‹ Traité de phrénologie. Tome 2Chapitre 7 sur 44 · Forme · texte numérisé non relu

Forme

Gall avait été frappé de ce que certaines personnes et certains animaux reconnaissent avec la plus grande facilité des individus qu'ils n’ont pas vus depuis nombre d’années, et que même alors ils n'ont vus qu'en passant. Chez lui, cette raculté était faible, et souvent en se levant de table, il ne gardait aucun souvenir des personnes près desquelles on l'avait placé; et se trouvait ainsi exposé en société à des méprises et à des désagréments. Ayant été prié d’examiner la tète d’une jeune fdle douée d’une facilité extrême à distinguer les personnes et à se souvenir d’elles , il vit que ses yeux ressortaient de côté et avaient une espèce de regard louche; après un grand nombre d’observations encore, il parla de l’organe de la connaissance des personnes.

Cet organe est situé des deux côtés de l’apophyse cristagaUi, à laquelle il est contigu. Lorsqu’il est petit, les parois de l’orbite se rapprochent étroitement des côtés de la crête, et les yeux sont peu éloignés l’un de l’autre. S’il est grand , il y a un espace considérable entre les parois orbitaires, et la crête et les yeux sont très-éloignés l’un de l’autre; en général , il y a aussi dépression de la partie interne des yeux.

Dans quelques cas, le sinus frontal se trouve à la place de

(1) M. Scoll a publié un excellent essai sur l’Individualité, dans le Phrrnnlogkal Journal, vol. V , p. 22(>. Voir aussi les remarques sur le même sujet par M. Schwartz de Stockholm , vol. VI, p. 328; et par M. Hewetl Walton , vol. V II , p. 213.

cet organe; mais il empêche rarement d’en apprécier le volume. Chez George III , cet organe était développé et combiné avec l’organe de l'individualité, très-développé aussi chez lui; il lui donnait celte aptitude extraordinaire à se rappeler les personnes, qui l’a rendu si célèbre. Il est peu développé chez Curran.

Gall fait observer que ces individus, qui ne donnent jamais qu'une attention superficielle aux phénomènes, et qui ont toujours des raisonnements ou au moins des sophismes tout prêts pour expliquer tous les faits , attribuent à une mauvaise vue la difficulté de reconnaître les personnes ; il disent que la vision est faible ou confuse. Sa propre expérience , ajoute-t-il , réfute cette hypothèse ; car jamais il n’a louché, et sa vue était bonne et perçante (i). Souvent les enfants de 3 à S ans ont une grande

(t) Gall dit que, quoiqu'il n’ait jamais pu peindre ou dessiner, il saisissait avec une grande facilité les diverses formes du la tête ; ce qui ne se concilie pas avec l’absence de l'organe de la forme. Mais , d’après la teneur générale de ces observations , il parait que son aptitude & distinguer les formes n’était pas aussi grande qu'il se l’imaginait. Spurzheim donne la note suivante dans la réimpression de son article Phrénologie dans le 3* rr du Foreign Quarlerly Rcview :

« Les facultés phrénotogiques innées chez Gall étaient l’individualité , l’éventualité, et la causalité au plus haut degré.

« On a trouvé singulier que Gall soit le père de celte science, lui qui ne pouvait se rappeler après dîner les personnes qui étaient près de lui ù table , lui quine savait jamais retrouver son chemin, ou, en termes phrénologiques, qui avait les organes de la forme et de la localité très-petits. Ceux qui font cette remarque ne comprennent ni le système de Gall ni la véritable signification de ces deux dénominations phrénologiques. Gall compara le volume des différentes portions cérébrales à certains talents ou caractères remarquables; et l’aptitude h percevoir les volumes et leurs différences, ne lui manquait pas. L'absence de l’organe de la localité ne l’empêchait pas de faire des découvertes , pas plus que l'impossibilité où l’on est de voir ccr • taines couleurs n’empêche de cultiver la géométrie ou les mathématiques. L’absence de l'organe de la forme, chez Gall, explique pourquoi il se borna constamment ù indiquer les proëmineuccs et les dépressions de la surface de la tète , sans en donner la configuration générale , me laissant ù rectifier cette partie de la phrénologie. Il a néanmoins le grand mérite d’avoir

mémoire des personnes. Après bien des années , il arrive que des chiens reconnaissent un individu qu’ils n’ont vu qu'une fois, tandis que d’antres, après quelques jours d’absence, ne reconnaissent plus des personnes qu’ils voyaient tous les jours. Les singes, les chiens, les chevaux, les éléphants, et même les oiseaux, distinguent plus ou moins facilement, entre mille, leur maître et ceux qui ont été bons ou méchants pour eux. Tous les animaux qui font partie d’un troupeau, toutes les abeilles d’une ruche (fussent-elles au nombre de quatre-vingt mille) , se reconnaissent entre eux. Quand un animal étranger essaye de s’introduire parmi eux, ils le chassent ou le tuent (i).

Spurzheim a analysé le pouvoir intellectuel qui se rattache à l’organe en question, et il l'apprécie de la manière suivante : « A mes yeux, » dit-il, « il semble y avoir un pouvoir essentiel et fondamental qui donne une idée générale de la configuration des corps, et dont une des attributions est le souvenir des personnes; car les personnes se reconnaissent parla forme. Je sépare la faculté qui apprécie la configuration , de la faculté d’individualité, parce que nous pouvons admettre l’existence d'un être , abstraction faite de sa forme. L'individualité peut être excitée par l’un des sens externes, par l’odorat, l'ouïe, aussi bien que par le loucher et la vue ; mais ce sont ces deux derniers sens seulement qui aident la faculté de configuration. C’est ce pouvoir qui nous dispose à donner une forme à tout être ou à toute conception de notre esprit : la figure d’un vieillard à Dieu; à la Mort la forme d'un squelette. L’organe de la configuration est situé dans l'angle interne de l’orbite. S'il est grand, il pousse la prunelle vers l'angle externe, un peu en dehors et en bas ; il varie de volume selon les différentes nations. Plusieurs des Chinois que j’ai vus à Londres l’avaient

découvert , le premier , certain» rapports entre le* développement* cérébraux et les manifestation* intellectuelle*. •

(1 ) Sur le* /onction* du cerveau , tom. V , p. 1 , 2 et «ulv.

très-développé. Il est assez étendu chez les Français; ils lui doivent leur adresse à produire certains articles d’industrie. Combiné avec la conslructivité , il produit les inventions des modes. C’est à cet organe que le poète doit son talent descriptif ; et ceux qui font des collections de peintures et de gravures, si cet organe domine chez eux, préféreront toujours les portraits. Il est indispensable au peintre de portraits. La cristallographie en dépend aussi; et il me semble qu'il donne la conception de ce qui est rugueux on poli (t). » Je pourrais citer des faits nombreux pour prouver l’existence de la faculté et de l’organe.

Le Journal de phrénologie rapporte l’observation d’un homme de lettres qui associait toujours certaines formes à certains mots, f Les mots, > dit-il, < s’associent, dans mon esprit, aux figures et les figures aux mots; par exemple, j’associe toujours la bouche d'un cheval au mot mors. Comme preuve de l'association des mots aux formes, prenons les exemples suivants :

« Combe (s) ressemble à

« Cox (*) ressemble à

« Simpson (*) ressemble à

Thomas Allan, d’Édimbourg, qui dès son enfance se montra passionné pour la minéralogie, avait cet organe et celui de la comparaison très-développés. J’ai vu des enfants, très-adroits à faire des découpures de papier, le posséder avec les organes

(t) Phrénologie, p. 37-1.

(2) Noms propre*.

de l'imitation et de la constructivité. Un de mes amis, chez qui la constructivité, la localité et d’autres organes qui concourent à donner le talent du paysagiste et du peintre de fleurs, sont développés, mais chez qui la forme manque, me disait, il n’y a pas longtemps, qu’il ne pouvait que difficilement et que très-imparfaitement dessiner ou copier des portraits.

Cuvier devait à cet organe ses succès dans l'anatomie comparée. De Candolle dit que « sa mémoire était surtout remarquable quant à ce qui regarde la forme dans toute l’étendue du mot. La forme d'un animal , réelle ou dessinée , ne sortait jamais de son esprit, et lui servait de point de comparaison pour tous les corps analogues. » Cet organe et ceux qui sont placés sur l’arcade ciliaire, étaient très-développés chez lui.

M. Àudubon dit de feu M. Bewick, le graveur sur bois le plus célèbre d’Angleterre, que < ses yeux étaient éloignés l'un de l'autre à un degré qu’il n’a jamais remarqué chez aucune autre personne (t). »

Les enfants, chez qui l’organe de la forme est très-étendu, apprennent à lire avec beaucoup de facilité , même les langues qu’ils ignorent, et quoique le livre leur soit présenté à rebours (s).

Cet organe est très-développé dans le moule de deux crânes chinois qui se trouvent dans la collection de la Société phrénologique, et on dit qu'il en est ainsi pour toute cette nation. C’est peut-être à cause de l’étendue de cet organe que leur système d’écriture est un composé de caractères compliqués de formes bizarres, et qu’ils savent se les rappeler. Dans une collection de portraits de peintres célèbres, présentée par sir G. S. Mackensie à la Société, on remarque que tous ceux

(t) Audubon’» Omilhologital Bioijraphy, vol. III, p. 300.

(2) Voir deux exemple» concluant» dan» le Phrenological Journal, vol. VIII , p. OS, et vol. IX , p. 341.

qui ont excellé dans le portrait ont cet organe développé au plus haut degré.

Les métaphysiciens n’admettent pas une faculté de cette espèce.

Gall remarque que quelques auteurs se complaisent avec succès dans une description minutieuse de tous leurs personnages. Montaigne et Sterne sont remarquables par cette habitude; et nous savons par le portrait de ces écrivains qu’ils avaient l’organe de la forme très-proéminent.

Voici le portrait de William Dobson, peintre anglais sous Charles II, chez qui l’espace entre les deux yeux, occupé par cet organe, est très-large.

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