‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 263 sur 287 · II. — RÔLE DU FLUIDE PANCRÉATIQUE · texte numérisé non relu

II. — RÔLE DU FLUIDE PANCRÉATIQUE

Nous venons de voir la bile constamment sécrétée et constamment versée dans l'intestin. La continuité de la sécrétion hépatique indique assez que son produit remplit un rôle de dépuration; son ralentissement et le dépôt de la bile dans un réservoir spécial, lorsque la digestion languit ou se suspend, prouvent suffisamment que ce fluide prend part à l'élaboration des matières alimentaires. La sécrétion pancréatique va se présenter sous une physionomie nouvelle très différente de celle de l'action du foie, des glandes salivaires et de beaucoup d'autres organes sécréteurs.

Le pancréas, comme les glandes salivaires auxquelles il ressemble par sa structure lobulée, n'existe pas dans tous les vertébrés. S'il ne manque jamais aux mammifères, aux oiseaux et aux reptiles, il n'a été observé que chez un petit nombre de poissons, la raie, la carpe, la perche, le brochet, le saumon, l'anguille, etc., où il est généralement très petit. Son existence, qui coïncide quelquefois avec les canaux pyloriques, ne permet guère de considérer ceux-ci comme des organes pancréatiques.

Le volume de cette glande, chez les mammifères, n'a pas de rapports bien évidents avec le régime des espèces; cependant il paraît décroître des carnassiers aux herbivores, et varier beaucoup dans chaque groupe, même dans chaque espèce, sans qu'on puisse voir la cause des variations. D'après mes recherches, le pancréas égale chez le hérisson du 102^ au 179'' du poids du corps ; le chat, du 253'' au 560"; le chien, du 245° au 673"; chez un lion peu musclé, le 431"; une lionne maigre, le 701"; une hyène, le 697"; chez le porc, du 521" au 826"; le cheval, du 780" au 1500°; chez les ruminants, du 600" au 1782". Jones ^ a aussi trouvé des différences très grandes, sous ce rapport, chez quelques tortues, et il croit, d'après quelques chiffres relatifs aux mammifères, qu'en général les carnassiers ont le pancréas plus volumineux que les frugivores ou que les herbivores. Il en serait de môme aussi chez les poissons.

Le canal qui verse dans l'intestin le fluide pancréatique est généralement simple chez les mammifères, et multiple chez les oiseaux. Il offre, relativement aux canaux biliaires, un mode de terminaison assez variable.

1" Les conduits biliaire et pancréatique, parfaitement distincts, s'ouvrent à une distance plus ou moins grande l'un de l'autre, comme dans le i)œuf, le [lorc, le lapin, le lièvre, le cochon d'Inde.

2° Ils se terminent très près l'un de l'autre, comme dans quelques espèces de singes, d'après les observations de Cuvier.

3° Ils s'insèrent au même point piir deux orilices ronfondiis ou accolés de même «pje d\n le cheval, l'une, le chat, etc.

4° Enfin, ils peuvent s'aboucher l'un dans l'autre et se terminer par un canal

1. Milne fiil\varu3, Ler.om ^m- /a ji/ii/s/ohif/ir et rnnntomli' nntqmrrr^^ t. VI, p. 518.

RÔLE DU FLUIDE PANCREATIQUK. * 8Ho

commun plus ou moins long : c'est le cas de l'homme , d'une partie des singes, des carnivores, du chameau, du lama, de la chèvre et de la brebis. Cette dernière disposition permet à rexpérimontateur d'obtenir un mélange de bile et de suc pancréatique suivant les pro{)ortions que la nature a déterminées.

Il est à noter que, chez les mammifères dont les canaux biliaire et pancréatique ne s'ouvrent pas au même point, cesf, à quelques exceptions près, le canal biliaire qui précède l'autre. Au contraire, ce sont les canaux pancréatique? qui s'insèrent les premiers dans l'intestin chez la plupart des oiseaux, d'après les nombreuses observations de Cuvier et de Duvernoy.

Indépendamment du canal excréteur [»rincipal, il y a souvent, comme le chien, le porc, le bœuf en donnent l'exemple, un canal accessoire, très petit, capillaire, naissant, soit de la masse de la glande, soit de quelques granulations isolées, et s'ouvrant presque toujours dans le cholédoque ou avec lui.

La signification physiologique de ces dispositions si diverses, si elles en ont une, n'est pas moins diflicile à entrevoir que celle des différences offertes par l'appareil excréteur du foie. Pourquoi l'homme se trouve-t-il dans le même cas que le cheval et les autres solipèdes herbivores, tandis que le chien, beaucoup de carnassiers vont de pair avec le porc omnivore et plusieurs rongeurs herbivores? Pourquoi dans le groupe si naturel des ruminants le bœuf et le mouton, l'un par rapport à l'autre, offrent-ils les dispositions les plus éloignées? Ces différences ne paraissent se rattacher ni au régime, ni au mode de digestion, ni aux formes les mieux caractérisées de l'appareil digestif.

Caractères tle la sécrétion pancréulîcnie. — La sécrétion du pancréas est-elle continue ou inlcimittenle; quels sont ses rapports avec le travail digestif; son abondance est-elle la même dans les divers animaux? C'est ce qu'il faut demander à l'expérimenlation.

De Graaf est le premier qui ait, par un procédé ingénieux, recueilli le suc pancréatique sur .l'animal vivant. Depuis cet expérimentateur, Leuret et Lassaigne ont obtenu le suc pancréatique du cheval, ïiedemann et Timelin ci'lui de la brebis, et M. Bernard^ celui du chien par une heureuse modilicatiun du procédé de de Graaf; mais aucun de ces physiologistes n'a déterminé les caractères de l'action du pancréas. Un tel résultat était d'ailleurs impossible à "atteindre, chez le chien, le cheval et la brebis, pour des raisons faciles à trouver et qui seront exposées plus lard : aussi ai-je entrepris mes recherches sur les grands ruminants, chez lesquels il est facile d'établir des fistul(!s pancréatiques, sans irriter lu glande ni troubler sensiblement les fonctions digestives'''.

Le pancréas du bœuf est couché en partie sur les circonvolutions du côlon, en partie sur la région droite et supérieure du rumen, depuis la scissure du foie jusqu'au-dessous de la deuxième vertèbre lombaire; il porte, à son extrémité intestinale, un conduit qui s'ouvre dans le duodénum de 30 à 4t) centimètres en arrière de l'ouverture du canal cholédoque. Ce conduit, souvent détaché de la

1. Cl. Bernard, Du sur pn/i(:ri}afii/uc ft de son rôle dans les phétioménes de In dir/c^tion {Archives deuird./ianw'wT 1849).

2. G. Colin, Expériences sur la sécrétion pnnrréafif/ue des f/rands ruminants {Comptes rendus de t Académie des sciences, 17 mars Irfôl, t. XXXII).

a. COLIN. — Fhysiol. coiiip., 3*^01111. 1 — t>5

glande sur une étendue de 2 à 3 centimètres, est assez large pour recevoir un tube d'un diamètre de 8 à 9 millimètres.

Pour arriver sur le canal excréteur du pancréas, on fait dans le creux du flanc droit une incision longue de 10 à 12 centimètres, parallèle à la dernière côte et séparée de celle-ci par un espace de 3 à 4 travers de doigt ; on divise successivement la peau et les muscles, puis on tord les petits vaisseaux qui peuvent avoir été lésés ; enfin, dès que la plaie ne donne plus de sang, on ouvre le péritoine. Alors on fait au canal pancréatique, qui apparaît entre le duodénum et l'extrémité inférieure de la glande, une petite incision longitudinale par laquelle on engage un tube de verre muni d'un léger bourrelet à chaque extrémité, tube qui est ensuite fixé par une ligature circulaire passée autour du canal, à l'aide d'une aiguille à pointe mousse. Enfin la plaie abdominale, à travers laquelle on fait passer le tube, est fermée par une suture.

Fjg. 121 . — Taureau avec l'appareil collecteur du tluidc pancréatique.

Si l'opération a été bien faite, lintestin, enveloppé dans un double sac épiploïque, n'aura pas été exposé au contact de l'air; le pancréas n'aura été ni blessé par l'instrument tranchant, ni froissé par la main de l'expérimentateur. Si d'ailleurs la digestion était active et la sécrétion établie au moment de l'incision du canal, on verra le fluide pancréatique limpide monter plus ou moins rapidement dans le tube et s'échapper à rextérieiir. Ij'animal continuera à manger et à ruminer comme auparavant, et pendant cinq, six, huit jours, on pourra suivre dans toutes ses phases le travail sécréteur de la glande.

Dès les premiers moments de l'expérience, le suc pancréatique coule limpide comme de r(!au et iirésente une légère viscosité qui augmente par le refroidisse-

UÙLK 1)1] FLUIDE l'ANCREATIQUE.

ment. Au bout d'un certain temps, il sort moins abondamment, et bientôt on voit la sécrétion se suspendre à peu près complètement; elle se rétablit ensuite d'une manière insensible, devient de plus en plus active, puis diminue et cesse de nouveau, pour reprendre son activité première, et ainsi de suite.

La sécrétion pancréatique, au lieu d'être continue et régulière, éprouve des variations (|ui lui donnent un type intermittent : elle oscille, dans des limites plus ou moins élendues, suivant l'état de la digestion. En général, il semble que son maximum d'activité coïncide avec la lin d'une période de rumination et avec les moments (|ui la suivent : alors son |)roduit s'élève souvent au cbilTre de 2UU à 27U grammes par lieure, sur un bieut de taille moyenne. Voici un tableau qui résume une expérience suivie pendant une semaine. Il donne une idée sutlisante de la sécrétion dans ses rap[)orts avec l'état de la digestion.

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