Cuvier, Aunlomie coitiparéc, 1. II. p
nécessaire, il fallait encore, en vue d'alléger leur fatigue, qu'ils fussent favorisés par les conditions statiques des leviers sur lesquels ils agissent. Or, ils le sont considérablement par la transformation du levier du premier genre en un levier du deuxième genre, transformation qui paraît avoir échappé à l'attention des physiologistes.
Si nous considérons, par exemple, les muscles olécrâniens lorsqu'ils se contractent pour ramener dans sa situation l'avant-bras devenu presque horizontal, nous voyons clairement qu'ils agissent sur un levier interfixe représenté par le radius et le cubitus; la puissance est appliquée au sommet de l'olécrâne; — le point d'appui, ou le centre du mouvement, est à l'articulation huméro-radiale; — enfin la résistance, dans l'extrémité inférieure du rayon et le poids des parties inférieures du membre. Mais, quand le pied est à l'appui, et que la contraction des muscles a pour but de prévenir la flexion de l'avant-bras, le levier n'est-il pas constitué par toute l'extrémité inférieure du membre, à partir du sommet du cubitus? Le point d'appui n'est-il pas au sol, la puissance à la pointe de l'olécrâne ; et la résistance représentée par le poids du corps qui tend à fléchir le rayon, n'est -elle pas appliquée à l'articulation huméro-radiale? Or la puissance au sommet du cubitus, l'appui au sol, et la résistance dans un point intermédiaire, constituent bien le levier du deuxième genre, si favorable à la puissance, dont le bras s'étend ici depuis le coude jusqu'au sabot. Ce levier, si rarement employé, par la raison qu'il est très désavantageux sous le rapport de la vitesse, que tout semble avoir voulu favoriser, devient, lors de la station, d'un fréquent usage, et cela avec un avantage immense pour les forces musculaires.
Ce qui arrive pour les muscles olécrâniens se reproduit encore aussi évidemment pour le bifémoro-calcanéen, le fléchisseur superficiel des phalanges, les muscles rotuliens, le sus-épineux, etc., d'où il résulte que les leviers interfixes sont convertis en leviers interrésistants, afin que, dans la station, l'équilibre entre la puissance musculaire et la résistance représentée par le poids du corps puisse être maintenu, aussi longtemps que possible, sans une très grande fatigue des organes contractiles.
Tous les grands efforts musculaires qu'exige la station se passent dans les membres : le tronc se repose presque autant quand l'animal est debout que lorsqu'il est couché. Seulement l'élévation de la tête exige de la part des muscles extenseurs qui se portent de l'encolure à l'occipital une contraction d'autant plus pénible que la tête est plus lourde. Mais, ces muscles étant nombreux, ils peuvent se contracter tour à tour, et par conséquent se reposer les uns après les autres. Néanmoins, comme ils finissent par se fatiguer, car leur action est encore nécessaire pendant le décubitus chez la plupart des animaux, ils ont pour auxiliaire passif le vaste ligament cervical qui part des apophyses épineuses du garrot [tour se terminer en arrière de la protubérance occipitale, après avoir pris des points d'implantation sur les vertèbres du cou. Ce ligament, formé d'une corde supérieure très forte et d'une partie membraneuse qui sépare les muscles cervicaux droits de ceux du côté opposé, offre son maximum de développement dans les solipèdes, les ruminants et particulièrement le dromadaire, où il se prolonge en arrière jusqu'à la région lombaire, tandis qu'il manque chez le porc, chez divers
aniniiuix à encolure courte, et se trouve réduit chez le chien à l'élat d'un petit cordon inséré à l'axis, sans se continuer jusqu'à la tète. Constitué par du tissu jaune élastique, cet admirable appareil, dont la nature a doté un petit nombre de grands mammifères, dispense les muscles extenseurs de la tète de déployer de grandes forces et de rester en contraction permanente.
Quant aux autres parties du tronc, elles peuvent se maintenir imiiinliili's sans le secours d'efforts bien considérables. La colonne dorso-lombaire conserve sa direction, surtout par le fait des dis{)ositions mécaniques pro[)resaux articulations vertébrales, car il est évident que les muscles extenseurs, l'ilio-spinal, par exemple, ne peuvent s'opposer beaucoup à l'exagération de la concavité supérieure du rachis, puisque c'est ce muscle même qui doit, par son action, porter cette concavité à ses dernières limites. Cependant ce serait une erreur de croire avec Cuvier^ (|ue les extenseurs de l'épine ne servent en rien à cet usage, réservé, d'après lui, aux seuls muscles de l'abdomen. Il me semble (pie la contraction de l'ilio-spinal, lors- (pi'elle est modérée, doit affermir la région dorso-lombaire en rapprochant les vertèbres les unes des autres sans déterminer, en même temps, cette incurvation (|ui résulte d'une contraction très étendue. Et, ce qui me rend cette idée vraisemblable, c'est que sur le cadavre encoïc chaud, où rilio-s|)inal est évidemment relâché, on voit la région dorso-londjaire se creuser à la }iartie moyenne, dès (pie le corps est suspendu horizontalement i)ar la tête et la croupe.
Le thorax, [)our être soutenu entre les membres antérieurs, exige encore de la jiart des grands dentelés, du sterno-huméral et de quelques autres nuiscles une contraction permanente: mais il y a là un ensemble de conditions fort com- |)lexes qu'il est difllcile d'apprécier sans entrer dans de très longs développe ments.
Ce que je viens de dire de la station s'applique particulièrement aux solipèdes
Fjg. (30. — Thorax du cheviil suspendu entre les doux membres antérieurs par les grands dentelés.