RÙLE DES FLUIDES INTESTINAUX
Voila donc lo suc des glandes de Brunner isole, et le voilà mêlé tantôt avec la bile, tantôt avec le suc pancréatique. Nous sera-t-il possible d'arriver à un résultat analogue en coqui concerne le produit des glandes de Peyer, à supposer que ces glandes soient de véritables organes sécréteurs ?
Les glandes agminées étant petites et ne pouvant être distinguées à l'extérieur de l'intestin, chez la plupart des animaux, il paraît difficile de leur appliquer la méthode ordinaire dont nous venons de parler. Ce n'est donc ni chez le cheval, ni chez le mouton, la chèvre, etc., qu'il faut chercher à isoler le fluide qu'elles sécrètent ; mais on peut, chez le porc, dont la glande de l'iléon s'élève à plus de 2 mètres de longueur, trouver cette autre inconnue dans le problème des sécrétions intestinales. L'expérience est facile : elle consiste à appliquer d'abord le petit compresseur ou une simple ligature près de l'insertion cîecale de l'intestin grêle, puis à pousser, par la pression des doigts, vers le jéjunum, les matières que renferme l'iléon, sur lequel on place une autre ligature à 1 mètre et demi ou 2 mètres de la première. De cette manière, la dernière partie de l'intestin grêle, renfermant la magnifique glande rubanée, est complètement vide. Au bout d'une heure on tue l'animal. Cette expérience, que j'ai faite assez souvent, ne m'a pas donné un résultat bien tranché ; j'ai vu seulement à la surface de la glande une couche de mucus plus épaisse et plus consistante que dans les points où la muqueuse n'était pas recouverte par la plaque agminée. Peut-être n'y a-t-il pas, d'après cela, trop de témérité à présumer que les glandes de Peyer sécrètent du mucus.
11 est vrai que quelques micrographes, Briicke entre autres, se fondant sur ce fait que les vaisseaux chylifères seraient très abondants autour et en regard des plaques de Peyer, ont cherché à les représenter comme des organes de chylification, des ganglions lymphatiques, destitués j)ar conséquent de toute fonction sécrétoire. Cette \in\ qui n'est démontrée ni anatomiquement, ni physiologiquement, me paraît tout à fait fausse. D'abord au niveau des plaques il y a peu de villosités pour absorber le chyle, et je n'ai pas vu chez les animaux, dont les glandes de Peyer sont énormes, plus de chylifères et des chylifères mieux rcnqdis dans les points correspondant à ces glandes que dans leurs intervalles, et je puis dire qu'à ce sujet mes observations sont nombreuses et faites dans de bonnes conilitions. 2° Les injections exécutées avec le plus grand soin ne montraient pas de communications entre les chylifères et les follicules de la glande. 3° Le contenu de ces follicules, grisâtre, visqueux, est constitué par des cellules homogènes, des noyaux qui dilVèrent très visiblement des globules ou cellules du chyle. l']nfin, l'étude attentive de ces organes, au point de vue physiologique, les montre réellement des organes sécréteurs. Ils sont beaucoup plus développés chez les herbivores et les omnivores que chez les carnassiers ; leurs dimensions sont énormes chez les rongeurs; une vaste glande chez le lièvre et le lapin ta[)isse un renflement terminal de l'intestin grêle; une autre glande semblable, en doigt de gant, revêt l'appendice du cœcuni dans toute la partie dépourvue de valvule spirale. Or, cette! ampoule terminale de l'intestin grêle, c(> i)rolongement du ciecum, sont quelquefois dépourvus d'aliments et tout à fait pleins du plus beau liquide, tantôt légèrement grisâtre et opaque tantôt transparent et analogue à une solution de
gomme. Ce liquide, qui n'existe pas dans les autres parties de l'intestin grêle et du cfecum, se retrouve quelquefois dans le côlon à un point où les follicules solitaires sont extrêmement rapprochés. D'ailleurs, quand on injecte dans l'intestin une solution de cochenille, on trouve, déjà au bout d'une heure, les ganglions chylifères du mésentère légèrement rougis par la matière que les chylifères y ont apportée, tandis que les follicules de la glande de Peyer ne sont pas plus colorés que le reste de la muqueuse. Si, plus tard, ils rougissent, c'est par simple imbibition et non par l'apport de la matière colorante qui a pénétré dans les chylifères.
Le suc intestinal de l'intestin grêle est donc le produit des glandes duodénales, des glandes agminées et des glandes tubuliformes. Les premières donnent évidemment un fluide muqueux qui se mêle intimement avec le reste; les secondes sécrètent aussi probablement un mucus qui reste à la surface de la membrane interne; enlin, les dernières, qui sont les plus nombreuses, sécrètent la partie fluide la plus abondante et dépourvue de viscosité. Or, comme dans les expériences le duodénum reste étranger à l'anse dans laquelle ou recueille le suc intestinal, le produit des glandes de Brunner, n'est point mêlé aux deux autres ; de plus, comme le mucus se sépare de ceux-ci par le repos ou la fdtration, le suc intestinal proprement dit, c'est-à-dire le suc des glandes tubuliformes, se trouve tout à fait isolé.
Quant aux sucs sécrétés par le gros intestin, il n'est pas facile de les obtenir par le procédé dont j'ai donné la description. Les expériences que j'ai tentées sur la pointe du cœcum et la courbure pelvieime du côlon du cheval ne m'ont encore conduit à aucun résultat qui mérite d'êlre mentionné.
Les diverses sécrétions intestinales, si abondantes chez les grands herbivores, le cheval entre autres, le paraissent fort peu chez les carnassiers; du moins, il m'a été impossible, en appliquant à ces animaux les moyens qui m'avaient réussi pour les autres, de recueillir des quantités appréciables soit de suc duodénal, soit de suc du reste de l'intestin grêle. Le produit de ces sécrétions doit y être, du reste, peu considérable à cause de la petite surface intestinale. En effet, la totalité de l'intestin grêle d'un chien est loin de représenter en étendue cette anse longue de 2 à 3 mètres où nous recueillons le suc intestinal du cheval. La faible étendue de la muqueuse des petits animaux sera toujours un obstacle à la réalisation d'une étude qui devient si facile chez les mammifères de grande taille.
La sécrétion du suc intestinal, dont Haller avait porté le produit à 8 livres en vingt-quatre heures chez l'homme, est sans doute d'une activité en rapport avec celle de la digestion elle devient excessivement abondante sous l'inlliicnce des purgatifs, et alors le fluide qu'elle verse dans la cavité intestinale n'est plus résorbé comme il l'est probalilement dans les circonstances ordinaires. Cette sécrétion fournit une énorme quantité de liquide dans les diarrhées séreuses et muqueuses, lesquelles peuvent résulter, suivant les cas, d'une hypersécrétion, soit des glandes productrices du mucus, soit de celles qui donnent le fluide ténu et non visqueux. Mais c'est là un point qui rentre dans les attributions de la pathologie.
La sécrétion des sucs intestinaux parait devoir être réglée, comme les autres, par le système cérébro-spinal et ganglionnaire. D'après les idées qui tendent à