Peyer, ourr. riti-, lib. III, cap. m
dans tel ôu tel réservoir, sur l'apparence et l'état de ces aliments ; ils pensent que ceux qui sont mous et très divisés ont été ruminés, que ceux, au contraire, qui se trouvent grossiers et durs, n'ont pas subi celle opération. Cette apparence bien trompeuse ne peut suffire à distinguer sûrement les substances ruminées de celles qui ne le sont pas.
Flourens établit des anus artificiels aux premiers estomacs, de manière à pouvoir engager le doigt dans ceux-ci, même à voir ce qui se passe dans leur intérieur. Lorsque les animaux ruminaient, le doigt introduit dans l'ouverture de la panse faisait sentir, « mais seulement par moments ou par intervalles, une partie de l'aliment ruminé, au moment où il était dégluti, et il en était de même quant au bonnet ; de plus, en écartant les lèvres de l'ouverture faite au second estomac, on voyait une partie de l'aliment ruminé suivre le demi-canal de l'œsophage et passer immédiatement jusque dans le feuillet. » Ainsi, d'après M. Flourens, «une partie de l'aliment ruminé revient donc dans les deux premiers estomacs, et l'autre partie passe immédiatement, par le demi-canal, de l'œsophage dans le feuillet. » C'est aussi l'opinion de Haubner ^ qui, depuis fort longtemps, a répété les expériences de Flourens.
J'ai tenté, sur mes animaux à grandes fistules au rumen, d'engager la main dans la panse et le réseau, près du cardia et de la gouttière œsophagienne, pendant la rumination, pour reconnaître la marche du bol, lors de la deuxième déglutition ; mais, comme il était facile de le prévoir, la rumination se suspendait immédiatement, et ne se rétablissait pas tant que mon bras demeurait dans l'estomac; enfin, à d'autres moments, lorsque la rumination d'un bol était près de finir, j'engageais brusquement le bras dans l'ouverture du rumen, mais aussitôt la déglutition s'opérait, et le bol était revenu à l'estomac avant que ma main, traversant la masse alimentaire, ne fût parvenue au cardia et au demi-canal œsophagien. Une fois seulement, sur un taureau, la rumination de 4 ou 5 bols, pendant que le bras était dans la panse, a permis de constater le retour du bol ruminé dans le vestibule commun aux deux compartiments. D'autre part, comme je l'ai dit plus haut, sur un autre taureau, le rumen largement fenêtre, dans lequel le niveau des aliments descendait presque à la hauteur du cardia, on voyait les bols ruminés revenir à leur point de départ, en se noyant dans la masse dont ils soulevaient la couche supérieure. La déglutition ordinaire indique ce qui doit s'opérer dans la déglutition mérycique.
Or, si la main est introduite dans l'estomac, près de l'orifice cardiaque, lorsque l'animal mange, on sent que les bols, quelles que soient les substances qui les composent (herbe, foin, racines, avoine, farine], arrivent au réseau ou à la panse; ils sont arrondis, allongés, ovoïdes, enveloppés d'une couche épaisse de mucus; poussés avec force et ne se déforment pas en tombant. Rien alors ou presque rien ne suit le demi-canal œsophagien. Pendant que l'animal boit, soit à grandes, soit à petites gorgées, les ondées de liquide sont lancées avec force à la fois dans le premier et le second estomac. Les lèvres delà gouttière légèrement froncées et à demi-rapprochées, laissent passer entre elles un filet d'eau qui dcs-
1. Haubner, Li:lirli. drs vcrijl. l'/iysiol. d. Haunsauf/cthicTC, 1817,
cend directement dans le feuillet et la caillette ; mais la quantité de liquide qui passe entre elles est fort peu considérable ; elle est souvent si minime, qu'il est difficile de bien s'assurer de la réalité de son passage.
Les aliments ruminés étant très délayés et divisés, doivent, en certaine proportion, se mêler à ceux qui attendent, près du cardia, leur tour de rumination et revenir avec eux à la boucbe une seconde fois. C'est ce que pensaient Peyer, Duverney, Haller et ce que toutes les observations semblent indiquer. Mais, comme en définitive ces aliments atténués doivent passer à mesure, pour la plus grande partie, dans le feuillet et la caillette, leur départ vers les derniers estomacs s'effectue à la manière de celui des liquides et des pulpes qui, en dehors des périodes méryciques, sont poussés dans le quatrième estomac. Leur départ est successif et réglé par le jeu évidemment rythmique du vestibule cardiaque, jeu révélé dans plusieurs des conditions où se place l'observateur. En effet, déjà sur le mouton maigre et dépourvue de toison, on voit, après le retour d'un bol ruminé, se dessiner, sous les parois abdominales, une ondulation de la panse marchant d'avant en arrière et accompagnée d'un bruit de liquide. Sur la bête bovine à rumen fenêtre on voit la contraction dans le sens indiqué et le mouvement des matières qui en résulte. Enfin, sur l'animal dans le rumen duquel on a enfoncé, soit un manomètre plein d'un liquide coloré, ou un tube qui fait saillie ù l'extérieur, on constate, quatre ou cinq secondes après la déglutition du bol ruminé, une poussée antéro-postérieure qui, en soulevant et en portant en arrière la partie inférieure des instruments, fait abaisser et incliner en avant leur extrémité libre. En outre l'augmentation de pression qui résulte de celle poussée fait monter le niveau du liquide coloré dans le manomètre, ou celui du liquide que la panse envoie dans le tube ouvert à ses deux extrémités. Tous les mouvements qui concourent à ce départ sont réglés de façon à ce qu'il n'y ait pas addition d'aliments grossiers avec les alténués : aussi ils sont lents et à direction constante. En somme pendant qu'un bol est ruminé, l'antre mérycique se déblaye et une ondée nouvelle se prépare au départ.
On a pensé que le départ des matières ruminées vers les derniers estomacs devait être le fait de la gouttière œsophagienne. M. Lemoigne^ a cru pouvoir déduire l'intervention de celle-ci du rapprochement de ses lèvres et de leur torsion sous l'influence des excitations électriques. Mais cette déduction ne me paraît pas suffisamment justifiée. Il est très certain que les lèvres de la gouttière se rapprochent, en même temps que les orifices de ses extrémités, lorsqu'on les soumet directement, ou par l'intermédiaire des vagues, à une excitation électrique; mais rien ne prouve que ce rapprochement s'opère pendant la rumination, ni surtout, (ju'il ait le résultat supposé. D'ailleurs, l'hypothèse est peu en rapport, d'une part avec l'expérience dans laquelle l'immobilisation des deux lèvres n'entrave point le travail mérycique, d'autre part avec le fait anatomique de la gouttière réduite à une seule lèvre, chez les lamas et les chameaux.
1. Contributo alla teoria del mecanismo délia noninazione, lostitato lombardo, 1873 et Recueil de médecine vétérinaire, 1876, p. 481.