RÔLE DES FLUIDES INTESTINAUX
s'accréditer, les nerfs agiraient sur les glandes intestinales par Tintermédiaire de la circulation; leur section, en paralysant les vaisseaux et en favorisant l'hypcn'îmie, activerait les sécrétions de la muqueuse, comme la section du ganglion cervical active la sécrétion de la salive de la sous-maxillaire ou la transpiration sur un côté de rencolurcetde la face. On observe, en efl'et, une sécrétion exagérée dans une anse intestinale dont les nerfs mésentériques ont été coupés, et de la diarrhée à la suite de l'excision des ganglions semi-lunaires. Toutefois les modilications déterminées dans ces conditions ne sont pas physiologiques, elles peuvent s'expliquer en dehors de toute influence nerveuse. La diarrhée sanguinolente, qui suit quelquefois l'excision des semi-lunaires, a une cause suffisante dans les déplacements de la masse intestinale et les froissements exercés sur elle, car on l'évite, comme je l'ai vu sur le chien, en faisant l'opération sans trop de délabrements. De même, l'abondante exhalation de sérosité dans une anse intestinale dont les nerfs mésentériques et vasculaires ont été soulevés, puis coupés, résulte des froissements exercés sur ses parois ou seulement de la congestion qui se produit pendant que cette anse cesse d'être soumise à la pression des parois abdominales; c'est un effet analogue à celui qu'on observe dans la hernie ou dansl'éventration. D'ailleurs le liquide obtenu dans ces conditions est du sérum plus ou moins albumineux, sanguinolent, et non du suc intestinal avec ses caractères normaux. 11 suffit d'un peu de tact à l'expérimentateur, pour reconnaître les méprises qui ont été commises à ce sujet.
Le suc intestinal pris en masse et formé surtout par le produit des glandes de Galeati remplit évidemment plusieurs offices distincts :
1" Il délaye, hydrate le chyme pour rendre pluslaciles les actions osmoti(|ue3; 2» Il en sature l'acidité en vertu de sa réaction alcaline; 3° Il transforme la fécule en sucre, comme Frericlis, Bidder et Schmidt l'ont constaté sur le chat, Busch sur une femme à fistule intestinale, chez laquelle la fécule se digérait dans la proportion de 63 pour 100 en cinq heures, et comme je l'ai observé moi-même, surtout en ce qui concerne le suc des herbivores domestiques ; 4° Il émulsionne les graisses avec lesquelles on l'agite dans des tubes, mais moins bien (pie le lluide pancréatique. Je suis arrivé à rendre ce résultat extrêmement sensible en injectant dans une anse d'intestin grêle de cheval 1(10 à loO grammes d'huile d'olive qui se trouvait en grande partie émulsionnée au bout dune à deux heures. Sur le porc, j'ai vu que le liquide visqueux de la longue glande de l'iléon jouissait des mêmes propriétés, car après avoir injecté de Ihuile dans cette portion fermée, je retrouvais une couche crémeuse assez épaisse sur la glande et le reste de riiuilc non modifié. Y a-t-il là une simple émulsion, ou de plus un dédoublement o{)éré en vertu de l'alcalinité du licpiide? C'est ce que de nouvelles études pourront ultérieurement «lécider;
^° Enfin il pai-ait dissoudre, à un certain degré, les matières albuminoides qui ont échappé à l'action du sucgastricpie. Bidder et Schmidt l'ont constaté, suit l'u opérant par la métiiodedes digestions artificielles, soit en introduisant dans une anse fermée et préalablement privée de ses liquides, des portions d'albumine ou de viande dont on détermine le déchet au bout d'un certain nondne d'heures. Busch, sur une femme; à tlslule de l'intestin grêle sur laquelle le segment intes-
tinal inférieur ne paraissait rien recevoir du segment supérieur, a vu des cubes d'albumine enveloppés d'un tissu léger, introduits dans le premier segment, perdre 33 pour 100 de leur poids en six heures. En injectant dans le même segment ce qui provenait du supérieur, il parvint h rendre à cette malade un embonpoint satisfaisant. Cette action sur les albuminoïdes m'a toujours semblé extrêmement faible, souvent presque nulle; aussi je suis persuadé que, dans les expériences où on l'a trouvée très marquée, le suc intestinal était mêlé à d'autres liquides. Du reste, elle ne m'a point paru propre au suc intestinal des carnassiers, comme le disait Funcke. Sous ce rapport, le suc intestinal des herbivores ne diffère pas sensiblement de celui des autres animaux.
On voit donc que le suc intestinal jouit, mais à un faible degré, des propriétés des autres liquides digestifs, et qu'il peut, à cause de cela, continuer leur action, donner suite aux élaborations commencées dans la bouche, l'estomac et le duodénum. Il paraît pouvoir suppléer, jusqu'à un certain point, ceux qui manquent ou qui se trouvent en quantité insuffisante. Aussi l'un des liquides peut faire défaut, soit la salive, soit la bile, soit le suc pancréatique, sans que la digestion des albuminoïdes, des féculents et des matières grasses cesse de s'effectuer.