‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 3 sur 287 · DE L ORGANISATION EN GENERAL, DE SES FORMES ET DE SES LOIS. M · texte numérisé non relu

DE L ORGANISATION EN GENERAL, DE SES FORMES ET DE SES LOIS. M

Le premier moyen deperfectionneinenl (|ii(.' la nature emploie, dans ia constitution des êtres, c'est la séparation des organes d'où résulte la division du travail fthysiologique, pour me servir d"une expression fort juste de M. Miluc Krlwards'.

En effet, dans les organisations infimes, la plupart des éléments sont confondus, lomme nous l'avons dit tout à l'heure. Il y a des fibres sensitives disséminées, mais il n'y a pas encore de système nerveux; il y a des libres confrartiles, mais pas df muscles ; il y a des lacunes où se meuvent les lUiides nutritifs, mais point de cœur ni de vaisseaux. Bien qu'il y ait une respiration, une élaboration des matières nutritives, les organes respiratoires et digestifs ne sont pas encore constitués. Peu à peu les parties douées de piopriétés dilféreiites et alfectées à un rùle spécial s'isolent. L'élément nerveux se sépare de l'élément contractile, — la peau, de la muqueuse, — la branchie ou le poumon, de l'intestin, — le vaisseau, de la glande, etc. La séparation des éléments, la formation des organes, la spécialisation de leurs fonctions, constituent le moyen le plus général de perfectionnement des êtres animés- Ainsi, dans le principe, lorsque la cavité digestive apparaît, elle sert à la respiration en même temps qu'à la digestion. Bientôt la cavité qui digère se sépare de celle f|ui respire; la première se partage même en jdusieurs fractions dont l'une élabore les aliments, tandis qu'une autre en absorbe les principes assimilables, et qu'une troisième en élimine le résidu. En suivant, dans ce sens, chaque système, chaque appareil, chaque organe, on voit s'effectuer, des animaux intérieui's vers les supérieurs, un isolement, une spécialisation, qui deviennent de plus en plus accentués. iVest en cela que se résume le premier et le plus général des principes du perfectionnement des machines animées, car, en effet, un instrument quelconque remplit d'autant mieux son office, (pi'il est façonné plus exclusivement, pour une seule destination, au lieu que s'il doit servir en même temps ou successivement àdivers usages, il est moins bien ap|>roprié à chacun d'eux en particulier. L'organisme envisagé à ce point de vue ressemble à un atelier où tous les travaux sont exécutés d'abord par le même ouvrier, puis par une infinité d'ouvriers diflérents ayant chacun des attributions déterminées et plus ou moins restreintes.

Cependant, il ne faudrait pas croire que la nature multiplie indéfiniment les rôles et les instruments qui en sont chargés. Loin de là, elle sait les restreindre dans des limites qu'il est facile de reconnaître, sans que son but soit manqué. Pour passer du poisson au reptile, du re|)tile à l'oiseau, de celui-ci au mammifère, elle n'a qu'un petit nombre de parties nouvelles à créer. Le mammifère n'a guère [dus de muscles que le vertébré le moins parlait ; il en a même moins, paraît-il, (pie le ver à soie ou la chenille du saule, et pourtant ses mouvements ont une précision, une variété, des résultats que n'atteignent pas les mouvements d'une larve d'insecte.

Tous les perfectionnements de l'organisation ne peuvent être donnés parla séparation des organes et l'isolement des rôles, si loin qu'ils soient poussés. C'est par d'autres moyens, c'est par de nouvelles combinaisons qu'ils s'obtiennent, et particulièrement par une série de modilicationsdans les j)roportions, la forme, la structure des parties, modilications qui les approprient, qui les adaptent de mieux en

l. M. Edwards, Leçons sur l'inatomie el la Physiologie comparées, t. I* . Paris. 1857, p. 16.

mieux à leur destination. Elles sont en nombre inlini, comme nous le montre l'anatomie comparée, même la plus superlicielle.

Ainsi, sinous considérons l'appareil digestif nous le verrons. du polype à l'homme, apparaître sous les formes les plus variées. D'abord il sera un simple sac à une seule ouverture, puis le sac s'ouvrira à ses deux extrémités ; sa partie antérieure se dilatera pour tenir en réserve l'aliment, elle deviendra un estomac qui pourra se subdiviser en deux, trois, quatre poches de structure et d'attributions différentes ; sa partie postérieure constituera un intestin qui se fractionnera aussi en plusieurs régions diversement coniigurées : à l'entrée de cet appareil se placeront des organes de trituration, un organe d'exploration et de gustation, des glandes pour humecter et ramollir les aliments ; plus loin un foie, un pancréas, etc. En vertu d'autres modifications accessoires, cet appareil ne pourra admettre ici que des liquides, là que des matières animales, et plus loin il sera apte, grâce à des annexes de trituration, à digérer les aliments les plus réfractaires.

Il en est de même de l'appareil respiratoire. Par quelle série de modifications ne passe-t-il pas avant d'arriver à la forme qu'il conserve chez les vertébrés les plus parfaits. A son point de départ, c'est une simple surface qui absorbe l'oxygène comme elle absorbe l'eau et la matière nutritive, puis il devient instrument distinct. S'il doit fonctionner dans l'eau, la nature en fait une branchie qu'elle isole ; elle lui donne la forme d'un pinceau, d'une houppe, d'un panache, d'une lamelle, d'un groupe de feuillets ; elle la laisse libre ou l'enferme dans une cavité protectrice ; elle la place au voisinage des appendices qui peuvent amener et renouveler l'eau à sa surface ; plus tard elle insère cet organe sur des arcs osseux auxquels elle donne des muscles spéciaux, et elle le protège par un opercule compliqué. Si ce même appareil respiratoire doit fonctionner dans l'air elle le dispose sous forme de tubes ramifiés qui vont porter par tout le corps le fluide aérien, ou elle lui laisse encore la forme d'un simple sac à parois lisses, qu'elle divise bientôt en compartiments, et qu'elle creuse de diverticules. Plus tard, pour en accroître la surface dans d'énormes proportions, elle en fait une masse spongieuse dont les cavités deviennent microscopiques. Si elle met le sac ou l'éponge àl'intérieur, elle y amène l'air par un tubeà l'extrémité duquel elle façonne un larynx mobile, à ouverture variable, dont elle fait parfois un instrument musical. Primitivement, c'est par des moyens simples qu'elle y appelle et y renouvelle l'air; plus tard, c'est avec l'aide de la déglutition, des muscles abdominaux et même des appendices locomoteurs qu'elle arrive à ce but. Finalement elle enveloppe rorgane,rinstaUe dans une cage spéciale pourvue de muscles propres, cage dont le jeu règle l'introduction et l'expulsion de l'air, et, quand elle veut faire plus encore, elle crible le [)Oumon d'ouvertures, elle y adapte des tubes qui vont se renfler en larges vésicules dans le thorax et l'abdomen ou se terminer dans les vacuoles des os et des plumes qu'elle convertit en annexes de l'appareil respiratoire, tout en augmentant leur légèreté spécifique.

[1 est donc, évident que la nature, pour perfectionner l'organisation, la coml)lique, et qu'en la romplifpiant elle la diversifie. Elle complique pour mieux adapter l'organe à son rôle, pour rendre ce rôle plus étendu, plus précis, ou plus varié; elle diversifie pour mieux mettre en rapport l'animal avec le milieu où il doit vivre, ou avec ce (pTon appelle ses cundilions (re\istenc(,'.

DE [/organisation EN GÉNÉRAL, DE SES FORMES ET DE SES LOIS. ."i

C'est surtout dans un nirnie groupe, dans une niênie classe qu'(;lle suit trou\er, sans s'écarter de son plan l'ondaniental, des ressources inlinies pour ap|)roprier les animaux à leurs conditions d'existence. Lorsque, par exeni[)le, elle veut d'un maïumifère faire un animal aquatique qu'elle jette au milieu des mers, elle n'a pas recours à une création nouvelle d'organes, elle se contente de modilier ceux qui existent déjà dans le sens des combinaisons, qu'elle a réalisées chez les poissons. Klle prend donc ce mammifère, l'étiré, l'allonge, lui donne la forme iclitliyoïde la plus convenable pour l'équilibre et les mouvements au sein des eaux; elle lui atrophie les membres, les efface, les noie dans les masses musculaires, les cache sous la peau et n'en laisse sortir que ce qu'il faut pour en faire des nageoires : elle agrandit la tète, la creuse d'énormes sinus, transforme la bouche en un goulfre où la proie arrive d'elle-même, substitue à l'appareil de la mastication devenu inutile un système de pièges pour retenir cette proie; elle déplace les narines, y met des sphincters pour les fermer quand l'animal veut plonger; enlin elle façonne le larynx, les sinus veineux, etc., en vue des modilications fonctionnelles que réclame le genre de vie du cétacé ou du phoque.

Si, au lieu de cela, d'un mammifère elle veut faire un animal aérien, elle regarde encore en arrière, et, sans rétrograder dans la voie des perfectionnements organiques, elle imite, sans les reproduire, les combinaisons qui lui ont déjà réussi. Elle choisit une espèce de petite taille, lui prend la main, lui allonge les doigts, insère dans les espaces interdigités une membrane qu'elle étale plus ou moins, de manière à faire un éventail ou une aile, l'our donner à cette aile des mouvements précis et un solide point d'appui, elle immobilise l'un sur l'autre les deux os de l'avant-bras, et réunit l'épaule au tronc par de fortes clavicules. Pour en rendre le jeu étendu et puissant, elle épaissit les muscles pectoraux ^ puis, à l'aide de quelques modilications accessoires dans les membres, la queue, les replis de la peau, les productions pileuses, elle parvient à douer le quadrupède de la locomotion et du genre de vie de l'oiseau.

Ce n'est pas seulement par des modifications d'ensemble que la nature perfectionne et diversifie ; elle emploie encore mille moyens de détail pour arriver à des progrès partiels. Ses combinaisons sont infinies en ce qui touche la locomotion, les sensations, toutes les fonctions de relation. Ainsi, elle change mille fois les dimensions et les proportions relatives des membres ; elle fait de ces appendices tantôt des colonnes massives, presque droites, tantôt des supports grêles, anguleux ; elle les dégage outre mesure, ou les cache et les atrophie: elle les api)roprie à la station bipède ou (piadrupède, à la progression lente sur le sol, à la reptation, au saut, à la natation ou au vol. En séparant, ou en réunissant les doigts, en les terminant, soit par des ongles ou des grifles, soit par d'épais sabots, elle fait des mains ou pieds exclusivement pro|tres à la progression ou, en outre, aptes à la préhension et à la division des aliments.

Les parties les plus accessoires ne subissent pas de moins nombreuses modifications pour passer d'un rôl(> insignifiant à une série de destinations plus importantes. La (pieue, par exemple, d'appendice presque inutile, de simple ornement ou d'organe d'expression, devient un instrument à chasser les insectes, un parachute, un arc-boutant pour le saut, une main prenante comme dans quelques singes ; elle

est convertie en truelle chez le castor, en gouvernail, en nageoire, chez les espèces aquatiques ; elle est atrophiée ou supprimée dès qu'elle cesse d'avoir une destination.

La nature perfectionne et diversifie encore par d'autres moyens plus simples qu'elle associe souvent aux précédents. Il lui suffit de grandir ou de restreindre les masses pour obtenir des effets considérables au point de vue de la destination et du rôle des êtres. En multipliant des millions de fois la masse d'un mollusque microscopique, tel que la polycistine, elle arrive à constituer celle de la tridacne, comme en additionnant peut-être cent mille fois la masse de la musaraigne, elle arrive à la masse de l'éléphant.

Pour obtenir des nuances infinies dans les proportions, elle n'a besoin que do changer celles des parties et d'associer diversement ces modifications. Pour raccourcir le cou de l'éléphant, au point de ne plus pouvoir amener la tête au contact du sol, elle ne supprime pas une seule vertèbre cervicale ; elle n'en ajoute pas pour étirer celui de la girafe. Dans les deux cas, elle ne fait que changer les dimensions des pièces existantes; ainsi encore pour le corps et pour les membres.

Enfin, après avoir réalisé ces combinaisons variées, et tout en les réalisant, elle diversifie encore, comme par fantaisie. Ici elle semble chercher les belles formes, l'harmonie, la légèreté, la grâce, les ornements, les vives couleurs ; là elle tombe dans les proportions défectueuses, bizarres, elle alourdit ou enlaidit, fait des êtres informes et monstrueux.

Ainsi, la nature, après avoir perfectionné les organes en les isolant, perfectionne en les compliquant, en les diversifiant, et elle les diversifie pour les adapter aux conditions dans lesquelles doivent vivre les animaux. En tout cela elle est prodigue d'effets, de résultats, mais se montre économe de moyens, comme le remarque judicieusement M. Milne Edwards ; elle se sert longlemps des mêmes parties pour arriver à son but, et n'en crée de nouvelles qu'après avoir obtenu des anciennes tous les résultats qu'elle peut en tirer.

D'ailleurs, ce qu'il y a de particulièrement remarquable dans l'ensemble de ces perfectionnements successifs, c'est que la nature les obtient à l'aide de parties élémentaires très simples. Elle n'a besoin, en définitive, que d'une vésicule, d'une cellule microscopique pour réaliser toutes les complications imaginables. Aux dépens de la matière granuleuse de l'œuf qu'elle divise en plusieurs petites sphères, elle produit des cellules qui s'assimilent leur contenu, puis se segmentent pour en donner de nouvelles. Elle fait de ces cellules l'embryon, avec tous ses organes. Elle doue les cellules de propriétés diverses, suivant l'effet qu'elle veut obtenir; elle les convertit en fibres sensilives, contractiles, etc. 11 ne lui faut pas autre chose: partout et toujours cet élément lui suffit pour réaliser les mécanismes les plus compliqués et achever les êtres les plus parfaits.

Mais, suivant quels principes, suivant quelles lois s'opère le perfectionnement de l'organisation animale? Ce perfectionnement s'elfectue-t-il régulièrement et en ligne de l'animal le plus simple au mammifère et à l'homme? En d'autres termes, y a-t-il unité ou diversité de [»lan dans la création des êtres animés? Grave question résolue en plusieurs sens parles plussavantsnaturalistesmodernes.

Depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours, d'habiles observateurs ont

ME l'ORC.ANISATION EN GKNKRAI-, DE SES FORMES ET DE SES LOIS. 7

été frappés de l'analogie qui existe entre les différentes espèces animales : Aristote, BulTon, Camper, Vicq d'Azyr, ont entrevu et développé, du moins en partie, le principe de Vunitù de composition organhine si savamment défendu parGeolTroy Saint-Hilaire. D'après ce principe, envisai^é dans le sens le plus étendu, tous les animaux seraient organisés suivant le même plan, c'est-à-dire suivant un type constant, invariable : ce qui existe chez l'un devrait se retrouver chez tous les autres, avec quehpies variantes de formes ou de dévelo|ipement: en un mot, il y aurait dans tous un nombre é|,^al d(; parties essentielles disposées dans le même ordre. Ce système, fort séduisant, mais très vulnérable, a eu pour adversaire G. Cuvier, qui a soutenu, avec l'autorité du génie et de la science des détails, que l'uniformité du plan, dans la création des animaux, n'est qu'une liction, et, en mille endroits de ses ouvrages, l'illustre naturaliste s'est attaché à démontrer la pluralité des types d'organisation : ses idées sont aujourd'hui partagées par la plupart des zoologistes.

11 y a bien, il est vrai, entre tous les animaux une certaine ressemblance de structure, mais cette ressemblance ne va pas loin et se trouve fondée plus encore sur le caractère des fonctions que sur la forme des organes : passé cela, les dissemblances apparaissent. « Le polype, qui n'a pas un seul organe distinct» dit Flourens, le polype, dont l'estomac n'est qu'une simple cavité creusée dans la substance commune et homogène de son corps, n"a pas la structure du mollusque, lequel a des organes, des sens, des yeux, des oreilles, un système nerveux, une circulation complète, des artères, des veines, plusieurs cœurs, des glandes sécrétoires, etc. De même celui-ci n'a pas la structure du vertébrée » Du reste, il n"(!st pas nécessaire, pour se convaincre que les animaux ne sont pas construits d'après le même plan, d'examiner comparativement tous leurs appareils organiques. Il suflit d'en considérer quelques-uns et les plus essentiels. Que l'on compare le système nerveux de l'animal rayonné avec celui du vertébré, le système de ces deux types avec celui des types intermédiaires, et l'on verra, du premier coup d'œil, qu'ils n'ont point la même forme. Qu'y a-t-il de commun entre la couronne de ganglions placée autour de la bouche de l'astérie et le cerveau, la moelle épinière du poisson ou du mammilère? 11 n'y a pas analogie de form.e, il n'y a pas davantage analogie de situation : le système nerveux est autour de la bouche dans l'astérie, il est sous l'appareil digesti f dans l'articulé ; il est au-dessus de cet appareil dans le vertébré. Une comparaison générale des autres appareils, des autres organes, conduit au même résultat, c'est-à-dire à la négation de l'unilormité du plan de composition organique. Ainsi, il n'y a pas dans tous les animaux, même nombre de parties, même forme, même structure, mêmes rapports de ces diverses parties.

Or, s'il y a pluralité des types dans l'organisation animale, combien y en a-t-il et (piels sont leurs caractères? Cuvier en adnu^t quatre : 1° le type des rayonnes : 1° celui des articulés ; 3° le type des mollusques ; 4" enfin celui des vertébrés.

Les rayonnes ont un corps dont toutes les parties sont disposées symétriquement autour d'un point central, un système nerveux très simple, souvent peu dis-

1. Flourens. Histoire des travaux de Cuvier. 2' édit., p. 273.

s INTRODUCTION.

tinct. Ils inaiiqueul de cœur et de circulation complète. Ils ont des organes de respiration, de sécrétion à l'état rudimentaire. En un mot, toute leur organisation offre la plus grande simplicité et la plus grande confusion, du moins en apparence.

Les articulés ont un système nerveux formé de deux séries de renflements ganglionnaires réunis par des tilels intermédiaires. Ces renflements, à l'exception du premier, sont situés au-dessous du canal digestif. Leur corps symétrique est divisé en segments transversaux. Ils sont souvent recouverts de pièces solides, articulées, qui constituent une sorte de squelette extérieur. Ils ont des organes de circulation, de respiration et de sécrétion encore très simples.

Les mollusques n'ont point de squelette. Ils possèdent un système nerveux placé en grande partie au-dessous de l'appareil digestif et dépourvu de moelle épinière. Ils manquent de grand sympathique bien caractérisé, et souvent de plusieurs organes de sens. Mais ils ont déjà une double circulation, des organes respiratoires et des glandes.

Les vertébrés sont les animaux les plus parfaits. Ils ont un système nerveux composé d'un cerveau et d'une moelle épinière enfermés dans une enveloppe solide et de nerfs disséminés dans toutes les parties. Ils ont un squelette intérieur articulé, osseux ou cartilagineux, un cœur, une double circulation, des organes des sens, des sexes séparés.

Bien que les êtres qui entrent dans ces quatre embranchements aient une organisation qui va, en se compliquant, de l'inférieur vers le plus parfait, ils ne paraissent cependant pas susceptibles d'être disposés sur une même ligne, une même série, de manière à former une chaîne non interrompue. Dès l'instant qu'ils ne sont pas construits d'après un même plan qui irait graduellement en se perfectionnant, ils ne peuvent être mis les uns à la suite des autres ; les êtres d'un embranchement ne se lient à ceux de l'embranchement voisin par aucun intermédiaire, et l'on ne voit pas de modilications profondes à chaque point extrême pour amener la fusion avec celui qui précède ou qui suit. Il y a donc des solutions de continuité dans ce qu'on appelle la série animale.

Avant que l'histoire naturelle fut perfectionnée comme elle l'est aujourd'hui, avant surtout que l'anatomie com|»aréc l'eût éclairée de ses lumières, on pensait que les animaux formaient une chaîne non interrompue qui se liait même à celle des plantes, et si intimement, qu'il paraissait difficile d'établir une démarcation nette entre les deux règnes. Ce fut Bonnet qui mit en relief cette idée. « Il rangea, dit Flourens, les êtres sur unes seule ligne, en allant du plus simple au plus compliqué, et il voulut que cette ligne fut part(jut continue, c'est-à-dire qu'elle n'offrît iiull(! part dos interi'uptions ou des hiatus » De Blainville donna à cette même idée un caractèr(î plus scientilitpie, en tii'ant un grand parti des espèces fossiles pour remplir les vides d(; la série et établir une liaison entre les types voisins, mais isolés l(!s uns des autres. Néanmoins, la plujxirt des naturalistes sont à p(.'U près d'accord sur ce point, que 1(!S êtres vivants, et spécialement les animaux, ne peuvent pas être disposés en série continue, puisque l'ensemble de l'organisme ne se développe et ne se perfectionne pas graduellement. Une série, si bien établie qu'elh; puisse être, prés<!nterait des solutions de continuité provenant de ce que les animaux d'un type ne s(î lient pas à ceux du type voisin par

DK l'ouganisation fn gkneral, 1)k ses kormes et de si;s lois. '.I

(les espèces mixtes ou intermédiaires. Et comme il ny a nulle liaison naturelle entre deux types, le passage de l'un à l'autre serait heurté; il se ferait par un saut ])our franchir le vide.

(Juoique les espèces animales, eu ét^ard à leur ori^auisalion, ne puissent èlre rangées en une seule séi'ie continue, il est incontestable (pfclles ollVcnl, dans l'ensemble de leur strurturt;, un perlecliomiement gradué qui, sans marcher, il est vrai, également vite pour tous les organes (.'t tous les appareils, marche en délinilive de l'espèce la plus simple vers la plus compliquée. Ainsi, en prenant ra[)pareil digestif, on le voit d'abord sous la forme d'un sac, sans parois distinctes et à une seule ouverture ; bientôt c'est un sac à deux ouvertures; d'abord il n'a (|ue la longueur du corps ; plus tard il s'allonge, se replie sur lui-même, et se renfle en certains points de son trajet. Dans le principe, toutes ses parties ont la nuMue structure et rem[ilissent le même oflice ; par la suite, il se fractionne en sections ayant chacune leur structure et leur rcMe particulier; enlin, des glandes nombreuses, qui lui manquent à l'état rudimentaire, apparaissent à mesure qu'il se complique. 11 en est de même pour le système nerveux, l'appareil respiratoire et tous les autres.

En somme, les appareils organiques se perfectionnent donc du rayonnéau vertébré, quoiqu'ils n'éprouvent pas, les uns par rapport aux autres, une complication proportionnelle et égale : il en est qui, dans certains groupes, marchent plus vite que d'autres vers le perfectionnement, pour marcher plus lentement dans certains groupes différents. Dans tous les cas l'ensemble de l'organisation se perfectionne ou se complique, car ces expressions sont ici synonymes, suivant des lois déterminées et invariables, qu'il est essentiel d'indiquer.

Guvier dit avec justesse « que ce qui est commun à chaque genre d'organes, considéré dans tous les animaux, se réduit à très |ieu de chose, et que les organes affectés au même emploi ne se ressemblent souvent que par l'effet qu'ils produisent'. » Il suffit de jeter un coup d'œil sur les principaux appareils pour se pénétrer de cette grande vérité.

En quoi consistent, par exen)ple, hîs dispositions constantes du système nerveux qui est le système prééminent? Dès qu'il devient distinct, il s'offre sous l'aspect de petits renflements, donnant naissance à des filets ; c'est là sa forme essentielle, fondamentale, qu'il conservera toujours. Mais, ensuite, quelles variétés dans le nombre, la forme, la situation, les rapports de ces masses et de ces lilets I L'a[)pareil locomoteur est constitué, au fond, par la libre contractile. C'est dans cette libre que réside la disposition essentielle de l'appareil. Qu'elle soit disséminée dans le parenchyme ; qu'elle forme des couches sous la peau ; qu'elle soit rassemblée en faisceaux ; qu'elle s'unisse à des écailles, à des coquilles, à un squelette extérieur ou intérieur ; que ce squelette se compose seulement d'un tronc ou (|u'il ait en nu'^me tenqts des appendices plus ou moins nombreux, tout rela n'est que de l'accessoire et, par consé(juent, du variable. L'appareil respiratoire n'est qu'une surface par laquelle l'air se met en rap[»ort avec les fluides nutritifs ; c'est là tout ce (pi'il a d'immuable. Cette surface est d'abord cell(> de

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