Cuvier, Aiialomie comparée, -î' édil. t. I, p
li. coi.iN. - l'hysiol. coiiip. 3'' édit. 1 — ii
dégagent insensiblement de leurs accessoires, et se réduisent enfin à ce qu'elles ont. d'élémentaire, d'essentiel. Une fois qu'elle l'a mis en regard de l'organe amené au dernier degré de simplicité, elle lui permet d'envisager la fonction toute nue et, par conséquent, d'en mieux apprécier la nature. A cela pourtant ne se bornent pas ses services : si elle est nécessaire à la connaissance profonde de chaque fonction, elle le devient encore davantage quand il s'agit de la détermination des rapports qui existent entre les actions vitales, de la recherche des lois et des causes de ces dernières, en un mot, quand on poursuit la solution des grands problèmes de [la science qui, suivant l'expression d'un illustre naturaliste, « est la plus compliquée, la plus mystérieuse et la plus inintelligible de toutes les sciences. » Il est incontestable que la physiologie ne s'élèvera à ses plus hautes conceptions et ne prendra une empreinte réellement philosophique qu'autant qu'elle étendra le cercle de ses investigations à tout le règne animal.
L'anatomie pathologique vient aussi en aide au physiologiste dans plusieurs circonstances. Les traces que la maladie a laissées sur son passage, les ravages qu'elle a produits, les troubles fonctionnels qui en ont été la conséquence, peuvent souvent nous fournir des données précieuses sur le rôle des organes. Les plaies de la tête avaient appris à Hippocrate l'action croisée du cerveau. Il avait remarqué que dans les lésions de cet organe il y a convulsion du côté blessé et paralysie du côté opposé à la blessure. Les lésions de la partie supérieure de la moelle ayant déterminé des paralysies du sentiment, celles de la partie inférieure des paralysies du mouvement, celles d'une partie latérale une hémiplégie, sont venues confirmer ce que l'expérience avait enseigné sur l'action spéciale de chacune des parties de cet organe; la destruction complète de l'épiglotte a prouvé que ce cartilage n'était pas rigoureusement indispensable à la déglutition; l'induration, le ramollissement d'une vaste étendue du poumon ont démontré qu'une fort petite partie de cet organe suffit pour effectuer l'hématose; l'oblitération des gros troncs vasculaires a mis en évidence l'usage des anastomoses, et ainsi pour bien d'autres altérations Miorl)ides. 11 ne faudrait pas croire cependant que les lésions laissées par la maladie permettent des déductions toujours justes sur les fonctions des parties lésées ; quelquefois, elle ne conduisent qu'à des données fausses ou au moins très confuses : les exemples ne manquent pas pour le démontrer. Willis voit les corps striés l'amollis chez des individus [taralysés et privés de l'usage de leurs sens; il en conclut que ces corps sont le siège du principe du sentiment et du mouvement. Lapeyronie observe qu'à la suite de profondes blessures ou de graves lésions du cor[»s calleux, il y a torpeur, affaiblissement, perte des facultés intellectuelles; il en infère que le corps calleux est le siège de r.ime. Magendie rcmnrque (jnc sur les chevaux immobiles il y a compression des cor[)s striés, altération niéinc! à la surface de ces parties, par suite d'un éjiancliemcnt de sérosité vcntriculaire, et il considère ce fait comme une preuve que les corps striés sont le siège d'une force qui porte les animaux à reculer, etc. Il est vrai de dire que, dans bien des circonstances, les inductions ne sont fausses que parce que les faits sont mal observés; néanmoins elles [»euvent l'être cncoi'e, quoi(|ue basées sur des observations exactes, aussi faut-il être extrêmement réservé sur ce point. En effet, de ce qu'un rein, par exemple, s(! sera frans-
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formé en kyste, sans «ju'il en résulte des troubles notables, faudra-t-il conclure qu'un seul de ces organes sutTit à la sécrétion de l'urine ? De ce que les ganglions du mésentère peuvent devonir tuberculeux, sans s'op[)oser au passage du chyle, faut-il, avec Ruyscli, les regarder comme n'étant pas indispensables? De ce qu'un cœnure, une concrétion du plexus choroïde, une exostose à la face interne du crâne, n'amènent |)as de paralysie, est-on en droit d'admettre que la compression ou la destruction partielle d'un hémisphère n'est pas susceptible de produire cette paralysie? Non, car une lésion ancienne, une altération lente, insensible, une dégénérescence qui a marché par degrés, n'ont pas les mêmes etfets (ju'une lésion l)rus(pie. La fonction survit ({uelquefois, suivant la remarque de Morgagni, à ralténition profonde de l'organe chargé de l'exécuter. La nature s'habitue en quehiue sorte à celle-ci ; elle cherche par divers moyens à en neutraliser les conséquences. Lorsque l'un des reins perd sa substance, l'autre s'iiypertrophie ; lorsque les ganglions s'indurent, les vaisseaux qui passent à leur surface se dilatent, alin que le chyle et la lymphe puissent encore passer; quand une exostose se développe à la face interne du crâne, un ctenure dans les hémisphères, la substance de ceux-ci se creuse, se résorbe, et la compression est évitée. Mais, placez un corps étranger entre les méninges et les parois crâniennes, enlevez autant de substance cérébrale (|ue le cœnure en fait disparaître, et vous verrez si les effets sont les mêmes que dans les circonstances précédentes? Du reste, il est certaines altérations dont l'influence, au point de vue physiologique, n'est pas précisée. Sait-on, par exemple, en quoi la sécrétion biliaire est modidée dans le foie énorme de l'oie grasse, ou dans celui (jui. plein d'échinocoques, est devenu quatre à cinq fois plus volumineux qu'il ne l'est à l'état normal? Sait-on même si, dans ces circonstances, elle a subi quelques modifications.
(Juant à l'étude des monstruosités, elle jette aussi quelques lumières sur la science de l'organisme, en offrant au physiologiste, pour me servir des expressions d'Isid. Geoffroy Snint-Hilaire, « une série d'expériences toutes préparées par la nature, et où les causes d'erreurs qui viennent si souvent modilier les résultats des recherches zoofoniiques se trouvent |>rcs(|ue toutes annulées '. » Mais il faut encore beaucoup de circonspection dans les appréciations |>our tirer des faits qu'elle donne les véritables conclusions qui en découlent.
(Jue le physiologiste se pénètre donc bien de la nécessité d'observer, soit directement, soit par l'intermédiaire de l'anatomie comparée, de la pathologie et des anomalies de l'organisation. Qu'il observe, s'il veut se faire une idée juste (les actes de la vie, et en deviner les lois, ou appliquer ses connaissances à la [)ratique médicale. Qu'il observe attentivement s'il veut développer ce tact qui fait le médecin habile, ou s'il se propose de tracer le tableau de ce qu'il aura contemplé : alors seulement il lui sera permis de répéter, avec l'auteur de V Esprit (les lois, ce mot du Gorrége : Et moi aussi je suis jieintre.
L Isid. GeotTroy-Saint-Hilaire, Histoire généra^le et particuliiTe det n nom ni ex de l'ornnnifaiion. Paris, 1836, t. III. p. 589.
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