IV. — De rex|>éi*îiuoiitatîoii
Le physiologiste, qui obser\e la nature et qui la suit patiemment dans toutes ses opérations, ne parvient, après bien des efforts, qu'à saisir un petit nombre de pfiénomènes. L'observation ne lui fait voir que l'écorce des choses, elle lui est bientôt insuflisante ; il faut qu'il pénètre dans leur profondeur : l'expérience vient alors à son secours. Tant qu'il s'en tient à la première, il épie, il attend patiemment et se contente des apparences. Dès qu'il emploie la seconde, il devient violent, audacieux; il interroge, il scrute, il veut une explication à chaque mystère, un mot à chaque énigme, et c'est par la torture qu'il arrache les secrets que la nature voudrait lui cacher.
Muni de ces deux armes puissantes, il peut, tantôt marcher lentement, tantôt s'élancer par bonds dans le champ des investigations. S'il sait s'en servir avec art, ce que l'une ne lui donnera pas, l'autre le lui fera conquérir. Chacune a sa destination spéciale et sa place marquée qu'il doit tout d'abord cherchera reconnaître. « L'observation en tout genre précède l'expérience, et la raison en est simple ; c'est que l'observation est une expérience toute faite.
« Mais, presque en tout genre, l'observation est insuflisante : elle est trop compliquée pour être comprise, trop bornée pour être féconde.
« L'expérience décompose l'observation, et en la décomposant la débrouille ; elle joint les faits isolés par les faits intermédiaires, et en les joignant les complète, et en les complétantles explique. En un mot, l'observation avait commencé, l'expérience achève.
'( Dans l'étude des phénomènes naturels il y a donc un temps pour l'observation, et il y en a un pour l'expérience.
a On ne cherche d'abord qu'à constater les circonstances évidentes de ces phénomènes, l'observation suffit; on veut pénétrer ensuite et la constitution intime et les ressorts cachés, c'est le tour de l'expérience '. »
De ces deux modes d'investigation, le second est bien plus difficile et plus délicat que le premier : pour observer, il suffit d'avoir de la patience, du tact, de la sagacité et c'est déjà beaucoup; pour expérimenter, il faut, en outre, cette sorte de génie qui imagine ou institue les expériences et trouve les moyens de les exécuter, cette habileté nécessaire aux manipulations (|u'elles réclament, enfin cet esprit de discernement qui démêle les effets de l'expérience de ceux de l'opération, qui fait la part des causes d'erreurs, interprète les résultats et les apprécie à leur juste valeur.
L'idée d'interi'oger la nature, par la \oie des expériences, n'est point, sans doute, une idée nouvelle ; elle. dut s'ollVir à l'esprit dès que l'homme essaya de se rendre compte de son activité et de celle des êtres qui lui resseniblent davantage. Les premières expériences furent, peut-être, celles du sacrificateur consultant les entrailles des victimes qu'il venait d'égorger, mais elles ne lurent réellement tentées, dans un but scientifique, que par ceux ipii se livraient à l'étude de la
1. Flourens, Recherches expérimentales sur les propriétés et les fondions du système nerveux, •2' iMlii., Pari?, 18-12. p. 218.
DE l'expérimentation. 37
inédociiiL'. Galien dôjà sentit si bien leur utilité qu'il en imagina plusieurs, dont quelques-unes sont très ingénieuses. Ainsi, pour savoirsi les instincls[ne tiennent pointa riuiijiludeelàriniitation, il tire deux chevreaux du ventre de leur mère et leur présente une poignée d'herbes dans laquelle se trouve du cytise, que les jeunes animaux distinguent bientôt du reste, et il voit, par là que l'instinct est une impulsion spontanée préexistant à I:i naissance. T*our connaître l'action que les nerfs récurrents ont sur le larynx qu'il suppose éln; Torgane de la i)lionation, il en coupe un et voit la voix s'aiïaiblir, puis l'autre, et il la voit séteindre; de même pour découvrir le rôle des nerfs phr(''niques et des nerfs intercostau^, il fait des opérations analogues.
Si la nécessité des expériences a été sentie de tous les temps, c'est surtout depuis l'époque dés belles découvertes de Galilée, de Newton et de leurs disciples qu'elle a été généralement comprise. Les résultats auxquels cette méthode a conduit si rapidement les sciences physiques ont fait entrevoir ce qu'elle pouvait donner dans les sciences physiologiques. Il est évident, pour quiconque [)Ossède la moindre notion de biologie, qu'elle est indispensable, non seulement à la connaissance des actes compliqués, mais encore à celle des phénomènes les plus simples. S'agit-il, par exemple, de déterminer les propriétés des tissus, de voir si l'os, le muscle, le tendon, le cartilage, sont ou ne sont pas sensibles, et, dans l'affirmative, quel est leur degré de sensibilité, on ne le peut sans expériences. Veut-on savoir si tel nerf préside ou au sentiment ou au mouvement, quelle est la part d'influence de tel autre sur une fonction donnée, l'expérience seule peut le dire. Veut-on connaître la nature des fluides sécrétés dans chaque glande, se fixer sur leurs qualités, leurs caractères, leur mode de sécrétion, comment y parviendra-t-on sans son secours? Et ainsi pour les fonctions d'une foule d'organes.
Il est vrai que des accidents, certaines maladies, quelques lésions [)athologiques, quelques monstruosités, diflérentes opérations chirurgicales peuvent nous donner plusieurs des notions qui s'acquièrent par les expériences ; mais outre que ces circonstances constituent de véritables expériences toutes faites, elles sont rares et parfois dilliciles à bien interpréter. — L'action croisée du cerveau était démontrée par les plaies de la tète, elle aurait i)u l'être encore par le tournis du moulon, avant que les vivisections l'eussent prouvée. L'insensibilité de la substance des hémisphères, celle des os, des tendons, des cartilages, était connue par les amputations avant les nombreuses recherches de Haller et de son école. On connaissait le rhythme des battements du cœur, ou à peu près, par des accidents qui avaient mis cet organe à découvert, et par des vices de conformation dans les(iuels il se trouvait en dehors du thorax, avant qu'on eût mutilé, dans ce but, des animaux vivants, etc. Certains troubles, certains effets morbides avaient fait sou|)çonner plusieurs particularités qui, à la rigueur, auraient i)U se passer de confirmation: les paralysies du sentiment, distinctes de celles du mouvement, les paralysies locales, celles de plusieurs parties qui reçoivent des divisions d'un même nerf, mettaient sur la voie d'une distinction des nerfs sensit ifs et des nerfs moteurs, et Galien l'avait établie; mais il fallait encore que l'expérience vînt prouver péremptoirement que ces distinctions étaient fondées.
Montrer les admirables découvertes que la science a faites et la précision qu'elle
a acquise par le secours de rexpérimentation, c'est assez faire sentir l'immense utilité de celle-ci. Or est-il un seul point de physiologie sur lequel elle n'ait jeté quelque lumière?
On pensait autrefois que Tencéphale était le siège de l'intellig-ence, de la mémoire, de la volonté. C'était encore plus par instinct que par suite d'une sorte de démonstration donnée par des accidents ou des troubles morbides qu'on s'était formé cette croyance : il fallait en rester la. Mais l'art expérimental conduisit d'habiles physiologistes à prouver, de la manière la plus péremptoire, que cette croyance est fondée, que certaines parties (les hémisphères cérébraux) sont bien les organes des facultés instinctives et intellectuelles ; qu'une autre, le cervelet, est Torgane de la coordination des mouvements; que la moelle allongée est le principe des mouvements respiratoires, etc. On inclinait à croire, on croyait même, depuis les temps les plus reculés, que tous les nerfs n'avaient point des propriétés et un rôle identiques. Charles Bell vint et fit voir qu'il y a dans la moelle épinière deux parties distinctes, un cordon pour la sensibilité, un autre pour la motricité; dans le nerf deux espèces de fibres, les unes sensitives, les autres motrices On ne pouvait s'expliquer pourquoi certaines parties reçoivent plusieurs nerfs différents, et l'on vit, plus tard, que dans la langue, par exemple, l'un d'eux donne aux muscles leur faculté contractile, tandis que l'autre donne à la muqueuse la sensibilité générale ou la sensibilité gustative, etc.
Les anciens avaient beaucoup disserté sur la question de savoir en quoi consiste la digestion : les uns disaient, c'est une coction, d'autres une putréfaction, d'autres encore une macération: leurs hypothèses et leurs disputes ne pouvaient mener à rien. Je me trompe, elles engagèrent les esprits sérieux à reciiercher ce qu'il était impossible de deviner ; en un mot, elles provoquèrent d'ingénieuses tentatives. Réaumur et Spallanzani firent voir comment il y a trituration chez quelques animaux, et, chez tous, dissolution des aliments, à l'aide d'un suc sécrété par les parois de l'estomac ; ils fondèrent, par là, la théorie de la digestion, en ouvrant cette voie féconde et brillante où sont entrés, avec tant de succès, les physiologistes modernes.
On ne savait, autrefois, en quoi consistait la respiration, et on le cherchait en vain, jusqu'au moment où Lavoisier établit qu'elle n'est autre chose qu'une véritable combustion, une combinaison de l'oxygène de l'air avec certains principes du sang, d'où résultent la formation d'acide carbonique, de vapeur d'eau et lii production de la chaleur animale, etc. ; alors se trouva expliqué un des plus profonds mystères de l'organisme.
Que savait-on sur la génération et le déveloiipemcnt du fœtus, avant les ex[)ériences de Fabricius, de Harvey, de llallei-, de Spalliiuzaui? sur la reproduction des parties, avant Trembley, Réaumur, Bonnet; sur les propriétés des tissus et l'action musculaire, avant les travaux de l'écohî liallérienne; sur la rumination avant Flourens; sur le vomissement avant Bayle, Cliirac, Magendie? Ouelles notions précises possédait-on sur l'absorption, les diverses sécrétions, les actions Mutjitives, avant tous les ingénieux travaux de tant d'expérimentateurs? En voilà assez pour prouver que les expériences constituent le moyen le jilus précieux qu'on [juisse appli(pi('r à l'étude des phénomènes de l'organisme.
DE l'expérimentation. 39
Mais Comment [aiil-il ('m|>loyer ce moyen puissant d'investigation, dans quelles circonstances, avec quelles précautions, chez quels animaux? Ou, en d'autres termes, quels doivent être les principes et les règles de l'art expérimental? Questions épineuses, s'il en fut, quoique résolues, en partie inij)licitement, par les grands travaux de la science moderne.
De même, disait un de nos maîtres, « qu'on a fait des vers, bâti des palais, construit des macliines avant de connaître les règles de la poésie, les principes de l'architecture, les lois de la mécanique, » de même aussi, on a fait des expériences avant de se demander suivant quelles règles elles devaient être conçues et exécutées. Le génie du poète, du mécanicien, du physiologiste, trouvait spontanément ces principes, ces règles, et agissait en conséquence. Plus tard, on essaya de les formuler, alin que les résultats heureux d'une foule de tentatives, de combinaisons préméditées ou dues au hasard servissent de guide et d'enseignement dans l'avenir.
Mais, tous les arts ne reposent pas sur des principes également faciles à établir et à comprendre. Celui de l'expérimentation est un de ceux qui offrent le plus de diflicultés sous ce rapport, [»arce qu'il s'applique h l'étude des phénomènes les plus complexes de la nature.
C'est un art diflicile dans la conception, l'institution des expériences et dans leur exécution ; c(,'tte dernière suppose des connaissances anatomiques exactes et l'habitude des manipulations. C'est un art délicat : pour bien faire une expérience, il faut trouver le moyen qui mette le mieux en évidence et qui permette d'analyser avec la plus grande exactitude les fonctions que l'on étudie, tout en éloignant aussi peu que possible les animaux de leurs conditions normales, alin de saisir la véritable physionomie de ces fonctions, de démêler, dans les résultats, ce qui tient à l'essence (hr phénomène observé de ce qui provient des perturbations provoquées par les vivisections. Ce partage, cette distinction, exige plus de tact qu'on ne pense et plus d'attention qu'on n'en met ordinairement à de simples observations; enfin c'est un art qui n'a pas de limites, car qui oserait dire où s'arrêteront les tentatives qui peuvent être faites, les moyens divers susceptibles d'être employés dans le but de découvrir le mécanisme des actions vitales?
Bacon qui a essayé de tracer les règles de l'expérimentation en général, veut que les expériences soient variées, souvent répétées, opposées les unes aux autres et linalement réunies ; il veut aussi qu'on les éfiuise et que quelquefois on les fasse au hasard ; car, pour lui, l'expérimentateur est une sorte de chasseur, suivant la nature à la piste, et dont les courses inutiles peuvent être compensées par des découvertes inattendues. Ces préceptes sont judicieux, mais vagues. Il faut des indications plus précises sur les moyens d'expérimentation et sur leur mode d'emploi.
La perfection des moyens d'expérimentation et des expériences elles-mêmes est un but vers lecpiel doivent tendre constamment les eflorts des physiologistes. Dans les sciences physiques et chimiques, les expériences se font avec une rigoureuse précision. S'il s'agit d'étudier la chute des corps, leur dilatation par le calorique, l'écoulement des liquides, la tension des gaz et des vapeurs, la pression de l'air, les elïets de Télectricité, on y arrive avec une grande précision à
l'aide do procédé? ï^iiiiplos, d'appareils particidiers. De même, quand il faut analyser une substance, produii'e des combinaisons, isoler les corps simples des composés qu'ils concourent à former, on a un certain nombre de procédés exactement déterminés qui conduisent sûrement au but.
Il n'en est point ainsi en pliysiologie. Pour étudier un pbénomène, on ne peut pas l'isoler complètement de ceux avec lesquels il a des rapports intimes, et ils sont tous tellement liés les uns aux autres, que l'un d'eux ne peut être modilié sans que les autres ne le soient aussi plus ou moins. Dès l'instant qu'une fonction est mise en dehors de ses conditions normales, elle change de caractère, et dès qu'elle cesse de s'exécuter, toutes les autres, si elle est un peu importante, éprouvent des perturbations plus ou moms profondes, et même se suspendent. La possibilité d'isoler les phénomènes physiques et chimiques, et l'impossibilité d'arriver à ce résultat, en ce qui concerne ceux de l'ordre physiologique, établissent une différence capitale entre le mode d'expérimentation qui s'applique aux premiers et celui qui convient aux seconds. La différence est si grande que l'on ne voit pas ce qu'il peut y avoir de commun entre les deux modes : il est donc superflu, i)our nous, de chercher à imiter des procédés inapplicables aux recherches physiologiques.
En physiologie, le grand principe, dans le choix des procédés, est qu'ils soient si bien appropriés à leur objet, que les résultats de l'expérience portent en euxmêmes leur interprétation et ne supportent pas la controverse. Ainsi, on fait la section des hypoglosses, et la langue est immédiatement paralysée, tout en conservant la sensibilité et la faculté d'être impressionnée par les saveurs ; donc ces nerfs président aux mouvements de la langue. On enlève les hémisphères cérébraux, et aussitôt l'animal ne voit plus, n'entend plus, perd son intelligence, sa volonté, etc. : est-il possible de douter que les hémisphères soient les organes de l'intelligence, de la perception et des sensations? On fait une large ouverture au premier' estomac des ruminants, et quand l'animal vient à manger, on sent les aliments qui arrivent soit dans la panse, soit dans le réseau. Reste-t-il alors quekiue incertitude sur le lieu où se rendent les aliments lors de la première déglutition? Or, n'est-il pas évident que la section des nerfs, que l'ablation des hémisphères cérébraux, que les fistules gasti'iques, sont bien les moyens qui conduisent sûrement et sans contestation au but à atteindre?
Une expérience ne sera donc bien faite et portée à la perfection qu'autant qu'elle donnera un résultat évident, parfaitement saisissable ; qu'en un mot, elle pai'lera d'elle-même, pour me servir de l'expression d'un savant physiologiste. Poui" cela bien des choses sont déjà faites; mais sur plusieurs points, le code de l'expérimentation a besoin d'être complété.
Certaines expériences sont complexes de leur nature, lorsqu'elles s'appliquent à des fonctions importantes dont les perturbations réagissent sur presque toute l'économie. Portez l'instrument sur le cerveau, sur le cnnir, et aussitôt surviennent des troubles généraux très graves desquels il faut dégager ce qui tient au résultat direct, immédiat de l'expérience. 11 est des organes tellement délicats que les plus légères ofiérations pervertissent leur action et en changent les caractères; faites la moindre lésion à l'estomac ou à l'intestin, aussitôt la digestion est sus-
DR l'expérimentation. 'il
pendue, et les sécrétions de ces viscères sont ralenties, supprimées on per\erties.
Que les expériences soient simples ou (■om|tli(jnres, il est nécessaire, pour qu'elles portent toute leur signification et puissent s'appliquer, soit à l'homme, soit aux animaux supérieurs, que les sujets en soient bien choisis, qu'elles soient modifiées, variées, répétées sur un prrand nombre, avant qu'on cherche à en généraliser les résultais.
Premièrement, il faut choisir les sujets. Ce point est d'une importance capitale qui ne paraît pas avoir été sentie de tous ceux qui s'occupent de vivisections : il n'est pas inutile de s'y arrêter un instant.
Tout d'abord il convient d'établir une distinction entre les expériences dont on ne veut pas tirer d'inductions générales, et celles qui sont tentées dans le but de donner des ajjplicalions immédiates à lu physiologie de l'honune ou des animaux supérieurs. Ainsi, veut-on étudier la génération, la resjiiration des poissons, des reptiles, il suffit de prendre, parmi eux, les types les plus ordinaires. Mais veuton, au contraire, étudier les mêmes fonctions relativement à l'homme ou aux espèces domestiques, il faut recourir non |tlus à des sujets ovipares à sang froid et à respiration aquatique ou incomplète, mais à des vivipares, à des animaux à respiration pulmonaire : cela est de toute évidence. Cependant, on nous donne à tout instant, dans les livres, une expérience faite sur la grenouille, la salamandre, la tortue, comme si elle l'avait été sur le chien ou le cheval. 11 est vrai que certaines propriétés ou certaines fonctions peuvent être examinées presque indifféremment sur un grand nombre, telles (|ue la sensibilité, la contraction musculaire et quelques autres. Mais la plupart n'étant pas dans ce cas, il est essentiel de chercher les animaux qui permettent d'en faire l'analyse la plus complète.
Ainsi, supposons (|ue je veuille étudier la sécrétion biliaire. Prendrai-je indifféremment le cheval, le bœuf, le chien, le lapin ou le cochon d'Inde? Si je prends le cheval, je serai forcé d'ouvrir largemen,t l'abdomen, d'effectuer des délabrements considérables, pour mettre à découvert le canal hépatique situé profondément et pour y fixer un appareil propre à recueillir la bile. Bientôt après, il se développera une violente péritonite, et la mort surviendra au bout de vingt-quatre à quarante-huit heures ; les résultats obtenus seront gravement modifiés par l'opération, et l'expérience ne sera pas suivie; mon but ne sera pas atteint. Je chercherai donc un animal dans de meilleures conditions : le chien et le porc, par exemple. Avec ceux-ci. il me suffira d'une petite incision aux parois abdominales pour arriver sur le conduit biliaire ; le sujet sera peu malade, il poui'ra survivre et même guérir. Le lapin et le cochon d'Inde ne me permettraient pas, en raison de leur petite taille, d'appliquer les appareils nécessaires.
De même, si je veux étudier la sécrétion pancréati(pie. Il me faut encore choisir mes sujets, car ils ne peuvent point, à beaucoup près, me convenir tous au même degré. CJiez les uns, le i)ancréas est très profondément silué et son canal peu accessible ; chez les autres, l'oi'gane est placé de manière à pouvoir être saisi, du [iremier coup, sans délabrements et à travers une toute petite plaie. Ces derniers animaux mangent immédiatement après l'opération, contiinu'ut à bien digérer, n'ont point de péritonite," l'appareil adapté au canal tombe après huit à dix jours, et la guérison est bientôt complète. Je prendrai d )nc le ruminant (pii
jouit de cel heureux privilège, le ruminant de grande taille, afin de mieux apprécier tous les caractères de la sécrétion et de bien saisir les plus légères variations qu'elle est susceptible d'éprouver.
Dois-je examiner l'action combinée de la bile et du fluide pancréatique? Je n'irai point recueillir Tune et l'autre isolément pour les mêler ensuite dans des proportions que j'ignore; mais je cliercberai un animal où les deux fluides se mêlent avant d'arriver dans l'intestin, je placerai une sonde dans le canal commun qui les charrie, et j'obtiendrai le mélange, opéré par la nature elle-même, dans les proportions qu'elle a déterminées. C'est le bélier qui me conviendra dans cette circonstance.
, S'agit-il d'expérimenter sur la sécrétion de la salive? Je ne prendrai ni le chien, ni les autres animaux carnassiers ; ils sont de trop petite taille, leurs glandes salivaires sont peu développées ; les canaux de celles-ci sont si ténus qu'on peut à peine y fixer les tubes les plus fins, et ces tubes sont bien vite obstrués. Et puis ces animaux mangent très vite, salivent peu ; ils ne conviennent nullement à l'étude minutieuse de la fonction. J'aurai donc recours à des espèces de grande taille, comme le bœuf et le cheval, dont les glandes énormes, la mastication lente et régulière, me permettront, à l'aide d'appareils fort simples, de recueillir de grandes quantités de salive et de déterminer avec exactitude toutes les particularités de la sécrétion.
Ce que je fais pour la salive, la bile, le fluide pancréatique, il faut queje le fasse aussi pour le suc gastrique et le suc intestinal, etc.
Il y a donc, lorsqu'on veut analyser complètement une fonction, l'envisager sous tous les aspects, la suivre dans tous ses détails, nécessité de bien choisir ses animaux, puisque tel convient à une série de recherches auxquelles tel autre ne peut s'appliquer. J'ai peine à comprendre la routine de certains expérimentateurs dont l'un n'a de victimes que le chien, l'autre que le lapin ou le cochon d'Inde.
En second lieu, il y a nécessité non moins grande, lorsqu'on veut généraliser les résultats, de faire les mêmes expériences sur un grand nombre d'espèces différentes et aussi éloignées que possible les unes des autres. C'est encore là un point essentiel qui mérite, à un haut degré, de fixer notre attention.
S'agit-il de déterminer les phénomènes de la digestion ? On conçoit qu'il ne sera pas indifférent de s'arrêter à un carnassier, à un herbivore ou à un omnivore, à un animal qui rumine ou à un antre qui ne rumine point; on conçoit de même qu'il ne le sera pas de prendre un mammifère, un oiseau, ou un reptile. L'un d'eux, quel qu'il soit, ne peut à lui seul donner les éléments de la généralisation; il les faut tous. Ce n'est qu'après avoir examiné la fonction dans ces difl'érents types que l'on appréciera bien ses caractères et que l'on distinguera ses phénomènes communs de ceux qui sont accessoires et variables à l'infini. En adoptant la marclu! contraire, on arrivera à des données vraies, exactes dans l'espèce, mais n'expi'imant pas ce qui se passe dans toutes les circonstaïu^es. Réaumur, avec ses gallinacés, n'étudie qu'une forme de la digestion ; il voit un gésier musculeux aplatir des tubes, broyer des sul)staiu;es très dures, et il en conclut que le phénomène essentiel de la l'onction est une trituration. Cm n'est (ju'en arrivant à se servit-d'un oiseau de proie qu'il voit 1(!S aliments se digéi'ci' sans bi'oiement préa-
DR l'expérimentation. 43
lable et par l'unique intervention du suc gastrique : alors sa th«îorie se modifie, et il est forcé de considérer la dissolution comme suffisant à la digestion chez les animaux à estomac membraneux. Spallanzani, en prenant plus tard des types plus variés, montre clairement que la trituration n'est (ju'un accessoire et que la dissolution des aliments dans le suc gastrique est la forme générale de la fonction dans tous les animaux.
Y a-t-il à étudier l'absorption dans l'estomac, par exemple? On n'y parviendra qu'en |)renant plusieurs types différents. Expérimenterait-on sur tous les carnassiers du monde, (|ue la question ne serait point éclaircie ; car tous ces mammifères ont l'estomac construit d'après le même principe, tandis que les solipèdes, les ruminants et d'autres, l'ont organisé sur un autre plan et en vue d'une destination d'un antre genre : d'où résultent pour les premiers des conditions qui facilitent l'absorjjtion, et pour les seconds des conditions (|ui y mettent obstacle. Mais on n'a pas songé à tout cela. Certains physiologistes, qui avaient vu l'absorption s'oj)érer après lasection des nerfs vagues, soutenaient contre d'autres, qui ne l'avaient pas vu s'eflectuer dans cette circonstance, que cette action était indépendante de Tinlluence nerveuse. La dispute durait depuis un quart de siècle, lorsqu'il fut démontré que la cause de la dissidence tenait à ce que les premiers avaient expérimenté sur le cliien dont l'estomac absorbe, et les seconds sur le cheval dont l'estomac n'absorbe point sensiblement à l'état normal.
Faut-il rechercher les caractères d'une sécrétion, comme celle de la salive? Ici, encore, il est indispensable d'opérer sur plusieurs catégories d'animaux, car on se tromperait grossièrement si l'on croyait pouvoir appliquer à l'homme ce qui se passe chez le bœuf, même au cheval ce qui se passe chez ce dernier. En effet, la fonction des glandes salivaires a, dans les ruminants, une physionomie et des caractères tout différents de ceux qu'elle a dans les solipèdes, et ceux qu'elle a dans les herbivores, elle ne les possède plus dans les carnassiers.
Il est donc nécessaire d'expérimenter sur différents types zoologiques pour arriver à des généralisations fondées, préciser les caractères constants et invariables d'une fonction, ainsi que ses caractères mobiles et accessoires. C'est parce qu'on méconnaît cette nécessité qu'il s'élève des disputes éternelles, des contestations sans fin entre les physiologistes sur la plupart des questions. Il n'en sera jamais autrement tant qu'on persévérera dans une voie si vicieuse, car on ne voit pas comment on peut tirer des déductions identiques d'un premier résultat obtenu sur le cheval, d'un second sur le chien, d'un troisième sur la grenouille, etc., alors que ces résultats sont essentiellement dissemblables. Si, au contraire, on commence par bien déterminer ce qu'une fonction a de fixe et d'invariable, on verra que cela seul peut servir de base à une généralisation ; le reste sera laissé de côté.
Il est des fonctions qui semblent faire exception à la règle précédente, du moins dans certaines limites ; ce sont celles qui ne se modifient pas d'une espèce à une autre espèce, d'un genre, d'un ordre, à un autre genre ou càun autre ordre, ni même très sensiblement d'une classe à une classe voisine: les fonctions des centres nerveux par exemple. En effet, qu'importe, pour trouver le rôle des hémisphères cérébraux, du cervelet ou de la moelle allongée, de prendre un carnas-
sier, un solipède, un ruminant, ou un rongeur? Mais quand il s'agit de la digestion, de diverses sécrétions, il en est autrement.
Ce n'est pas tout, pour l'expérimentateur, que d'avoir bien choisi les animaux qui lui permettent le mieux d'étudier une fonction, et de s'être astreint à faire ses tentatives sur beaucoup de types variés, afin de distinguer les traits communs de cette fonction de ses traits particuliers dont les variantes sont si nombreuses. Il n'a, après cela, accompli qu'une partie de sa tâche ; il lui reste à répéter, à modifier, à varier ses expériences un assez grand nombre de fois, afin de s'assurer de l'invariabilité des résultats qu'il a obtenus.
Ce nouveau précepte est encore d'une grande importance. Souvent la même expérience répétée vingt fois donne vingt résultats dissemblables, bien qu'on se soit placé dans des conditions en apparence identiques. L'âge des animaux, leur taille, leur constitution, leur force ou leur débilité, les complications qui surviennent, les accidents de l'opération, mille causes imprévues produisent ces variations qu'il faut distinguer de ce qui, dans les phénomènes, se reproduit toujours de la même manière. Il peut encore arriver que la même expérience donne des résultats contradictoires. En négligeant de répéter plusieurs fois les expériences, on s'expose à prendre l'exception pour la règle, l'accident pour le fait constant, l'accessoii'e pour le fait principal. Malheureusement c'est ce qui arrive trop souvent. Voilà pourquoi, à tout instant, on oppose un résultat à un autre résultat contradictoire. Lequel des deux est le vrai? Il faut tout recommencer pour le savoir, et quand on le sait, l'opposition subsiste encore. Les esprits qui aiment la controverse s'en servent pour embrouiller les choses les plus claires.
Ce n'est pas tout encore. Le physiologiste qui a été habile, consciencieux, exact, a contracté implicitement envers les autres l'obligation de simplifier, de perfectionner ses procédés, afin que les résultats dont il a doté la science puissent être reproduits facilement. S'il n'a pas le mérite de donner le moyen d'atteindre ce but, le premier qui essayera de répéter ses tentatives ne réussira probablement pas, et dès lors surgiront de fâcheuses contestations.
Indépendamment des expériences sur les animaux vivants, il en estqui peuvent être faites sur le cadavre, ou tout à fait en dehors de l'animal. Les expériences sur le cadavre sont peu nombreuses, et la plupart d'assez mince valeur. Déterminer les phénomènes de l'endosmose et de l'exosmose, le caractère des mouvements péristaltiques de l'intestin, le mode d'extinction de l'irritabilité musculaire, ledegréde résistance du cardia, les propriétés physiques et chimiques des tissus, etc., tel est à peu près le rôle assez réduit du cadavre au point de vue expérimental.
Celles qui sont faites en dehors de l'être vivant ou mort sont aussi en très petit nombre; mais jdusicurs tentatives très remar(|uahles montrent qu'elles peuvent avoir leur utilité. Elles s'appliquent surtout à la recherche de l'action de certains liquides, la salive, la bile, le suc gastrique. Les digestions et les fécondations artificielles de Spallanzani sont des modèles en ce genre.
Quant aux avantages (pu; la physiologie |)eut retirer de l'expérimentation, ils sont, et d('[(uis longtemps, tr(jp bien sentis pour (pi'il soit né(;essaire d'insister sur leur démonstration. Du reste, après les belles découvertes de llarvey, de Haller, de Bichat, de Legallois, Cli. Bell, Flourens, Magendie, qui oserait faire
DE l'expérimentation. 45
l'c'logc (les expériences ou seulement croire qu'elles en ont i)esoin ? Toiitet'ois il ne faut pas s'en exagérer l'importance et s'imaginer que l'expérimentation peut, à elle seule,, réaliser toutes les conquêtes futures de la physiologie.
Sans doute elle a d'abord l'immense avantage de tenir lieu de l'observation et de reproduire aussi souvent qu'on le veut, dans des conditions déterminées et suivant l'ordre qui j)araît le plus favorable, les lihénomènes qu'on a rarement ou difficilement l'occasion d'étudier. Le physiologiste attendrait trop longtemps les plaies de la tète, les dénudations du cerveau pour constater les mouvements de l'encéphale, l'insensibilité des hémisphères, leur action croisée. Il lui serait rarement donné d'avoir sous les yeux une fistule gastrique comme celle du Canadien, pour suivre les phénomènes de la digestion stomacale, des lislules salivaires, des atrophies du [)ancréas pour se fixer sur les raniclères de la salive ou sur les effets de l'absence du fluide pancréatique. 11 courrait le ris(iue de ne jamais rencontrer la carie du sternum, rpii permit à Ilarvey d'étudier les mouvements du cœur sur l'homme, ni les ecto[iies qui ont donné à d'autres les moyens de se fixer sur le rhythme des contractions de cet organe. Aussi, pour jouir du bénéfice de ces rares occasions, sur lesquelles il ne peut guère compter, il les fait surgir artificiellement, à son heure, à sa manière, et il les reproduit autant de fois qu'il le juge nécessaire pour bien se fixer sur les phénomènes qu'il se propose d'étudier. En cela, il ne fait qu'obtenir de son art ce que le hasard pourrait lui offrir ; il détermine, en un mot, les accidents nécessaires à ses observations: la réalisation de ces accidents est le fait de l'expérience, le reste rentre dans le domaine de l'observation ordinaire.
Evidemment aussi, l'expérimentation va plus loin que l'observation, tout en allant i)lus vite, car elle permet au physiologiste de pousser l'étude, l'analyse des phénomènes jusqu'à des limites inaccessibles à la simple contemplation, comme quand il s'agit de préciser le rôle de chaque partie de l'encéphale, les propriétés de chaque nerf; mais ses conquêtes finissent dès qu'elle a montré ce qui se dérobait au sim[tle regard de l'observateur
L'expérimentation conquérante de la nature pourrait, d'après Cl. Bernard', as[nrer à une série indéfinie de découvertes. 11 en serait ainsi si les effets résultant des troubles variés, des i)eiturbations sans nondjre qu'elle fait naître dans les actions de l'organisme étaient de véritables découvertes. Mais l'expérimentateur qui met l'organisme dans des conditions anormales, insolites, imaginées par lui et variées à l'infini, obtient fatalement les réactions bizarres d'une machine dont les rouages sont détraqués, gênés dans leur jeu, sollicités à agir autrement (ju'à l'état normal ; il crée une tératologie [)hysiologi(pie. A force de mutiler l'encéphale, de taillader la moelle épinière, d'irriter les nerfs à l'un et à l'autre bout, à l'aide de tous les genres de stimulants, d'y faire passer des courants électriques dans tous les sens, d'arroserles tissus de réactifsot de poisons, on provoque des manifestations confuses, à signification équivo(pie, qui rendent fort difficile l'interprétation des phénomènes normaux, on end^rouille la science et on jette, comme l'a dit Cuvicr, de la confusion sur une foule de points. Les belles lois de l'orga-
1. Cl. Bernard, Rapport sur les progrés et la marche de la physiologie générale en France. Paris. 1867,
nisme, les harmonies fonctionnelles, les procédés merveilleux dont la vie se sert, ne sortiront pas plus des investigations qui bouleversent tous ses actes, que les lois de la chimie ne sont sorties des opérations incohérentes des alchimistes.
Je n'ai certainement pas la pensée de faire ici la guerre à l'expérimentation que je regarde, avec Legallois, comme l'un des plus grands flambeaux de la physiologie, j'en voudrais seulement réfréner les abus et montrer ce qu'il y a d'outré dans les prétentions de ceux qui croient tout découvrir par son secours. Il est hors de doute que les expériences avec vivisections graves et compliquées peuvent étrangement fourvoyer les physiologistes qui procèdent sans circonspection et qui n'ont pas assez de pénétration d'esprit pour démêler les résultats des troubles d'avec les véritables manifestations fonctionnelles, c'est-à-dire pour dégager de ce qu'ils observent, la véritable signification des phénomènes.
L'expérimentation physiologique, quand elle peut se passer des vivisections, devient infiniment précieuse, car ses résultats sont immédiatement concluants, sans qu'on ait rien à en défalquer. Ainsi les expériences sur la digestion, sur l'abstinence, sur la quantité de carbone bridé dans la respiration, sur la transpiration, l'influence des enduits imperméables appliqués à l'extérieur du corps, les recherches sur le vomissement, sur le mérycisme, sur les fécondations artificielles sont de ce nombre. Celles que l'expérimentateur peut faire sur lui-même sont précieuses entre toutes, telles les expériences de Sanctorius dans sa balance, de Dodart jeûnant pendant le carême, de Spallanzani avalant de petits tubes pleins d'aliments,de S tark bravant la mort pour juger des effets d'une alimentation insuffisante.
Les expériences peu douloureuses ou celles qui obligent seulement à sacrifier les animaux pour la constatation des résultats obtenus, peuvent encore compter parmi celles qui doivent inspirer une grande confiance au physiologiste.
Mais, après celles-là, il est obligé de recourir aux expérimentations sanglantes, comme lorsqu'il veut déterminer le rôle des différentes parties de l'encéphale, des cordons de la moelle épinière, des ganglions du sympathique, les mouvements du cœur, la sensibilité des tissus, les elléls de l'ablation delà rate, etc. Son devoir est alors de simplifier autant que possible, d'abréger les soulfrances de ses victimes, tant par humanité que pour l'endre les résultats des vivisections aussi nets qu'ils peuvent l'être. Il ne doit i)as reculer devant de telles expériences dès qu'elles lui paraissent utiles à la science et capables de conduire à des applications à la médecine. Le savant a des droits sur lu brute, quand il s'agit de faire des découvertes [irofitables à Ihumanité, et il n'en a jamais abusé. Rien ne prouve qu'Hé rophile ait disséqué vivants les criminels que lui abandonnaient les rois d'Egypte, ni que Galien ait expérimenté sur les gladiateurs blessés, dont il pansait les plaies dans le cirque. Les vivisections n'excluent point chez ceux qui les exécutent la sensibilité, ni la comjiassion pour les animaux. C'est toujours à regret que le physiologiste inflige des soulfrances à ses victimes. Le noble but qu'il poursuit le justifie suffisamment. Il n'a point à s'inquiéter de la guerre que lui déclarent aujourd'liui ceux (jui se [tarent d'une; sensibilité alléctée et |)araissent plus préoccupés du sort de la brute fpu; de celui des êtres de leur espèce. (Juoi! il ne lui serait pas permis, au fond de son laboratoire, de chercher les secrets de la vie,
DE LA SYSTEMATISATION. 4/
au prix de quelques douleurs imposées aux animaux, pendant (pie le eliasseuiextermine, |)onr se distraire, ou pour se repaître de leurs déi)onilles les liùtes de nos forêts et de nos champs, et que pour ramusement des princes on immole en une journée plus de bètes inoffensives (pi'il n'en sacriliera à la science dans toute son existence ! (Ju'au lieu de mettn! des eniravesaux utiles reclierclies de l'expérimentateur, on déclare la guerre à des cruautés honteuses pour l'humanité, à l'habitude de mutiler certains palmipèdes, aux combats de coqs et de taureaux, qu'on s'ingénue moins à perfectionner les engins de destruction : que l'honnne entin soit un peu moins loup pour l'homme. Il sera ainsi plus recevablc à s'apitoyer sur le sort des victimes immolées aux progrès de la physiologie.