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vanisation dos filets nerveux, on tire des déductions forcées et fausses dans le but d'étayer des théories préconçues qut beaucoup de gens acceptent sans trop de difficultés, parfois avec enthousiasme.
Il n'est rien de si difficile que d'expérimenter avec art, d'interroger la nature sans lui faire violence, de trouver le moyen qui trouble le moins, le moment le plus favorable, l'animal le mieux approprié à nos recherches, rien de plus difficile, en un mot, que de faire ces belles et simples exjiériences, ces expériences lumineuses, décisives que les maîtres savent si bien instituer. Il faut pour cela une longue initiation, de profondes connaissances anatomiques, une sorte de génie que l'audace et le coup de main hardi ne remplacent point.
Un grand travers de beaucoup d'expérimentaleurs actuels, c'est de viser toujours au merveilleux, à ce qui attire l'attention, pour négliger les sujets moins brillants dont l'élude exige des efforts pénibles et persévérants. Il est plus commode, en effet, de fenètrer le thorax en regard du cœur palpitant, de couper un sciatique de grenouille, d'exciser un ganglion que d'entreprendre de longues études sur l'alimentation, la chaleur animale, l'analyse d'une fonction obscure, d'un phénomène peu apparent. Les habiles le savent bien et n'hésitent pas à opter pour les rôles qui se résument en quelques coups de scalpel : ceux-là sont pour les sections de nerfs, pour les amputations de pattes de salamandres, les greffes animales; aussi sur ces points les documents surabondent. Sur les autres qui exigent de longues études, on manque du nécessaire.
Il est des physiologistes qui expérimentent uniquement dans le but de trouver la confirmation de leurs conjectures, qui'cherchent les combinaisons les plus propres à étayer leurs vues et ne prennent dans les résultats que ce qui vient à l'appui de théories faites à l'avance. Le reste est mis de côté. L'expérimentation ne vaut, pour eux, que par les secours qu'elle leur fournit ; ils en dédaignent les données dès qu'ils ne peuvent les adapter à leur manière de voir. Ceux-là n'admettent pas qu'on expérimente si l'on n'a quelque idée préconçue à vérifier. Ils considèrent comme un empirique quiconque recourt à l'expérience pour analyser les phénomènes en dehors de toute préoccupation doctrinale.
Il en est d'autres qui demandent à l'expérimentation plus qu'elle ne peut donner, et qui croient remplir en deux ou trois tentatives des programmes capables d'absorber des années et des milliers de sujets. Du premier coup ils voudraient prendre d'assaut la place qu'on assiégerait vingt fois sans succès.
Beaucoup se réduisent volontiers à la tâche de répétiteurs d'expériences. Ils viennent, à la suite des forts, jouer !e rôle d'admirateurs. Toujours on les voit d'accord avec ceux auxquels la position semble conférer l'infaillibilité. Souvent ils ne répètent, ne vérifient rien, et se bornent à introduire dans leurs travaux quelques variantes sans signification, afin qu'on ne les soupçonne pns de plagiat. Si l'obseVvateur dont ils confirment les résultats est dans le vrai, ils croient partager le mérite d'avoir bien vu ; s'il se trompe, ils se consolent aisément d'une erreur commise en bonne société.
Un autre travers, devenu assez commun, même parmi les expérimentateurs de mérite, c'est de s'exagérer la portée des résultats obtenus. Dès qu'un fait nouveau est constaté, on s'imagine qu'il va bouleverser la science de fond en comble
et en renouveler la face. On voit se former un principe immédiat dans l'organisme, où un si grand nombre de })rin(npes prennent naissance, et cette simple action chimique, prise entre mille, devient immédiatement une fonction importante ; — on oblient des tracés graphiques des battements du cœur, des pulsations artérielles, et voilà l'art du diagnostic en révolution ; on excise les capsules surrénales ou une portion de rate, on ampute une patte de salamandre, on greffe des appendices, des lambeaux de périoste ; on soude un nerf à un autre, et l'on se (igure que cela dévoile les lois du développement, les mystères de la nutrition, les propriétés de la fibre nerveuse. On tire d'un fait une série de conclusions, sans penser que la première est môme souvent contestable.
Il n'est pas possible de se dissimuler qu'en présence de cet état de choses, la physiologie ne soit plus difficile à faire aujourd'hui qu'elle ne l'a jamais été. Elle a bien des matériaux en grand nombre ; mais, dans ces matériaux, que de faits sans valeur, mal observés, mal interprétés ! Que de difficultés à les trier, à les peser, à les classer ! Il faut que le physiologiste se voue à la tache pénible d'examiner et de contrôler sans cesse, qu'il ait toujours la pierre de touche, le scalpel, le microscope, le réactif à la main, qu'il se tienne dans une défiance perpétuelle de l'erreur, qu'il débarrasse la science de toutes les fausses reliques sur lesquelles s'abusent les indifférents, et qu'il repousse impitoyablement les inepties, les méprises, les pauvretés de toutes sortes jetées, chaque jour, au vent de la publicité, afin de n'employer à ses synthèses que les véritables richesses.
En dressant le bilan de la science, en écrivant son histoire, que le physiologiste reste impartial. Son rôle l'oblige à peser les titres, les droits de chacun, avec le soin, l'équité qu'il a dû mettre à l'examen des points purements scientifiques. Qu'il ne suive pas l'exemple de ces auteurs pusillanimes faisant appel à la postérité toutes les fois qu'il s'agit de déterminer les droits des auteurs de découvertes ou d'importants travaux. Le présent est le juge de première instance: il doit se prononcer ; la postérité conserve toute sa liberté de confirmer ou de casser. Sans doute, il déplaira souvent dans ce rôle ; mais il recueillera l'approbation des bons juges, les seuls dont il doive estimer les suffrages.
Le travail d'épuration devient maintenant, en présence de l'entassement des matériaux et des travaux contradictoires, la première tâche que le physiologiste ait à remplir. Il n'est plus possible, sauf dans les ouvrages encyclopédiques et dans ceux qui ont pour objet l'étude de quelques questions spéciales, de discuter une à une toutes les productions et de réfuter les mille erreurs qui surgissent. Il faut s'en tenir à ce qui est parfaitement établi et à peu près en dehors de toute contestation. Remettre sans cesse en regard les opinions iiasardées, les résultats équivoques, les faits mal observés, les détails sans importance, c'est faire perdre à la science ses attraits, c'est en éloigner les esprits sérieux qui y cherchent des lumières et des données applicables à d'autres sciences.
Ce travail .effectué, la physiologie se trouvera plus à l'aise sur son terrain ; il lui restera plus de place pour l'exposition de ses véritables richesses. Elle deviendra un fiambeau étincelant pour la pathologie, lui fera connaître ou l'aidera à découvrir le mode d'évolution, le mécanisme, la nature des troubles morbides ; elle jettera des clartés inattendues sur la thérapeutique en faisant voir comment
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l'agent médicamentaux modifie les propriétés des tissus, l'état des liquides, le jeu (les organes et l'ensemble de l'organisme ; elle fera de Vh\<X\vno, de l'économie des animaux, des sciences précises, éminemment intelligentes, dont les principes, les préceptes, seront appuyés sur des bases inébranlables.
C'est encore dans la pliysioloi^'io que la psycbologie, les sciences sociales, la politique même, trouveront souvent des bases sûres, caries sociétés ont des lois, des besoins, des aspirations, des défaillances qui dérivent de ceux des individus, et qui les reproduisent en grand. Les sociétés, aussi bien que les individus ne peuvent être dirigées arbitrairement, en deliors des lois essentielles et primordiales qui régissent l'être isolé.
Et quand je parle de ces grandes applications de la piiysiologie, je ne sépare pas la pbysiologie des animauK de celle de l'bomme, car elles ne peuvent être désunies. La première sert d'introduction et de guide à la seconde. Si les animaux n'étaient point connus, s'ils ne servaient tous les jours aux études expérimentales, la physiologie de l'homme ne serait qu'une ébauche sur la plupart des points.
En résumé, la physiologie a toujours eu devant elle deux voies, celle de l'étude des faits par l'observation et les expériences, et la voie des créations abstraites, des hypothèses, des théories : l'une où se sont engagés les esprits supérieurs, Galien, Harvey, Borelli, Réaumur, Haller, Hunter, Bichat et les chefs de l'école moderne, elle les a conduits à des découvertes impérissables; l'autre où se sont lancés les esprits abstraits, les Sylvius, les Van Helmont, les Stahl, et tant de rêveurs dont les noms sont tombés dans l'oubli, n'a mené à rien de sérieux ni de durable. C'est en suivant la première, pour laquelle tous les physiologistes ont désormais opté, qu'elle continuera à ajouter indéfiniment à son ancien fonds d'immenses richesses.
L'activité propre à l'organisation animale se traduit, à toutes ses périodes et à tous ses degrés, par un certain nombre d'actes très différents les uns des autres, connus sous le nom de fonctions.
La fonction peut être définie : l'action spéciale d'un organe ou d'un appareil, action caractérisée par sa nature, son but et l'instrument chargé de l'effectuer.
En analysant sommairement l'aclivité des animaux, on voit qu'elle résulte de l'ensemble des fonctions suivantes :
La première, Vinnervalion domine et règle toutes les autres qu'elle tient sous sa dépendance. C'est elle qui préside aux sensations, aux mouvements, à la digestion, à la respiration, et, en général, à toutes les actions vitales : sans elle le muscle ne peut se contracter, l'estomac ne peut digérer, nul organe remplir son rôle; elle est en quelque sorte le principe ou le point de départ des phénomènes organiques ; enfin, elle a, comme celles qui suivent, son instrument spécial qui est le système nerveux, son objet, ses caractères et ses lois qui sont susceptibles d'être déterminés avec une précision rigoureuse.
La deuxième est celle des sensations^ au moyen desquelles l'animal est diversement impressionné par le monde extérieur. Par cette fonction il prend connaissance de tout ce qui l'entoure ; il aperçoit les objets, apprécie leur forme, leur couleur, leur distance ; par elle il est frappé des vibrations qui se produisent dans l'atmosphère, reconnaît les qualités de l'air et des aliments, juge de la configuration et delà température des corps, acquiert enfin toutes les notions possibles sur ce qui l'environne.
La troisième, ou la locomotion, complète les relations qui existent entre l'animal et le monde extérieur : par elle il se transporte d'un lieu dans un autre, va audevant de ce qui lui plaît, fuit ce qui lui cause do la douleur, résiste aux attaques de ses ennemis, cherche sa proie, prend sa nourriture, se construit quelquefois des habitations, etc. Elle n'est qu'une conséquence nécessaire de la précédente.
Une quatrième, la digestion, est destinée à modifier des matériaux étrangers introduits dans un appareil spécial, pour y être transformés en une substance qui doit reconstituer le sang, entretenir, réparer et accroître tous les organes.
Une cinquième, V absorption, fait pénétrer dans certains canaux les matières qui peuvent servir au renouvellement du fluide nutritif, aux sécrétions et à la formation des tissus.
Une sixième, la respiration, met l'air cl le fluide nutritif en rapport l'un avec
l'autre, alin que, par suite de leur action réciproque, le sany soit revivilié, rendu apte à nourrir les organes et à leur communiquer l'excitation sans laquelle ils ne peuvent remplir les fonctions qui leur sont départies.
Une septième, la circulation, charrie le sang par tout le corps, le distribue, au moyen de nombreux vaisseaux, à tous les tissus, à tous les organes, dans la mesure qui convient à leurs besoins et à leur activité.
Par une huitième, la nutrition, le sang est employé à l'entretien des organes, à leur accroissement, à la réparation de leurs pertes. Il se convertit en la substance même des tissus où il arrive : ici, en os ; là, en muscle; plus loin, en cartilage, etc.; et, après avoir donné à chaque partie ce qui lui est nécessaire, il reprend, en échange, des matériaux usés qui recevront une autre destination.
Par une neuvième, h'&sécrélwns, lelluide nutritif est travaillé dans les glandes qui le purifient, qui lui enlèvent ses éléments nuisibles ou superflus, et qui fai)riquent avec certains de ses matériaux des produits très variés, devant servir à des usages spéciaux.
Par une dixième enfin, la génération, l'animal, parvenu à son complet développement comme individu, forme, aux dépens de sa propre substance, d'autres individus semblables à lui, destinés à renouveler et à perpétuer son espèce.
Chacune de ces fonctions n'est point un acte simple, mais un ensemble d'actes secondaires concourant tous au même but. Ainsi la digestion résulte d'un premier acte pour la préhension des aliments, d'un autre pour leur division, d'un troisième pour leur transport de la bouche dans l'estomac, etc. De même, la respiration, la locomotion en comprennent une série plus ou moins nombreuse. Quelquefois certains de ces actes, en raison de leur caractère et de leur importance, ont été considérés comme des fonctions distinctes. De là sont nées de grandes dissidences entre les physiologistes : Vicq d'Azyr, par exemple, faisait de V ossification, qui n'est qu'une forme de la nutrition, une fonction particulière; Guvier plaçait au même rang la transpira/ ion ; Chaussiev, Vexpressio)i; Richerand,la voix; Bichat, Vexiialation et la calorijication, bien que la transpiration, l'exhalation, ne soient que des sécrétions; l'ossification, une variété de l'assimilation ; la voix et l'expression des résultats combinés de la locomotion ; et la calorillcation, un effet des actions chimiques ou des changements d'état qui s'opèrent, soit dans le poumon, soit dans les autres parties de l'organisme.
Les diverses fonctions qui viennent d'être énumérées ne sont pas isolées et indépendantes les unes des autres ; elles sont, au contraire, liées entre elles et associées si intimement, qu'il est difticile de les séparer en catégories distinctes pour les classer méthodiquement. Cependant, depuis longtemps, on a tenté cette classilication.
Galien et, après lui, la plupart des anciens physiologistes en ont reconnu trois groupes, savoir : les fonctions vitales, les fonctions naturelles et les fonctions animales. Les iiremières, l'innervation, la respiration et la circulation, sont immédiatement nécessaires à la vie : leur cessation l'anéantit sur-le-champ ; les secondes, telles que la digestion, les sécrétions, concourent à l'entretien et à l'accroissement de l'individu ; les troisièmes, la locomotion -jt les sensations, sont propres à ranimai, et servent à établir ses relations avec les êtres qui renluurent.
Cette distinction, en partie rationnelle, manque évidemment d'exactitude et n'est pas susceptible d'être appliquée à la généralité des animaux.
Bicliat^ partant de considérations philosophiques plus vraies et plus en rapport avec la science moderne, les distribue en deux grandes classes, comme Aristote l'avait déjà fait assez explicitement : l'une, renfermant les fonctions qui ont trait à la vie de l'individu ; l'autre, celles qui sont relatives à la vie de l'espèce. Prenant ensuite la première de ces classes, il voit qu'elle comprend, d'une part, des actions propres à l'animal et destinées à le mettre en rapport avec le monde extérieur ; d'autre part, des actions préposées à la constitution et à la conservation des parties. Il désigne les premières sous le nom de fonctions de la vie animale, et les secondes sous celui de fonctions de la vie organique. Entin il subdivise la seconde classe, relative à l'espèce, en plusieurs ordres. Mais, ici, il perd de vue la distinction précédente qu'il avait développée avec tant de complaisance, et ne semble pas remarquer que, dans les fonctions génératrices, il y a des actions dépendant de la vie animale, et d'autres de la vie organique; ou, s'il reconnaît cette séparation, il la néglige pour en donner une autre qui n'a rien de commun avec cette dernière. Il fractionne sa seconde classe en trois ordres : l'un comprenant les fonctions du mâle; l'autre celles de la femelle, et le troisième les fonctions résultant de l'union des deux sexes.
Une classification si habilement conçue devait avoir du succès, et elle n'en a pas manqué : beaucoup de physiologistes l'ont adoptée tout entière ou avec quelques légères modifications de détail; cependant elle n'est pas à l'abri de toute critique. On pourrait lui reprocher d'établir une scission trop tranchée entre les actions de la vie animale et celles de la vie organique ; car il est évident que les fonctions le plus essentiellement organiques, comme la digestion, la respiration, comprennent des actes qui, par leur nature, se rattachent à la vie animale. Ainsi il y a, pour la première, des sensations qui provoquent à la préhension des matières alimentaires, et qui déterminent dans quelle mesure elle doit avoir lieu ; des mouvements qui opèrent la division de ces matières et leur transport jusque dans les parties profondes de l'appareil digestif. Pour la respiration il y a également des sensations et des actions mécaniques compliquées, par le moyen desquelles l'air est amené dans le poumon et expulsé de cet organe, dès qu'il y a rempli son office. Il en est à peu près de même pour beaucoup d'autres. Les fonctions de l'espèce, qui sont bien distinctes parleur but, ne peuvent, quant à leur nature, former une catégorie spéciale, puisqu'elles ont pour éléments des sécré^ lions, des excrétions^ des actes sensitifs et locomoteurs, c'est-à-dire des actions de la vie animale et de la vie organique. Mais ces imperfections n'ôtent point à la classification de Bichat le mérite qu'on lui a reconnu ; elles sont inhérentes à toute classification de ce genre, quelle qu'elle puisse être, à cause de la filiation des actions vitales, de leur enchaînement, de leur association, qui ne permettent point de partager ces actions en catégories tout à fait distinctes et indépendantes les unes des autres.
Une troisième classification, renfermée implicitement dans la précédentej me
1. Voy. Bichat, A^iatomie rjénérale. Paris, 1830, t. I, p. xciv; — Recherches sur la vie et la rnort, 1805, p. 2.
païaît beaucoup plus simple et plus convenable; c'est celle qui divise les fonctions en trois grandes sections : fonctions de relation, fonctions de nutrition et fonctions de reproduclion. Elle distribue ainsi en trois, groupes bien distincts les actes qui concourent aux trois résultats résumant toule la vie de l'animal : se mettre en rapport avec le monde extérieur, se nourrir et se reproduire. Sans doute elle n'est pas exempte de plusieurs des inconvénients de celle de Bicliat; néanmoins nous l'adopterons à cause de sa sim[»licité, et parce qu'elle suflit à une exposition méthodique des diverses parties de la physiologie.