‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 24 sur 287 · Flourens, ouv. cite, p. !)9i · texte numérisé non relu

Flourens, ouv. cite, p. !)9i

tés intellectuelles proprement dites. Bouillaud^ a vu qu'en les détruisant seules sur les oiseaux et sur de petits mammifères, les animaux, bien qu'ils conservent leurs sensations, semblent perdre la mémoire, la connaissance, le discernement des choses ; c'est aussi dans ces mêmes parties antérieures des hémisphères que Bouillaud et Broca ont localisé la faculté du langage articulé, laquelle s'affaiblit et s'éteint par le fait de lésions qui portent sur les lobes cérébraux antérieurs et particulièrement sur la troisième circonvolution frontale.

Le grand développement des parties antérieures des hémisphères indiqué par l'ampleur du front de beaucoup d'hommes très intelligents semble favorable à cette manière de voir ; seulement il ne faut pas oublier qu'alors les autres parties des hémisphères éprouvent aussi une augmentation proportionnelle, et que d'ailleurs ce grand développement s'observe assez souvent chez des individus d'une intelligence très ordinaire, à esprit lourd et obtus. En outre, il est des des animaux qui, avec une grande largeur des parties antérieures des hémisphères, sont très bornés, même stupides, comme le mouton et beaucoup de ruminants, tandis qu'il en est d'autres, tels que le chien, divers carnassiers, qui sont fort intelligents avec des hémisphères rétrécis, même effdés en avant, presque au même degré que chez les rongeurs.

Aussi, quelques observateurs, frappés de ces contrastes, ont cherché à reporter les facultés intellectuelles dans les régions postérieures des hémisphères qui sont très développées chez l'homme, puis chez les animaux intelligents, les carnassiers, l'éléphant, et très peu ensuite chez la plupart des pachydermes , des ruminants et des rongeurs. On a même prétendu que, dans la démence des vieillards, l'atrophie des circonvolutions cérébrales portait le plus souvent sur les parties occipitales des hémisphères. Mais, comme le fait très judicieusement remarquer Longet, on peut trouver dans la pathologie de quoi appuyer les assertions les plus contradictoires, rassembler, par exemple, un grand nombre de cas de lésions des lobes moyens ou des lobes antérieurs pour étayer l'opinion qui ferait résider ces facultés dans les premiers ou dans les seconds.

Il y a évidemment diffusion des facultés dans les hémisphères. Mais la diffusion peut ne pas être uniforme. Il est possible que certaines régions soient douées d'une activité prépondérante, surtout les plus antérieures dans lesquelles l'excitation électrique ne montre ni centres sensitifs ni centres moteurs. Un hémisphère peut remplacer l'autre hémisphère, la partie antérieure remplacer la postérieure. Les diverses parties sont indépendantes les unes des autres, puisque certaines d'entre elles peuvent fonctionner pendant que d'autres sont lésées, atrophiées, détruites, et en même temps elles sont solidaires, puisque les troubles apportés à l'action de l'une d'elles réagissent sur l'action des autres. Il ne faut pas s'étonner s'il reste quelques incertitudes sur les fonctions si complexes du plus admirable des organes.

L'anatomie comparée, pas plus que les observations pathologiques, ne vient donc à rencontre des données expérimentales qui semblent faire des hémisphères un organe agissant en bloc, et dont chaque partie prend part à l'exercice

1. Bouillaud, Recherchas mr les fonctions du cerueau {Journal de physiologie expérimentale, t. X, 1830).

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de chaque t'aculté. Tout au plus pourraient-elles nous porter à admettre que dans ces organes certaines parties concourent plus S{>écialement, plus activement que d'autres à l'exercice de ces facultés.

Quoique l'expérimentation montre la diffusion des facultés dans les lobes cérébraux, les faits pathologiques, qui sont aussi une expérimentation précieuse dont il faut chercher le sens, semblent iiuliquer que des deux substances des hémisphères, la grise est la plus active, celle qui prend la plus grande part aux actions cérébrales afférentes à la pensée. C'est, en effet, l'irritation, le ramollissement de cette substance, qui donnent lieu à la paralysie, à l'aliénation, à la démence. L'importance des circonvolutions se déduit tout naturellement du rôle de la substance grise. Celle-ci sera d'autant plus abondante que les circonvolutions seront plus nombreuses, plus profondes, comme chez l'homme, les singes anthropomorphes, la plupart des carnassiers ; elle deviendra rare chez les animaux à cerveau lisse, tels que les rongeurs et les ovipares, chez lesquels on voit l'intelligence bien inférieure à celle des animaux à circonvolutions cérébrales très marquées. Le nombre des circonvolutions, l'étendue de leur surface, qui est proportionnée à la profondeur de leurs replis, seraient, d'après Desmoulins, la meilleure mesure de l'étendue de l'intelligence des animaux comparés entre eux. Celte profondeur des circonvolutions, (jui varie beaucoup, parait-il, dans l'espèce humaine, d'individu à individu, ainsi que l'épaisseur et la vascularité de la substance grise, peuvent expliquer, au moins la diversité des degrés de l'intelligence humaine.

Les hémisi)hères cérébraux étant en bloc les organes de l'intelligence, on conçoit que celle-ci doive être, en général, d'autant plus dévelopiiée que ces hémisphères sont plus volumineux. On remarque effectivement qu'à partir de l'espèce humaine, la masse de l'encéphale, et spécialement celle du cerveau, décroissent à mesure que l'intelligence s'affaiblit. Toutefois la diminution de volume ne suit pas exactement la dégradation des facultés intellectuelles. On peut voir, en comparant entre eux les animaux domestiques, les mieux connus sous le rapport de leurs facultés, qu'ils seraient mal classés s'ils l'étaient d'après le poids proportionnel de leur cerveau.

Ainsi, d'après la classification basée sur le poids de cet organe, le chat serait placé en première ligne, [»uis le chien, le lapin, la chèvre, le bélier et l'àne. Le cheval, si intelligent, ne viendrait qu'à la suite du plus obtus de tous les solipèdes; du plus stupide de tous les ruminants et serait à peu près sur le même rang que le banif et la vache; eiiliii le porc occu[terait le dernier degré de cette échelle. Évidemment, une classification aussi vicieuse indi(|ue assez que le volume de l'encéphale ne peut faire apprécier exactement le degré d'intelligence de chaque espèce. D'ailleurs il suffit de réfléchir un peu aux chiffres donnés par Haller, Cuvier et Leuret, pour se convaincre que les animaux sauvages ne seraient pas mieux classés que les domestiques s'ils l'étaient d'après le poids de leur cerveau comparé à celui du corps. L'éléphant, par exemple, se trouverait bien au-dessous du cerf et du chevreuil ; le loup, le renard, au-dessous de la souris, du rat et de la taupe; les mammifères en général, au-dessous d'un grand nombre d'oiseaux.

En somme, on voit que les hémisphères cérébraux ont des fonctions complexes relatives à la sensibilité générale, aux diverses sensations, aux volitions, aux

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mouvements et aux facultés intellectuelles. La complexité de leur rôle s'explique, au moins en partie par la complexité de leur structure. Ils ont sans doute des cellules et des libres spéciales pour chacune de leurs fonctions : des cellules sensitives,des cellules motrices, etc. L'écorce seule des circonvolutions rendrait raison de la multiplicité des rôles de ces centres car on y reconnaît, depuis les recherches de Meynert, cinq à six couches : 1" la couche hyaline granuleuse et à petites cellules étoilées ; 2° la couche de petites cellules pyramidales ; 3" celle des grandes

cellules pyramidales ; 4" celle des granules; 5° et 6" la couche des cellules fusiformes, affectées, d'après quelques auteurs, aux volitions. De plus dans cette écorce les histologistes ont trouve des fibres nerveuses très Unes disposées en un ou deux réseaux servant, suivant toutes les apparences, à établir des communications entre les différentes cellules.

Il est à remarquer que l'écorce présente des particularités de structure dans les divers départements cérébraux, lesquelles semblent en rapport avec le rôle de chacun. Suivant les points, le nombre des couches corticales augmente ou diminue, les cellules sensitives prédominent sur les cellules motrices ou réciproquement. Ainsi dans la partie appelée lobe occipital on a compté iiuit couches et trouvé des cellules sensitives en proportions énormes. Dans l'écorce de la corne d'Aunnon on a \u surtout des cellules pyramidales motrices.

Cherchons maintenant à déterminer le rôle spécial qui peut être dévolu, au corps calleux, aux ganglions cérébraux appelés corps striés, couches optiques, etc.

FiG. 8.

IV» Utile de.** clîvei».6»es i>a.vtie!^ des liéi»aî!!»i»ï»èi*es céréljraiix.

Cori>« calleux. — Le corps calleux ou la lame blanche qui réunit les deux hémisplières et forme la voûte des ventricules cérébraux est propre aux mammifères, sauf les marsupiaux et quelques autres. Les oiseaux, les reptiles et les poissons en sont dépourvus, Il est formé de substance blanche, à fibres parallèles entre elles qui, d'après Kôlliker, ont le môme diamètre et le môme aspect que celles de la masse centrale des hémisphères. Ces libres commissurales transverses, disposées en deux feuillets, se répandent en tous sens, surtout dans ks circonvolutions supérieures des hémisphères.

La[»cyronie l'a regardé comme le siège de l'âme, et Saucerotte ayant observé (|uc sa section déterminait une secousse violente suivie de la perte immédiate du

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sentiment, adopta la mOme opinion. Tréviranus, se basant sur des considérations purement s[)é(;ulativps, le croyait destiné à mettre en relation intime les deux hémisphères, et à donner de l'unité, de l'harmonie à leurs opérations. Mais les ex[)criences des i)liysiolo^isles modernes ne sont pas favorables à ces hypotlièses, et elles ne t'ont découvrir au corps calleux aucune [iropriété, aucune fonction spéciale.

Lorry, Flourens, Magendie, ont irrité, incisé et détruit le corps calleux sans (pi'il en résultât ni douleur, ni convulsions. Longet l'a incisé dans toute sa longueur sur de jeunes chevreaux et de jeunes lapins qui n'en ont pas éprouvé de douleur : ils ont pu encore se tenir debout, même marcher et courir, lorsqu'ils y étaient sollicités. J'ai fait la même expérience sur deux chevaux. L'un est demeuré l»eu de temps debout et s'est jeté à la renverse, après avoir éprouvé ([uelques mouvements de l'œil; l'autre a éprouvé un affaiblissement considérable, peu après la section, et s'est laissé tomher sur le côté. Aucun n'a eu de convulsions.

On a vu dans l'espèce humaine le corps calleux arrêté dans son développement, ou tout à fait atrophié, sans troubles notables dans les fonctions sensitives ou locomotrices.

La \oiite à trois piliers et la cloison transparente jouissent de la même insensibilité que le corps calleux. On leur a attribué aussi l'office d'établir l'unité d'action entre l'un et l'autre hémisphères ; mais l'expérimentation ne nous apprend rien (jui puisse appuyer ou inlirmer cette manière devoir. L'amincissement delà voûte, et la perforation du septum s'observent quelquefois sur l'homme, dans les cas d'épanchements. [J'ai plusieurs fois rencontré cet amincissement sur des chevaux immobiles qui avaient une hydropisie très marquée des ventricules ou de volumineuses concrétions des [)lexus choroïdes et sur un jeune bélier dans les ventricules duquel se trouvait un énorme cœnure. Dans les cas de cette nature on n'observe pas de troubles spéciaux qui fassent supposer que le corps calleux ait des fonctions distinctes de celles de la masse des hémisphères cérébraux.

Corps »trîé«. — Les corps striés qui existent avec un développement plus ou moins considérable, dans tous les vertébrés, sauf les poissons, sont considérés avec raison, à ce qu'il semble, comme formant la première paire des ganglions cérébraux. Ils résultent de l'agrégation de plusieurs amas ou noyaux de substance grise à cellules multipolaires et se lient parleurs faisceaux de substance blanche aux pédoncules cérébraux, et conséquemmcnt aux pyramides du bulbe rachidien que les pédoncules [trolongent. Ces fdjres blanches ont ceci de très particulier, d'après KoUiker', qu'elles naissent directement, pour la plupart, des pédoncules cérébraux, s'irradient dans les noyaux gris, se résolvent en réseaux dont les prolongements fins paraissent s'unira ceux des cellules sans que ces fibres se rendent dans la substance blanche du reste des hémisphères. Toutefois, outre ces fibres, il en est d'autres qui émanent de la substance médullaire des lobes, et vont se terminer en anses dans les noyaux dits lenticulaire, crochu, vermiculaire, etc.

C'est par ces dernières cpie sont établies de nombreuses connexions entre l'écorce des hémisphères et les corps striés. Les histologistes qui les ont étu-

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