I. — Formes du système aierveiix dans le règne a,nima.I
Les diverses fonctions de l'organisme ne s'enchaînent les unes aux autres, ne se mettent en harmonie entre elles et ne s'effectuent que par suite d'une action régulatrice qui les domine et les tient, relativement à elle, dans une dépendance intime. Cette action, qu'on appelle V innervation, résulte de l'activité spéciale du système nerveux.
Dans les êtres les plus simples où la substance organique est homogène, la sensibilité et la contractilité semblent appartenir indistinctement à toutes les parties; il n'y a pas encore d'éléments nerveux isolés ; tel est le cas des infusoires et des spongiaires. Dès que l'hétérogénéité se dessine, que les actions se spécialisent, l'élément nerveux tend à se montrer; néanmoins il paraît être devancé par l'élément musculaire, car la vésicule contractile de l'actinophrys et les bras mobiles du polype n'ont pas encore de nerfs distincts. Il est probable qu'avant de se rassembler en masses ou en filets, la substance nerveuse est diffuse. Dans tous les êtres elle se décèle physiologiquement avant de se dessiner au point de vue anatomique: ses fonctions s'accusent avant l'apparition de leurs instruments.
Le système nerveux, qui paraît exister, au moins à l'état rudiraentaire, chez tous les animaux sans exception, revêt des formes très variées avant de se présenter sous l'aspect qui le caractérise dans les animaux supérieurs. Il n'est pas distinct chez les plus simples; mais il y existe sans doute ù l'état de cellules et de filaments disséminés au milieu de la trame homogène dont se composent toutes les parties. Là il n'a ni ganglions, ni filets bien distincts, ni centre, ni partie périphérique ; il est amorphe. Son inlluence est alors probablement confuse, et privée des particularités si remarquables qui caractérisent celle du système nerveux des types les plus élevés.
Sa première forme paraît se montrer seulement dans les zoophytes les plus parfaits, encore n'y est-elle pas toujours évidente. C'est celle d'un anneau ou d'une couronne entourant l'ouverture de la cavité digestive, couronne pourvue dans les astéries, les méduses, de prolongements destinés aux itarties péri" phériques.
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Sa seconde forme appartient au\ animaux articulés. Elle est caractérisée par la présence, au-dessous de l'appareil digestif, d'une double série de ganglions dont chaque paire correspond à un segment du corps. Les ganglions du même côté sont unis entre eux par des libres connectives longitudinales, de manière à former une chaîne étendue d'une extrémité du corps à l'autre. Et les ganglions d'une même paire, lorsqu'ils ne sont pas coalescents, se joignent par des fibres commissurales transverses. La double chaîne ganglionnaire procède d'un anneau œsophagien à ganglions volumineux. L'un d'eux, dit cérébroïde, donne les nerfs des yeux, des antennes ot autres appendices de la tète. L'autre fournit les filets destinés aux mandibules.
Dans cet embranclioincnt des articulés la forme du système nerveux offre des variantes assez nombreuses très bien étudiées par des naturalistes éniinents, MM. Milne Edwards, de Quatrefages, de Lacaze Duthiers, Blanchard, etc. Ainsi, tantôt les ganglions des deux chaînes se fusionnent sur la ligne médiane pour former une chaîne unique ou un cordon [)resque dépourvu de renllements, comme chez divers crustacés et chez les myriapodes. D'autres fois, les ganglions des deux séries se rapprochent et se confondent en une seule masse plus ou moins sphéroïdale comme dans plusieurs groui»es de Décapodes. Dans quelques circonstances, comme chez les Nématoïdes les deux chaînes sont peu espacées et pourvues d'anastomoses transverses, ou bien très éloignées Tune de l'autre et sans anastomoses, sauf à l'origine ou au collier œsophagien. D'ailleurs la forme du systèmese modifie chez les insectes aux diverses phases de l'évolution; elle offre dans la larve des dispositions qui s'effacent dans l'insecte parfait.
Dans tous les cas. déjà, chez les articulés, il y a un second système nerveux dit stomato-gastrique qui est constitué par de petits ganglions situés au-dessus de l'appareil digestif, anastomosés entre eux et avec la grande chaîne, surtout avec les renflements cérébroïdes de l'anneau œsophagien. Ces ganglions peuvent même, chez les insectes, former deux séries parallèles dont les filets se rendent à l'appareil digestif, au vaste ensemble des trachées et au vaisseau dorsal. Ils représentent vraisemblablement le grand sympathique des animaux supérieurs.
La troisième forme du système nerveux est celle des mollusques. Elle a une grande analogie avec la précédente. Le collier œsophagien, ordinairement double, est pourvu d'un gros ganglion cérébroïde au-dessus et d'un second plus petit audessous du canal. Les autres ganglions réduits à deux ou trois paires seulement sont sous le tube digestif anastomosés transversalement, mais sans constituer, d'avant en arrière, une chaîne comparable à celle des articulés.
Le système nerveux des mollusques, le plus souvent d'une insymétrie comparable à celle du corps, va se compliquant des acéphales aux céphalopodes. Chez ceux-ci il y a des ganglions cérébroïdes énormes logés, avec le reste du collier, dans une cavité cartilagineuse qui est un rudiment de crâne, ganglions souvent divisés en deux masses représentant, d'après Cuvier, l'une le cerveau, l'autre le cervelet des vertébrés. Ils donnent des filets, d'une part aux bras, aux ventouses, au pied, au manteau, d'autre part à l'aiipareil respiratoire, au cœur et aux vaisseaux. Quelques-uns plus [)etits et nombreux re|uésentent évidemment, comme chez les articulés, le système nerveux viscéral ou grand sympathique.
G. COLIN. — Physiol. comp. 3' édif, | (j
Sous ces trois premières formes le système nerveux offre déjà les éléments constitutifs qu'il possède à son maximum de complication, savoir des cellules de diverses grandeurs, sphéroïdes ou fusiformes, avec ou sans prolongements, cellules diversement groupées dans les ganglions et associées à des filets ou à des libres nerveuses, à de la substance granulée, grise ou blanche comme dans les types les plus élevés.
Enfin, sa quatrième forme caractérise les animaux vertébrés. Ici il est placé au-dessus du canal digestif dans un étui brisé, osseux ou cartilagineux. A la tête, il offre plusieurs masses constituant l'encéphale, et dans toute la longueur du tronc un prolongement connu sous le nom de moelle épinière. De cette tige médullaire émanent, soit dans la partie crânienne, soit dans la partie rachidienne, une infinité de cordons nerveux dont les uns sont conducteurs des impressions sensitives, les autres des excitations motrices et le plus grand nombre jouissent de ces deux propriétés. A ce système , qu'on a appelé cérébro-spinal, ou de la vie animale, se trouve annexé un système ganglionnaire plus ou moins indépendant du premier et présidant spécialement aux actions obscures de la vie organique.
Ces deux faits si remarquables, en ce qui concerne les vertébrés : d'une part, l'existence d'un cerveau et d'une moelle épinière et la situation de ces parties centrales; d'autre part, l'adjonction à celles-ci d'un petit système jouissant de propriétés particulières et exerçant une influence plus ou moins distincte, ont paru suffisants à plusieurs anatomistes pour repousser l'identité de composition entre l'appareil nerveux des vertébrés et celui des invertébrés ; mais leurs opinions, sur ce point, sont très dissidentes. Les uns, avec Serres^, soutiennent que l'encéphale et la moelle épinière sont exclusivement propres aux vertébrés et que ces parties n'ont pas d'analogues dans les invertébrés, dont le système nerveux l'épondrait seulement aux ganglions du trifacial et à la double série ganglionnaire des nerfs rachidiens des animaux supérieurs; les autres, avec Cuvier et Meckel, comparent le cerveau et la moelle épinière des vertébrés aux ganglions œsophagiens et aux chaînes de renflements qui existent dans la plupart des animaux sans vertèbres; M. Milne Edwards partage cette dernière opinion et il ne voit entre le système cérébro-spinal des vertébrés et les colliers œsophagiens suivis de leurs chaînes qu'un même système sous des formes et des situations diverses. Toutes les analogies fonctionnelles corroborent cette manière de voir appuyée d'ailleurs sur le fait de l'existence dans les invertébrés d'un système stomato-gastrique représentant évidemment, par son mode de distribution, le sympathique des animaux- supérieurs.
niK'llc que soit sa forme, le système nerveux, une fois nettement caractérisé, comprend deux ordres de i)arties : les masses et les cordons. Chez les vertébrés, les premières constituent le système nerveux central qui se compose de l'encéphale et de la moelle épinière; les seconds ou les nerfs forment le système nerveux péripliéiiquc disséminé par tout l'organisme et mettent les parties en communication av(!C les centres.
1. Serres, Anufoi/iw coiiipuvr.n du cerveau dans les rjuatre classes de vertébrés. Paris, 1827, t. Il, p. 47.
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Les organes nerveux, centraux ou conducteurs, sont constitués par des éléments histologiqucs spéciaux: chaqn(> cordon résulte d'un assemblage de filets, à envelo[)pc commune, et chaque lil)re nerveuse, trans|)arente pendant la vie, montre une enveloppe devenant distincte par l'action de l'alcool et de l'acide acétique bouillant ; puis une substance médullaire, homogène, prescpie fluide, susceptible de se rassembler et de s'échapper sous forme de gouttelettes ; enlin au centre, un filament strié ou cylindre axile, que les acides rendent apparent. L'enveloppe peut manquer, la substance médullaire ou la myéline aussi ; mais le filament axile persiste et constitue essentiellement le nerf, c'est-à-dire le fil conducteur de la sensibilité et de la motricité. Il peut se diviser encore dans les tissus, et il paraît s'y terminer non en anses et en réseaux, mais par des extrémités libres dont la disposition est extrêmement variée dans les organes des sens, à la peau, aux muqueuses et dans les muscles.
Chaque masse ou rondement nerveux a, en outre, des cellules spéciales, à enveloppe mince, amorphe, à contenu demi-fluide, finement granulé et à noyau pourvu d'un nucléole sim[>le ou muUi})le. Ces cellules, de formes variées, sont les unes sphéroïdales, les autres à prolongement simple, doulde, triple, d'où leurs noms d'apolaires, unipolaires, bipolaires et multipolaires. C'est par leurs prolongements qu'elles s'unissent entre elles ou (pi'elles se continuent avec les filets nerveux.
Il y a enfin dans les centres, entre les fibres elles cellules nerveuses, une matière granulée, à noyaux libres, analogue au contenu même des cellules.
L'association complexe et très diversifiée de ces éléments constitue les centres nerveux et les cordons doués de propriétés spéciales.