DES DIVERS MOUVEMENTS PROGRESSIFS
Maintenant que nous connaissons, d'une manière générale, le mécanisme des mouvements de progression, il ne nous reste plus qu'à étudier les particularités que chacun d'eux peut offrir.
On désigne sous ce nom l'allure lente qui est habituelle à la plupart des animaux quadrupèdes.
Elle appartient au cheval, à l'âne, àl'hémione, au zèbre, au bœuf, au cerf, à la généralité des ruminants, même au dromadaire lorsqu'il marche lentement, à l'hippopotame, au rhinocéros, au porc et k la plupart des carnassiers, etc.
Le pas, quoiqu'il soit une allure lente, et régulière, est extrêmement compliqué. Son analyse comporte plusieurs difficultés dont on ne se doute pas, si l'on se borne à l'étudier sommairement : aussi est-elle incomplète et, sur divers points, inexacte, même dans les travaux des auteurs les plus habiles en mécanique animale.
L'ordre suivant lequel agissent les extrémités, dans le pas, a échappé dans ce qu'il a d'essentiel à Borelli. Le célèbre auteur du -traité De motu animalium, tout en reconnaissant, avec justesse, que, dans cette allure, les membres agissent en diagonale» a prétendu que chacun d'eux se lève et revient à l'appui isolément, avant que les autres aient effectué la même action, de telle sorte qu'il y aurait constamment un pied levé et trois à l'appui. Bourgelat, Lafosse et Barthez ont relevé cette erreur et ont parfaitement remarqué qu'il y a toujours, dans le pas, deux pieds en l'air et deux pieds sur le sol; le premier a fait voir, en outre, que Ces deux membres qui sont en l'air à un moment donné ne se lèvent et ne viennent
pas à l'appui ensemble, mais successivement et à des intervalles qui partagent la durée d'un pas complet en quatre périodes distinctes.
Le pas est une allure à quatre temps, d'une durée <à peu près égale, et à quatre battues distinctes, dans laquelle il y a, à la l'ois, un membre antérieur et un postérieur en l'air, un antérieur et un postérieur à l'appui, membres qui se lèvent et posent l'un après l'autre, dans un ordre tel que des deux membres en l'air l'un est toujours en avance de la moitié de sa course sur l'autre, et que des deux membres posés l'un est au milieu de son appui quand l'autre commence le sien.
Pour bien reconnaître ces diverses périodes, il y a trois moyens à employer : 1° étudier le pas initial d'un clieval dont les membres ont, à l'instant où il se met en marche, la situation caractéristique de la station forcée ; 2° analyser le même pas d'un cheval qui se trouve arrêté avec les deux pieds d'un bipède diagonal plus avancés que les deux pieds de l'autre ; 3° enfin, suivre un pas succédant à un autre pas, sur un animal déjà en mouvement. Voyons ces trois moyens en particulier et procédons avec méthode, car nous allons rencontrer plus d'une dilliculté.
En prenant le cheval qui se met à marcher, ses pieds étant comme ils le sont lors de la station forcée, on voit : qu'au lever du pied antérieur droit succède celui du pied postérieur gauche, jiuis celui de l'antérieur gauche, et enfin du postérieur droit. Mais, dès que le premier membre levé a parcouru la moitié de son trajet, le second se lève, de telle sorte que, d'une part, pendant la première partie de ce temps, le corps est soutenu par trois membres, au lieu de l'être par deux, et que, d'autre part, il y a, dans la durée du premier temps, lever de deux pieds, sans que le lever de l'un d'eux coïncide avec le poser d'un autre; de plus, les deux membres qui ont quitté le sol les premiers ne font, chacun, qu'une demi-oscillation, c'est-à-dire ne parcourent que la moitié de leur trajet normal, puisqu'à leur point de départ ils se trouvaient chacun en regard de son correspondant. Ce premier jeu est donc incomplet et irrégulier :. incomplet, puisque les deux premiers pieds levés ne font que la moitié de leur trajet ordinaire ; irrégulier, puisque le lever d'un pied ne coïncide pas avec le poser d'un autre, et que le pied qui a entamé l'allure ne reste pas en l'air pendant deux temps successifs, mais seulement pendant un seul. Cette première combinaison ne peut donc donner une idée exacte du pas.
Si l'on examine l'animal qui se remet en marche après avoir été subitement arrêté à l'instant que deux membres d'un bipède diagonal rencontraient le sol, bien en avant de ceux de l'autre bipède, on peut avoir, dès le début, un pas complet ou à très peu de chose près, mais on a encore un pas irrégulier. On observe alors que le pied antérieur le plus reculé entame l'allure et que son lever est suivi du lever du pied postérieur placé on arrière de l'autre : chaque membre fait une oscillation complète. Mais l'irrégularité précédemment indiquée, qui caractérise le pas initial, se reproduit avec une légère modification : aussi cette nouvelle combinaison, un peu plus avantageuse que la première, ne donne-t-elle point encore les éléments d'une analyse rigoureuse.
Pour bien apprécier la succession et le jeu des extrémités dans l'allure que nous étudions, il faut examiner l'animal déjà en action et faire abstraction du
pas initial, ou, en d'autres termes, décomposer un pas succédant à un autre, en ne portant son attention que peu à peu sur les diverses particularités de l'allure.
Or, en ne considérant d'abord que les levers des membres, on voit se lever: au premier temps le membre antérieur droit, au second le membre postérieur gauche, au troisième l'antérieur gauche, au quatrième le postérieur droit.
En considérant ensuiie les appuis on voit : au premier temps poser le membre antérieur gauche, au second le membre postérieur droit, au troisième l'antérieur droit, au quatrième le postérieur gauche.
En portant seulement son attention sur les bipèdes oscillant en l'air, on a : au premier temps le latéral droit, au second le diagonal droit, au troisième le latéral gauche , au quatrième le diagonal gauche.
En examinant exclusivement les bipèdes qui supportent le corps on a: au premier temps le latéral gauche, au second le diagonal gauche, au troisième le latéral droit et au quatrième le diagonal droit.
FiG. 75. — Le pas.
Enfin, si l'on veut envisager tout cela à la fois, mais en abstraction plus qu'en lait, voici ce qu'apprend l'analyse dupas, à supposer qu'on la commence au lever du pied antérieur droit, par exemple. Au moment du lever du membre antérieur droit, le postérieur du même côté a déjà exécuté une demi-oscillation, le corps est porté par le bipède latéral gauche; pendant ce temps, le membre antérieur droit exécute la première moitié de son oscillation et le postérieur du même côté la seconde moitié de la sienne. Au commencement du deuxième temps, le membre postérieur gauche se lève et le postérieur droitappuie; pendant sa durée, le corps est porté [)ar lo bipède diagonal gauche; le membre antérieur droit elîectue la seconde moitié de son oscillation et le postérieur gauche la première moitié de la sienne. Au début du troisième temjjs, l'antérieur gauche se lève et l'antérieur
droit appuie; pendant sa durée, l'anlrriour gauche fait la première moitié de son oscillation, le postérieur gauche la seconde moitié de la sienne ; le bipède latéral droit porte le corps. Enfin, au commencement du quatrième temps, le pied postérieur droit se lève, le postérieur gauche arrive à l'appui; pendant sa durée, le bipède diagonal droit porte le corps, le membre postérieur droit eiïectue la première moitié de son oscillation et le membre antérieur gauche la seconde moitié de la sienne.
Dans ce pas complet et régulier, chaque pied a donc elîectué son lever et son appui, et par conséquent, exécuté une oscillation tout entière; chacun d'eux a été deux temps en l'air et deux temps à l'appui ; seulement, l'un des pieds poslérieurs qui s'était levé et avait effectué une demi-oscillation dans le pas précédent opère son action, en ce qui concerne le pas actuel, en deux fois; il opère sur celui-ci la moitié de l'oscillation commencée dans le quatrième temps du pas qui vient de finir. Et c'est par là que les pas qui se suivent empiètent les uns sur les autres, sans pouvoir jamais s'isoler d'une manière absolue.
Tableau du jeu successif des membres au pas.
TEMPS