Pallas, Mémoires du Muséum, t. XYI, p
L'instinct qui guide ces animaux dans le clioix de leur nourriture est tellement siir qu'ils ne prennent jamais de plantes vénéneuses, à moins qu'elles ne soient mêlées à d'autres plantes, et qu'ils ne se trouvent vivement pressés parla faim. Linné dit cependant que les bestiaux de la Scanie, lorsqu'ils viennent dans des localités couvertes de forêts, y éprouvent souvent la dyssenterie,par suitede l'usage de certaines plantes, comme l'aconit, que les animaux indigènes ne mangent jamais ; mais ce n'est là qu'une exception, qui pourrait s'exfdiqner aussi bien par le cliangement de régime que par l'effet d'une aberration instinctive. Celte exception, d'ailleurs, n'est pas très rare, car on observe de temps en temps dans les pâturages où les animaux sont mis en liberté des empoisonnements par diverses plantes acres, narcotiques ou autres. L'if en produit de tels sur divers herbivores, les bourgeons des arbres ou des arbustes déterminent fréquemment des irritations gastro-intestinales et des hématuries, — les coquelicots et plusieurs solanéesdes météorisations sur les ruminants, — la nielle des blés, la mort des oiseaux de basse-cour.
Ce même instinct porte les herbivores, comme du reste la plupart des animaux, à se mettre à la recherche de leur nourriture à certaines heures de la journée. En effet, il en est qsii vont prendre leurs repas à différentes heures du jour, ou seulement le soir et pendant la nuit. Les naturalistes ont fait à cet égard de très nombreuses remarques, M. Roulin ' a vu dans les plaines de l'Amérique, que les taureaux sauvages, qui viennent quelquefois paître avec les bœufs domestiques, sortent vers deux à trois heures de l'après-midi. Les lapins, d'après G. Leroy -, quittent leurs terriers quelque temps avant le coucher du soleil, et beaucoup plus tôt lorsqu'il veut pleuvoir; les faisans, après les récoltes, deux fois par jour, au lever du soleil et de cinq à six heuresdu soir, tandis qu'au mois d'octobre ils ne sortent plus qu'une fois, vers dix heures, pour tout le reste de la journée. Le rat, la souris, le hérisson ne commencent à sortir que vers le soir et la nuit pour prendre leurs repas. C'est aussi l'heure que choisissent la plupart des animaux timides. C'est également celle des animaux sanguinaires, la fouine, le putois, la belette, le renard qui vivent, comme les brigands, de rapines et d'assassinars. Quelles que. soient, du reste, les habitudes particulières à chaque espèce, on voit les animaux venir chercher leur nourriture ù peu près dans les mêmes endroits, comme ils viennent aussi dans des lieux déterminés se livrer au repos et au sommeil.
Les omnivores tiennent, par leur régime comme par leur organisation et leurs instincts, des deux groupes dont nous venons déparier ; mais ils n'ont pas d'habitudes ni de besoins aussi nettement caractérisés quelesliabitudesou les besoins des herbivores ou des carnassiers; ilsscmblent sepréter aisément àun régimeexclusivement végétal ou animal : on les voit frugivores, granivores ou carnassiers, suivant les circonstances. Le porc, le sanglier, le rat, les oiseaux gallinacés, plusieurs palmipèdes, une inilnité de passereaux, la corneille, le corbeau, forment des types omnivores très remarquables. Plusieurs espèces appartenant à l'ordre des