DE LA PREHENSION DES ALIMENTS
La digestion, bien qu'elle soit une fonction essentiellement végétative, ne peut s'accomplir sans la coopération des fonctions de la vie animale. Celles-ci sont des auxiliaires indispensables à la première. Semblables à des esclaves complaisants, elles se mettent au service de toutes celles qui peuvent avoir besoin de leur secours Ainsi, l'odorat et la vue servent à faire découvrir à l'animal les aliments ((ui lui conviennent, et à lui donner un premier aperçu de leurs qualités; le goût, par un essai défiuitif, doit les juger, les appi'écier exactement, lorsque se sera effectué l'acte qu'on appelle la préhension des aliujents.
Cette préhension s'opère de différentes manières, suivant l'état, la nature de l'aliment, la conformation des organes destinés à le saisir et à le faire parvenir dans la cavité buccale.
L — Préhension des aliments solides.
Il est des animaux dont les membres antérieurs sont, à la fois, des organes de soutien et des instruments de préhension. Ces animaux n'ayant pas, en général, une taille très élevée, leurs extrémités antérieures n'ont pas besoin d'une très grande solidité pour supporter leur part du poids du corps; elles peuvent être disposées pour se mouvoir facilement en divers sens; le radius et le cubitus, toutà fait isolés et mobiles l'un sur l'autre, sont susceptibles, par leur jeu réciproque, de produire des mouvements analogues à ceux des bras de riiouinie; enfin, elles jiorteut des
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doigts distincts et onguiculés, qui les transforment en mains plus ou moins parfaites: c'est ce qu'on voit chez les singes, les carnassiers et la plupart des rongeurs; mais les dispositions qui rendent les membres antérieurs aptes à servir d'organes de préhension, s'alîaiblissent et se dégradent insensiblement. Déjà les carnassiers ne peuvent plus se servir de ces appendices que pour saisir, fixer et déchirer leur proie; cependant, plusieurs rongeurs, l'écureuil, par exemple, conservent dans le bras des mouvements qui leur permettent de porter à la bouche les fruits dont ils font leur nourriture. Le rat, le loir, font arriver aussi, avec beaucoup de dextérité, leur patte sur la fête pour se débarrasser des corpuscules qui les inoommodenl.
C'est, du reste, en quelque sorte, par exception, que les mammifères se servent de leurs membres antérieurs comme d'organes de préhension. La plupart d'entre eux ont ces membres conformés pour faire l'oflice de colonnes de soutien, ce qui était indispensable chez les animaux de grande taille. Ces derniers sont généralement herbivores; leur radius est très fort et constitue l'os principal de l'avantbras; leur cubitus, beaucoup plus petit, est presque toujours soudé avec le premier, de sorte que les deux os ne peuvent jouer l'un sur l'autre. Il est cependant quelques exceptions à cet égard, et précisément chez les animaux où elles sembleraient devoir le moins se rencontrer. Ainsi, l'éléphant a un cubitus dont le volume est supérieur à celui du radius ; son extrémité carpienne est même plus volumineuse que l'extrémité correspondante du radius, de plus, les deux os sont distincts dans toute leur étendue. Il en est à peu près de même dans le rhinocéros; néanmoins, ni dans l'un ni dans l'autre de ces pachydermes, les os de l'avanf-bras ne peuvent jouer l'un sur l'autre, ni produire, [)ar conséquent, des mouvements de pronation et de supination amlogues à ceux de l'homme, des singes et des carnassiers. D'ailleurs, les animaux dont les membres antérieurs ne servent pas à la préhension desaliments, sont ordinairement ongulés, et ont quelquefois même le pied terminé par un seul doigt enfermé dans un sabot plus ou moins solide.
Quelle que soit, du reste, la conformation des extrémités, dès l'instant qu'elles ne servent pas à la préhension des aliments, d'autres organes, tels que les b'-vres, la langue, les dents, les mâchoires, sont affectés à cet usage.
Le cheval et les autres solipèdes se servent de leurs lèvres et de leurs dents incisives pour prendre, soit le fourrage dans le râtelier, ou l'herbe encore fixée au sol, soit l'avoine et les substances très divisées ou pulvérulentes. Leur lèvre supérieure, longue, très mobile et d'une exquise sensibilité, sert à rassembler une touffe d'herbes et à attirer les brins de Iburrage; puis, les dents incisives prennent cette touffe et la détachent ; enfin, la langue la fait parvenir dans le fond de la bouche sous les dents molaires. Ces trois parties agissent successivement, et le concours de chacune est indispensable à l'ingestion des matières alimentaires.
Il est facile, à l'aide d'une expérience de la plus grande simplicité, de mettre en évidence le rôle spécial des lèvres, des dents et de la langue. En ellet, si, au moyen d'un fil assez fort traversant la lèvre supérieure, on renverse celle-ci sur le nez, en la maintenant attachée au licol, et si l'on renverse également l'inférieure sous la houpe du menton, on voit que l'animal engage l'extrémité de ses mâchoires entre les barreaux du râtelier et en tire le foin par pincées assez considérables; mais dès qu'il vient à desserrer les dents, le fourrage n'étant plus sou-
tenu par les lèvres, ne peut parvenir dans la bouche et tombe ; alors, le cheval en tire une nouvelle pincée, qui tombe encore, puis une troisième, et ainsi de suite : de sorte qu'au bout d'un certain temps, il fait tomber devant lui tout le
foin qui lui était donné, sans avoir pu en relenir un brin. Il n'est pas plus heureux lorsqu'il se décide à ramasser ce qui est sur le sol ou dans sa mangeoire : jamais il ne parvient à garder dans sa bouche une parcelle d'aliments, et il est aussi impuissant à retenir l'avoine qu'à faire arriver le foin sous ses molaires.
Les lèvres sont donc indispensables à la préhension chez les solipèdes, et, si elles n'agissent pas, en vain les mâchoires saisissent le fourrage et la langue cherche à l'attirer, il ne peut être amené sous les molaires. La lèvre supérieure tire le foin quand il
^'''':if ■ ~ w'^p"'h'' ïl'fT'^' n'est pas fortement serré ; les deux lèvres le des mâchoires du cheval. ^ '
retiennent quand les incisives l'ont pincé et qu'elles s'écartent pour permettre à la langue de le faire pénétrer dans la cavité buccale. La supérieure a le rôle le plus important dans la préhension des aliments. Son muscle releveur propre est alors presque toujours en mouvement, par exemple, quand l'animal tire les brins de foin, les épis, dans une botte de paille; il peut, dans ce cas, se contracter plus décent fois par minute.
Le bœuf prend les aliments par un mode bien différent de celui des solipèdes. Ce ruminant a une lèvre supérieure courte, épaisse, peu mobile, confondue avec le mufle ; elle n'est ni assez protractile, ni assez souple pour saisir le fourrage. La mâchoire supérieure, dépourvue d'incisives, n'oppose aux incisives mobiles de l'inférieure qu'un bourrelet (ibro-muqueux peu résistant. La langue devient le principal instrument destiné à saisir les aliments : longue, très protractile, susceptible de se tordre sur elle-même, recouverte supérieurement de papilles à gaines cornées, elle est parfaitement bien appropriée à l'oflice qu'elle doit remplir. Lorsque l'animal pâture, elle sort de la bouche, se porte latéralement, se contourne sur elle-même, embrasse une touffe d'herbe et l'attire vers l'entrée de la bouche ; cette touffe, une fois entre les incisives et le bourrelet de la mâchoire supérieure, est serrée, puis détachée de la terre par un mouvement brusque; enfin, elle est amenée sous les dents molaires. Si le fourrage est sur le sol; l'animal l'attire simplement à l'aide de sa langue et l'amène à sa bouche sans le pincer ; s'il est dans le râtelier, elle s'insinue entre les barreaux pour le saisir. C'est également au moyen de la langue que sont prises les substances divisées, pulvérulentes, l'avoine, la farine, par exemple.
Le buflle et le bison prennent leurs aliments de la même manière que le bœuf domestique.
La chèvre et la brebis se servent déjà moins de leur langue que les bêtes bovines. Les premières, dépourvues de mullo, ont la lèvre supérieure plus mince, plus libre et plus mobile ; aussi cette lèvre commence-t-cllc à remplir les usages