‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 283 sur 287 · MOUTON · texte numérisé non relu

MOUTON

Il est intéressant de déterminer la quantité de résidus excrémentitiels donnés par une certaine somme d'aliments chez les divers animaux. M. Boussingault, qui s'est occupé de cette question, a trouvé que les excréments représentaient de 10 à 60 centièmes de la masse des aliments. Dans ses expériences, un cheval recevant en foin et en avoine 8 392 grammes, donnait 3 52.o grammes d'excréments secs. Une vache qui consommait 10 485 de matières sèches, en regain et en pommes de terre, donnait 4 000 d'excréments également secs. Un mouton qui consommait 7(57 de fourrage sec, rendait 412 d'excréments secs. Enfin, un porc qui absorbait 1 039 de matières sèches en pommesjjde terre et eaux grasses, donnait seulement 102 de fèces sèches. Ces rapports entre le poids des aliments et celui des excréments mériteraient d'être fixés avec soin pour chaque aliment dans une série d'animaux, car ils donneraient la mesure de la puissance digestive ou d'assimilation de chaque espèce. On comprend qu'ils varient dans des limites considérables, car parmi les substances végétales le foin, la paille, renferment beaucoup plus de principes non digestibles que les grains, les farines, les racines féculentes, et surtout que la chair musculaire.

Dans les excréments se trouvent des matières minérales venant de l'aliment, des boissons, des produits de sécrétion, du chlorure de sodium, du phosphate calcaire, du phosphate ammoniaco-magnésien qui, sur les animaux recevant de fortes rations de grains, est abondant dans le renflement gastrique où il se dépose sur les corps étrangers pour former de volumineuses concrétions. On y voit aussi du sable calcaire ou quartzeux, de la terre qui étaient associés aux aliments.

Ces sels sont plus ou moins abondants dans les matières excrémentitielles, suivant les points où elles sont prises, et ils ne se retrouvent pas partout dans les mêmes proportions, car les dissolutions salines ne sont pas absorbées telles qu'elles se trouvent. Certains sels, les calcaires par exemple, disparaissent plus promptoment (pie les magnésiens et d'autres. Aussi ces derniers dominent-ils dans les matières rejetées, suivant le rapport de 2 ou de 2 et demi à 1, d'après Lehmann. Comme leur absorption est plus difficile que celle de l'eau, ils sont

évacués en grande quantité si la digestion s'est faite rapidement. Le phosphate ammoniaro-m'agnésien qui se forme dans le milieu alcalin du côlon, surtout dans le renflement gastrique, devient l'élément constitutif essentiel des calculs chez les chevaux.

En comparant les ingesta avec les excréta intestinaux, il est facile de voir que l'absorption prend, avec les matières assimilables des aliments, une grande partie des substances que les sécrétions ont versées dans le tube digestif. La bile, par exemple, ne laisserait dans les excréments, d'après Liebig, qu'un 10° de ses éléments sur le cheval, qu'un 50®, même un 75° sur l'homme.

Il est clair que sans ces rentrées de produits enlevés au sang, l'élaboration des aliments coûterait trop à l'économie et l'épuiserait en la reconstituant. En eflét, d'après Bidder et Schmidt, un homme du poids de 62 kilogrammes donnerait en vingt-quatre heures :

kil.

1,6 de salive contenant 15 gram. de matières sèches.

6,4 de suc gastrique 192 —

1,6 de bile 80 —

0,2 de suc pancréatique 20 —

0,2 de suc intestinal 3 —

en tout 10 kilogrammes chargés de 310 grammes de matières sèches. Comme, d'après leurs calculs, le corps d'un homme de ce poids renfermerait 42 kilogrammes d'eau et 20 kilograiumes de solide, le quart de sa partie aqueuse serait versée quotidiennement dans l'intestin, puis réintroduite dans la circulation. Chaque kilogramme du poids du corps donnerait 209 graiumes de produits de sécrétions, dont 203 d'eau, 3,8 de substance organique et 1,8 de matières minérales.

Sur un cheval du poids de 400 kilogrammes nourri au foin, soit 10 kilogrammes, il y aurait, d'après les estimations basées sur mes expériences :

42 kilogrammes de salive.

5 de suc gastrique.

5 de bile,

5 de suc pancréatique.

10 de suc intestinal.

soit 67 kilogrammes, ou le sixième du poids de l'animal. Si le corps renfcriue les deux tiers d'eau, le quart du liquide de l'économie est versé, comme chez l'homme, chaque jour dans le tube digestif.

Indépendamment des infusoires dont il a été question plus haut, on peut trouver dans l'intestin d'autres êtres vivants encore peu étudiés. Ce sont : 1° des bactéries que j'ai vues dans l'intestin grêle, comme dans l'estomac, après quelques heures de digestion, chez les chiens qui avaient mangé de la viande faisandée, ou des aliments altérés, même chez des oiseaux, la fauvette notamment ; 2° des amibes, souvent en quantité prodigieuse; 3° des corpuscules appelés Cryptococcus guttulatus, signalés par Remak dans l'intestin des ruminants, du ^

MOUVEMENTS DE LINTESTIN. 917

porc et du lapin ; 4" des Irustulaires, formés par une série de cellules inégales et qui paraissent se rencontrer dans l'inlestin de tous les herbivores. Les matières excrémentiticlles de quelques espèces montrent aussi, suivant les cas, des infusoires analogues à ceux que Leuwenlioeck, puis Leuret et Lassaigne, ont trouvés sur l'homme et les batraciens, des vibrioniens, des cercomonas signalés plus récemment dans les déjections des cholériques.

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