‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 200 sur 287 · RYTHME DE LA MASTICATION · texte numérisé non relu

RYTHME DE LA MASTICATION

duire aucune contraction dans le buccinateur des solipèdes lors de l'irritation de ce nerf.

La sensibilité dont jouissent les lèvres et les joues (b'itond des divisions de la branche sus- maxillaire delà cinquième paire et du nerf buccal dont nous venons de parler. On sait que les branches qui sortent du conduit maxillaire sont ('•normes chez le cheval, où elles vont se distribuer aux ailes du nez et aux lèvres, dont la sensibilité est exquise. La section de ces branches laisse aux parties dans lesquelles elles se rendent toute leur mobilité.

Il est à noter que la sensibilité des lèvres et des joues paraît moindre à l'extérieur dans les ruminants que chez les soli[ièdes; cependant, chez les premiers, les papilles, si nombreuses et si développées que les joues offrent à leur face interne, contribuent, sans aucun doute, à donner à leur sensibilité un caractère particulier, qui est peut-être en rapport avec la rumination ou avec la mastication mérycique.

VI — Rythme de la mastication.

Les caractères généraux de la mastication résultent de la configuration des mâchoires, du jeu de lenrs muscles et de la forme des dents ; ils sont loin d'être les mêmes dans tous les animaux.

Chez les carnivores, les mâchoires ne[)eu\ent exécuter que deux mouvements : l'écarlement et le rapprochement; les dents supérieures ne peuvent point glisser sur les intérieures. Aussi, la mastication s'y réduit à la section, à la dilacération el rarement au broiement des substances alimentaires. De ces trois opérations bien distinctes, la première a pour agents les incisives, la seconde, les canines, et enlin. la troisième, lesdenls molaires. Celle-ci, quelles que soient les formes des molaires, est ordinairement fort incomplète, car la chair s'écrase, se tasse, s'assouplit, se perce au niveau des saillies aiguës des dents ; elle ne se divise ni en parcelles ténues, ni même en petits lambeaux ; elle reste en masses assez volumineuses, qui passent aisément dans un œsophage très large et se réduisent vite en une pulpe homogène par l'action du suc gastrique. Les os, seuls, sont susceptibles d'être brisés el très divisés. Pourcela, l'animal les fait parvenir instinctivement sous lesdernièresdents qui sont les plus fortes et dont la surface est souvent tuberculeuse au lieu d'être hérissée de pointes. Ils ne sont écrasés que d'un seul coté à la fois, et sans grande difticultéchez les espèces qui, comme l'hyène, possèdent plusieurs tuberculeuses; au contraire, on les voit divisés avec lenteur et avec une précaution singulière chez le lion, la panthère, dont les dernières dents ont des pointes acérées, susceptibles des'émousser ou de se briser. Il est fort remarquable qu'alors le lion et toutes les espèces de son genre ferment plus ou moins les yeux à chaque effort des muscles préposés au rapprochement des mâchoires.

Chez les herbivores, la mastication s'ell'ectue suivant un mode bien différent de celui qui est propre aux carnassiers ; elle s'opère par des mouvements de prépulsion, de rétropulsion et de diduclion qui s'ajoutent à ceux d'écartement et de rapprochement. Les deux derniers eussent été insullisants pour produire une division complète des substances herbacées. En effet, si les mâchoires du cheval eldu bœuf, munies de leurs dents à couronne plate, n'eussent exécuté que les deux mou-

vemenfs propres aux carnassiers, les herbes sèches et même les fourrages verts se seraient simplement assouplis, froissés; mais ils n'auraient pu se réduire en [telifes parcelles; ils se seraient aplatis, comme sous une nieiile dont la pression la plus forte n'o|tère jamais qu'un écrasement sans division. Le Iroltement des dents, soit dans le sensantéro-postérieui-, soit dans le sens latéral, est donc d'une indispensable nécessité pour les herbivores ; aus«i y existe-t-il toujours.

Ce n'est pas tout. J^es mâchoires des herbivores ont une disposition telle que le broiement des matières alimentaires ne peut s'effectuer en même temps des deux côtés. Camper avait déjà noté que la mâchoire inférieure de ces animaux est plus étroite dans toutes les espèces que la supérieure ; mais il n'avait pas trouvé la signitication de ce fait anatoniique. Or, par suite de l'élroitesse de la mâchoire inférieure, les molaires ne peuvent se correspondre simultanément des deux côtés à la lois. Lorsque les droites se touchent, les gauches ne s'alTrontent plus, et réciproquement. 11 en résulte que, chez ces mammifères, la mastication doit être unilatérale.

Aussi, pendant que les solipèdes et les ruminants mangent, on voit, à certains moments, la mâchoire inférieure se porter, à chaque coup de dents, à droite de la su|)érieure; puis, à d'autres moments, se porler en sens opposé. Si ia déviation a lieu à droite, par exemple, elle peut conserver cette direction durant une période d'un quart d'heure, d'une demi-lieui-e, même d'une heure; la mâchoire inférieure se porte à droite de lu supérieure et revient à ï-a situation normale sans la dépassera gauche; les- molaires droites frottent, celles d'en haut sur celles d'eu bas, et écrasent les aliments qui sont enire elles Alors, les molaires gauches ne se correspondent point, et il n'y a point d'aliments entre leurs tables. Le contraire a lieu lorsque la déviation s'opère à gauche.

Lorsque l'animal mâche à droite, on voit : 1° que la mâchoire inférieure se porte à droite bien en dehors de la supérieure ; 2 " que 1»^ condyle maxillaire gauche éprouve un déplacement plus étendu que l'autre, et qu'enlin, la salière gauche se boursoufle, chez les solipèdes, beaucoup plus fortement que celle du côté sur lequel la mastication s'opère. I^'inverse a lieu également lorsque l'animal mâche à gauche. Il est à noter que cette particularité, qu'on n'avait même pas soupçonnée, coïncide avec l'un des piuMiomènes les plus remarquables de la sécrél ion des glandes salivaires, c'est-à-dire, avec une sécrétion parotidienne beaucoup plus abondante du côlé sur lequel se fait la mastication que du côté opposé.

L'unilatéralité de la mastication n'est point exceptionnelle ou propre à quel- (jues herbivores. Elle est évidente chez le cheval, l'âne, le mulet, le dauw, l'hémione, le zèbre, le rhinocéros, le bœuf, le bullle, le bison, le cerf, l'antilope, le mouton, la chèvre et tous les autres ruminants; Je ne sais si elle existe chez les rougeurs herbivores, le lièvi-e et le lapin, par exem|)le.

La durée de la mastication et son degré de perfection varient à l'infini, suivant les animaux, leur âge, l'état et la nature des aliuienfs.

Les carnassiers mâchent très peu leur proie: ils avalent des morceaux de chair très volumineux, après les avoir aplatis, dilacérés eu quelques coups de dents. Une division très grande de ces substances est rendue impossible par le mode d'action des dents el des mâchoires; elle serait, du reste, peu utile, puisque les matières

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