DE LA SYSTÉMATISATION
de la sorte on est tenté de poursuivre sculeriient les l'echerches qui peuvent condrmer nos vues, et d'écarter les résultats qui les contrarient. La tentation est si forte, si séduisante, que beaucoup ne savent s'en défendre, aussi a-t-elle eu et a-t-elle encore, comme nous le verrons plus tard, des conséquences déplorables. En laissant le raisonnenieiil relégué au second |)lan avec un rôle purement explicatif, l'esprit se laisse mieux diriger par l'observation et par l'expérience; il ne songe point à changer la signification des résultats et il fait des théories non d'après des idées préconçues, mais d'après ce que les sens lui apprennent. Ce ne sont point les théories qui le dirigent : illes édifie sur les enseignements rigoureux tirés de l'étude attentive des phénomènes.
Le raisonnement constitue un art [dus diflicile en physiologie que dans les sciences absiraites, à cause de la grande complexité des phénomènes qu'il s'agit d'interpréter, et de la difliculté de le contrôler à chaque pas, soit par des preuves directes, soit par des propositions déjà démontrées. Dès qu'il s'applique aux questions les plus simples en apparence, des difficultés surgissent de toutes parts et semblent se multiplier à mesure qu'on avance. Si, par exemple, il s'agit d'expliquer l'influence des nerfs ganglionnaires, d'après la considération des effets de leur section, on est immédiatement embarrassé sur le point de départ à prendre et sur la voie à suivre. Il faut de la réflexion pour reconnaître, parmi les effets diversifiés de la section, l'effet ultime d'où l'on remonte à la cause par la série (les effets intermédiaires. On voit bien la température s'élever dans les parties où se rendent les filets, la transpiration devenir abondante dans les régions adjacentes, on voit les veines s'y dilater, les réseaux capillaires s'y injecter ; mais ce qu'on ne saisit pas aussi bien, du premier coup d'ceil, c'est l'enchaînement, la relation qui existe entre ces phénomènes ; ce qu'on devine moins aisément encore, c'est le rôle dont la suppression fait surgir ces phénomènes. Ce n'est qu'après une série de raisonnements qu'on est amené à voir dans l'élévation de la température et dans la sueur le résultat d'un ai)ord plus considérable de sang; puis dans cet abord plus actif l'effet d'une dilatation outrée des vaisseaux ; dans celleci le résultat du relàcliement ou de la paralysie de leurs plans musculaires: enfin dans cette paralysie, efi'et inniiédiat de la section, la preuve que les filets sympathiques président à la contractilité des parois vasculaires. Il n'y a pas moins de difficulté à déduire des effets de l'ablation des ganglions, de l'excision de tel ou tel cordon de la moelle épinière, ou de la sui>pression d'une partie de l'encéphale, le rôle des parties enlevées, car dans tous ces cas, les effets des vivisections sont fort compliqués. L'expérimentation a changé les conditions de l'accomplissement des phénomènes ; elle a fait surgir des conditions nouvelles, troublé les harmonies fonctionnelles, interverti les rapports entre les actes qu'il s'agit d'analyser. Aussi, en présence des résultats les plus nets, est-on souvent embarrassé pour expliquer, et peut-on quelquefois donner des interprétations diverses entre lesquelles il est extrêmement diflicile de choisii'.
Ce qui fait croître encore ces difficultés des explications et des raisonnements, c'est qu'il nous manque souvent une partie des faits sur lesquels on a besoin de s'étayer, ou que plusieurs de ceux que nous possédons sont incomiilètement ou inexactement connus. Il en résulte que les raisonnements les plus logiques en
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oU I.MRODUCÏION.
apparence tombent ultérieurement devant la découverte des laits qui nous manquaient ou devant les lumières que nous apportent à tout instant la micrographie, la chimie organique. C'est ainsi que se sont évanouies les explications que l'on donnait autrefois de la respiration, de la chaleur animale, de la fécondation et des élaborations digestives. Il a suffi de découvrir le rôle de l'oxygène, de constater les changements éprouvés par l'air inspiré, etc., pour arriver à l'explication vraie de phénomènes auparavant nécessairement mal interprétés.
Pour aplanir, autant que possible, ces difficultés du raisonnement, il faut suivre strictement les règles de la logique, partir toujours de faits bien établis, complètement étudiés, de principes incontestables, démêler les faits, n'en tirer que les déductions les plus immédiates que l'on contrôle ensuite par tous les moyens dont l'esprit et les sens peuvent disposer.
Quelque logiques et quelque bien fondés que paraissent nos raisonnements, il ne faut pas en faire un trop grand cas et y mettre une confiance absolue. Rien n'est fallacieux comme le raisonnement dans les sciences physiologiques. Pour peu que ses bases manquent de solidité, que quelques-uns des faits sur lesquels il s'appuie soient inexacts, que certaines déductions soient fausses, il mène à des conclusions erronées. Il a beau conserver toutes les apparences d'une logique irréprochable, être clair, intelligible et même séduisant, il nous trompe en montrant les phénomènes en dehors de la réalité.
Il est une foule de causes qui peuvent fausser nos raisonnements et frapper d'insuffisance nos explications ou nos théories. Nous avons rarement sous la main tous les éléments nécessaires à nos explications. Lorsque, par exemple, nous voulons nous rendre compte des actions nerveuses, de la contractilité musculaire, nous nous demandons s'il y a un fluide nerveux, et si ce fluide peut-être assimilé ou comparé au fluide électrique, comme autrefois on se demandait s'il y avait des esprits animaux et comment ils se mettaient en mouvement, ou de quelle manière ils provoquaient le jeu des organes. De même, quand nous voulons nous faire une idée du travail nutritif, notre esprit se demande quelles sont les forces qui président à la formation des tissus, à leur arrangement. Faute de données suffisantes, nos explications restent incomplètes, ou si, pour remplacer ces données, nous faisons intervenir des hypothèses, ces explications deviennent des fictions plus ou moins ingénieuses. Toutes les interprétations que l'on pouvait donner de la respiration avant les découvertes de Lavoisier, de la digestion avant la constatation de l'existence et des propriétés du suc gastrique et de celles des liquides intestinaux, de la fécondation avant que l'on connut les phénomènes de l'ovulation et les spermatozoïdes, étaient nécessairement illusoires. D'où il suit que toutes celles que nous essayons de donner maintenant en l'absence de bases suffisantes sont également frappées d'inanité.
Les physiologistes sentent bien aujourd'hui (pi'il ne faut pas attaChei' trop dlmportance à ce qu'on appelle les théories. Le sort qu'ont eu celles de leurs devanciers leur montre que les nôtres ne doivent pas trop compter sur une longue existence; Quelques-uns même prétendent qu'elles sont simplement provisoires, et vont jusqu'à affirmer que, sur aucun point, nous ne pouvons nous flatter de trouver la vérité absolue et les vraies formules. Mais ils tombent, en cela, dans une confusion
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flagrante. Ils assimilant les vérités de l'ait données par l'observation et par les expériences, les réalités objectives avec les explications dont l'importance est secondaire. Les premières sont dès maintenant des conquêtes définitives et durables : nos sens dont les illusions sont redressées nous l'anirment, et ils sont, comme l'a dit un philosophe illustre, les juges souverains de la certitude. Le physiologiste qui passe sa vie à poursuivre ces conquêtes peut être certain qu'elles seront impérissables, et espérer même que les déductions immédiates tirées des faits constitueront aussi des explications durables. Il n'y aura d'éphémère, de transitoire, que ces vaines théories à l'aide desquelles on a la prétention de tout expliquer. L'histoire de la science est là pourattester l'inanité de ces explications incomplètes, de ces raisonnements mal fondés qu'on a. four à tour, acceptés sans trop de difficultés.
Plusieurs causes ont fait surgir ces fausses explications. La première est cette tendance de l'esprit humain qui le porte à vouloir allei* au fond des choses avant d'en connaître l'écorce, à chercher la raison, la cause première de phénomènes dont il ne connaît pas suffisamment les caractères, les conditions et les lois ; la seconde est l'habitude qu'on prend de recueillir des fait insuffisants, de vouloir concilier des faits contradictoires, et enfin de combler les lacunes qui se présentent à tout instant par des conjectures, par des hypothèses desquelles on tire des déductions comme on en tirerait des faits les mieux établis. De là ces conceptions qui ont fait de la science de l'organisme un affreux dédale de rêveries, surtout en ce qui concerne les questions vraiment compliquées et ardues telles que les fonctions nerveuses, la contraction musculaire, les actes digestifs, le mécanisme des sécrétions. De là viennent ces faux raisonnements, ces misérables sophismes qu'on a opposés aux découvertes les mieux démontrées, aux vérités les plus évidentes, ainsi qu'on en a un exemple mémorable dans l'opposition faite à la découverte de llarvey, par les partisans des vieilles doctrines de l'antiquité.
Un n'est point, en ce siècle, guéri de ce travers par l'exemple du passé ; on abuse du raisonnement avec une assurance qui étonne les esprits sages. D'un fait, on tire souvent une déduction juste au delà de laquelle il ne faudrait pas aller ; puis, pour donner bonne opinion de l'étendue de son intelligence, on tire une seconde déduction de la première déjà hasardée, et de la seconde une troisième qui n'a plus de fondement et d'où l'on arrive insensiblement à toutes les faussetés imaginaltles : aussi d'un rien on fait sortir tout un s\stème. L'un, en considérant les phénomènes de l'ivresse trouve les éléments d'une nouvelle analyse des facultés de l'entendement ; l'autre du rêve, du sommeil ou de l'anesthésie, déduit une nouvelle classification des opérations de rintelligenc(% une psychologie entière, ou bien arrive, par l'examen de la folie, à la matérialisation des facultés et à la négation de l'àme.
Il est clair qu'en laissant trop de latitude à l'interprétation et au raisoimement, la science perd en précision, en positivisme et étend son terrain aux dépens du domaine des chimères. Rien, en effet, ne devient plus facile alors, car, comme l'a dit Bacon, la vérité est de toutes parts limitrophe de l'erreur, et l'on tombe fatalement dans celle-ci, pour peu (pi'on s'écarte de celle-là. Une fois l'impulsion donnée dans ce sens, chacun piend l'habitude de considérer les choses à sa ma-
nière ; on linit par ne plus observer et expérimenter que pour ériger des systèmes, détendre ou combattre ceux des autres : on guerroie avec passion pour les doctrines, au lieu de poursuivre patiemment la recherche de la vérité.
Il faut donc se délier de ces raisonnements cà très longue portée, de ces raisonnements captieux à l'aide desquels on simagine expliquer les choses les plus complexes et les plus obscures. Rarement ils ont plu aux grands observateurs, aux esprits positifs occupés de l'étude des fiuts, de ranalyse rigoureuse des phénomènes. Harvey, Haller, Spallanzani, Cuvier, n'en faisaient pas grand cas; Magendie les avait en horreur. Ils ont encore des disciples qui ne veulent même accepter que les faits bruts, tant ils redoutent les écueils des explications et des généralisations.
Lors donc qu'il s'agit de chercher la signification des faits, la raison, les causes, le but, la liaison des phénomènes il faut procéder avec une extrême circonspection, suivant les règles de la logique la plus sévère, et contrôler à chaque pas les opérations de l'esprit, non seulement par elles-mêmes, mais surtout par les solides données de l'observation et des expériences, sur cette sorte d'échelle d'induction qui nous élève des faits à la découverte des lois et des vérités générales. Il faut se tenir dans une perpétuelle déliance, ne passer d'un échelon à un autre qu'après s'être assuré de leur solidité et savoir s'arrêter à ces degrés où commence le vague, l'incertitude; en d'autres termes, il faut, suivant le précepte de Bichat, abandonner le raisonnement dès que les expériences propres à lui servir de base viennent à manquer.
Il est d'une grande sagesse de savoir s'arrêter à temps sur le terrain mouvant des explications, en se rappelant qu'il est impossible de rendre raison de tous les phénomènes, quelque bien connus qu'ils puissent être. Une foule de points relatifs aux forces, à la causalité et à la finalité des phénomènes sont inaccessibles à notre esprit. D'ailleurs, des phénomènes simples qui sont souvent inexplicables, à un moment donné, à cause de l'imperfection de nos connaissances, deviennent plus tard très intelligibles par le fait de nouvelles découvertes. Les problèmes en apparence les plus insolubles, faute d'une donnée qui nous manque aujourd'hui, recevront sans effort cette solution demain quand la donnée inconnue nous sera apportée par les études physiologiques, physiques ou chimiques. L'attente de ces données qui nous manquent encore ne doit pas cependant nous empêcher de conduire les explications jusqu'au point oîi elles peuvent aller actuellement. Les déductions forment toujours des séries ou des chaînes auxquelles on peut ajouter insensiblement des anneaux ; si les premiers sont solides et bien agencés, ceux qui s'y joignent ne les dérangent point. Du reste, dans les raisonnements compliqués il faut s'attacher à distinguer les nuances, donner seulement comme certain ce qui est d'une certitude l)i('n établie, comme conjectural, probable ou douteux, ce qui n'a que des fondements incertains ou équivoques.
La physiologie étant, comme l'a dit de (^andolle, une science aussi complexe que l'économie politique, a besoin de données tirées d'une foule d'études; elle doit baser ses déductions sur toutes les sciences qui touchent à la connaissance de l'organisme ou di; l'économie vivante, sur l'anafomie comparée, sur l'histologie, l'analomie |)atliologiquo, la tératologie, la pathologie, enfin, sur la science des milieux, l;i ciruiiic et la pli)si(|U('.
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Les déductions tirées de ranatoinie sont dos plus précieuses et presque toujours des plus justes ; car la considération de la machine donne son jeu toutes les fois que le rapport entre le mécanisme et le mouvement est saisissable. Ainsi les premières connaissances piiysiologiques qui n'ont pas été tirées de l'observation directe ont été dé'duites de raiialdiiiic. (jlalion et Haller clierchaient avant tout à trouver par l'organe la fonction ou l'usage; ils faisaient de l'anatomie animée presque toute leur pliysiologi(>. Tout*; la niécaiii(pie des mouvements se déduit en effet de la considération des leviers osseux, des puissances qui agissent sur ces leviers; le rôle de chaque muscle, le jeu de chaque articulation, se tirent de la direction, des attaches de ces muscles et de la disposition des surfaces arlicu • laircs. Une grande partie du mécanisme des sensations ressort de la construction de l'œil, de l'oreille, envisagés comme instruments d'acoustique ou d'optique. Une grande partie de la physiologie de la digestion, nond)re de particularités de la mastication, du vomissement, de la rumination, se déduisent de la disposition du tube digestif, de son ampleur, de sa longueur, de la conformation des mâchoires, de la configuration des dents, de celle de l'estomac, etc.
C'est surtout de l'anatomie comparée, envisagée physiologiquement, qu'un tire des déductions d'une haute portée. Les conformités organiques, en nous montrant les conformités fonctionnelles, nous dispensent d'appliquer l'observation et les expériences pour les constater. Les dissemblances de même nature nous font supposer les différences d'action, et souvent même nous les précisent nettement. De la base au sommet de l'échelle animale, la nature nous fait assister à de véritables expériences que les vivisections les mieux dirigées ne pourraient reproduire. En simplifiant ou en perfectionnant ses appareils, elle réduit la fonction à ce qu'elle a d'essentiel, ou elle la complique par des accessoires ajoutés un à un ; elle exécute des analyses ou des synthèses admirables qu'il suffit souvent dé suivre avec attention pour en déduire le mode, la signification et le but. Le sens des modifications qu'elle apporte, par exemple, à l'appareil digestif dans les parties affectées spécialement à la division des aliments, à leur emmagasinage, à leur élaboration, à rabsor[)tiûn de leurs |)roduits utiles ou à l'élimination de leur résidus, se devine souvent à la première inspection. De même, les perfectionnements ou les simplifications apportés à l'appareil respiratoire, soit dans les parties (|ui appellent l'air, qui en règlent l'introduction et l'expulsion, soit dans celles ((ui le portent au contact du sang quand ce liquide ne peut pas venir à un lieu commun de rendez-vous ; les combinaisons par lesquelles elle utilise cet air à diminuer la densité du corps, à donner de la légèreté à tel ou tel organe, impli- (pient des modifications fonctionnelles dont on juge souvent au premier coup d'oeil. Les mille combinaisons dont elle se sert dans ses appareils d'irrigation et lie projection du fluide nutritif ont un sens qui se voit également sans difficulté.
La considération des détails de structure permet aussi de déduire souvent les similitudes ou les dissemblances de rôles, comme elle permet de déduire les similitudes de composition chimi((ue et d'altérations morbides. C'est de celte considération queBichat a tiré ses belles déductions sur la sensibilité, la vitalité des parties qu'il a rangées dans le même système. Toutes les membranes organisées comme les séreuses doivent sécréter, absorber comme elles, et sympathiser entre elles ;
toutes les parties fibreuses doivent partager les mêmes propriétés physiques, la même vitalité obscure, la même insensibilité ; tous les organes à fibres musculaires sont contractiles ; tous les muscles à nerfs cérébro-spinaux dépendront de l'influence delà volonté; tous les muscles à nerfs ganglionnaires seront automatiques.
Mais, si la déduction anatomique donne beaucoup, ellenepeut pas tout donner et elle a besoin de contrôle. La structure des nerfs n'implique point la sensibilité des uns ni la motricité des autres. La disposition anatomique ne donne point le rôle spécial de chaque partie des centres nerveux ; les particularités offertes par les acini des glandes ne font point deviner les caractères de leur action et les propriétés diverses de leur produit. La presque identité de structure entre les glandes salivaires ne fait pas soupçonner la dissemblance chimique des salives ; la ressemblance entre ces glandes et le pancréas conduit à la fausse conclusion que le fluide pancréatique est une sorte de salive. Là, probablement, l'induction ne nous trompe que parce que nous ne connaissons pas sufllsamment la texture intime des parties : la relation que nous ne voyons pas n'en existe peut-être pas moins. Les déductions tirées del'anatomiesont surtout précieuses en physiologie comparée, car elles tiennent lieu, au moins à titre provisoire, des données que ne peuvent fournir actuellement l'observation et les expériences, faute d'être appliquées à la plupart des groupes du règne animal. Elles permettent de se faire des idées nettes, assez justes, des actes de la vie dans les êtres qui ne peuvent, en raison du moindre intérêt qu'ils nous offrent, devenir l'objet de nos études ordinaires. Les analogies et les dissemblances d'organisation entre certains animaux et certains autres, nous font conjecturer les similitudes et les différences fonctionnelles ; voir par exemple en quoi la digestion du carnassier doit ressembler à, celle de l'herbivore, en quoi la première doit différer de la seconde, et ainsi pour la digestion du solipède comparée à celle du ruminant, pour la respiration du mammifère mise en parallèle avec celle de l'oiseau, du reptile ou du poisson.
Cette déduction anatomique, qui nous fait pressentir des différences fonctionnelles souvent nombreuses et importantes, est particulièrement utile à l'expérimentateur en le guidant sur le choix des animaux propres aux études dont il vont généraliser les résultats ou appliquer à la physiologie humaine. Malheureusement on tient peu compte des leçons qu'elle donne, on prend trop souvent au hasard les animaux d'expériences, comme s'il était indifférent d'appliquer à l'homme les données obtenues sur un mammifère, un oiseau ou un reptile. Loin de choisir les espèces dont les fonctions se rapprochent le plus des nôtres, le porc qui est omnivore quand il s'agit d'expérimenter sur la digestion, et non le lapin qui vit d'herbe ou le mouton qui rumine son fourrage, on passe du chien au lapin, de celui-ci au cochon d'Inde, à la grenouille ou à la salamandre, on fait très-sérieusement la physiologie de l'homme d'après celle du cabiai, comme si l'on pouvait toujours conclure d'un type dégénéré au type le plus |)arfail, ou seulement (l'une classe à une autre classe.
La physiologie générale, dans ses synthèses les plus élevées et les plus philosophiques, a beaucoup à tirer des déductions comparatives que fournit l'anatomie. C'est pai' l'anatomie comparée qu'on arrive à voir quelles sont les parties vraiment essentielles des oi'ganes et des appareils, et par là aussi ce qu'il y a de fonda-