BufTon, Histoire naturellcilb'i, t. IV, p
organe chez le cheval : la glotte est courte, les cordes vocales, lom d'être détachées et nettement découpées à leur bord supérieur, se confondent, sans démarcation précise, avec les parois latérales du larynx ; les ventricules manquent totalement ; il n'y a pas de sinus sous-épiglottique ; la base de l'épiglotte s'élève à plus de 3 centimètres au-dessus des cordes vocales ; les aryténoïdes sont fort rapprochés l'un de l'autre. Avec une telle conformation, la voix du bœuf ne peut être qu'un mugissement sourd plus ou moins grave et sans éclat; elle ne saurait avoir ni l'acuité ni l'intonation variée que donnent des cordes vocales isolées et vibrantes; cependant elle comprend encore, d'après Bufl'on, une succession de notes sur deux ou trois octaves, et parait se produire dans l'expiration seulement, si l'on en juge par l'aspect du flanc dont le creux disparait tant que dure le mugissement. Ici la corrélation entre l'organisation de l'appareil vocal et la voix est intime, et elle ne l'est pas moins chez les autres espèces appartenani au genre du bœuf domestique.
Cette organisation simple, qu'on retrouve encore dans le mouton, se complique chez d'autres ruminants. Le dromadaire a un larynx qui, tout en présentant un aspect général analogue à celui du larynx du bœuf, se distingue par des cordes vocales minces, bien isolées à leur face externe, tranchantes à leur bord supérieur, puis par des ventricules peu profonds, il est vrai, mais allongés et largement ouverts. Toutefois cette structure n'approche point encore, par le nombre et le fini des détails, de celle de l'organe vocal des solipèdes, ce qui, du reste, ne doit pas étonner, car le dromadaire est loin d'avoir une voix dont le ton possède de nombreuses nuances.
La voix du porc, siremarquablepar son timbre, par le contraste qui existe entre les sons graves et les sons aigus dont elle résulte, est en rapport avec une organisation tout à fait exceptionnelle de l'appareil laryngien. L'épiglotte de cet animal est large, arrondie, et si lâchement unie au thyroïde, qu'elle peut se déplacer en divers sens, venir à la face interne de ce cartilage, rester à son bord supérieur ou s'en éloigner de plus d'un demi-décimètre, lorsque l'hyo-épiglottique se contracte et que la langue est projetée en avant ' ; les aryténoïdes, soudés supérieurement, forment sur la ligne médiane un bec, en gouttière recourbée, dont les bords font saillie au-dessus des parties latérales de ces cartilages. Mais ce qu'il y a de plus remarquable dans ce larynx, c'est la disposition des cordes vocales et des ventricules : contrairement à ce qui existe chez les autres animaux, et, d'après l'observation de Cuvier, l'extrémité antérieure des cordes est plus basse que la supérieure, et insérée au bord trachéal du thyroïde. De chaque côté il y a un ruban supérieur étroit, peu saillant, presque entièrement membraneux, très élastique, puis un ruban inférieur, tranchant à son bord libre, doublé par le muscle thyro-aryténoïdien, et à peine séparé du jtremier par un espace de 1 à 2 millimètres. Entre ces deux rubans est une fente fort étroite, longue de 2 centimèti'es et demi, laquelle n'est autre chose que l'entrée du ventricule; celui-ci, étranglé à son orifice, remonte à la face interne du thyroïde jusque vers le bord supérieur de ce cartilage. La glotte, fort étroite, se trouve bordée dans la plus grande partie de son étendue
1. Il se forme clans cette cirtionstance une profonde excavation que quelques auteurs, Millier entre autres, ont considérée comme un sac membraneux, sous-épiglottique.
par les cordes vocales ; sa portion interaryténoïdienne, dont la longueur égale à peu près, dans les autres animaux, la moitié du grand diamètre du larynx, n'a ici qu'une étendue fort peu considérable; mais, en compensation, elle offre un petit canal toujours ouvert, même lorsque les aryténoïdes sont en contact, et destiné à fournir un passage libre à l'air pondant la phonation.
Avec une telle organisation, on peut se rendre compte du caractère propre à la voix du porc, surtout si, à l'exemple de Hérissant, on cherche, en soufllantdans le larynx détaché, à reproduire artiliciellement les sons dominants du grognement. En elfet, en poussant de l'air par un tube adapté à la trachée, on parvient sans grande diriiculté à obtenir des sons aigus très analogues à ceux du paclijdcrme, pourvu, d'abord, que l'organe soit comprimé latéralement, au point de ne laisser à la glotte qu'un millimètre de largeur, et qu'ensuite les cordes vocales se trouvent suflisamment tendues par une forte traction exercée d'avant en arrière sur les aryténoïdes. On reconnaît alors que les sons deviennent d'autant plus clairs, plus perçants que la tension des rubans vocaux est plus considérable, et qu'ils cessent de sortir dès que la glotte se dilate et que les cordes se relâchent : les vibrations de celles-ci deviennent très sensibles ; en outre la paroi interne de chaque ventricule offre des mouvements si étendus, résultant du déplacement de lair qui s'engouffre dans leur cavité, «lue les deux ventricules se rapprochent fortement l'un de l'autre. D'après cela, il est à présumer que les sons aigus proviennent des cordes vocales convenablement tendues, et que les sons bas et sourds du grognement dérivent en partie des vibrations de l'air qui s'engage dans les ventricules laryngiens. Rien ne prouve que ceux-ci jouent, comme le croyait Hérissant, le rôle le plus important dans la formation de la voix.
Le grognement du porc présente plusieurs variétés : il est sourd et répété à de courts intervalles lorsque l'animal est inquiet; il s'élève un peu lorsqu'il est pourchassé; il devient aigu quand il a faim ou qu'il reçoit un coup de pied ; très aigu au moment où on le saigne. Les sons du grognement sourd sont trop graves pour être parfaitement exprimés par des notes musicales, mais ceux de la voix aiguë pourraient sans doute être notés sans trop de difficultés.
Chez le chien, le larynx a uneépiglotte longue, triangulaire, terminée par une pointe aiguë; elle s'unit sur ses bords à deux petits prolongements cartilagineux repliés vers la ligne médiane et couchés sous elle, quand elle se renverse sur la glotte ; les aryténoïdes sont peu saillants et soudés avec les prolongements cunéiformes que Cuvier semble à tort faire dépendre de l'épiglotte. Les cordes vocales inférieures, très longues, nettement découpées, sont minces à leur bord libre; les supérieures, h peine marquées, sont formées en arrière par une branclu' des cunéiformes, en avant par un petit frein qui unit ceux-ci au tliyroïde ; les ventricules, très amples, ont une entrée qui est aussi longue que les cordes vocales inférieures ; ils descendent jusqu'à la partie inférieure de celles-ci, de manière à en isoler complètement la face externe, puis ils remontent assez haut en dedans du cartilage thyroïde.
Ces différentes dispositions sont manifestement celles d'un larynx perfectionné dont le jeu doit produire des effets plus variés que ceux de l'appareil vocal du bœuf et du mouton, parexemple. La voix du carnassier donne, en effet, plusieurs
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sons bien accentués et éprouve des modulations assez nombreuses; c'est tantôt un cri saccadé, tantôt un aboiement plus ou moins prolongé, quelquefois un hurlement analogue à celui du loup. La part que prennent à sa formation les cordes vocales est incontestablement la plus importante; on les voit vibrer très distinctement après s'être rapprochées, sur l'animal vivant dont la partie supérieure du larynx a été mise à découvert, et l'on constate que la voix devient d'autant plus aiguë que les cordes sont plus tendues, plus rapprochées l'une de l'autre, et qu'elles sont mises en mouvement par un courant d'air plus considérable; en outre, on voit, à chaque cri, l'entrée des ventricules s'élargir et ces poches se dilater par l'air qui s'engoufïre dans leur intérieur.
Les diverses variétés de la voix du chien peuvent se concevoir par les moditicationsdont le jeu de l'appareil laryngien est susceptible. Celles qui tiennent aux races sont peu saisissables, excepté pourtant les particularités qui dérivent de la taille. On ne saurait dire si le chien qui vit à l'état sauvage, sans aboyer, offre quelques différences dans la conformation de son larynx.
Le chat possède un appareil vocal qui est, si l'on peut ainsi dire, plus parfait encore que celui du chien Son épiglotte est longue, souple et très aiguë; les cordes vocales supérieures, longues de 4 à S millimètres, très écartées en avant au niveau du point où les inférieures se touchent, sont fort minces et entièrement membraneuses ; elles partent de l'extrémité antérieure des aryténoïdes et s'élèvent vers la base de l'épiglotte ; les cordes inférieures, séparées des premières par une excavation assez profonde, analogue aux ventricules, sont épaisses, musculeuses en dehors, situées sur un plan plus interne et en contact l'une avec l'autre à leur extrémité thyroïdienne.
Par cette disposition remarquable, il y a, en quelque sorte, deux glottes chez le chat : une supérieure, entre les rubans vocaux membraneux, et une inférieure, entre les rubans musculo-membraneux, et deux espèces de cordes dont les vibrations paraissent devoir offrir, pour chacune, des effets d'un caractère particulier. Les expériences de Segond tendent à faire regarder la glotte supérieure et les rubans qui la bordent comme servant à la formation de la voix de fausset, et la glotte inférieure avec ses cordes, comme affectée spécialement à la voix de poitrine. D'après les recherches de cet expérimentateur, la section des cordes vocales supérieures abolirait le miaulement ainsi que les cris aigus, tandis que celle des cordes inférieures entraînerait, sur-le-champ, une aphonie complète. Mais Longet ayant obtenu des sons intenses et très aigus après la section des rubans supérieurs, rapporte les sons de fausset et ceux de poitrine aux cordes inférieures, il va même jusqu'à refuser aux rubans membraneux la faculté d'éprouver des vibrations sonores. Le rôle des deux glottes du chat n'est donc point parfaitement déterminé; cependant tout porte à croire que les cordes vocales inférieures, réunissant les conditions qui appartiennent aux mêmes parties chez les autres animaux, jouent le principal rôle dans la phonation, et que les supérieures, sans être dépourvues de la propriété de vibrer, ne rem[)lissent qu'une fonction accessoire.
Dans tous les autres animaux du genre chat la configuration du larynx n'est pas, à beaucoup près, celle qui af)p;irtient au chat domestique, bien que les ouvrages d'anatoiiiie comjtarée seinhleiit confondre le lai'vnx de ces espèces dans une des-
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cription coiiiinune. Je vois, par pxemplp, qu'au larynx du lion l'épiglotle est courte et arrondie, au lieu d'être triangulaire et aiguë à son extrémité libre: je n'y trouve ni ventricules, ni cordes vocales supérieures: les cordes inférieures sont épaisses, mal détachées, peu distinctes sur leurs bords. Il serait, en effet, bien étonnant que le lion, dont le rugissement est si grave et si peu modulé, eiit un larynx organisé comme celui du chat. Si des mammifères aussi semblables entre eux que le sont le cheval, l'âne et les autres solipèdes, n'ont point un larynx uniforme, pourquoi des carnassiers, si voisins qu'ils soient, du reste, les uns des autres, devraient-ils oiïrirune même conformation de l'appareil vocal, alors que leur voix n'a pa» dans tous les mêmes caraclères.
En poussant plus loin l'étude des variations de la voix, nous arriverions à trouver, je ne dis pas la raison de toutes ses particularités, mais au moins celle des plus remarquables, car il en est dont les causes sont insaisissables, et d'autres qui tiennent au mode suivant lequel un même ap]»areil est mis en jeu. Mais, un tel résultat ne peut être obtenu qu'après un examen minutieux des organes de la voix chez les dillérentes espèces de mammifères.