FAIM
très intense alors (ju'il jouit de toute son activité. Mais l'habitude influe beaucoup sur la fréquence de son retour : c'est ainsi que les animaux domestiques, lorscjue arrive l'heure de leur repas, se lèvent, s'agitent, crient, trépignent, témoignent leur impatience jusqu'à ce qu'ils aient reçu leur nourriture. Il en est de même l»our tous les animaux réduits en captivité. .)
Ses degrés sont tort nombreux. A son début elle n'a rien de bien pénible, c'est l'appétit. Insensiblement elle devient plus vive, finit par être douloureuse et par déterminer une prostration plus ou moins grande : c'est alors la faim proprement dite. Si elle n'est pas satisfaite, elle ne tarde pas à être déchirante, à se transformer en un besoin impérieux qui se traduit diversement, suivant les animaux. Elle rend les carnassiers d'une grande férocité, comme on lésait pour les loups. Cependant, tout en exaltant leurs instincts sanguinaires, elle ne va jamais jusqu'à porter les animaux d'une même espèce à s'eutre-dévorer, contrairement aux tristes exemples qu'a donnés la notre dans des naufrages ou des sièges de longue durée. Quelques espèces font exception à cette règle, les rats, par exemple; et peut-être beaucoup d'autres, pressées par la faim, en viennent-elles à se dévorer entre individus de la même espèce : au moins j'ai vu le chat en manger deux autres |)etits, mais seulement après une abstinence d'une douzaine de jours. Elle ne les porte guère non plus à prendre des aliments autres que ceux qui leur sont habituels; elle est, dans tous les animaux, selon la remarque de Pline \ un besoin qu'on ne peut tromper, car rien ne prouve que les loups affamés et d'autres animaux se mettent à manger de la terre pour apaiser cette sensation. On sait que l'herbivore se laisse mourir plutôt que de toucher à la chair, et quel'oiseau de proie en fait autant près d'un morceau de pain. Enfin, lorsque le sentiment de la faim est porté à son dernier degré d'exaltation, il s'éteint en quelque sorte de lui-même : alors il a épuisé tellement les animaux qu'ils ne recherchent plus la nourriture et la refusent même si elle leur est offerte; c'est au moins ce qu'on observe sur les chiens et les oiseaux de basse-cour qu'on a fait jeûner pendant un temps très long.
Le siège de la faim est diflicile à déterminer, à supposer quacette sensation soit réellement localisée. La plupart des physiologistes le placent dans l'estomac; quelques-uns dans les centres nerveux; d'autres dans le système absorbant. Il en est qui, repoussant l'idée de la localisation, font de la faim l'expression d'un état général de l'économie .
De ce que les instincts qui portent les animaux à rechercher et à choisir leurs aliments ont leur siège dans le cerveau, il ne faut pas en inférer que la faim soit localisée au même point : ces instincts sont en quelque sorte tenus en éveil, mis en jeu par cette sensation qui en devient le régulateur, comme ceux de la reproduction, par exemple, le sont consécutivement à l'inlluence excitatrice partie des organes générateurs. Rien ne prouve qu'elle ait son siège à la partie moyenne et inférieure des lobes cérébraux, comme le pensent certains phrénologues, puisque des fœtus ancncéphales qui ont vécu quelques jours après la naissance ont montré tous les signes de la fuim.