‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 164 sur 287 · Lélul, P/if/siologie île In pensée, 2o édit. Paris, I · texte numérisé non relu

Lélul, P/if/siologie île In pensée, 2o édit. Paris, I

l'esprit pendant le sommeil serait-il, pour lui, dans un état analogue à celui de l'homme frappé de démence.

Il est incontestable que lesanimaux jouissent, commenous, delà faculté de rêver, Aristote a dit, et Pline a répété que le cheval, le chien, la brebis, la chèvre, et, en un mot, tous les quadrupèdes la possèdent : le fait est prouvé, au moins pour le chien et le chat, par les cris et les mouvements de ces animaux pendant le sommeil. Lucrèce, si profond observateur, a dépeint avec une exagération qui n'a rien d'invraisemblable, le cheval haletant, couxertde sueur et rassemblant ses forces pour disputer le prix de la course, et le chien éveillé en sursaut par la figure suspecte d'un inconnu. « Souvent, dit-il i, dans un doux sommeil, les chiens, intrépides compagnons du chasseur, agitent leurs membres, et tout à coup exhalent des cris retentissants ; leurs narines hument fréquemment l'air et semblent interroger la trace de leur proie ; et, souvent arrachés au sommeil, ils s'élancent vers l'imagedes cerfs qu'ils croient voir fuir devant eux jusqu'à ce qu'ils soient désabusés d'une erreur qu'ils regrettent. » Pline a prétendu aussi que les ânesscs ruent quelquefois pendant leurs rêves. Ce qui se passe alors dans le cerveau de la brute, nous l'ignorons complètement. Toutes les dissertations des auteurs sur l'action cérébralependant le sommeil ne peuvent rien nous apprendre sur ce point, en ce qui concerne des êtres dontil est déjà si difficile de débrouiller les opérations intellectuelles et instinctives pendant la veille. Cependantl'observation attentive nous porte à croire que les bêtes endormies sont dans un état analogue au nôtre. L'enfanta la mamelle rêve déjà, comme les anciens l'avaient remarqué, bien qu'il ne puisse avoir souvenir de ses rêves. Probablement l'animalases hallucinations, qui précèdent le sommeil, ses cauchemars et ses rêves. Pourquoi les mêmes causes n'auraient-elles pas chez lui les mêmes effets que chez nous ? Les idées qui surgissent sans ordre pendant son sommeil doivent vraisemblablement peupler son imagination de fantômes. Le carnassier, s'il rêve, comme cela ne saurait être mis en doute, ne doit-il pas avoir la réminiscence de ses combats, verser le sang, déchirer la proie? S'il n'avait pas de rêves de ce genre, pourquoi verrait-on le chien aboyer, flairer, éprouver des trémoussements ! L'herbivore timide ne doit-il pas avoir le sommeil troublé par la crainte de l'ennemi, dont il a essuyé les poursuites, comme par les paniques qu'il a éprouvées ? Le mouton ne rêve-t-il pas de la sombre image du loup qui a emporté quelqu'un de ses frères? La colombe, la poule, ne sont-elles jamais effrayées par la belette et sa dent meurtrière? L'oiseau de basse-cour, dont le sommeil est troublé souvent par la piqlire du ricin ou du dermanysse, ne rêve-t-il jamais de coups de griffes d'ennemis redoutables, comme le philosophe piqué par la puce rêve quelquefois de coups d'épée ?

Le sommeil offre de très grandes variétés parmi les animaux ; un certain nombre d'entre eux, lesoiseaux deproie nocturnes, plusieurs carnassiers, dorment souvent le jour et se réveillent aux approches de la nuit; la ])lupart dorment pendant la nuit, et l'on sait que la généralité des oiseaux se trouve dans ce cas.

Presque tous les grands animaux se livrent au sommeil après leur repas; mais les ruminants ne s'y abandonnent pas sans avoir soumis à une nouvelle mastica-

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