Marey, Machine animale, p
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solidement attachée au tronc par une clavicule et un coracoïde énormes, acquiert, par ses longues plumes imbriquées, une très grande surface pour frapper l'air, tout en conservant une extrême légèreté. Ses mouvements, dus en grande partie à l'action des muscles pectoraux, dont le volume est énorme relativement au reste du système musculaire, n'ont pas de caractères constants. Ce sont, en général, des oscillations obliques de dedans en dehors, de haut en bas et d'avant en arrière. Chez les oiseaux rameurs, qui ont les ailes courtes, elles frappent l'air comme les rames, en effectuant de longues oscillations. Au contraire, chez les voiliers, qui les ont très étendues, elles s'agitent peu; leurs oscillations sont courtes. Le nombre de leurs battements varie, d'après M. Marey\ dans des proportions considérables ; il est, par seconde, de 13 dans le moineau, de 8 dans le pigeon, de 3 dans la buse. Chaque battement d'aile se subdivise évidemment en deux périodes, l'une brève et facile, celle de l'élévation, l'autre d'abaissement, plus pénible, plus prolongée. C'est, dit-on, pendant celle-ci, que l'air, frappé vivement, développe la force qui pousse le corps en haut et en avant.
C'est à l'aide de la méthode graphique que M. Marey est parvenu à constater les particularités de la locomotion aérienne. L'ingénieux expérimentateur s'est servi dans ce but d'un double appareil consistant : d'une part, en une ampoule exploratrice de caoutchouc tixée sous les pectoraux et communiquant avec un tube plein d'air; d'autre part, en une sorte de télégraphe électrique adapté à l'aile et formé de deux éléments voltaïques et d'un électro-aimant. Les indications du double appareil sont tracées sur un enregistreur à tambour.
La figure 87 représente l'oiseau volant avec son double appareil. L'ampoule, maintenue par un corset sous les pectoraux, donne les tracés qui résultent de l'action des pectoraux et qui indiquent la fréquence des battements de l'aile, la durée relative de ses temps d'élévation et d'abaissement. La figure 88 montre l'oiseau au vol avec l'appareil destiné à indiquer les déplacements de l'extrémité libre de l'aile, déplacements dont la hgure 89 donne une idée.
Borelli, qui regardait le vol comme une suite de sauts, comparait les ailes à des ressorts arc-boutant sur la résistance de l'air; il pensait que ce lluide, en les repoussant, donnait lieu à un mouvement réfléchi analogue à celui qui, d'après ses idées, était le résultat de la réaction du terrain dans les autres modes de progression. Cette explication, pleine de vues ingénieuses, n'est pas tout à fait exacte : les ailes agissent bien comme des ressorts qui arc-boutent à l'une de leurs extrémités sur une surface plus ou moins résistante, mais le mouvement de l'oiseau n'est pas un mouvement réfléchi dérivé de la réaction élastique de l'air. Les ailes agissent d'une manière analogue à celle des rames, elles frappent l'air comme les nageoires et la queue du poisson frappent l'eau : leur action est à peu près semblable à celle des membres dans le saut. En s'étendant subitement, elles développent une force qui éloigne l'une de l'autre leurs deux extrémités, et qui, par conséquent, se décompose en deux parties : l'une appliquée à l'extrémité libre de l'aile, employée à déprimer l'air et à prendre un point d'appui
1. Marey, Mém. aur le voldea ins. et des oiseaux {Ann.des sciences nat., 5'' série, t. XII, p. 49, 1869).