‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 251 sur 287 · KE · texte numérisé non relu

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L'insalivation, qui jouait un faible rôle cliez les carnassiers, est ici, comme la mastication, d'une importance majeure. KUe bydrate l'aliment sec ; elle traite ses parties solubles par une masse d'eau égale à quatre fois le poids total de l'aliment; puis elle rend soluble, en la convertissant en dexirine et en sucre, une masse énorme de fécule, 4'i centièmes dans le foin, le sucre compris, et 61 centième dans l'avoine : elle commence cette transformation dans la bouche, la continue dans l'estomac et l'achève très activement dans l'intestin.

En raison de la très grande utilité de ces actes préparatoires, mastication et insalivation, il y a tout avantage à ne point chercher à réduire la durée des repas. La digestion se fait d'autant mieux, chez les solipèdes, que la niandin:ation est plus lente. Aussi le cheval prolite-t-il beaucoup plus de la paille jetée dans son râtelier (|ue de celle qu'on associe au\ autres alilneuls ; il la mange avec nonchalance, linsalive parfaitement, en tire les parties Hues, les sommités des tiges, les épis avec (juelques grains, les herbes adventices, et, à cause de celte lenteur de la manducalion, l'aliment arrive en petites quantités à la fois dans l'estomac, y fait un séjour siiflisant, sans le dilater outre mesure ni le surcharger.

Les aliments ([ui arrivent à l'estomac, a[)rès avoir été bien divisés et imprégnés

de salive, sont déposés à la petite courbure. Ils poussent devant eux, du côté de la grande, tant à droite qu'à gauche, ceux qui les ont précédés. Comme le viscère est peu ample, dime capacité moyenne de 15 à 18 litres, il ne peut admettre tout ce qui est consommé en un repas. Lorsque le cheval mange en un repas de deux heures 5 kilogrammes de foin représentant la moitié de la ration diurne, il les imprègne de vingt litres de salive, qui donnent, par conséquent, une masse du poids de 23 kilogrammes capable d'occuper un espace de 28 à 30 décimètres cubes. Or, pendant ce repas, l'estomac a de quoi se remplir trois fois ; car, dans les conditions physiologiques, pour bien fonctionner, il ne se distend qu'aux deux tiers de sa capacité maximum, soit dix litres; conséquemment, lorsque, après ce laps de temps de deux à trois heures, le cheval finit son repas, l'estomac a dû se vider deux fois pour conserver le tiers de la ration. Les deux premières fournées n'ont donc pu séjourner qu'une heure, à peu près, dans le réservoir gastrique; la dernière seule a, pour passer dans l'intestin, tout le temps qui s'écoule entre les deux repas. En vingt-quatre heures, ces deux repas donnent, comme on le voit, 50 kilogrammes de matières pouvant remplir cinq ou six fois l'estomac.

Si ce cheval, entièrement nourri de foin, est soumis à un service qui exige un supplément de ration de 5 kilogrammes, c'est bien autre chose : la durée de ses deux repas s'élève à six, sept heures et plus; il doit fournir 60 kilogrammes de salive au lieu de 40 ; l'estomac a de quoi se remplir neuf fois au lieu de six ; partant l'animal ne peut manquer de prendre un ventre énorme, de devenir mou; il ne peut que faire le travail lent d'une ferme.

Mais si, au contraire, la ration supplémentaire du cheval qui travaille lui est donnée en avoine, la substitution a pour conséquence de réduire la durée du repas, la somme de salive, le volume de la masse introduite dans le tube digestif; par suite, les aliments séjournent plus longtemps dans l'estomac et y éprouvent une élaboration plus complète.

Ainsi le cheval qui reçoit, au lieu de 15 kilogrammes de foin, 7 500 grammes de fourrage et 3 500 grammes d'avoine remplaçant le foin supprimé, fera des repas dont la durée sera abrégée de trois heures, économisera 26 kilogrammes de salive, et son estomac aura trois fournées de moins à recevoir.

La différence serait plus marquée si le foin était entièrement remplacé par l'avoine, 12 kilogrammes du premier par 0 kilogrammes et demi de la seconde. La ration de foin pèserait avec sa salive 60 kilogrammes, et pourrait remplir sept fois et demie l'estomac; la ration équivalente d'avoine insalivée n'en pèserait que 13 et remplirait seulement une fois et demie l'estomac; elle pourrait, par conséquent, y séjourner cinq fois autant que son équivalent de foin.

La faible capacité gastrique a donc pour résultat forcé de réduire la durée delà clivinilication en raison directe du volume des aliments; elle abrège de beaucoui» la digestion des fourrages, mais elle permet aux grains de séjourner dans l'estomac cinq fois plus que ces derniers. Cette inégalité du séjour des aliments dans le viscère est justiliée par les dill'érences de composition qui existent entre les fourrages et les grains.

En effet, le cheval, qui se nourrit de foin de prairie, trouve dans cet aliment

44 centièmes d'amidon, de sucre ou d'autres substances analogues, lesquelles ont été modifiées par l'action de la salive et seront, en grande partie, transformées dans l'intestin; puis 4 centièmes de matières grasses, dont la digestion s'opérera également dans le tube intestinal ; enfin, 7 centièmes d'albumine, de légumine ou de caséine, de plus des sels et des principes insolubles. Or, ces 7 centièmes de matières azotées sont les seules qui aient besoin d'éprouver l'action du suc gastrique. Par ce que nous savons sur la manière dont ce liquide modifie les substances albuniinoïdcs, en les attaquant, coucbe par couche, de l'extérieur à l'intérieur, il est facile de concevoir qu'il opérera sans peine la dilution de ces mêmes matières, puisqu'elles sont en quantités minimes, très divisées, éparpillées, réduites, si je puis ainsi dire, à l'état moléculaire au milieu d'une masse qui a subi une trituration complète. De même, le cheval, nourri de luzerne verte, trouve dans ce fourrage 9 centièmes d'amidon et de sucre, à peine 1 centième de graisse, qui ne sont point du ressort de la chymification, et seulement à peu près 3 centièmes de principes azotés à dissoudre dans l'estomac.

Mais l'avoine n'est pas dans le même cas que le foin. Elle contient du gluten dans la proportion de 11 pour 100. Or, comme la quantité de matière azotée dans l'estomac plein d'avoine est quatre à cinq fois aussi grande que dans l'estomac plein de foin, il faut, de deux choses l'une, ou que le viscère, en un temps donné, sécrète cinq fois autant de suc gastrique pour l'avoine que pour le foin, ou qu'il garde cinq fois autant le premier aliment que le second. Si cette dernière condition, la seule qui paraisse possible, ne se réalisait pas, la ration d'avoine serait incomplètement digérée, et ainsi beaucoup de ses principes seraient perdus. Grâce à son petit volume, elle peut l'être parfaitement. Cette ration de 6 kilogrammes et demi, qui paraît minime, représente cependant 13 400 grammes de viande -j- 8 000 grammes de pain, avec 300 grammes de graisse et 200 grammes de sels, en y ajoutant la quantité d'eau nécessaire pour que sa fécule et son gluten soient hydratés au même degré que dans la chair et le pain.

Les matières alimentaires, en arrivant à l'estomac, se délayent dans le liquide neutre que le sac droit avait conservé pendant l'abstinence; elles remplissent la cavité de ce dernier et distendent ensuite le sac gauche affaissé, jusqu'au moment où il a acquis un volume égal à celui de l'autre; puis la dépression circulaire s'efface progressivement et les deux parties du viscère éprouvent une dilatation proportionnelle. La sécrétion du suc gastrique, excitée par les premières quantités d'aliments ingérés, devient de plus en [dus abondante ; bientôt ralcalinité de la salive qui imprègne les substances soumises à la mastication est neutralisée, et toute la masse acquiert une acidité graduellement croissante.

L'exhalation du suc dissolvant s'efl'ectue exclusivement dans la partie droite de l'estomac, tapissée par une muqueuse veloutée dont la surface a de 15 à 20 décimètres carrés ou environ l'étendue de la totalité de Û muqueuse gastrique d'un chien de forte taille. Il ne saurait s'élever la moindre contestation à cet égard. D'abord, Bischoll' a vu les glandes tubuleuses dans toute l'étendue de la membrane épaisse et rougeàtre de la région pylorique ; il n'en a point trouvé dans la muqueuse blanche, à épithélium pavimenteux du sac gauche. Ensuite j'ai constaté, en ouvrant avec précaution l'estomac plein d'aliments secs, sans liquide qui

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