MOUVEMENTS DES MACHOIRES
quelque [lait. En etl'et, cela est évident chez les animaux tels que le lièvre, le lapin, qui ont le condyle très élevé et l'apophyse coronoïde courte et placée plus bas que le condyle; cela est presque aussi sensible chez le porc, dont l'apophyse coronoïde, très courte et assez éloignée du condyle, s'élève peu au-dessus de ce dernier. Enfin, si l'on se rappelle que la majeure partie de ses fibres s'insère plus ou moins au-dessous et en avant du sommet de l'apophyse coronoïde, on sera convaincu que c'est bien sur un levier du troisième genre qu'il agit : le point d'appui ou le centre du mouvement est à l'articulation, la puissance en avant de celle-ci, et la résistance sous les incisives ou les molaires. Néanmoins, comme une certaine quantité de fibres s'insèrent au sommet de l'apophyse, elles agissent sur un levier du premier genre. On conçoit, du reste, que plus l'apophyse sera large et éloignée du condyle, plus la puissance du crofapliite sera favorisée, c'est ce qui arrive effectivement chez les animaux carnassiers.
Ce muscle, très énergique en raison du nombre considérable des fibres qui naissent d'une surface très étendue, n'est pas seulement un élévateur de la mâchoire : en raison de son obliquité générale, il contribue à l;i rétropulsion, soit qu'il agisse seul, soit qu'il se contracte avec celui du côté opposé ; de plus, en agissant seul, il peut participer aux mouvements de diduction quand il a une portion orbitaire, comme chez le lapin et le cheval.
I Le masséter est un deuxième élévateur très énergique et d'autant plus fort, suivant la remarque de Cuvier, que le crotaphite est moins développé: c'est l'élévateur principal chez les herbivores et chez les rongeurs. II naît du bord inférieur et de la face interne de l'arcade zygomatique en se continuant avec le crotaphite; ce sont ses seuls [loinfs d'origine dans les carnivores. 11 procède, en outre, de l'épine zygomatique chez les solipèdes, et du tubercule maxillaire chez les ruminants: puis s'insère dans une fosse spéciale de la face externe du maxillaire, et à l'éminence sous-condylienne dans les carnivores; sur toute la partie postérieure de la branche du maxillaire dans les autres. Ses fibres sont, pour la plupart, les antérieures surtout, obliques de haut en bas et d'avant en arrière.
Ilagit toujours sur un levier du troisième genre, quelle que soit la situation de l'aliment. Ce muscle arrivant à peine, par son bord antérieur, au niveau de la dernière molaire, chez les carnassiers, et recouvrant seulement une ou deux de ces dents chez les solipèdes et les luininants, doit, de toute évidence, agir constamment sur un levier du troisième genre, lors même que la substance à broyer est sous les deraières molaires, car la ligne d'action, ou la résultante de la contraction de ses fibres, passe bien en arrière de la dernière dent, par conséquent, entre la rénstance et le point d'appui articulaire. Ce levier, représenté par le maxillaire, donne à la puissnncedu masséter un bras étendu du centre de l'articulation temporo-maxillaire jusqu'au niveau de la ligne d'action du muscle, tandis qu'il laisse à la résistance un autre bras constamment plus long que le premier. Celui-ci a toute la longueur de la mâchoire lorsque l'aliment est placé entre les incisives, et il diminue à mesure que cet aliment s'engage plus avant dans la bouche. La réduction grnduelle du Ijras de la résistance, à mesure que les matières à broyer s'avancent plus près de la dernière molaire, sulfit seule à accroître, dans des proportions considérables, la puissance déployée par le masséter.
Les ptérygoïdiens externe et interne, surtout le dernier, qui est ordinairement, de beaucoup, le plus considérable, sont aussi des élévateurs. Ils sont forts dans les solipèdes et les ruminants, de même que dans le lièvre et le lapin, et semblent confondus en un seul chez le chien. Leur bord antérieur étant constamment placé en arrière de la dernière molaire, ne permet pas de douter qu'ils n'-agissent constamment sur un levier du troisième genre dans lequel le bras de la puissance est plus court que pour le masséter externe.
Ces deux muscles ayant leur point (ixe plus rapproché de la ligne médiane que leur insertion, deviennent les agents essentiels des mouvements latéraux; de plus, l'externe contribue en même temps à la prépulsion.
Par leur nombre et leur volume, les muscles élévateurs donnent aux mâchoires une force considérable qui croît à mesure qu'elles se raccourcissent. Elles ont chez les carnassiers, oi!i leur longueur est à son minimum, une puissance énorme comparée à celle des mâchoires longues et coudées des herbivores ; mais il n'est pas facile de l'évaluer exactement par les moyens dont Borelli et Haller se sont servis pour l'homme. D'ailleurs, comment pourrait-on mesurer la force des mâchoires de l'hyène broyant un os, ou du lion déchirant sa proie?
Les deux mouvements que nous venons d'examiner se produisent nécessairement dans tous les animaux Ce sont les seuls qui s'effectuent chez les carnassiers : ù ceux-là s'en ajoutent d'autres chez un grand nombre d'espèces. Nous allons les passer en revue.
3" Prépulsioii. — Dans ce mouvement, qui est très faible chez les solipèdes et les ruminants, tandis qu'il est très étendu chez les rongeuis, le condyle maxillaire se porte en avant, glisse sur la surface glénoïde du temporal en s'éloignanl de l'apophyse sus-condylienne, quand elle existe ; l'apophyse coronoïde s'éloigne aussi de la base de l'arcade zygomatique et se dirige \ers la partie antérieure de la fosse temporale; enfin, l'extrémité libre de la mâchoire inférieure vient dépasser plus ou moins celle de la mâchoire supérieure.
Ce mouvement est impossible chez les carnassiers, à cause de la disposition delà cavité glénoïde qui, par ses bords antérieur et postérieur, enclave le condyle et l'empêche de se mouvoir dans le sens antéro postérieur. 11 commence à être possible dans le bœuf, le mouton, le cheval, dont la cavité glénoïde n'est pas limitée en avant, mais seulement en arrière p ir l'apophyse sus-condylienne. 11 devient déjà assez étendu dans le porc, qui a un condyle triangulaire dont les mouvements ne sont bornés en arrière que par une petite crête. Enfin, il est porté à son maximum dans les rongeurs : chez ces derniers, tout est disposé pour le rendre aussi étendu et aussi facile que possible; le condyle est allongé d'avant en arrière et porte un petit rendement à son extrémité antérieure; sa cavité de réception est une gouttière allongée dans le même sens, et qui n'est point bornée ni à l'une ni à l'autre de ses extrémités.
Le mouvement de prépulsion n'a pas de muscles particuliers : ses agents sont le masséter et l<; ptérygoïdien externe. Le masséter est par son bord antérieur oblique du haut en bas et d'avant en arrière ; ses fibres le sont dans le même sens, ou, en d'autres termes, son attache à l'extrémité de l'épine zygomatique est toujours antérieure à sa terminaison au maxillaire, aussi est- il le propulseur par