‹ Traité de phrénologie. Tome 2Chapitre 28 sur 44 · ACCUSÉS DE CEI MES · texte numérisé non relu

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supérieure à ce 1" degré.

Total

* Le nombre des accusés de cette classe se trouve augmenté par suite des événements politiques et de crimes contre la sftretë de l’État.

M. Quelelet donne des tableaux semblables pour les départements de la France et les provinces de la Belgique, et les résume de la manière suivante (s) :

« 1° Le plus grand nombre de crimes contre les personnes et contre les propriétés ont lieu dans les départements que traversent ou qu’avoisinent le Rhône, le Rhin et la Seine, du moins dans leur partie navigable;

« 2° Le moins de crimes contre les personnes et les propriétés se commettent dans les départements du centre de la France,

(t) Sur l'Homme, tom. Il, p. 176.

(2) Ouvrage déjà eilé, tom. Il, p. 107.

dans ceux qui sont situés à l’ouest vers l'Océan , depuis les Basses-Alpes jusqu'à la Hanche , et dans ceux que traversent vers le nord la Somme, l’Oise et la Meuse;

« 5° Les bords de la Méditerranée et les départements voisins montrent, toutes choses égales, un penchant plus prononcé pour les crimes contre les personnes, et la partie septentrionale de la France pour les crimes contre les propriétés.

« Après avoir établi ces faits , si l'on cherche à remonter aux causes qui les produisent , on se trouve arrêté d'abord par de nombreux obstacles. Et, en efTet, les causes qui influent suites crimes sont si nombreuses et si diverses, qu’il devient presque impossible d'assigner à chacune son degré d’importance. Il arrive d’ailleurs souvent que des causes qui paraissaient très-influentes s’effacent devant d’autres auxquelles on avait à peine songé d'abord ; c’est ce que j’ai particulièrement éprouvé dans les recherches actuelles; j'étais trop préoccupé peut-être , je l’avoue , de l’influence qu’on accorde à l’instruction pour amortir 1e penchant au crime ; il me semble que l’erreur commune provient surtout de ce qu’on s'attend à trouver moins de crimes dans un pays parce qu’on y envoie plus d’enfants aux écoles, ou parce que, en général, plus de personnes du peuple savent lire et écrire. Ce serait plutôt de l’instruction morale qu'il faudrait tenir compte, car bien souvent l’instruction qu’on reçoit aux écoles n’offre qu’un moyen de plus pour commettre 1e crime (t). On regarde aussi assez généralement la pauvreté comme conduisant au crime ; cependant le département de la Creuse, l'un des plus pauvres de la France, est celui qui présente, sous tous tes rapports, 1e plus de moralité.

(1) t M. Gucrry eu parvenu , presque en même temps que moi , it des conclusions semblables dans son Ettai sur la statùtique morale de la France, p. 51, et il les a exprimées à peu prés dans les mêmes termes; les mêmes résultats ont été obtenus aussi en Angleterre, en Allemagne et aux Etats-Unis. >

De même, en Belgique, la province la plus morale est le Luxembourg, où il règne le plus de pauvreté. Il convient cependant de s’entendre sur le mot pauvreté, qui est employé ici dans une acception qu’on peut regarder comme impropre. Une province, en effet, n’est point pauvre parce qu'elle renferme moins de richesses qu’une autre, si les habitants, comme dans le Luxembourg, sont sobres et actifs; si, par leur travail, ils parviennent à pourvoir d’une manière sûre à leurs besoins et à satisfaire des goûts d'autant plus modestes, que l'inégalité des fortunes s’y fait moins sentir et provoque moins la tentation , on dira avec plus de raison que cette province jouit d'une modeste aisance. La pauvreté se fait ressentir dans les provinces où sont amassées de grandes richesses, comme dans les Flandres, la Hollande, le département de la Seine, etc., et surtout dans les pays manufacturiers, où, par la moindre commotion politique, par la moindre obstruction dans les débouchés pour les marchandises, des milliers d'individus passent subitement de l’état de bien-être à celui de misère. Ce sont ces brusques alternatives d’un état à l'autre, qui donnent naissance au crime, surtout si ceux qui en souffrent sont entourés de sujets de tentation, et se trouvent irrités par l’aspect continuel du luxcet d’une inégalitéde fortune quilesdesespère.

cil me semble qu’une des premières distinctions à faire dans l'étude qui nous occupe , est celle des différentes races d'hommes habitant les pays que nous considérons; elle est, comme nous le verrons bientôt , de la plus hante importance, quoique ce ne soit pas celle qui se présente d’abord à l’esprit. « La population de la France appartient à trois races prin- « cipales; la race celtique, qui forme près des trois cinquièmes * de ses habitants ; la race germanique, qui comprend ceux « des anciennes provinces de Flandre, d'Alsace, et d'une « partie de la Lorraine; la race pélagienne, (nommée par < Spurzheim la race phénicienne) répandue sur le versant

« méditerranéen et dans la Corse. Les changements de mœurs, * (ajoute Malte-Brun, à qui cette division est empruntée) les « progrès de la civilisation, peuvent altérer le caractère d’un « peuple, mais non le changer entièrement (1). » Si nous jetons les yeux sur la carte figurative des crimes contre les personnes, celte distinction des peuples se fera sentir d'une manière extrêmement remarquable. Nous verrons que la race pélagienne, répandue sur le versant méditerranéen et dans la Corse, se livre particulièrement à des attentats contre les personnes; chez la race germanique, qui s'étend sur l’Alsace, le duché du Bas- Rhin, une partie de la Lorraine et des Pays-Bas, où le grand nombre de personnes et de choses fait naître plus d'occasions de commettre des crimes , et où l’usage fréquent des boissons donne plus souvent naissance aux excès, on compte généralement beaucoup de crimes contre les propriétés et les personnes. Les Bataves et les Frisons, qui appartiennent aussi à la race germanique, se livrent plus particulièrement aux crimes contre les propriétés. Enfin , la race celtique parait la plus morale des trois races que nous avons considérées, surtout en ce qui concerne les crimes contre les personnes; elle occupe la plus grande partie de la France et la partie wallone de la Belgique. Il paraîtrait du reste que les pays de frontières où les races se croisent le plus, où il règne en général le plus d'agitation, et où sont établies les lignes des douanes, sont le plus exposés ù se démoraliser. »

Ces remarques manquent de précision, probablement à cause des connaissances imparfaites de l’autenr sur les qualités mentales qui distinguent les différentes races. En appréciant ces qualités, indépendamment de l’organisation cérébrale, nous sommes exposés à exprimer de simples idées générales dans un langage vague, au lieu de constater des faits positifs avec

(Il Précis de géographie universelle , liv. t.'ifl.

une précision toute philosophique. Les différences mentales proviennent des différences dans l’étendue et dans les proportions du cerveau ; et l'influence du cerveau sur les dispositions est fondamentale, c’est-à-dire qu’elle détermine l’effet des circonstances externes. On ne peut comprendre l'opération des circonstances sur les manifestations mentales , tant qu’on ne comprend pas parfaitement le développement du cerveau de l’individu qu’on étudie. Les individus , ayant un développement domiuant des organes intellectuels et moraux, comme Mélancthon (t. I, p. 129), ou Eustache (t. I, p. 130), s’élèvent à la hauteur des grandes circonstances. Aucune condition ne pouvait être plus défavorable à une conduite vertueuse que celle d’Eustache, quand il était esclave, associé à des esclaves dans une guerre d’extermination contre leurs maîtres. Cependant tel est le pouvoir préservatif d’une haute organisation intellectuelle et morale, qu’il remplit noblement son devoir envers les deux parties belligérantes, et triompha de tentations qui eussent été irrésistibles sur un cerveau moins heureusement constitué. D’un autre côté, quand les organes moraux et intellectuels sont tout à fait faibles et que ceux des penchants dominent, aucune circonstance extérieure, sauf la force physique, ne suffit pour soustraire l'individu au vice. La tôle de Hare (t.I, p. 129), de Gottfried (t. I, p. 130), et du pape Alexandre VI (t. I, p.309), sont des exemples de cette combinaison ; et leur vie prouve qu’ils avaient la soif du crime, et qu'ils cherchèrent toujours à la satisfaire.

Ce n’est que sur les cerveaux dans lesquels les trois régions des penchants, des sentiments et de l'intelligence se balancent à peu près (et la tête de Maxwell, 1. 1, p. 303, en est un échantillon), que les circonstances externes ont une influence positive et puissante. Toutes les recherches sur le développement des facultés intellectuelles, morales et animales, dans lequel l’influence du cerveau n'entre pour rien, doivent donc être défec-

tueuses; et comme ce fait a une grande importance, je l'appuierai de documents qu'on trouvera à l’appendice n° 4 : ce sont les attestations présentées en 185t> par sir G. S. Mackenzie à lord Glenelg, secrétaire d’État pour les colonies, afin de l’engager à employer les phrénologues dans la classification des criminels.

On n’a jusqu’ici fait aucune attention à ces faits , mais le temps viendra où ils ue pourront manquer d’attirer l’attention des hommes d’État.

Sun LES OBJECTIONS CONTRE LA PHRÉNOLOGIE.

Après avoir traité des éléments de la phrénologie, je vais maintenant m’occuper brièvement des objections qu’on a élevées contre elle. Je rendrai ces objections, autant que possible, dans les termes des adversaires mêmes, et j’y joindrai la réponse.

Objection. — L’idée d’attribuer des facultés différentes aux différentes parties du cerveau n’est pas neuve. Plusieurs auteurs l’ont eue avant Gall. Mais leurs systèmes sont tombés en discrédit ; ce qui prouve que cette doctrine n'est pas vraie.

Réponse. — Gall lui-même a appelé l’attention des philosophes sur ce fait, que l’idée en question est très-ancienne. Il a donné l’histoire des premières opinions sur les fonctions du cerveau, et démontré que depuis des siècles on a attribué différentes fonctions aux différentes parties, et a expliqué comment ces idées sont tombées dans l'oubli. Spurzheim dans scs ouvrages en fait autant; et dans le Phrenological Journal, n°VH, art. 8, on trouve une notice historique des premières idées sur le cerveau, accompagnée d'une planche représentant une tête qui fut divisée en différents organes en 1"»G2. Nous en avons

donné une copie à la p.32, t, I, de cet ouvrage. Toutefois, la différence entre les systèmes des auteurs antérieurs à Gall , et celui de Gall même, est si grande qu’il est facile d’expliquer la différence des résultats. Les anciens théoristes assignaient h certaines facultés mentales des situations locales du cerveau, que l’on supposait particulièrement aptes h être le siège d’une faculté. Par exemple, ils plaçaient le sens commun dans le front pour qu’il fût près des yeux et du nez, tandis qu’ils logeaient la mémoire dans le cervelet, parce qu’ils y voyaient un corps de logis placé derrière pour recevoir toute espèce de provision de science en attendant qu’on eût l’occasion de s’en servir. Ce n’était pas là de la philosophie, c'était l’imagination de l’homme créant l'homme, au lieu de l'intelligence observant comment le Créateur l’avait créé. Gall a agi d'après des principes différents: il n’a inventé aucune faculté mentale; il ne les a pas non plus logées dans le cerveau selon sa propre fantaisie; au contraire, il a d’abord observé les manifestations des talents et des dispositions intellectuelles, et ensuite la forme du cerveau qui accompagnait chacune de ces facultés, qu'elle fût forte ou faible. Il a simplement dit ce que la nature a fait. Il y a la même différence entre sa méthode et celle des auteurs qui l’ont précédé, qu’entre celles de Descartes et de Newton; et ainsi, il est aussi facile de comprendre pourquoi il a réussi à trouver des vérités là où les autres n’ont trouvé que des erreurs ingénieuses.

Objection. — Les phrénologues admettent que les fonctions de quelques parties du cerveau ne sont pas encore découvertes. Quand ils les auront découvertes, ils pourront donner un nouvel aperçu de l’usage des parties du cerveau auxquelles ils attribuent maintenant certaines fonctions. Donc, en supposant que toutes les observations faites soient exactes, on ne peut tirer aucune conclusion certaine du résultat actuel des observations phrénologiques.

Réponse. — Chaque organe manifestera toujours ses propres facultés, quelques découvertes que l'on fasse par rapport à d'autres. La direction pourra se trouver modifiée, mais non la fonction. (Voyez t. II, page 272.)

Objection. — Il est ridicule de supposer que l’esprit a trentecinq facultés. Pourquoi n’en aurait-il pas cinquante-cinq? Pourquoi pas cent cinq? D’ailleurs, les phrénologues en changent le nombre à chaque instant.

Réponse. — On pourrait aussi bien dire qu’il est absurde que nous n’ayons que cinq sens. Pourquoi pas dix ou quinze? dirat-on. Les phrénologues repoussent toute responsabilité , quant au nombre des facultés. Ils n’admettent ni plus ni moins de facultés que la nature n’en manifeste. D’ailleurs, des auteurs sur la philosophie intellectuelle en admettent autant, d’autres en admettent plus encore que les phrénologues. Lord Rames, par exemple, admet vingt des facultés que reconnaissent les phrénologues , tandis que M. Dugald Stewart attribue plus de facultés à l’esprit qu’il n’en est énuméré dans les ouvrages phrénologiques (t). On a toujours dit qu’il restait à découvrir les fonctions de certaines parties du cerveau ; et , à mesure qu’on les découvre, la liste des facultés mentales augmente nécessairement.

Objection. — < En ouvrant le crâne et en examinant le cerveau vers la surface où les organes, dit-on, sont situés, il semble qu'il faut une certaine puissance d’imagination pour y voir autre chose qu’un certain nombre de circonvolutions presque semblables, toutes composées d’une substance médullaire et cendrée, étant toutes à peu près dans les mêmes proportions et présentant toutes, quant à la forme et à la construction, aussi peu de différence que les circonvolutions des intestins. »

* Jusqu’ici aucun pbrénologue n’a encore observé la ligne

(1) Voir la réponse à M. Jeffrey , dans le Phrenological Journal . volume IV, p. 30.

supposée de distinclion entre les circonvolutions; et aucun phrénologue n’a non plus osé, dans le cours de ses dissections, diviser exactement un hémisphère du cerveau en un certain nombre d’organes bien marqués et spéciGés. >

Celte objection a été présentée par feu le D' John Barclay, et le Dr A. Combe, dans les Transactions plirénologiques , y a longuement répondu. Nous ne pouvons donner ici qu’une analyse de ses observations : 1° Lors même que cette objection serait rigoureusement vraie, elle ne serait pas concluante, parce que c’est un principe reçu de physiologie que la forme et la construction d'un organe ne suffisent pas pour donner l'idée de ses fonctions; un homme qui voit pour la première fois un oeil, une oreille ou une narine (admettant qu’il soit possible à un homme de se trouver dans ce cas), ne pourrait, à la simple vue, en comprendre l’usage. L’anatomiste le plus habile avait regardé souvent et pendant longtemps un paquet de Gbres nerveuses renfermées dans un fourreau commun, sans découvrir qu’une série était l'organe du mouvement volontaire, et une autre celui du sentiment; au contraire, la ressemblance qui existe entre ces nerfs leur a fait attribuer, pendant des siècles, des fonctions semblables. Cependant sir Charles Bell et Magendie ont démontré, par des expériences, qu’ils possèdent des fonctions distinctes de sentiment et de mouvement. Plus récemment, sir Charles Bell a prouvé qu’un autre nerf, dont personne, d’après sa structure, n’avait soupçonné l’usage, sert à faire connaître au cerveau l'état des muscles, de sorte qu’il est maintenant prouvé que le système musculaire a trois séries distinctes de nerfs ayant des fonctions séparées; et c’est ce que les apparences n’avaient jamais fait soupçonner. On a parlé de ces découvertes à la p. 62, 1. 1. On peut donc prouver péremptoirement que differentes parties du cerveau ont des fonctions distinctes, quand bien môme il serait vrai qu’on ne pourrait percevoir aucune différence de construction.

Mais 2°, il n’est pas exact dédire qu’on ne peut découvrir une différence dans l’apparence. Il est facile de distinguer entre eux les lobes antérieur, moyen et postérieur du cerveau humain; et si on les montrait séparément à un anatomiste phrénologue habile , il ne prendrait jamais l'un pour l'autre. Les manifestations mentales sont si différentes, selon que l'un ou l'autre de ces lobes domine en étendue, que, même dans ce cas , il y a lieu de constater la proposition fondamentale, que les différentes facultés émanent des différentes parties du cerveau. Bien plus, plusieurs des organes ont une apparence si différente que, fussent-ils seuls, on pourrait les indiquer. Spurzheim dit « qu’il ne confondra jamais l’organe de Ywmativiti avec celui de la philoprogénilure, ou ce dernier avec celui de la sec rétivité, ou l’organe du désir d'acquérir avec celui de la bienveillance ou de la vénération. » J'ai vu les dissections de Spurzheim sur des cerveaux, et j’offre ici mon humble témoignage quant à la vérité de cette assertion. Il n’est pas jusqu’à un observateur ordinaire qui, en maniant quelque bon moule de cerveau, ne puisse se convaincre que le lobe antérieur, par exemple, présente toujours des circonvolutions différentes en apparence, en direction et en étendue de celles du lobe moyen, et que ce dernier, vers la surface coronale, présente toujours des circonvolutions différentes en apparence et en direction de celles du lobe postérieur; et par-dessus tout, le cervelet, ou l'organe de 1 ’amativité , ne diffère pas seulement beaucoup quant à la structure, il est aussi séparé par une forte membrane de tous les autres organes, et ne peut jamais être pris pour aucun d'eux. La différence d'apparence étant donc démontrée d’une manière absolue, le phrénologue a tout aussi bien raison, en présumant des différences de fonctions, que ses adversaires en soutenant l'unité.

3° On admet qu’on ne voit pas que les organes soient séparés dans le cerveau par de fortes lignes de démarcation. Mais les

personnes qui ont vu Spurzheim disséquer le cerveau , et qui l'ont suivi minutieusement dans ses impressions sur les crânes, se joindront à moi pour témoigner que les formes des organes peuvent se distinguer, et que le tracé qu’on en a fait est basé sur la nature. Pour se convaincre de cette vérité, l'étudiant n’a qu’à observer l’apparence d’un organe largement développé, lorsque les organes environnants sont petits. U trouvera alors la forme distinctement visible. Nous nous sommes étendus plus longuement sur ce sujet aux pages 128 et 141, t. I.

Objection. — Il est arrivé que toutes les parties du cerveau ont été lésées ou détruites, sans que les facultés mentales en aient sou (Tert.

C Réponse. — Cette assertion est niée. Elle n’est appuyée d’aucune preuve philosophique. Le Dr A. Combe, dans les Transactions phrénologiques et dans la suite de cet ouvrage , s’est étendu plus longuement sur ce sujet. Cette objection se trouve à présent généralement abandonnée par les personnes qui ont étudié des exemples de cette nature.

Objection. — Les autopsies du cerveau ne prouvent pas que son tissu soit morbide par suite d’aliénation.

Réponse. — Elles offrent souvent cette preuve; et quand elles ne l'offrent pas, notre ignorance des apparences dans l’état de santé et la difficulté que nous éprouvons à distinguer les moindres changements de tissu , sont cause que nous ne voyons rien qui diffère de l’état de santé. Le professeur Chrislison observe que « quelques poisons opèrent en irritant , en détruisant ou en corrodant les organes; tandis que d'autres ne sont ni corrosifs ni irritants, mais produisent sur les extrémités sensibles des nerfs une impression particulière qui n’est accompagnée d’aucun changement visible de tissu. » Les mêmes observations s’appliquent aux apparences du cerveau dans l’aliénation mentale. Quand la maladie n'a été que fonctionnelle, on ne peut discerner aucun changement de tissu.

Objection. — < Le système de Gall , tout en conservant une teinte de recherches anatomiques, s’éloigne de la manière la plus extravagante de tous les modes logiques de raisonnement. Qu'il suffise de dire que sans comprendre les grandes divisions du système nerveux, sans la moindre notion des propriétés distinctes des nerfs individuels, sans avoir fait aucune distinction entre les colonnes et la moelle épinière, sans môme avoir reconnu la différence du cerveau et du cervelet, Gall entreprit de décrire le cerveau comme étant composé de plusieurs organes particuliers , indépendants les uns des autres, et d’assigner à chacun une faculté spéciale. » Tels sont les mots de sir Charles Bell, dans son Traité « sur le cercle nerveux qui rattache les muscles volontaires au cerveau, * réimprimé dans les Transactions philosophiques, p. 187, en 1856.

Réponse. — 1“ Cette objection môme s'éloigne de la manière la plus absurde de tous les modes logiques de raisonnement; car la connaissance la plus intime de la construction du cerveau ne sert pas à en faire comprendre les fonctions. Nous nous sommes longuement étendu sur ce sujet à la p. 1G6, t. 1. La justesse de ce principe entraîne un argument que sir Charles Bell ne détruira pas facilement. Sans doute sir Charles Bell possède parfaitement toutes les connaissances anatomiques que Gall , à ce qu’il affirme, ignore complètement, et cependant sir Charles Bell n’a pas la prétention d’avoir, jusqu’à présent , découvert les fonctions des différentes parties du cerveau; 2“ Gall ,il est vrai, n’a pas fait l’impossible, il n’a pas découvert, par la dissection, les fonctions des différentes parties du cerveau; mais c’est fausser grossièrement la vérité, que de dire qu’il a toujours ignoré l’anatomie du système nerveux. C’est un fait avéré pour tout physiologiste éclairé, excepté pour sir Charles Bell, que Gall et Spurzheim connaissaient parfaitement l’anatomie du cerveau et du système nerveux (t). La dissection du (t) Spurzheim a répondu à cette attaque de sir Charles Bell, dans son

cerveau ne fut bien faite, l'harmonie de ses fonctions avec sa construction ne fut bien démontrée que par eux.

Une assertion comme celle que nous combattons en ce moment, après les ouvrages qu’ont publiés Gall et Spurzheim, et les planches dont ils sont accompagnés, ne peut prouver que contre celui qui ose la faire. Le Dr Bailly de Blois, en réponse à ce qu'il appelle une accusation inconcevable de M. Lourd contre Gall, qui négligea , dit-il , l'anatomie des circonvolutions, renvoie au grand ouvrage de Gall, et • à quelques milliers de médecins qui, pendant plus de vingt ans, apprirent dans les leçons du fondateur de la phrénologie l'anatomie la plus exacte et la plus rationnelle des circonvolutions cérébrales qn'on eût encore connue. » « J'aŒrmc, dit-il, sans craindre d’être contredit, qu ancun anatomiste avant Gall n'a eu la plus légère idée de la construction des circonvolutions. Cuvier même, qu’on n'accusera certes pas de trop de partialité pour les ouvrages de Gall, est d’accord avec moi sur ce point (i). »

Objection. — Sir Charles Bell continue : t Quand on consi-

Jppendice à l'anatomie du cerveau. Treullcl, Würlz et Richler. Londres. 1830. Il y dit : ■ Dana le mémoire que noua avons présenté à l'Institut de France en 1808, et dans notre grand ouvrage mentionné plus haut, noua partageons le système nerveux en quatre divisions principales dont nous traitons dans quatre sections distinctes. Dans mon ouvrage Système physiognomonique de Gall et de Spurzheim il y a un chapitre sur l'anatomie du système nerveux. Dans la seconde édition 1813, p. 13, je dis : Nous pensons que le aystème nerveux doit être divisé et subdivisé, et que chaque partie de ces divisions et subdivisions a son origine particulière. — Je parle de la division ordinaire du système nerveux en quatre parties (p. 23). — J'admets une différence entre les nerfs du mouvement et ceux du sentiment. — Je cite les preuves anatomiques, physiologiques et pathologiques en faveur de mon opinion. — J'établis positivement que les mêmes fibres nerveuses n’a boulissent pas aux muscles et h la peau; — et je termine en disant (p. 23) que < la moelle épinière se compose de nerfs du mouvement et de nerfs du sentiment, et que le plus grand nombre des prétendus nerfs du cerveau appartiennent aux nerfs du mouvement et du sentiment. >

(I) Journal de la Société phrénologique de Paris, avril 1823.

dère la popularité de ces doctrines, on conçoit facilement combien il m’a été difficile, pendant leurs progrès successifs, de faire accepter à mes élèves nos grands compatriotes comme modèles. Il est temps que les écoles de ce royaume se distinguent de celles des autres pays. Continuons d’élever cet édifice dont les Munro et les Hunier ont jeté les bases dans leurs ouvrages, et que la popularité si peu méritée du système qui nous vient de l’étranger a interrompu pendant si longtemps. » Réponses. — 1° Je reconnais qu’il a dû être difficile à sir Charles Bell, » de faire accepter sur ce sujet à scs élèves ses grands compatriotes comme modèles, »en face dest progrès successifs » du système étranger, par celte raison fort simple, qu’il voulait étouffer la lumière de la vérité sous le poids de son autorité. Si les principes exposés dans l’introduction de cet ouvrage sont justes, ni les Munro ni les Hunier, pas plus que sir Charles lui-même, n’ont pu découvrir les fonctions du cerveau par les méthodes de recherches auxquelles eux et lui se livrèrent avec si peu de succès. 2° Il n'est pas « temps que les écoles (d'anatomie et de physiologie) du royaume se distinguent de celles des autres pays, » parce que la construction, les fonctions du corps de l’homme sont les mêmes dans tous les pays, et plus ceux qui se livrent à des recherches approchent de la vérité, plus il y a d'harmonie dans leurs doctrines. La phrase de sir Charles Bell, quand on l’analyse, se résout en un appel à la vanité nationale pour résister à la vérité, parce que ce sont des étrangers qui l’ont découverte. 3° L'édifice dont les Munro et les Hunier ont jeté les bases dans leurs ouvrages est resté debout et est encore respecté dans tous les pays de l'Europe; — en tant qu’il était fondé sur l’erreur, il est tombé et ne peut se relever; — et en tant qu’il était entièrement défectueux, que les contours mêmes des bases n’étaient pas tracés (comme c’était le cas dans le département qui aurait dû comprendre les fonctions du cerveau), il

sera achevé par les hommes à qui Dieu a donné le génie et l’activité nécessaires pour accomplir cette œuvre, n’importe le pays d’où ils sont par le hasard de la naissance. Sir Charles Bell n’a pu appuyer d'aucune autorité l'idée impliquée dans son appel : que la Providence a donné aux naturels de la Grande- Bretagne le privilège exclusif de découvrir la physiologie du cerveau. Pour l’instruction de mes jeunes lecteurs, je terminerai par les propres mots de sir Charles Bell, à propos de feu M. Abernelhy : « Yous apprendrez par là qu’il est dangereux de présenter une nouvelle idée à un vieillard , même à celui qui était le premier, quand il était jeune, à la recherche de la nouveauté, et qu’t'/ vaut mieux s’en tenir à de vieilles théories quand on suit le collège des chirurgiens (t). »

Objection. — Le monde a été assez bien avec la philosophie de l’esprit qu'il possède déjà, et qui, d’ailleurs, se trouve consacrée par des noms respectables , tandis que la phrénologie ne se recommande ni par la symétrie de son édifice, ni par la beauté d’arrangement , ni par les suffrages des savants. Ses partisans sont tous des hommes d’un mérite inférieur, des hommes sans réputation dans les sciences ou dans la philosophie. Ils n'ont donc pas de titres qui leur donnent le droit de fixer l'attention de ceux qu’occupent de hautes études. Ils se plaignent de ce qu'on ne leur renvoie que mépris et injures, et que personne ne se hasarde à combattre leurs principes ou à réfuter les faits qu’ils font valoir; mais ils n’ont pas une place assez élevée dans l'estime du public pour avoir le droit de s’attendre à un autre traitement.

Réponse. — Le monde n’a pas été assez bien sans la phrénologie. Tant que la véritable philosophie de l'homme ne sera pas découverte et comprise, il y aura conflit d’opinions sur plusieurs sujets qui se rattachent à l'esprit. L’éducation et les

(t) Sur ta paralysie de la Portio dura n* XXV.

institutions sociales reposent aussi, sous plusieurs rapports, suides bases imparfaites, et actuellement ce dont le genre humain sent le plus grand besoin , c’est un système sain , pratique et rationnel de philosophie mentale. De plus , la phrénologie étant une science nouvelle , il est clair que les hommes qui se sont fait une réputation dans la physiologie, ou dans la philosophie mentale, perdraient plus de leur renom qu’ils n’en acquerraient s’ils venaient à confesser qu’ils ignorent les fonctions du cerveau et la philosophie de l’esprit qu’ils doivent nécessairement connaître à fond avant d’adopter la phrénologie; et cette étude n'est pas directement dans le département des autres hommes de la science. C’est ainsi qu’il arrive que ceux qui sont appelés par leur situation à faire l'examen de cette science, sont précisément ceux pour lesquels son triomphe serait une humiliation. Locke observe plaisamment dans une occasion analogue : t Ne serait-ce pas pour un savant professeur, chose intolérable et qui ferait rougir sa robe écarlate que de voir renverser en un instant une autorité qu’il aurait acquise à force de creuser dans le roc, le grec et le latin, et avec force dépense de temps et de chandelles, une autorité qui aurait résisté à quarante années d’épreuves, et que confirmeraient la tradition reçue et de vénérables barbes; et cela, par qui? Par un gueux novateur. Peut-on croire qu’on l’amènerait à reconnaître que ce qu’il aurait enseigné à ses élèves pendant plus de trente ans, n’était qu’erreur, et qu’il leur aurait vendu très-cher de grands mots et de l’ignorance? Quelles probabilités, dis-je, seraient assez fortes pour avoir quelque poids dans un pareil cas? Et quel est l'homme que des arguments, quelque irrésistibles qu'ils fussent, amèneraient à se dépouiller tout d’un conp de ses vieilles opinions et de ses vieilles prétentions à la science qu'il a acquises par un travail opiniâtre et de laborieuses études? Quel est l’homme, dis-je, qui se déciderait tout à coup à reconstruire l’édifice de son savoir sur de nou-

— Ni-

velles bases? Tous les meilleurs arguments feraient sur sou esprit la même impression que le coup de vent qui porta le voyageur à s’envelopper de plus en plus de son manteau (i). » La nature humaine est la même de nos jours qu'au temps de Locke.

11 y a cependant une autre réponse à cette objection. Quelques individus sont nés princes, ducs on même maréchaux; mais je ne sache pas qu’on ait jamais annoncé qu’une grande dame venait d'accoucher d’un enfant de génie ou d'un enfant d’une grande réputation. On ne doit acquérir ces titres qu’en déployant les qualités qui en rendent digne; mais quand un individu quitte la route battue par les philosophes du jour, et introduit de nouvelles découvertes, quand bien même elles seraient aussi prodigieuses que nouvelles, sa réputation est compromise. Harvey ne fut pas un grand homme avant d'avoir découvert la circulation du sang ; mais il le devint par celte découverte. Qu'était Shakspeare avant que la sublimité de son génie eût été justement appréciée? L’auteur de Kmilworth le représente comme un courtisan humble et obscur à la cour d'Élisabeth, et recevant comme une marque de faveur ces paroles : « Ah ! Will Shakspeare, vous éles-Ià! » et il fait cette remarque fort juste que, dans ce cas, l’immortel rendait hommage à une mortelle. Qui voudrait maintenant changer la grandeur de Shakspeare contre la haute position du lord le plus puissant qui se courbait devant la reine vierge? Figuronsnous encore Galilée tel qu’il était réellement, un faible vieillard, d’un rang obscur, sans influence politique aucune, sans protection de la part des grands, n’ayant même aucunes relations avec eux; pauvre enfin de toutes choses, excepté des dons magnifiques d’un génie profond, original et intelligent; figurons-nous-le, dis-je, appelé à la barre du pontife romain et des

(1) Liv. IV, ch. 20, tect. II.

sept cardinaux, puissance terrible, hommes investis d'autorité pour torturer et tuer dans ce monde, et selon les croyances d'alors, pour damner dans l’éternité , grands de la terre qui, dans leur arrogance, s’imaginaient posséder toute la science de leur siècle, — et demandons-nous après cela où était le grand homme.Éiail-ce Galilée? Devait-on le chercher dans les juges? Qui est à prisent l’idole de la postérité, le vieillardouses persécuteurs? Il en sera de même de Gall. Si ses découvertes des fonctions du cerveau et de la philosophie de l’esprit résistent à l’examen, et sont reconnues l’interprétation exacte de la nature , elles surpasseront, en importance matérielle pour le genre humain , jusqu’aux découvertes de Harvey, de Newton et de Galilée; c'est ainsi que notre siècle recevra plus d'éclat de la découverte de la phrénologie que des victoires de Bonaparte et de Wellington. Enfin, l’assertion qu’aucun homme marquant n'a embrassé la phrénologie, se trouve démentie par les faits. Le professeur Uccelli de Florence a sacrifié sa chaire académique pour la phrénologie. Dans « la Statistique de la phrénologie par Hervett C. Watson » (i), nous trouvons les preuves les plus irrécusables que la phrénologie est maintenant embrassée* par un corps non-seulement respectable, mais encore savant , dont toute cause devrait se glorifier. > Je recommande fortement la lecture de l’ouvrage de M. Watson à toute personne qui désire connaître l’état réel de cette science. D’ailleurs, les écrits des phrénologues soutiendront la comparaison, en fait d'habileté, de science, d'exactitude logique et de profondeur de pensée, avec ceux de leurs adversaires les plus distingués.

Objection. — Tous les disciples de la phrénologie sont des hommes qui ignorent l’anatomie et la physiologie. Ils entraînent des avocats, des théologiens, des négociants qui n’entendent

(I) ln-ti, Londres 185ti, p. Hî.

rien au cerveau. Mais tous les hommes de l’art, et surtout les professeurs d'anatomie, savent si bien qu'il n’y a que déception dans leurs doctrines, qu'elles ne font sur eux aucune impression. Ils sourient à leurs découvertes comme à autant de rêves.

Réponse. — Cette objection, comme tant d’autres, est plus remarquable par sa hardiesse que par sa vérité. J’ai vu souvent le Dr Barclay, et plusieurs autres professeurs d'anatomie, disséquer le cerveau; je leur ai entendu avouer que ces fonctions étaient une énigme, et reconnaître que tout ce qu’ils en savaient n’était que des noms sans signification. Il est reconnu, dans un article sur le système nerveux , au n° 94 de la Revue d'Edimbourg, cité à la page 46 de cet ouvrage, que les fonctions du cerveau sont inconnues aux anatomistes, et que leur mode de dissection est absurde. Celte circonstance met donc toute la Faculté, qui n'a pas étudié phrénologiquement, tout à fait hors de cause comme autorité. Remarquons que ce fait est le contraire de ce qui a été avancé dans l’objection précédente. On veut bien maintenant compter Gall et Spurzbeim parmi les bons anatomistes du cerveau : ceux même qui désavouent leurs principes daignent y consentir. Le Traité de phrénologie du Dr Vimonlcst plein de grandes connaissances anatomiques, et dans la Statistique de M. Watson, il est parfaitement prouvé que la phrénologie est embrassée par un grand nombre d’hommes de l’art dans toutes les îles Britanniques. Les principaux journaux de médecine ont aussi adopté la phrénologie comme vraie.

Objection. — 11 est inconcevable qu’aussitôt que la découverte fut faite, il ne fut plus permis à personne de mettre en doute sa réalité. Il semble que les moyens de la vérifier doivent avoir été tels qu'ils n’ont laissé aucun prétexte à la moindre hésitation ; et cependant le fait, qu’aprcs vingt ans de prédications en sa faveur, elle est plus généralement repoussée

qu'adoptée , pourrait être considéré comme une preuve assez concluante contre elle.

On a répondu à cette objection dans l’introduction, page 2. On y démontre que toutes les découvertes importantes ont été également méprisées et repoussées à leur début.

Les observations qui y sont citées, de Playfair et de Locke, sont tout à fait applicables à la phrénologie. La découverte est nouvelle, importante et tout à fait contraire aux opinions reçues, et son début et ses progrès ont été précisément tels que toute personne raisonnable, un peu versée dans l'histoire des sciences, aurait pu les prévoir. « La découverte de la circulation, dit la Revue d’Edimbourg (t), découverte qui si elle était jugée d’après ses conséquences sur la physiologie et la médecine, fut la plus grande qui ait jamais été faite depuis qu’on étudie la nature , ne souffre point aujourd’hui dans sa réputation de l’incrédulité des uns, de l'effronterie des autres qui la revendiquèrent, de l’infamie qui la lit attribuer à d'anciens physiologistes, par ceux qui ne voulaient ni en nier l’existence, ni en faire l'éloge. » La postérité aura un jugement semblable pour Gall et ses partisans.

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