‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 233 sur 287 · MOYENNE · texte numérisé non relu

MOYENNE

Bœuf (6 aiio)

Bœuf (5 ans)

tjl

Vache 15 ans)

Bœuf (-20 mois)

Veau (1 anl

Veau (6 moisi

Bélier

Bison

Buffle.

Dromadaire

Cerf

Biche

Gazelle

Lama

La vitesse ou la lenteur des mouvements de la mastication mérycique parait en rapport avec la lenteur ou la rapidité habituelle des autres mouvements de l'animal. Les espèces à allures lentes, comme le bœuf, le buffle, le bison, ont une mastication très lente, tandis que ceux qui sont vifs, agiles, comme les cerfs, les gazelles, les chèvres, ont cette mastication très rapide.

Cette vitesse varie aussi suivant les âges. Tous les jeunes animaux ruminent très vite, et d'autant plus, qu'ils sont plus jeunes. Les animaux adultes ou vieux ceux qui sont mous, affaiblis, ou un peu malades, ruminent plus lentement.

Elle n'est pas la même au commencement et à la fin delà rumination d'un bol. Lorsque l'animal commence à ruminer, et pendant les trois quarts de la durée de la mastication, la vitesse est uniforme, mais sur la lin elle s'accélère beaucoup, d'autant plus que la mastication est plus rapprochée de son terme. Ce fait constant ne présente d'exception que si l'animal est obligé d'avaler la pelote avant l'instant oi!i elle aurait été déglutie, si rien n'avait troublé la rumination.

Je n'ai pas remarqué que la mastication est plus rapide si l'animal rumine des aliments tendres et sapides, au lieu de ruminer des aliments durs et peu agréables, comme la paille; néanmoins plusieurs auteurs ont dit qu'il existait à cet égard de sensibles différences. Peut-être en est-il ainsi, mais le fait me parait assez difficile à constater; il faudrait, pour cela, expérimenter sur le même animal auquel on ferait manger successivement, à quelques semaines d'intervalle, du foin, de la paille et de l'herbe verte.

Le tai)leau suivant indique le temps nécessaire pour la rumination d'un boh et par conséquent la vitesse de la mastication mérycique sur un taureau d'un an^ nourri au foin sec;

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La mastication d'un bol, ordinairement continue, est cependant assez souvent interrompue lorsque quelque chose vient troubler l'animal ou attirer s(m attention. Dans ce cas, il suspend brusquement le mouvement des mâchoires, tout en conservant les aliments dans la bouche, pour continuer aies ruminer un instant après. La suspension est très courte et très souvent répétée, lorsque le ruminant est lourmenté par les mouches; elle est plus prolongée dans nombre d'autres circonstances.

Néanmoins, lorsque ces suspensions momentanées s'observent, la mastication, une ou plusieurs fois interrompue, n'est ni plus ni moins complète que celle qui a été continuée régulièrement. Dans les deux cas, la moyenne des coups de dents est sensiblement la même ; mais si, après que la mastication d'un bol a été suspendue momentanément, l'animal se trouve dans l'impossibilité de la continuer, il fait •luelques mouvements très rapides de déglutition pour envoyer à l'estomac ce <|u'il avait conservé un certain temps dans la bouche : c'est ce qu'on observe fréquemment sur les bœufs qui conduisent la cbarrue ou qui sont employés aux transports.

3' Insalivation mérycique.

Plourens avait remarqué, dans ses expériences, qu'il descend vers l'estomac, pendant les intervalles des repas et de la rumination, des ipianlités considérables de salive; de plus, il avait vu quej dès que cette salive n'arrive pas à sa destination, les matières contenues dans l'estomac se dessèchent et ne peuvent l»lus être ruminées. Ces observations sont très exactes^ J'ai établi deux llstules [larotidiennes à de grands ruminants, de manière à laisser seulement la salive des maxillaires, des sublinguales et des autres glandules, suivre son cours ordi^ naire. Ces animaux ont continué, dans les deux ou trois premiers jours, à bien manger; mais, dès les premiers moments, les périodes de rumination étaient courtes et ne se reproduisaient qu'à de rares intervalles; bientôt la fonction s'exécutait avec peine : on voyait l'animal faire de violents efforts du côté de l'ab-

domen pour aider à la réjection; les matières alimentaires remontaient lentement l'œsophage, et il s'écoulait un temps de plus en plus long entre la descente d'un bol et le retour d'un bol nouveau; enlin, dès le troisième jour, malgré des efforts violents, la rumination devenait impossible, ATautopsie, je trouvai le foin desséché dans la panse et dans le feuillet; il était tellement tassé et durci, qu'il formait des masses moulées dans les divers compartiments gastriques.

Ainsi, il suftit que la salive des parotides seulement ne coule plus dans la bouche pour que les animaux, bien qu'ils reçoivent de l'eau à discrétion, finissent bientôt par se trouver dans l'impossibilité de ruminer. On conçoit, d'après cela, l'utilité de ce courant continu de salive qui se dirige vers l'estomac, lors de l'abstinence.

L'insalivation des matières ramenées à la bouche exige encore un travail considérable de la part des glandes salivaires. Elle a ceci de très remarquable, comme nous l'avons vu déjà, qu'elle s'effectue principalement par les parotides qui versent sur les aliments jusqu'à 908 grammes de salive en un quart d'heure : alors les maxillaires, dont la sécrétion était si abondante pendant le repas, sont inactives ou ne versent que des quantités minimes de liquide.

La salive sécrétée lors de la deuxième mastication ou celle qui coule pendant l'abstinence ne sert pas seulement à la rumination, elle a encore une autre destination que nous rechercherons plus tard. Notons ici que la salive de l'abstinence n'arrive pas entièrement au réseau et au vestibule cardiaque du rumen ; elle suit en partie le demi-canal œsophagien et arrivedirectement dans le feuillet: c'est elle qui rend la face interne des lèvres de la gouttière toujours humide et visqueuse. Il est facile de s'assurer de ces faits sur l'animal vivant, par les moyens précédemment indiqués.

i° Déglutition mérycique.

Pendant la seconde mastication, les aliments, réduits en une bouillie line, sont imprégnés d'une énorme quantité de liquide qui rend leur déglutition définitive très facile : aussi cette dernière s'opère-t-elle avec une grande rapidité.

Cette seconde déglutition a-t-elle lieu en une seule fois ou à plusieurs reprises?

Lorsqu'on examine un animal qui rumine, on remarque, immédiatement après l'arrivée d'un bol à la bouche, qu'il se passe, sur le trajet de l'œ^sophage, un mouvement d'ondulation analogue à celui qui accompagne ce bol lors de sa descente vers l'estomac; mais ce mouvement est si faible, qu'il est parfois inappréciable; cependant il est généralement visible et susceptible d'être senti par la main ; de plus, si l'on porte l'oreille sur le trajet de l'œsophage, on entend très distinctement passer des ondées de liquide. Ce n'est donc pas une partie de la pelote qui est renvoyée à ce premier moment, puisqu'elle n'a pas encore subi sa nouvelle trituration.

Au bout de quelques instants, alors que l'animal a donné dix, quinze, vingt coups de dents au plus, un nouveau mouvement d'ondulation se fait remarquer, lequel peut être suivi, après un certain temps, d'un second et même d'un troisième mouvement semblables au premier. Cette fois, l'ondulation est-elle l'indice

d'une déglutition partielle d'aliments très divisés ou bien d'une nouvelle déglutition de liquide? L'auscultation semble indiquer que ce n'est ni l'une ni l'autre. En effet, l'oreille, ajipliquée sur le trajet de l'œsopbage pendant le temps qui sépare l'arrivée d'un bol dans la cavité buccale de son retour à l'estomac, pen-oit un bruit plus ou moins fort, accompagné d'une dilatation de l'œsophage. Ce bruit, comparable à une éructation, est d'abord ascendant, puis il redescend assez brusquement. 11 est probablement dû à des gaz et peut-être à des liquides qui s'engagent dans l'œsophage et sont repoussés du côté de l'estomac dès qu'ils arrivent vers le pharynx. (Juoi qu'il en soit, ces mouvements se produisent toujours, chez le bœuf, dans le temps qui sépare l'ascension d'une pelote de sa déglutition; ils se remarquent aussi chez les autres ruminants, notamment chez les cerfs; dans tous les cas, ils ne coïncident nullement avec des interruptions de la mastication mérycique : celle-ci continue toujours avec la rapidité ordinaire pendant qu'ils s'ellectuent.

Quant à la déglutition, proprement dite, du bol ruminé, elle s'opère comme la première et avec une grande rapidité, aussitôt que la mastication est achevée. Chez quelques animaux, elle est accompagnée d'un bruit de glouglou assez prononcé, semblable à celui qui se fait entendre plus souvent encore lors de la réjection.

Presque aussitôt après qu'on a vu descendre le bol dans l'œsophage, on aperçoit un bol nouveau qui remonte vers la bouche avec une extrême rapidité, de sorte que le temps écoulé entre la déglutition du premier et la réjection du suivant est égal à quelques secondes. J'ai cherché un assez grand nombre de fois à le déterminer exactement, et j'ai pu voir qu'en moyenne il est de quatre à cinq secondes.

Et cependant il faut que, dans ce court espace, le bol ruminé descende de la bouchcà l'estomac, puis qu'un bol nouveau se l'orme, soit saisi et parcoure encore tout le trajet de l'œsophage. Il suftit donc à peu près d'une seconde et demie pour chacune de ces trois opérations successives : descente du bol ruminé, formation d'une pelote nouvelle, ascension de cette dernière jusqu'à la cavité buccale.

Cette vitesse presque électrique que possèdent les matières alimentaires dans leurs pérégrinations 7nérijciques s'explique, en partie, par la grande dilatabilité de l'œsophage des ruminants, et par l'état de dilution dans lequel se trouvent les aliments; car, sans cette dernière circonstance, il serait bien diflicile de comprendre que la pelote pût se mouvoir avec tant de rapidité. Or, je crois avoir démontré, par l'auscultation œsophagienne, que les aliments ramenés à la bouche sont accompagnés d'une certaine quantité d'eau. Il en est de même de ceux qui descendent et qui produisent aussi un bruit de liquide particulier un peu différent du premier. L'eau qui circule ainsi avec les aliments doit faciliter beaucoup leur progression qui, sans cela, eût été pénible et lente.

5° Conditions de la rumination et physionomie de l'animal (lui rumine.

La rumination ne peut s'établir ni se continuer que si l'estomac contient une grande quantité d'aliments. Dès l'instant que les réservoirs gastriques ne sont

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