‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 11 sur 287 · V. — De la. NystéiiiatlMsitioii · texte numérisé non relu

V. — De la. NystéiiiatlMsitioii

Lorsque le [thysiologiste est arrivé par la voie t\r, l'observation et des expériences à rassembler les matériaux précieux et indestructibles qu'on appelle les faits, il n'a rempli qu'une [lartie de sa tâche. Ces faits qui serviront de base à la science doivent ètic inteiprétés, comparés et classés. Il faut en trouver le sens, en mesurer la portée, en rechercher les causes, les rapports et les lois. C'est par le raisonnement, l'induction, la déduction et le calcul qu'on arrive à constituer ainsi la ])artie syntiiétique et dogmalirpie de la science.

Il est évident, à première vue, (pie les seules données de l'observation et des expériences ne sufdsent })as à constituer la physiologie. Il n'est aucune science sans partie dogmatique. Celle de la vie n'en serait pas une, si elle ne possédait que des faits : elle serait un amas de matériaux et non un édifice. Aussi, jamais |)ersonne n'a voulu s'en tenir à la simple constatation des phénomènes. Les hommes qui ont montré le plus d'aversion pour les explications et les théories ont été obligés, dans une certaine mesure, de procéder comme on le fait dans toutes les autres sciences.

Le raisonnement est donc indispensable au physiologiste pour déterminer la valeur des résultats bruts de l'observation et des expériences, pour tirer les déductions qui en ressortent, remonter des efTets aux causes immédiates, de celles-ci aux causes éloignées, rechercher le but, la finalité des actes qu'on analyse, enfin pour lier entre elles les notions éparses et en faire un corps de doctrine. Sans son secours, les découvertes les plus précieuses semblent n'avoir ni sens, ni portée, ni application à l'art de guérir.

Le l'ùle du raisoiniement n'est point de conduire à la connaissance des phénomènes ou à la constatation des faits, car suivant la remarque de Locke, il n'est pas au pouvoirde l'esprit humain (rac(piérir la notion des i)hénomènes parla théorie dépourvue du secours de rex[)érieiu'e. Ce r^'ile est tout entier d'interprétation. La logique, avec ses syllogismes et tous ses autres moyens, sert plutôt, comme l'a dit Descartes, à expliquer (pi'à trouver et à apprendre. C'est donc à la suite des deux grands tuoyens précédeninu'nt étudiés (pie celui-ci doit j)rendre place.

Le physiologiste ne pouvant avoir aucutie connaissance intuitive des phéno^ mènes qui s'accomplissent dans l'ètro vivant fait fausse route dès qu'il essaye de raisonner à priori. Bien avant Bacon et Leibnitz, les anciennes écoles de philo-

Sophie avaient posé en principe que tout raisonnement doit dériver de choses déjà connues et acceptées. Galien, l'un de nos premiers maîtres, s'était attaché à mettre en pratique cette règle que l'empirisme antique avait déjà suivie instinctivement, car c'était toujours d'après des faits d'observation qu'il jugeait, de la gravité et des suites de faits semblables ; aussi les formules aphoristiques d'Hippocrate vues de près, ne semblent que des déductions tirées de faits plus ou moins bien connus.

Malheureusement on n'a pas toujours suivi le sage précepte d'attendre la constatation des phénomènes pour raisonner et expliquer. L'esprit humain, impatient en toute chose, a mieux aimé s'aventurer que de suivre les voies lentes et pénibles de l'observation. Le raisonnement a pris souvent les devants, et comme l'imagination n'a pas de frein, on a voulu tout embrasser, sans réussir à rien saisir. On a fait un roman de choses vraisemblables ou possibles, mais en dehors de la réalité. Le raisonnement à priori, s'il peut mener à la découverte des vérités de l'ordre métaphysique, n'en découvre ou, au moins, n'en établit aucune dans le domaine des sciences naturelles et physiologiques ; il est impuissant, comme l'a si bien dit Leibnitz, à rien fonder et à donner par lui-même la moindre certitude. Aussi les plus habiles logiciens n'ont-ils pu faire, par son secours seul, la plus petite découverte. Descartes lui-même, en appliquant aux études physiologiques son admirable méthode, n'en a fait sortir que des conceptions sans réalité, quoique parfaitement intelligibles.

Bien que le raisonnement à priori n'emporte aucune certitude, il peut quelquefois arriver à des combinaisons justes. Comme il se base toujours sur quelques faits, ses présomptions, ses conjectures, ses probabilités sont, dans un certain nombre de cas, ainsi que les pronostics en météorologie, confirmés par les événements, mais ils ne le sont ordinairement que par le fait de coïncidences fortuites.

Cette sorte de raisonnement qui plait tant aux esprits incapables de se plier aux exigences pénibles des éludes d'observation n'est pas absolument à dédaigner. Pris pour ce qu'il peut valoir, et à titre provisoire, il est susceptible de rendre quelques services. Les hommes qui ont, avec de profondes connaissances, l'habitude des recherches scientifiques, et la vue pénétrante, acquièrent insensiblement une sorte de prescience de ce qui est encore inconnu ; leurs conjectures se trouvent parfois d'une remarquable justesse. Ils montrent ainsi le but et ouvrent, pour y arriver, des chemins qui évitent les tâtonnements etlcs longs détours. Les recherches |)rovoquées par leurs conjectures conduisent quelquefois à des découvertes.

Mais il ne faudrait pas s'abuser sur l'importance de ces résultats heureux et ne donnera l'expérimentation qu'un rôle secondaire, comme le voudraient certains savants, celui de vérifier la valeui- des conjectures et des prévisions fondées sur le raisonnemçMit. L'expériuu'ntatiun perdrait de sa dignité à se mettre au service de l'hypothèse ; elle a plus à gagner en conservant son caractère d'instrument de conquèt(î qu'à devenir un simple moyen de contrôle. C'est une fort mauvaise méthode que celle de ne recourir à l'observation et aux expériences que pour vérifier les théories que r('s|)rit a édifiées par anticipation ; cai', en procédant

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