‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 190 sur 287 · PRÉHENSION DES ALIMENTS · texte numérisé non relu

PRÉHENSION DES ALIMENTS

(|u'elleacla'z leclieval. Les petits ruminants, le moudon, la gazelle, les antilopes, s'en servent principalement ponr prendre les aliments secs et les substances très divisées; mais lorsqu'ils sont au pà'urage, ils pincent l'herbe entre le bourrelet libro-muqueux de la mâchoire supérieure et les incisives inférieures qui sont redressées, tranchantes, et, une fois qu'ils l'ont saisie ainsi, il la coupent très près de la racine, (juant aux autres ruminants, le chameau, le dromadaire, la girafe, leur lèvre fendue, comme celle du lièvre, du lapin et de beaucoup de rongeurs, acquiert une extrême mobilité, très favorable, tant à la préhension des herbes, des fourrages, qu"au triage de ces aliments.

Le chien et le chat prennent des aliments solides à l'aide de leurs mâchoires et de leurs dents. Souvent ils lixcnt contre le sol. avec leurs pattes de devant, les us qu'ils rongent ou les morceaux de chair qu'ils déchirent. Leurs incisives agissent alors, les supérieures relativement aux inférieures, comme de véritables pinces coupantes, et leurs canines longues et recourbées, déchirent ou dilacèrent la proie. La plupart des carnivores sauvages, le lion, la panthère, l'ours, se couchent en sphinx pour déchirer leur proie ; ils la (Ixent entre les pattes de devant qui, à certains moments, se regardent par leur face palmaire et, à d'autres, demeurent dans la pronation; puis ils saisissent entre les dents les parties qu'ils coupent ou qu'ils arrachent ensuite, La langue de ces animaux, rude dans plusieurs espèces, enlève, comme le ferait une râpe, les parties adhérentes aux os; et souvent les pattes, qu'ils lèchent, à la lin du repas, déchirent elles-mêmes des lambeaux assez considérables.

Ces animaux |)rennent, comme nous le verrons bientôt, les liquides d'une manière toute dilférente.

Le porc et le sanglier, qui sont destinés à se nourrir principalement de racines charnues et de fruits, ont l'extrémité du museau transformée en un organe qu'on appelle le groin Chez ces pachydermes, les mâchoires sont eflilées, les os du nez arrivent presque au niveau des dents incisives; la cloison cartilagineuse (lu nez porte, entre l'épine nasale et les intennaxillaires, un petit os qu on appelle l'os du boutoir; la lèvre supérieure se confond avec ce prolongement charnu, dans lequel sont percées les narines, |)rolongement mù par des muscles tiès forts et terminé par une sorte de disque à rebord proéminent. C'est à l'aide de cet organe que l'animal fouge le sol, le creuse, le laboure en quelque sorte, pour y chercher les racines que son odorat lui a fait découvrir : son encolure, courte et forte, lui permet de développer une grande énergie dans cet acte. (Juand le porc prend ses aliments dans une auge ou à la surface du sol, on le voit toujours manifester une tendance à fouger ; il enfonce le groin dans le tas pour commencer à manger dans les parties profondes. S'il est obligé de ramasser des grains ou de la farine, le groin est toujours en contact avec le sol, et il l'emploie pour attirer en arrière, amener vers l'ouverture de la bouche et vers la lèvre inférieure, courte et pointue, les parcelles qu'il veut manger, et que ses dents ne pourraient pas saisir autrement. S'il a un morceau de chair à sa disposition, il y applique souvent un pied de devant, (pielquefois les dents en même temps; il le saisit entre les incisives, puis secoue la tète afin de détacher le fragment qu'il serre : si son pied vient à glisser, il le rei)lace immédiatement, et dès (|uil a avalé la

o. COLIN. — l'hysiol. coiiip., 3' éiiit, [ jo

portion détachée, il en reprend une autre de la même manière. Chez la taupe, la musaraigne, le hérisson, qui ont un groin rudimentaire, cette partie fonctionntà peu près comme sur le porc.

Chez d'autres animaux, la préhension des aliments s'effectue par des moyens plus ou moins analogues à ceux que nous venons d'indiquer. Ainsi, le rhinocéros, par sa lèvre supérieure qui se projette en avant et s'allonge en pointe vers son milieu, saisit le fourrage et l'amène à l'entrée de la bouche avec une dextérité remarquable. C'est à l'aide de sa lèvre supérieure, mince et fendue, que le dromadaire, dont la langue n'a pas les papilles très rudes, saisit les fourrages ei les feuilles des arbres. La girafe emploie à cet usage sa langue noire, excessivement protraclile, et d'une mobilité étonnante. L'éléphant se sert de sa trompe 'Tig. 97\ pour prendre à la surface du sol les aliments que sa bouche

n'aurait pu atteindre à cause de la brièveté du cou. Les fourmiliers, les pangolins et autres éden tés prennent, avec leur langue visqueuse, qu'ils dardent hors de la bouche, les insectes qui font leur nourriture. Divers reptiles, le caméléon, la grenouille, le crapaud, emploient aussi la leur au même office. Chez les oiseaux qui n'ont pas de mastication buccale, le bec, organe ordinaire de la préhension, est parfaitement approprié à la nature des matières dont l'animal se nourrit. Ceux qui vivent d'insectes l'ont grêle et effdé, comme un grand nombre de passereaux; ceux qui font usage de grains l'ont généralement court et oblus, ainsi que cela se voit dans les gallinacés. Les palmipèdes ont cet organe large et pourvu de dentelures ; les échassiers, beaucoup plus long et plus eflilé pour s'enfoncer dans la vase des rivages; enfin il est recourbé, crochu et ti'ès fort chez les oiseaux de proie qui doivent s'en servir pour déchirer les cadavres ou tuer les petits animaux. Plusieurs espèces d'oiseaux, comme la pie, ont aussi une langue proiractile, susceplible d'être dardée sur les matières alimentaires et de les amener dans la cavité buccale.

Les animaux inférieurs, surtout les insectes, nous offrent des procédés fort curieux de préhension des aliments; plusieurs d'entre eux peuvent, en raison de la disposition de leur armatui'c buccale, attaquer la {leau de l'homme, des animaux et en sucerle sang. Ainsi, ciiez les cousins qui ont, comme la (tlupart des diptères, l'appareil buccal disposé pour opérer la succion, ses pièces, au nondjre de cin(| ou de six, sont des stylets très acérés, les uns simples, les autres dentés et une lance, logés ensemble dans une gaine fendue (|ui résulte de lu transformation de la lèvre inférieure ((ig 98).

Les mouches ont une trompe coudée, terminée par un rendement discoïde, avec deux stylets impairs. Les liippobosques, les mélophages, qui s'attachent à la peau des animaux domestiques, ont la leur très protractile, plus ou moins cornée, avec des aiguilles. Cette trosnpe, (|uoi(|ue molle chez les poux, y est encore

f'iij. 97. — Trompe d'éléphant.

l'REDENSION DES LIQUIDES.

pourvue de stylets acérés qui piquent fortement la peau des grandes espèces. Elle est remplacée, chez la puce, par un bec avec une gaine où se meuvent deuv lancettes aiguës à bords tranchants et finement dentelés.

La préhension des aliments est dans quelques animaux suivie de leur emmagasinage dans la bouche ou dans des diverticules de cette cavité. Beaucoup de singes de l'ancien continent, les guenons, les cynocéphales, quelques rongeurs, tels que le hamsier, réciiiciiil, ont à cet elïet (lf> cavités à ouverture [)lus ou moins étroite creusée:; dans l'épaisseur des joues et tapissées par la muqueuse. Chez le hamster, où ces abajoues ont des parois musculaires, elles descendent même sur i.',c 9^ Trompe du cousin (*). les côtés du cou et servent au transport des

grains que Tanimal accumule dans son terrier. La poche membraneuse sousinandibulaire dans laquelle le pélican entasse le poisson remplit un office analogue.

IL — Préhension des liquides.

La préhension des liquides se fait chez les mammifères d'après plusieurs modei^ distincts. Je crois qu'on peuten reconnaître quatre, savoir: i° h succion, ou Vac lion de sucer, telle qu'elle s'opère chez les animaux à la mamelle; le pompement ou l'action de boire, les lèvres étant immergées dans le liquide, et le vide se faisant dans la bouche par les mouvements de la langue; 3' Vas/nratioîi ou l'action de humer, dans laquelle le vide se fait non seulement dans la bouche, mais encore dans les voies respiratoires; 4» enfin le lappement ou l'action de lapper, propre à certains animaux, les chats par exemple.

La SMCCïon est l'action par laquelle les jeunes animaux (ont parvenir dans leur itouche le lait de leur mère. Pour cela ils saisissent le mamelon entre les lèvres, exactement rapprochées, et souvent entre les dents: la butiche étant alors exactement fermée par les lèvres et remplie par la langue, l'animal fait mouvoir cette dernière de manière à produire, tout près du mamelon, un vide où le lait se précipite, attiré par l'aspiration et poussé par la [»ression almos()hérique qui s'exerce sur les mamelles. Chez l'enfant, la pointe de la langue se relire légèrement en arrière à chaque aspiration; mais chez les solipèdes, les ruminants dont la langue demeure souvent collée entre le mamelon et les dents, le vide se fait par une diminution de volume des parties antérieure et moyenne de l'organe qui tend às'é.oigner du palais pour s'enfoncer dans l'espace intramaxillaire. La langue, tout en jouant le nMede piston dans le corps de pompe, se meut d'une manière dilféreute : c'est en s amincissant et en s'éloignant du palais qu'elle produit, seulement à la partie antérieure de la bouche, le petit espace destiné à recevoir le liquide aspiré.

(*) A, trompp : o. paine fendue ; b, sKlets réuni? on soies ; c, stylet impair; rfrf, yeux; ^. tèie ; f f, palpes inaxillaiies. — B, slylels isoles : a, un des deux stylets dentés eu scie ; b, un des deux sivlels terininés par une lancette ; c, lèvre supérieure.

Dans cette opération, les voies aériennes ne jouent aucun rôle, que le voile du palais soit exactement abaissé, comme on le prétend, ou qu'il ne ferme pas complètement la communication entre la bouche et le pharynx, caria base delà langue et son renflement peuvent suffisamment isoler la petite chambre antérieure de tout le reste. Lorsqu'une certaine quantité de liquide est arrivée dans la bouche, la succion s'arrête momentanément, la respiration se suspend, selon Bérard *, le liquide est dégluti, puis la succion recommence.

La succion du sang que le furet, la belette, certaines chauves-souris exécutent, paraît devoir s'opérer, comme le pense M. Milne Edwards, par un mécanisme semblable.

Dans ce premier mode de préhension, c'est donc dans la bouche et par la bouche seulement que se fait le vide; la respiration, comme le dit Dugès^, n'a rien à faire à ce mécanisme, et l'on comprend sans peine que les jeunes cétacés puissent téler leur mère dans l'eau comme ils le feraient dans les conditions ordinaires.

Le pompeinent est l'action de boire, les lèvres étant plongées dans le liquide ; c'est le mode ordinaii'e de préhension des boissons chez les solipèdes, les ruminants et la plupart des herbivores. Lort^qu'il s'opère, les animaux plongent plus ou moins l'extrémité de leur tête dans l'eau, mais jamais assez pour que les naseaux baignent dans le liquide. Il se fait, comme lors de la succion, un vide dans l'intérieur de la bouche, mais beaucoup plus ample, caibi langue, s'éloignant fortement du palais, vient à chaque aspiration, remplir à demi l'espace intramaxillaire, et l'eau, pressée par l'air, monte pour remplir ce vide qui tend à se former, sans cependant se produire en réalité. Il est indispensable, dans cette circonstance, que les lèvres soient exactement rapprochées 3, au-dessus de leur partie inférieure qui est plongée dans l'eau. Si elles ne peuvent se mettre parfaitement en contact l'une avec l'autre, comme on le voit chez quelques chevaux dont la lèvre inférieure a été échancree par la pression du mors, l'air s'engouffre avec le liquide et rend l'action de boire plus ou moins bruyante. Ce dernier effet se produit aussi lorsqu'on engage entre les lèvres un tube dont l'extrémité libre est en dehors du liquide. Le mécanisme du pompement, tel que je l'indique, rapproche beaucoup ce mode de celui de la succion. Pourtant quelques physiologistes ne l'envisagent pas ainsi. Dugès* prétend, par exemple, que les ruminants et les solipèdes boivent en humant, c'est-à-dire qu'ils ne forment le vide dans la bouche que par le moyen du thorax. Mais la preuve que ce vide n'est nullement le résultat, même partiel, d'une action aspiratrice de la poitrine se trouve donnée par une expérience de M. Poncet, laquelle consiste à ouvrir la trachée au milieu du coU. et à fermer avec de l'étoupe, d'une part les narines, d'autre pai't l'extrémité supérieure du conduit trachéal. Évidemment alors, l'intervention de la poitrine n'est pas possible; néanmoins l'animal boit comme auparavant. On savait cela, du reste, par le fait des chevaux auxquels on a pratiqué la trachéotomie,

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