‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 155 sur 287 · Roui in, i/iriii. fi II · texte numérisé non relu

Roui in, i/iriii. fi II

que CP moyen d'expression éprouve un certain nombre de modifications très reconnaissables. En effet, voyez le chien lorsqu'il aboie au passant encore éloigné, puis le passant qui approche, qui menace et qui attaque ; sa voix a-t-elle alors un caractère uniforme et ressemble-t-elle à celle du chien qui témoigne sa joie à son maître, à celle du chien qui s'amuse avec un animal de son espèce, ou qui fait entendre un murmure, soit d'ennui, soit d'inquiétude? Le chien qui revient àla maison du maître dont la porte est fermée ad'abord un simple cri d'appel; il aboie ensuitedepliis enplushaut, si l'on nevientpas lui ouvrir; il pousse enlin des hurlements, des gémissements plaintifs. Le chien fouetté, àcause desesimporlunités, a un cri particulier qui fait taire, sur-le-champ, tous ceux dont il est entendu, par crainted'un châtiment pareil. Celui qui poursuit le gibier n'a-t-il pas une voix pour dire qu'il le perd, qu'il hésite à reconnaître sa trace^ qu'il l'a retrouve, cerne la proie, l'attaque, etc. « Lorsque la chienne s'irrite, dit Lucrèce ', lorsqu'elle contracte ses lèvres mobiles et découvre ses dévorantes dents, combien le son brusque de sa voix menaçante diffère de ce monotone aboiementdont sa vigilance fait retentir les lieux d'alentour ! Et quand sa langue caressante se promène sur les membres de ses petits ou quand elle les foule mollement à ses pieds, les provoque par d'innocentes morsures, les happe et craint de les presser sous sa dent inoffensive, le tendre murmuredesavoixmaternelleressemble-t-ilaux hurlements plaintifs qu'elle exhale dans nos foyers déserts, ou aux gémissements qu'elle pousse lorsqu'on redoutant le châtiment elle rampe soumise aux pieds de son maître irrité?» L'aboiement du chien enragé inspire de la terreur aux autres qui l'écoutenl sansy répondre, et même aux animaux d'autres espèces. Le chatn'a-t-il pas aussi la voix très accentuée? Tantôt il ronfle, comme lorsqu'on lui passe la main sur le dos, tantôt il gronde sourdement, comme dans les cas où il est vivement irrité: dans ses miaulements, on dislingue, d'après Desmarets ^ « les appels des femelles, les cris de douleur que leur arrachent les approches des mâles, les sons bas et doucereux qu'elles font entendre à leurs petits pour s'en faire suivre, les sifflements étouffés et les grondements plus ou moins prolongés que poussent les mâles auprès des femelles en chaleur. » Le cochon qui grogne d'inquiétude crie-t-il comme celui qui demande à manger, qui entend arriver des vivres, ou comme cet autre qu'on garrotte ou qu'on saigne ?

Le cheval jouit, ainsi que beaucoup d'autres animaux, de la faculté de modifier sa voix pour exprimer ses sensations. Buffon ^ d'après un vieil auteur, lui reconnaît cinq sortes de hennissements: le hennissement de joie, dans lequel la voix prolongée monte et linitàdes sons plus aigus; le hennissement du désir, soit d'amour, soit d'attachement, prolongé comme le précédent, et achevé [lar des sons plus graves: le hennissement de la colère, court et aigu ; celui de la crainte, qui est grave et rauque comme le rugissement du lion ; enfin, celui de la douleur, qui, à proprement parler, n'est point un véritable hennissement.

Les oiseaux se servent, plus encore que les mammifères, de la voix comme moyen d'expression. « Dans toutes les espèces, le temps où ils chantent le plus, disait

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