la vache et le chat, des animaux domestiques, alors, et seulement alors, nous pourrons espérer voir l'Indien pur sang civilisé comme le blanc.
« Le développement du cerveau de la race mixte, qui est très-nombreuse, et son caractère général, sont avec celui de l’homme blanc en proportion de la quantité de sang blanc que possède l'individu : en raison de la supériorité marquée de son intelligence, un sang mêlé manque rarement de devenir chef.
« Un chef de la nation Creek , qui à cause de sa supériorité d’éloquence avait été nommé orateur de la délégation, surpassait beaucoup tous les autres dans le développement des organes de l’idéalité et de la comparaison, ses discours étaient pleins de métaphores; et, pour un orateur illettré, il était plein de goût.
« Perraettez-moi de remarquer que telle est, en général, l'inaptitude complète des Indiens pur sang pour la civilisation,
Diqit
que chaque nouvel effort pour les former à cette condition de vie vicie leur caractère. Ceci n'est pas vrai des sangs-mélés. Ainsi le seul moyen efficace de civiliser les Indiens, est de croiser leurs races. Essayez de tout autre moyen et vous l'éteindrez. Chaque jour vient appuyer cette vérité par l'expérience. Le véritable naturel indien bat en retraite devant la civilisation, et disparait avec le buffle, l'élan, la panthère et l’ours terrible. Les missionnaires enthousiastes et bienfaisants auront beau dire, la forêt est l'habitation naturelle de l’Indien. L'en éloigner c’est lui faire perdre, comme à l'éléphant emprisonné, sa force et sa dignité. Il ressemble à une plante de serre chaude, et végète comme elle. Ce problème (car plusieurs pensent que c’en est un) n’est résolu, et ne peut être résolu facilement que par les lumières de la phrénologie. Je me propose de mieux établir plus tard celte proposition.
< La sagesse de la Providence se manifeste dans toute la création, et nulle part plus clairement que dans ce qui concerne la grande famille des hommes. Il fallait aux vastes déserts de l’Amérique, retraite de l’élan, de l’ours et du buffle, une race d’hommes sauvages pour les peupler; mais quand le sol est converti, comme il l'est déjà en partie , en champs cultivés et en villes et cités populeuses, asile de la civilisation, du commerce et des arts, l’homme de la foréln'est plus nécessaire, et, par conséquent, il disparait. Son règne a duré tant qu’il a été nécessaire ; il n’est plus nécessaire, et le règne de l’homme civilisé commence.
La tôle de I’Indien du Brésil a quelque ressemblance avec la précédente. Le défaut d'étendue est le même, et indique une infériorité naturelle de l’esprit ; la combinaison des organes est la même; seulement la fermeté n’est pas si grande, et la concentrativité et la
philoprogéniture ont un développement modéré. Les dimensions se trouvent au tableau que nous donnons plus loin.
On sait que les jésuites ont essayé de civiliser un grand nombre de ces tribus, et que, par un traitement humain et intelligent, ils acquirent sur eux un grand ascendant, et établirent parmi eux quelque chose de semblable à de l'ordre et aux arts de la vie sociale. Si leur cerveau avait eu un développement aussi grand que celui des Européens, les semences du perfectionnement , répandues et cultivées pendant des années par une main protectrice, auraient germé, fleuri avec vigueur et produit une moisson abondante de civilisation durable. Malheureusement il n'en est point ainsi. < On doit admettre ( dit l’article de la Revue sur les voyages de Coster dans le Brésil ) que M. Coster nous fait des Indiens un tableau peu flatteur; et scs opinions ont d'autant plus de poids, que ses sentiments et scs principes sont des meilleurs, et le portent à juger toujours charitablement et à espérer de l’avenir. Tout améliorée qu'a été la condition des Indiens, elle n’est pas encore très-agréable. Ils sont toujours regardés comme des enfants; et ne sont pas toujours traités, comme ils le furent par les jésuites, avec une bienveillance paternelle. Mais quand ils s'enfuient, ils montrent peu de capacité à se conduire par eux-mêmes, et une tendance qu’on peut dire instinctive à reprendre une vie sauvage et errante. Celte disposition ne prend sa source dans aucun sentiment qui se rattache à l'amour de leurs ancêtres ou à la tradition de leur premier état de liberté; ils paraissent ignorer que leurs pères ont été esclaves, et ignorer complètement quelle a été la situation de leurs a'ieux. L’Indien qui échappe à toute contrainte, sème rarement pour lui même. S'il le fait , il vend le blé en herbe pour la moitié de sa valeur, et se retire dans quelque autre district. La pêche et la chasse sont ses occupations favorites; il reste rarement longtemps quelque part , à moins que ce ne soit près d’un lac
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ou d’un ruisseau. » Ce qu’il y a de pire dans le caractère, c’est l’absence totale d'affections naturelles, vieille accusation que confirme le témoignage de M. Gosier. < Ils paraissent, dit-il, se soucier moins de la vie et du bien-être de leurs enfants qu'aucune autre race d'hommes habitant ce pays. >
Ces observations offrent un champ fertile de théories aux phrénologues. Le crâne de l’Indien du Brésil est remarquable par le défaut d’étendue comparativement à celui de l'Européen ; et par suite il est conforme à ce fait que ces Indiens sont traités d’enfants, qu'ils n’ont aucune prévoyance, et rien de cette force de caractère qui nous fait chercher un avantage éloigné, malgré les obstacles qui nous en séparent. Quand des parents ou des gardiens traitent un adulte d’enfant, ce n’es1 pas par perversité, mais c'est parce qu’ils ont aussi bien que lui la conscience de l’infériorité de son pouvoir intellectuel , quoiqu'on ne puisse expliquer aussi bien le motif de sa soumission. Quand la force d’esprit parait, les lois mêmes de notre constitution nous contraignent à traiter avec respect celui qui fait preuve de force d’esprit, même alors que sa stature est celle d’un enfant, et qu’il n’a pas encore atteint l’âge d’homme. Si donc les Indiens avaient une énergie naturelle égale à celle des Européens, ils acquerraient bientôt, à force de pouvoir intellectuel, leur science, leur perfectionnement; et , au lieu d’être leurs esclaves, ils deviendraient bientôt leurs rivaux.
Toutefois si l’éducation n’a pas suppléé en eux à leur défaut naturel d’énergie, ils lui doivent quelques progrès. « Si l’éducation a peu fait jusqu'ici pour implanter en eux de bonnes qualités, elle a fait beaucoup pour en détruire de mauvaises. Ces peuples étaient comptés au nombre des plus cruels et des plus vindicatifs de la race humaine. Ils sont à présent tranquilles et iuoffensifs, tuent rarement (dans un pays où le meurtre est regardé comme un péché véniel, et est toujours impuni, si
COVBE. — TRAITÉ DE PHRÉSOLOOIE. T. 11. 4-t
même il n’obtient des louanges), et même ceux qui sont méchants se bornent à piller. »
M.Coster fait la comparaison suivante entre l’Indien nègre et l’Indien du Brésil : • Le nègre, dit-il, a un caractère plus décidé; il est plus méchant quand il n'est pas meilleur. » « L’Indien semble être sans énergie, également incapable de grand bien et de grand mal. Il n’est pas rare de voir des mulâtres ou même des nègres riches. On n’a jamais vu nn Indien devenir riche ; on n’en a même jamais vu devenir ouvrier. La prêtrise est une carrière qui leur est ouverte, mais bien inutilement. H. Coster n’a jamais entendu parler que de deux Indiens qui se soient faits prêtres, et ils sont morts quelque temps après d’excès de boissons.
Il serait intéressant de savoir si le cerveau des naturels mexicains est mieux développé ; car il existait au Mexique une forme grossière de société avant la conquête européenne.
Le crâne du nègre est plus élevé dans l’échelle du développement des organes moraux et intellectuels : le front est plus haut , et les organes des sentiments sont dans une proportion plus forte, relativement aux penchants , que chez le naturel de la Nouvelle-Hollande.
Les organes de la philoprogéniture et de la concenlrativité sont très-développés. Le premier donne l’amour des enfants, et le second, celle concentration de l’esprit qui est favorable à des habitudes fixes et sédentaires. Les organes de la vénération et de l’espérance ont aussi une étendue considérable. La . dépression est dans la conscienciosité , dans la circonspection, dans l’idéalité et dans la réfiexion. Les dimensions de ce crâne figurent dans le tableau que nous donnerons plus loin.
Timothée Flint dit : < Le nègre est facilement irritable, susceptible au plus haut degré de toutes les passions, suscep-
tible surtout de toutes les affections douces et bonnes. Pour l'Indien sérieux, silencieux , fantasque, réfléchi, l’existence est un fardeau. Otez au nègre la faim et la souffrance, et l’existence est pour lui un état naturel de jouissance. Aussitôt qu'il suspend scs travaux, il chante, il prend son tambourin, il danse. »
Les diverses tribus qui habitent l’Afrique présentent des différences très-grandes en fait de civilisation; mais aucune n'a fait autant de progrès que les nations européennes. Je me suis laissé dire, par des personnes qui ont longtemps habité les îles des Indes occidentales, qu’on trouve chez les nègres des talents naturels très-différents, selon les provinces d'où ils viennent. Les nègres de quelques parties de l’Afrique deviennent d'excellents ouvriers, d'autres deviennent teneurs de livres, et quelques-uns ne peuvent s’élever au-dessus du simple laboureur. 11 serait très-intéressant d’apprendre en quoi leurs têtes présentent des différences.
Quelques peuples d’Afrique sont bien supérieurs à d’autres par leur énergie et par leur adresse mécanique. * Les Carfes sont entièrement noirs, mais ils n’ont aucun des traits du nègre; leurs crânes et leurs visages différent peu, quant ù la forme, de celle des Européens les plus parfaits. » Cette race est habile dans plusieurs arts; mais à cause de leurs guerres continuelles, l’agriculture est dans un état de détresse; quoique leurs côtes soient couvertes d’excellents poissons, ils ne les pèchent pas, et ils n’ont ni bateaux ni canots. Le mariage est toujours une vente. Les Boshuans sont représentés comme doux , gais et pacifiques ; cependant ils soutiennent la guerre avec autant de cruauté que les autres barbares. M. Campbell , dans le cours de ses instructions religieuses, ayant demandé à l'un d’eux pourquoi l'homme était créé, celui-ci répondit : « Pour se battre et piller (i). » M. Bowdietch donne
(t) Récit historique des découvertes et des voyages de Leyden et Murray en Afrique , vol. II, p. 332, 530.
sur les Ashaniees des détails d’où il semble résulter qu’ils montrent une grande activité et beaucoup d'esprit, mais qu’ils sont avilis par les penchants les plus cruels et les superstitions les plus grossières. Si l'ou peut se fier le moins du monde aux descriptions données par une foule de voyageurs,deTombouctou et du commerce que font sur le Niger les naturels de l’Afrique, on doit croire qu’ils ont une grande portée d’esprit et quelque aptitude à l’état social. D'après ces descriptions, les Africains sont décidément supérieurs aux Américains. Tous ces faits coïncident avec les déductions qu’aurait pu tirer un pbrénologue de l’examen de leurs différents crânes.
Un trait remarquable des tribus africaines, c’est qu'elles sont très-superstitieuses. Elles achètent à un prix très-élevé des fétiches ou des philtres, et y croient comme à des préservatifs certains contre tous les maux de la vie. Ce trait est conforme au développemenl que nous observons dans le crâne des nègres; car nous y trouvons l’espérance, la vénération et le merveilleux très-développés comparativement aux organes de la réflexion. L’espérance et le merveilleux les rendent crédules, et les portent à considérer avec une admiration et un respect profond tout objet qui leur est représenté comme ayant un pouvoir surnaturel.
La télé des habitants des naturels des Iles Sandwich , est plutôt en dessous de l’étendue moyenne de la tête de l’Européen ; et leur race n’indique certainement pas un caractère naturel aussi élevé que celui de l’Européen , quoiqu’il s’en rapproche beaucoup. La Société phrénologique possède cinq crânes des naturels des iles Sandwich ; ils se caractérisent par la même forme longue que ceux des Européens de
la variété cancasiqne de Blumenbach , et par un développe* ment plus grand devant l'orifice externe de l'oreille que derrière. Cela est surtout remarquable dans deux des crânes; la région coronale est large et assez bien développée , mais n’est pas égale en hauteur à celle de l’Européen , au-dessus de la circonspection et de la causalité. Le lobe antérieur, manifestant l’intelligence, est assez bien développé, et l'est beaucoup plus que celui du nègre, de l'Indien américain et du naturel de la Nouvelle-Hollande. Tous ont une portion considérable d'éventualité , faculté que Gall a nommée, il y a longtemps, éducabililé, et qui doit hâter beaucoup la civilisation. Trois des crânes sont, à n'en pas douter, antiques, et comme ils ont été obtenus des plus anciens mordis ou cimetières, ils offrent des échantillons très-exacts de la tôle des premiers habitants de ces lies , bien longtemps avant qu'elles n’eussent été découvertes par le capitaine Cook. Ce navigateur trouva celte race d'hommes bien supérieure à la plupart des autres tribus sauvages qu'il avait visitées ; leurs progrès dans la civilisation sont démontrés par la réception respectueuse qu’ils ont faite aux corps de leur roi et de leur reine , morts à Londres, par la tenue de leur chef en grand deuil ù la manière anglaise, par leur procession à l’église, etc., circonstances qui ont été citées dans les journaux, et se trouvent plus au long dans la relation du voyage de la frégate Blonde aux lies Sandwich publiée en 1826 (i).
Les cerveaux européens diffèrent beaucoup les uns des autres ; mais un type commun les caractérise tous et les distingue de ceux que nous venons de décrire. Ils sont beaucoup
( t ) On trouvera de plus grands détails , sur les naturels des Ues Sandwich dans le Phrenological Journal, vol. lit, p. 42t.
plus larges que ceux des Indous, des Indiens américains et des nègres; et cela indique la force supérieure de leur caractère intellecluel. La portion située devant l’oreille, qui est le siège des facultés intellectuelles, et la région coronale ou le siège des organes des sentiments moraux, sont plus largement développés que la base du cerveau et les parties inférieures ou postérieures du cerveau, ou le siège des penchants animaux. Le développement de son cerveau indique enfin un grand pouvoir naturel de réflexion et une tendance naturelle plus grande encore à la justice, à la bienveillance, à la vénération et à l'élégance que celui de tous les autres peuples. Les organes qui dominent surtout dans son crâne, comparé à celui des autres peuples, sont : l’idéalité, la conscienciosité, la causalité et l’esprit de saillie. Les organes de ces facultés sont presque toujours petits chez des tribus sauvages et barbares. Le crâne européen appartient à la variété caucasique , que Blumenbacb considère comme la plus belle et la plus parfaite; et, sous ce point de vue, les phrénologueset lui s'accordent parfaitement. La figure représente le crâne d’un Suisse, très-bien développé dans la région des sentiments moraux. Si l’on veut comparer l’espace qui est au-dessus des astérisques , siège de la circonspection et de la causalité, avec la même région daus le crâne du naturel de la Nouvelle-Zélande et de la Nouvelle- Hollande , on observera dans celui de ce dernier une infériorité très-marquée.
Les Anciens Égyptiens, à juger d’eux par les monuments prodigieux qu'ils nous ont laissés de leurs arts et de leurs sciences, paraissent avoir été un peuple très-civilisé et trèsintelligent ; et c’est un fait digne d’attention que les crânes des momies appartiennent presque tous à la même classe que les crânes des Européens modernes. On voit dans la collection de la Société, deux crânes de momies, et j'en ai vu ou entendu décrire exactement une demi-douzaine au moins. Tous
se caractérisent par une grande étendue, un grand développement du lobe antérieur et par la largeur de la région coronale. La région coronale cependant n’est pas haute, et c'est en quoi ils sont inférieurs aux crânes des Européens.
La société possède aussi le crâne d’AnciEUs Grecs, lis sont très-larges et présentent un développement très-heureux de la région coronale el de l’intelligence combinée à de larges organes des penchants. Les organes de la Akcies Grec. constructivité et de l'idéalité sont surtout développés ; et c’est sous ce rapport qu’ils forment un contraste aussi frappant avec les crânes des naturels de la Nouvelle-Hollande, que les chenils de ceux-ci avec les temples et les œuvres d’art des anciens Grecs.
Ces faits semblent indiquer que quand dépendants, et libres de suivre la direction de leur propre jugement et de leur disposition, leurs institutions dérivent de la constitution intellectuelle particulière que chacun d’eux a reçue de la nature, et que cette constitution est en harmonie avec le développement particulier de leur cerveau. Le climat et autres causes externes modiGcnt jusqu’à un certain point les effets des dons naturels; mais les traits distinctifs de chaque peuple semblent avoir un rapport plus direct et plus uniforme avec l'étendue et la forme du cerveau qu’avec ces circonstances éventuelles. Quand un peuple est subjugué par un pouvoir étranger comme les Grecs l’ont été par les Turcs, et les Italiens par les Autrichiens, le caractère national n’a pas d’occasion convenable pour mettre au jour ses particularités; et de là vient que, si on ne réfléchit pas à cette circonstance, la même race parait présenter des traits caractéristiques différents, selon les différentes époques de son histoire. On dit tous les jours que les Grecs modernes ne ressemblent pas plus
à leurs ancêtres que les Indous aux Européens ; et l’on a fait de cela une objection contre la phrénologie. Cependant toutes les fois que le joug turc se fait sentir un peu moins, et permet aux naturels de manifester leurs qualités, nous voyons la même force de caractère, le même héroïsme délibéré et décidé, la même aptitude aux stratagèmes de la guerre, la même légèreté, le même penchant aux dissensions , et l'ascendant des mêmes passions qui distinguaient les Grecs aux jours de Périclès, reparaître dans leurs descendants. Plusieurs millions d’indous, d'Africains et d'indiens américains sont, depuis des siècles, libres de tout joug étranger; et ils n’ont jamais montré les mêmes qualités que les Européens indépendants.
On distingue les effets du tempérament dans les crânes des différentes nations. Le grain du crâne des naturels de la Nouvelle-Hollande est extrêmement rude cl grossier; celui du crâne de l'Indou est lin , lisse, Compacte et ressemble beaucoup â l’ivoire; celui du Suisse est lâche et mou , tandis que celui du Grec est plus serré et plus Qu ; d’après cela il y aurait dans le cerveau des individus une qualité correspondante qui influencerait le caractère moral.
COMBE. — TtlMTé DE PHRÉSOI.OGIE. T. n. 45
La Société phrénologique a plus d'échantillons des crânes des divers peuples que nous n'en avons cité ici. Us offrent des matériaux intéressants à la réflexion d’un philosophe. Mais la longueur que cet ouvrage a déjà atteinte nous fait un devoir de ne pas en parler. Les mesures du tableau qu'on vient de lire ne représentent l’étendue d’aucun organe en particulier pour les raisons données à la page 144, 1. 1. Elles ont pour but d’indiquer si les crânes sont grands ou petits; mais elles ne remplissent pas tout à fait leur objet par suite de l'impossibilité de mesurer des sphères irrégulières par les diamètres; elles ne sont donc que la simple indication de la longueur des lignes particulières mesurées dans les divers crânes, d’après lesquelles on peut estimer grossièrement les dimensions relatives des crânes. Un mode scientifique de mesure nous manque. Ces mesures sont prises d'après des crânes individuels, et ne peuvent être données comme indication exacte de l'étendue moyenne des crânes des divers peuples. Cependant ils approchent de la vérité et suffisent pour attester l'intérét qu'offriraient des recherches. La collection est encore trop limitée pour nous permettre de déterminer une moyenne.
Le caractère réel des divers peuples ne sera jamais dessiné philosophiquement, tant que les voyageurs ne décriront pas leur tempérament , l'étendue et les combinaisons de leur cerveau. L’ouvrage étendu de Blumenbach sur les crânes des peuples n’offre aucun intérêt moral, parce qu'il a oublié de parler des caractères des peuples dont il donne la tête.
Le Dr Vimont.dans son Traité de Phrénologie (i), a un chapitre d’un grand mérite sur la tête des peuples, dans lequel il décrit entre autres les traits caractéristiques des têtes allemandes, françaises et anglaises, cl les traits caractéristiques de ces nations avec une grande exactitude. Il fait un grand éloge du
(l) Tome II , p. HO.
caractère écossais (<), qui acquiert sous sa plume une nouvelle valeur, grâce à l’esprit éclairé et libre de préjugés avec lequel il parle des Anglais, des Français et des autres peuples. Il regrette de ne pas connaître le développement du cerveau des Irlandais et des Écossais. On trouve dans le Phrenological Journal, vol. O, page 169, quelques observations sur la tête des Irlandais. Nous invitons le Dr Yiraont à venir en Écosse , et à former son jugement sur les têtes mêmes de notre peuple. La population écossaise de la plaine qui a fait tout ce qui honore l’Écosse, sauf dans la guerre, est une race mixte de Celtes et de Saxons. La longue tête des Celtes se combine avec les organes moraux et réOectifs largement développés des Germains, La tête suivante est un échantillon de la tête moyenne de l’Écossais de la plaine.
La tête de l'Écossais de la plaine est plutAt large , et une grande variété de tempérament existe dans le peuple. Dans lesclasses laborieuses le tempérament lymphatique et nerveux, avec une teinte du tempérament bilieux, est très-commun. Les cheveux ont une couleur de sable. La peau est pâle ; la figure lourde; mais ils ont les yeux bleus et clairs. Les individus sont capables de longs et pénibles efforts. Les organes de l’amativité sont très-proéminents ; ceux de la philoprogéniture et de
(1) Ouvrage déjà cité , vol. Il , p. 490.
l'adhésivité sont bien développés , et les affections domestiques sont un des traits caractéristiques de cette race. La combativité et la destructivité sont en général très-développées ; aussi le peuple est-il irascible , aime-t-il la guerre , et est-il adonné à la pire espèce de méchanceté : la destruction sans but des objets d'utilité et d’ornement. Ils ne sont pas non plus trèsbons pour les animaux domestiques. Les organes de la secrétivité , de la circonspection et de la fermeté sont en général développés ; et l’Écossais est remarquable par la prudence , le savoir-faire et la persévérance. L’estime de soi et l’amour de l’approbation sont développés , et relativement l’un à l’autre développés également. La conséquence est que l’Écossais occupe la ligne moyenne entre l’Anglais et le Français par rapport à ces facultés. Chez l'Anglais, l'estime de soi domine , et ses vices sont l’orgueil , 1 egoisme ; chez le Français, l’amour de l'approbation domine; il est porté à la vanité, n'a pas assez de dignité , et ne se respecte pas assez. L’Écossais, ayant autant d’estime de soi que l’Anglais, en tempère les manifestations par l’amour de l’approbation, et offre l’exemple d’un égoïsme mitigé qui n'offense pas les étrangers. Avec autant d’amour de l’approbation que les Français, mais restreint par un grand développement de l’estime de soi, de la circonspection et de la secrétivité, leur politesse est plus digne et plus réservée. Les organes de l’acquisivité sont en général développés chez les Écossais, et réunis à un grand développement de l'estime de soi , les rendent intéressés, ou les portent du moins à ne pas négliger leurs intérêts. Cette combinaison d’organes, soutenue par la circonspection, la secrétivité , la fermeté et les organes moraux et intellectuels , décide l’avantage en leur faveur, tontes les fois qu’il s’agit de lutter avec d’autres peuples dans la carrière des richesses, et explique la rapidité extraordinaire avec laquelle les Écossais amassèrent des capitaux, quand les marchés de l’Angleterre et de ses
colonies furent ouverts à son industrie. Les organes de la bienveillance, de la vénération et du merveilleux sont en général largement développés dans la tâte de l’Écossais. La conscienciosité se voit souvent, mais pas aussi généralement que ces organes; et l’espérance n’a en général qu’un développement modéré. La combinaison de l’adhésivité, de la bienveillance et de la fermeté rend l’Écossais attaché, fidèle et digne de confiance. La combinaison de la vénération, du merveilleux et de la conscienciosité le rend religieux ; mais le grand développement de la destructivité, de la circonspection et de la fermeté donne à leur foi un caractère sombre et sévère. Ils sont sincères et ardents dans leurs impressions religieuses, et ne peuvent concevoir qu’on regarde comme acceptable une croyance en Dieu autre que la leur. Aussi les autres nations les trouvent bigots et intolérants; mais ce caractère, en tant qu’on peut le leur attribuer, est le résultat plutôt d’une foi entière en leur propre croyance que de la faiblesse de leur intelligence, ou de l’absence de tout sentiment généreux. Quand les lumières seront répandues dans le peuple, ces erreurs disparaitront.
Les organes de l’idéalité et de l’imitation ne sont que modérément développés dans la tête de l’Écossais; aussi voit-on qu’il ne se fait pas remarquer par la promptitude à changer de mode ni par l’élégance. C'est un peuple à habitudes casanières. Le lobe antérieur du cerveau, siège de l’intellect, est en général bien développé. Les organes de l'individualité, de la forme'et de la construclivité sont faibles comparativement. C’est pourquoi l'Écossais n'excelle pas dans les détails non plus que dans les beaux-arts. 11 a le temps plus développé que les tons, et la musique écossaise est, en général, une combinaison de quelques notes exprimant le courage, l'affection, la tendresse ou la mélancolie, qui forment des mélodies simples où la mesure est fortement marquée. Ils n’ont pas le goût des plaisirs , et ne comprennent pas l'harmonie. Les organes du coloris ne
sont, en général, que peu développés, et l’on a remarqué souvent que dans le choix des couleurs, de leurs ameublements et de leurs ornements, l'Écossais était loin de faire preuve de goût. L’ordre et les nombres sont assez "développés chez lui, et le caractère national est d’être rangé et calculateur. Les organes du langage ont une étendue modérée ; l'éventualité et la comparaison sont en général bien développées, et l’on trouve souvent la causalité bien développée. La causalité est, en général, chez les Écossais plus que chez les Anglais et les Français, dans une proportion supérieure à la comparaison. La concentrativité est en général très-développée. L’esprit de saillie a un développement moyen. La combinaison de la faiblesse de la forme et de l’individualité, avec un grand développement de la concentrativité , de la comparaison et de la causalité, explique pourquoi l’intellect de l'Écossais est plutôt théorique et analytique que philosophique. L'intellect de l'Écossais se montre tout entier dans sa musique. Les mélodies nationales, dans leur grande simplicité, sont des morceaux complets. Chaque note lient à celle qui la suit par une liaison nécessaire, de sorte qu’on ne pourrait en déranger une sans détruire l’ensemble. Il n’y a pas d’anomalie. Chaque mélodie est un système. Cette combinaison d'organes intellectuels, avec de larges organes moraux, lui donne la passion des recherches métaphysiques et morales qui le distinguent, et expliquent en même temps leur singulier défaut d'observation pratique dans la science intellectuelle. Reid, Stewart et Brown connaissaient assez les règles de Bacon sur la philosophie pour ne pas ignorer que toute science doit se baser sur des faits- Mais ils étaient si peu habitués à l’observation pratique, qu’ilsn’ont étudié que leurs propres penchants, et non le monde extérieur, pour obtenir des données sur les qualités de la nature humaine. En conséquence, ils ont passé sous silence les faits qui frappent le plus un observateur pratique, à savoir l'existence de penchants comme
la combativité, la destructivité, l’acquisivilé et la circonspection, et les différences immenses entre les individus dans la force des facultés particulières par rapport aux autres. Dans l’élude de la phrénologie, cette combinaison de facultés intellectuelles est remarquable. Que de raisonnements comparés aux faits positivement décrits, les ouvrages et les journaux écossais ne contiennent-ils pas ! La combinaison d'un bon développement de l’esprit de saillie , avec un grand développement de la secrétivilé, explique pourquoi l'Écossais est remarquable par sa gaieté intime. Les ouvrages de Walter Scott contiennent des descriptions fort exactes sous ce rapport du caractère de ce peuple. 11 ne manque pas non plus d'esprit; et quand il est placé dans des circonstances favorables, il le manifeste avec un grand succès. Spurzheim , pendant son séjour en Écosse, remarqua qu’il ne faudrait à l’Écossais qu’un tempérament un peu plus fort pour devenir une des premières nations de l'Europe. d' smunr.m.
Je présenterai maintenant au lecteur quelques observations du Dr Vimont sur le caractère des peuples. Il décrit la 'tête des Germains , dont le crâne de Spurzheim, que nous donnons ici et que nous avons déjà mentionné à la page 280 de ce volume , est un échantillon exact , quoique trop favorable, dans les termes suivants : < Les régions des facultés réflcctives, de la circonspection et des sentiments moraux sont toutes bien développées ; la vénération et la bienveillance sont en particulier bien marquées; les facultés perceptives, considérées en général, à l exception des tons, n’ont qu’un développement modéré. Les
organes de l’idéalité, de la constructivilé et de la guslativité sont souvent très -proéminents; la secrétivité et l’estime de soi sont aussi développées d’une manière remarquable.
DE l’importance DE COMPRENDRE LE DÉVELOPPEMENT DU CERVEAU COMME ÉLÉMENT DANS LES RECHERCHES STATISTIQUES SUR LES MANIFESTATIONS DES FACULTÉS ANIMALES, MORALES ET INTEL- LECTUELLES DE L’ilOMMK.
Le public européen a depuis peu pris aux statistiques morales un grand intérêt que nous ne pouvons qu’approuver; et l’on a publié en France plusieurs ouvrages d’un grand mérite sur ce sujet. J'ai lu avec beaucoup d’intérét l 'Essai sur la statistique morde de la France, par M. A. M. Guerry (î), et l’excellent ouvrage de M. Quetelet Sur F homme et le développement de ses facultés, ou Essai de la physique sociale (*). L’objet de tous ces ouvrages de statistique morale devrait être de mettre au jour les causes du bonheur et de la misère de l'homme, afin de rendre le genre humain capable d’augmenter la somme de son bonheur, et de diminuer celle de sa misère. Des tableaux, montrant la moyenne du poids et de la force du corps aux différents âges, la moyenne du poids des enfants de différents âges employés dans les fabriques, comparée à la moyenne de ceux qui n'y sont pas employés; la moyenne de la force des hommes et des femmes aux différents âges; le nombre des battements du cœur et des inspirations du poumon en une minute; et autres faits semblables, tous fondés sur des observations faites sur un grand nombre d'individus, et réduites à des résultats moyens, sont intéressantes et utiles, parce que ces faits mis au jour peuvent aider la société à deviner des circonstances fuites pour augmenter des qualités d’un grand prix, et à diminuer celles qui tendent h nuire. Mais de
(1) Pari» , 1832. — (2) Ibid, 1833.
grandes difficultés se présentent, qnand on essaye, par des procédés semblables, de faire une estimation des facultés intellectuelles et morales de l'homme, fondée seulement sur les manifestations mentales, alors que l’on ne se base pas sur le développement du cerveau des individus observés. M. Quetelet, par exemple, en poursuivant ses recherches sur le développement des qualités intellectuelles et morales de l'homme, donne le tableau du nombre des ouvrages dramatiques de premier mérite, produits par les auteurs français et anglais de plusieurs siècles; des tableaux du nombre des aliénés par rapport à la population dans plusieurs pays de l'Europe ; des tableaux du nombre des suicides, des hommes tués en duel et des criminels. Il montre aussi dans ces tableaux l’influence de l’éducation, des professions, des saisons, des climats, et du sexe sur la tendance au crime; mais quelques remarques montreront l’insuffisance de ces renseignements pour conduire à des résultats pratiques , quand on n’a pas égard aux lois de l'organisation par rapport au cerveau.
Le tableau suivant, par exemple, représente le tableau des aliénés par rapporté toute la population deplusieurspaysdel’Europe: