‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 282 sur 287 · V. VER,V.ÛPCKE · texte numérisé non relu

V. VER,V.ÛPCKE

FiG. 131. — Gros intestin du cheval (*)

un égout de matière excrémentitielles, a, chez les herbivores, un rôle important au point de vue des élaborations digestives. Il est surtout remarquable chez les solipèdes en ce qu'il est le siège d'une absorption très active, enlevant l'eau, les

1. De Vdvolution des organismes misooscopiques sur l'animal vivant {Comptes rendus de IWcadémie des sciences, t. XCV, 1882, p. 1:338).

(') A, ca;cum; B, C, D, E, les diverses poitiuustiu colon replié; E, la région des calculs et des corps étrau^ers. Les (lèches ludiquout le sens de la prugiessiuu des aliiueuts.

liquides sécrétés et une bonne partie des principes assimilables que les absorbants de l'intestin grêle ont laissé échapper. Son énorme capacité, cinq à six fois aussi grande que celle de l'estomac, chez ces animaux, lui permet de retenir à la fois une très grande quantité de matières qui marchent avec lenteur et se mettent en contact avec une immense surface muqueuse, matières qui, en sortant par une ouverture étroite et plissée, descendent d'abord vers la courbure sus-sternale B, puis remontent vers la pelvienne D, qui est sur un plan beaucoup plus élevé que la première; de là elles descendent vers la courbure diaphragmatique E, accolée à la sus-sternale; enlin elles remontent brusquement vers le rein gauche, pour passer dans les circonvolutions du côlon flottant; elles ont ainsi dans le côlon replié une marche deux fois descendante et deux fois ascendante alternant entre elles. Les replis transverses du côlon, en laissant libre le centre de la cavité de l'intestin^ transforment ses parties périphériques en une série d'augets d'où les matières passent successivement de l'un à l'autre, comme cela se faisait déjà dans le cœcum.

La disposition des diverses parties du côlon est telle que, dans certains points, les matières sont plus fermes et dans d'autres plus délayées. La courbure diaphragmatique, à raison de sa situation déclive, renferme toujours beaucoup de liquides très chargés de sels, notamment de phosphate ammoniaco-magnésien, surtout chez les animaux qui reçoivent une forte ration d'avoine, sels qui ont une grande tendance à se précipiter autour des graviers stagnants dans cette région, et à y former les calculs connus sous le nom de bézoards. Ces calculs, que Jules Cloquet a cru formés, comme la coque de l'œuf des oiseaux, par les matières salines des produits de la muqueuse, naissent chez les animaux au sein même du liquide qui imprègne les matières alimentaires. Je crois avoir démontré ^ que ces concrétions se développent et séjournent dans la partie inférieure du renflement gastrique E, et qu'elles ne peuvent se constituer que dans un milieu alcalin.

Les fermentations du gros intestin sont probablement complexes. Outre celles des parties antérieures du tube digestif qui peuvent s'y continuer, il y a évidemment, sur la fin, des indices d'une fermentation putride dont les produits gazeux révèlent suffisamment la nature. Les gaz qui se trouvent dans le céecum et le côlon ne sont pas tous des produits de ces fermentations. Plusieurs viennent du dehors et sont apportés avec les aliments, comme l'oxygène, dont la quantité va en diminuant d'avant en arrière, et l'azote, qui a résisté à l'absorption. Il en est que la muqueuse a pu exhaler en échange des gaz absorbés. L'oxygène, qui a presque entièrement disparu dans l'intestin grêle, y a été remplacé par de l'hydrogène et de l'acide carbonique. A ces deux derniers s'ajoutent, dès l'iléon, et surtout dans le cœcum et le côlon, l'hydrogène carboné et l'hydrogène sulfuré. La prédominance de l'un de ces gaz indique telle ou telle fermentation : l'hydrogène accuse la fermentation butyrique lorsque les aliments sont fécu-

1. G. Colin, Recherches expérimentales, pkysiolof/ù/ucs et patholofjù/ues, sicr la formation des calculs intestinaux. — Recherches sur les calculs et les maladies calciilcuscs des animaux, mémoires couronnés par la Société centrale d'agriculture, 1859, 1860,

MUTATIONS DES ALIMENTS DANS L'INTESTIN. 913

lents ; le sulfhydrique montre la fermentation à tendance putride ou une fermentation spéciale aux matières végétales qui renferment du soufre. L'ammoniaque peut également dériver de la dernière et contribuer à l'alcalinité du contenu du gros intestin. A ces gaz s'ajoutent encore des produits volatils très fétides, chez les carnassiers qui font usage de viande plus ou n)oins putréliée.

Ces gaz, qui, en petites quantités, contribuent à maintenir la dilatation de l'intestin, et favorisent la progression des aliments, deviennent, dans les indigestions, la cause d'une dilatation outrée, d'une atonie de la tunique charnue et de la suspension du cours des matières, même quelquefois de la mort par asphyxie.

Quant aux absorptions effectuées dans le gros intestin, elles sont certainement très actives. Les matières encore très chargées de liquides, en sortant du ciecum, deviennent fermes après avoir parcouru un trajet de quelques mètres ; elles se tassent et forment même des pelotes stercorales à la courbure pelvienne, jusque dans le renflement gastrique, si la digestion est suspendue pendant quelques jours et si l'animal est privé de boissons. En s'arrètant dans les détroits, elles peuvent déterminer des coliques souvent mortelles.

Lorsque les' substances alimentaires ont été dépouillées de la [dus grande partie de leurs principes nutritifs, elles deviennent, quels qu'en soient l'aspect et les caractères, matières excrémentitielles. Leur étude doit nous arrêter un instant. .

En général, chez les herbivores, les matières stercorales, vues dans les dernières portions de l'intestin et lors de leur émission, ne difl"èrent pas beaucoup, par l'aspect et la couleur, des matières alimentaires prises dans l'estomac ou l'intestin grêle ; elles sont jaunâtres si elles proviennent du foin de prairies, verdàtres si le foin est de luzerne, vert-épinard si les animaux font usage de plantes vertes, dont la chlorophylle traverse l'intestin sans subir d'altération. Mais leur teinte varie un peu suivant la rapidité de leur progression et la quantité de bile dont elles demeurent chargées. Dans tous les cas, elles se foncent plus ou moins, peu de temps après avoir subi le contact de l'air.

Chez les carnassiers, elles ont presque toujours une teinte noirâtre, surtout si la chair a été donnée cuite; elles deviennent grisâtres, cendrées, si la bile cesse de couler en proportion normale par suite d'une affection hépatique, d'une obstruction des canaux biliaires due à la présence des calculs ou d'une opération, telle que l'extirpation du pancréas, capable de réagir sur les fonctions du foie.

Dans tous les animaux, elles ont, pendant les premiers temps de la lactation, une teinte de méconium qui pâlit plus tard ; elles noircissent sous l'influence des préparations ferrugineuses, et verdissent par suite de l'usage du calomel.

Leur odeur, liée au régime, a quelque chose de particulier dans chaque espèce, l'alimentation restant la même. Elle est due en partie à la bile altérée, comme Valentin l'a bien fait voir, et en partie aux produits des sécrétions intestinales. Sa fétidité est extrême chez les bêtes bovines échauffées, chez les bœufs diarrhéiques affectés du typhus ou de maladies chroniques, tuberculeuses, de l'intestin. Il en est de même chez divers carnassiers, tels que les chats. Elle est rendue fétide aussi par le fait de l'altération des aliments, du déversement de la bile hors

o. COLIN. — Physiol. comp., 3' édit. I — Ï)S

du tube intestinal, etc. Cette odeur est en général butyrique chez les mammifères, avant l'époque du sevrage.

Leur consistance dépend de la proportion d'eau dont elles demeurent imprégnées, proportion en rapport avec l'hydratation des aliments, l'abondance des sécrétions intestinales, et le plus ou moins d'activité de l'absorption dans le gros intestin. Chez l'homme, les excréments retiennent de 7 à 31 centièmes d'eau, chez le mouton 56 centièmes, le cheval 77 centièmes, les bêtes bovines de 70 à 82; par conséquent l'aliment retient dans l'excrément des herbivores de 1 à 4 équivalents d'eau.

Au point de vue micrographique, les excréments, montrent du mucus, surtout à leur surface, des gouttelettes de graisse, des aiguilles de stéarine, des restes de bile, des granules de matière colorante, des fragments de toutes les parties végétales, groupes de cellules, cellules isolées avec chlorophylle, granules de fécule, fragments d'écorce, vaisseaux de tous ordres, trachées à spire déroulée, poils végétaux, œufs d'helminthes en voie d'évolution, carapaces siliceuses d'infusoires, débris que divers observateurs, M. Rawitz entre autres, ont déjà bien décrits. Ils renferment chez les carnassiers des fragments d'os, de tendons, de cartilages, des parties cornées, pileuses, épidermiques, des fibres musculaires, des faisceaux plus ou moins altérés. Dans tous ils peuvent offrir, s'il y a diarrhée, dysenterie des leucocytes et des globules rouges, comme des débris de fausses membranes, s'il y a eu irritation intestinale, etc.

La composition chimique des excréments est compliquée. Ils renferment : 1° les parties insolubles, indigestibles des aliments; 2° les parties peu digérées faute d'avoir fait un assez long séjour dans l'intestin; 3° les parties modifiées qui ont échappé à l'absorption ; 4° diverses matières provenant des sécrétions ; 5° enfin des éléments nouveaux résultant des actions chimiques effectuées pendant la digestion.

On y trouve le ligneux, la cellulose, qui forment la trame des tissus végétaux, les productions pileuses, épidermiques, cornées, d'origine végétale ou animale, qui sont à peu près insolubles, même réduites à des proportions microscopiques. En effet, les poils soyeux cachés sous la glumellule du grain d'avoine et qui ne sont point attaqués dans l'intestin, s'y agglutinent pour former les égagropiles si communs chez les animaux solipèdes.

A ces éléments sont mêlés des grains entiers, des fragments de grains avec des cellules d'amidon plus ou moins intactes ; des débris de muscles, de tendons, etc. ; de la graisse non modifiée ou saponifiée sous forme de margarate, d'oléate de chaux et de magnésie ; de l'albumine soluble, non coagulable par l'acide nitrique, mais précipitable par le tanin; des produits de sécrétion, du mucus en plus ou moins grande abondance; de la cholestérine, de la taurine, la matière colorante et autres éléments de la bile représentant, d'après Lehmann, 63 centièmes des résidus secs de ce liquide; de l'acide butyrique chez les animaux à la mamelle; quelquefois de la bile inaltérée, si elle a coulé en grande quantité; de la stcrcorine ou sérolinc, produit crislallisable résultant de la transformation de la cholestérine et dont on retrouve des traces dans le sang; de l'excrétine, produit très fixe, soluble dans l'alcool et l'éther^ provenant d'après Marcet, de la

MUTATIONS DES ALIMENTS DANS L INTESTIN

décomposition de la taurine ; enfin des matières volatiles, de l'ammoniaque produite par la décomposition dos matières azotées, du gaz sulfhydrique, etc. Voici, au reste, la composition qui en est donnée par Zierl pour le cheval, la vache et le mouton :

Eaii

Résidus d'jilinients

Amidon vert, albumine, mucus

Picromel avec sels

Matières biliaires et extractives Perte

CllKVAI.

Page 1