SALIVAIRES
Les glandes annexées à la bouche fonctionnent évidemment par suite d'une excitation nerveuse. L'impression produite, par les aliments ou parles substances sapides, sur la muqueuse buccale, est transmise aux centres nerveux qui la réfléchissent sur les glandes. A cette action réflexe concourent des nerfs sensitifs qui conduisent l'impression aux centres et des nerfs moteurs qui apporlentaux glandes la réaction des centres. Donc, il s'agit de déterminer les filets qui agissent alors, et devoir s'ils sont de même ordre pour toutes les glandes salivaires.
Ludwig, en 1851, a constaté l'action réflexe en coupant le lingual de la cinquième paire au-dessus du point d'origine des filets qu'il envoie à la sous-maxillaire. Après celte section, il a vu que la sécrétion de la sous-maxillaire ne pouvait plus être provoquée par les substances sapides mises en contact avec lamuqueuse. Plus tard, Bernard s'est assuré que l'impression portée aux centres par le lingual est réfléchie, sur la sous-maxillaire, par le rameau moteur du facial connu sous le nom de corde du tympan, lequel se distribue dans la glande et accompagne le canal de Wharton ; en effet, après la section de ce nerf, à son passage dans la caisse, il a vu que le vinaigre mis dans la bouche ne faisait plus couler une seule goutte de salive par l'orifice du barbillon. Le même effet se produisait après la section complète du facial dans la cavité crânienne. Dans ces deux conditions, on pouvait rétablir la sécrétion en galvanisant le bout périphérique du nerf 2.
En ce qui concerne la parotide, la section du lingual produit les mêmes effets que sur la maxillaire; elle diminue la sécrétion, si elle a lieu d'un seul côté, et la fait cesser si elle est faite des deux en même temps ; mais celle du facial ne la suspend qu'autant qu'elle porte sur la portion inlracrânieniie, car les filets parotidiens paraissent venir des branches profondes du nerf, probablement comme le suppose Bernard, du petit nerf pétroux se rendant au ganglion otique. Si elle est faite seulement au point où le nerf sort du trou slylo-mastoïden, le
1, Ce qu'on appelle ain.si est^ d'après Cuvier etDiivernoy, un pelit amas de granulations pourvu d'un canal particulier, amas qui semble n'ûlre qu'un prolongement des maxillaires. [Lorons (Vanatonde compurc'e, t. IV, 1" partie, p. 424.)
2. Cl. Bernard, Leçons sur la phijsiologie et la pathologie du système Jierveux, t. II, p. 148 et suiv.
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vinaigre mis dans la bouche agit sur la parotide, comme dans les conditions ordinaires.
Ilest facile, en galvanisant, soit le lingual, soit la corde du tympan, ouïe facial entier, de démontrer que c'est par riiiterriiL'diaire de Tare furmt' par ce» nerfs que les aliments provoquent la sécrétion salivaire. On peut aussi mettre en jeu la sécrétion en galvanisant la moelle allongée où paraît s'opérer la réilexion de l'impression guslative.
Le facial n'est peut-être pas le seul nerf qui apporte aux glandes salivaires l'excitation motrice capable de les mettre en jeu. Les tilets sympathiques émanés du ganglion cervical supérieur et accolés aux artères, sembleraient remplir une partie de cet officecar, suivant IcscxpérioncesdeCzermach etdeCl. Bernard, l'excitation du grand sympathique au cou provoque la salivation. Toutefois, d'après ce dernier physiologiste, tandis que l'irritation du facial provoquerait l'écoulement d'une salive lluide, celle du sympalliiipie ferait verser une salive très visqueuse. Indépendamment de la réilexion des impressions gustatives, dans la protubérance annulaire ou dans la moelle allongée, il y aurait encore, d'après CI. Bernard, une réflexion opérée par des ganglions sympathiques, par le ganglion sousmuxillaire pour la glande du mr'me nom ou par le ganglion otique pour la parotide. Cl. Bernard fonde celte manière de voir sur ce que, après la section du lingual, en deux points, faite de manière à laisser un tronçon en conmuinication avec le ganglion, on augmente la sécrétion salivaire en irritant l'extrémité périphérique de ce tronçon ; mais il peut très bien se faire alors, comme le pense Scliifl', que la stimulation produite sur les lilets du lingual revienne à la glande parles lilets du facial qui s'y trouvent accolés.
11 est quelques excitations produites loin de la bouche qui peuvent aussi, par action réilexe, réveiller la sécrétion salivaire. Frerichs a vu le sel porté directement dans l'estomac du chien, par une listule, provoquer l'écoulement de la salive ; Mayo a constaté la même particularité à la suite de l'injection du bouillon dans ce viscère. Ici, c'est probablement par le pneumogastrique que l'impression produite sur l'estomac est portée aux centres ; mais on ne peut dire sûrement si c'est par le facial ou par des divisions syinpathiqtu^s qu'elle est réiléchie sur les glandes. Enlin on sait que chez rhoinn)e et non chez le cheval, une simple impression nerveuse non matérielle, comme la vue des aliments, peut mettre en jeu les glandes salivaires : l'observation de Mitscherlich, sur un individu porteur d'une listule au canal de Stéuon, rend le fait certain pour la parotide.
L'action nerveuse constatée, peut-on savoir en quoi elle consiste, et comment elle met enjeu la sécrétion? Cl. Bernard \ considérant le facial rumine l'excitateur de la sécrétion, suppose qu'il agit sur les vaisseaux et non sur la glande; sur la circulation et non sur le travail intime de la sécrétion. D'après lui, le tympanicolingual,en sa qualité de nerf nioteur, ferait dilater les vaisseaux, et, en les dilatant, accélérerait la circulation, au point (jue le sang passerait de l'artère dans la veine, en conservant l'impulsion du cœur et la teinte vermeille; la galvanisation
1. Cl. Bernard, Leçons xur /(?s proprit'h's dcx l/qui'ie.< de l'organisme, t. II, 1859, p. 262, 2(J6, 268, 273.
de ce nerf excitateur par excellence fait d'ailleurs couler abondamment la salive maxillaire. D'autre part, les filets ganglionnaires qui suivent les artères auraient une influence diamétralement opposée à la première ; ils seraient constricteurs des vaisseaux, ralentiraient la circulation, au point de donner au sang le temps de subir une désoxygénation complète ; ils le feraient sortir très noir des veines. Entre ces deux ordres de nerfs, l'antagonisme serait complet: l'influence des premiers correspondrait à l'action de la glande, celle des autres à son repos. En ce qui concerne la parotide, l'action du nerf auriculo-temporal serait l'analogue de celle de la corde du tympan sur la maxillaire, et les filets sympathiques venus de divers points joueraient le rôle de dilatateurs.
L'antagonisme entre les deux ordres de nerfs, la dilatation des vaisseaux, attribuée aux uns, leur resserrement aux autres, la stimulation, l'action excitatrice qui s'exercerait seulement sur la circulation pour augmenter la pression du sang ou la diminuer, etc., ne me paraissent pas des faits encore suffisamment établis. D'ailleurs, si les nerfs excitateurs augmentaient seulement la pression sanguine, comment pourrait-on voir dans cette augmentation la cause de la sécrétion, puisque Ludwig a vu la sécrétion continuer dans le cas où la pression de la salive dans les canaux est supérieure à celle du sang.
En somme, et après ces réserves, il est un ensemble de faits desquels on doit déduire l'influence des nerfs sur l'action des glandes salivaires. D'une part, la stimulation directe ou la stimulation galvanique du lingual, peut, comme celle du facial ou des filets sympathiques qui enlacent les vaisseaux, ou même comme la stimulation du bulbe, provoquer la sécrétion salivaire. D'autre part, la section du lingual, celle du glosso-pharyngien, en empêchant l'impression de l'aliment d'arriver aux centres, celle du facial qui ne laisse pas l'action des centres arriver aux glandes, suspendent cette sécrétion. Enfin, les stimulations exercées sur la muqueuse buccale ont leur effet si l'arc nerveux est intact; elles l'ont encore, cet arc étant interrompu, si elles s'exercent sur la partie demeurée adhérente aux glandes. Il est donc difficile, en présence de ces faits, de concevoir comment on a pu songer à l'hypothèse d'une sécrétion salivaire indépendante des nerfs. Pourtant Eckard, en confirmant en 1867, sur la brebis, le fait de la sécrétion parotidienne pendant l'abstinence, signalé par moi dès 1852, s'est cru autorisé à regarder cette sécrétion comme soustraite à l'influence des nerfs cérébraux. Une telle déduction est manifestement en contradiction avec les lois physiologiques les mieux établies