‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 4 sur 287 · Cuvier, Analomie comparée, t. I, p · texte numérisé non relu

Cuvier, Analomie comparée, t. I, p

lu INTRODUCTION.

la peau ou de la paroi du sac digestif. Qu'elle se distingue ensuite de celle qui digère; qu'elle se difl'érencie des téguments: qu'elle soit formée par des branchies, des trachées ou des poumons, ce sont encore là des accessoires. L'appareil circulatoire, à son point de départ, est un simple canal ou un ensemble de canaux dans lesquels sont enfermés et mis en mouvement les liquides : il n'a pas d'autres caractères permanents : que ces canaux aient ou n'aient pas de parois propres, qu'ils soient tous semblables, ou bien que les uns constituent des artères et des veines, les autres des capillaires et des lymphatiques ; qu'il n'y ait point de cœur, ou bien qu'il y en ait un et même plusieurs ; que ce cœur ait un ou plusieurs ventricules, une ou plusieurs oreillettes ; qu'il soit sur le trajet du sang veineux ou sur celui du sang artériel, ou encore au point de jonction des deux sangs, toutes ces dispositions sont des variantes.

Si, au lieu de considérer les appareils, on se borne aux organes, on voit que ce qui est constant dans chacun n'est aussi que très peu de chose. Comparez le cerveau du mammifère à celui de l'oiseau ; le cerveau des deux premiers à celui du reptile ou du poisson ; l'estomac du cheval à celui du bœuf; le cœur du vertébré à sang chaud à celui du vertébré à sang froid, et vous verrez que la somme des différences est bien plus grande que celle des dispositions invariables.

Ainsi, il y a, dans chaque organe ou chaque appareil, des choses toujours semblables, ce sont les dispositions essentielles; d'autres, très variables dans les divers groupes, ce sont les dispositions accessoires. Il faut donc admettre, en principe, que les modilications dans la forme et la structure des organes son! presque infmieSjl'anatomie comparée le démontre; mais elles ne sont pas toutes susceptibles de s'alliej' entre elles : il en est qui s'appellent; il en est d'autres qui s'excluent, pour me servir des expressions du grand naturaliste; en un mot, '< il y a des combinaisons obligées et des combinaisons impossibles. »

Les lois des rapports entre les organes sont fondées sur cette dépendance réciproque des fonctions. Gomme ces rapports et cette dépendance sont invariables, les lois qui les régissent n'ont pas moins de ligueur, d'après Cuvier, que les lois métaphysiques et mathématiques. On peut les appeler les lois d'harmonie; elles sont susceptibles de se réduire à deux : la première, celle des corrélations organiques ; la seconde, celle de la subordinaiion des organes. Quelques exemples suffiront pour les mettre en évidence.

Toutes les fois que la respiration est circonscrite ou localisée, il faut un cœur pour lancer le sang vers le milieu où il doit se mettre en contact avec l'air, des vaisseaux pour l'y apporter, d'autres canaux pour le ramener dans toutes les parties ; il faut, en un mot, une ciiculation com|)lète. La localisation de la fonction rcspiratoiie rend donc la circulation indispensable, et si celle-ci n'existe |ioint, il lie [x'iit y avoir qu'une respiration disséminée ; car, dès l'instant que le lUiidi^ nulritif ne |)eut aller chercher l'air, il faut que l'air vienne le trouver : or, comme dans ce dernier cas le lluide nulritif est partout, il est de toute nécessité que l'air aille partout. C'est ce qui arrive chez les insectes : ils n'ont qu'une circulation iiufiarfaitc, leur fluide noui'ricier baigne toutes les parties, l'air va se mettre, en rapport avec lui \m- des trachées ou des canaux ramifiés à l'infini.

Jja respiration et la circulation iniluent sur le système nerveux et surlaloco-

UR l'organisation en tiKNKUAI,, 1)1^ SES FOHMRS I-.T DE SKS LOIS. 11

motion. Plus la respiration est étendue et complète, plus les mouvements soiil prompts et énergiques, plus les sensations sont vives. C'est surloul chez les animaux supérieurs que la relation est intime et nécessaire. La cessation de la circulation ou la suspension de l'iiémalose anéantissent presque instantanément l'action nerveuse. Ces deux fonctions sont, à leur tour, dépendantes du système nerveux, puisque le cœur ne se contract(> que par l'intervention des nerfs, et que les organes nécessaires à raccomplisscment des actes mécaniques de la respiration, ne peuvent agir en dehors de la même intervention.

La digestion a des rapports encore assez évidents avec la respiration et la circulation ; elle est rapide chez les animaux à sang chaud, dont les repas sont très rapprochés ; elle est lente, difficile, chez les animaux à sang froid, dont l'hématose est f'aihle et incomplète. Cette fonction, en apparence si indépendante des actes extérieurs ou de relation, est néanmoins liée intimement à la locomotion et aux actions nerveuses. Cuvier' a formulé avec son génie supérieur ces rapports qu'il n'est [las possible de mieux rendre que par ces admirables expressions : « Si, dit-il, les intestins d'un animal sont organisés de manière à ne digérer que de la chair, et de la chair récente, il faut aussi que ses mâchoires soient construites pour dévorer uîic proie, ses griffes pour la saisir et la déchirer, ses dents pour la couper et la diviser, le système entier de ses organes du mouvement pour la poursuivre et l'atteindre, ses organes des sens pour l'apercevoir de loin ; il faut même que la nature ait placé dans son cerveau l'instinct nécessaire pour savoir se cacher et tendre des

pièges à ses victimes En effet, pour que la mâchoire puisse saisir, il lui faut

une certaine forme de condyle, un certain rapport entre sa position et la résistance, et celle de la puissance avec le point d'appui, un certain volume dans le muscle crotaphite, qui exige une certaine étendue dans la fosse qui le reçoit, et une certaine convexité de l'arcade zygomatique sous laquelle il passe; cette arcade zygomatique doit aussi avoir une certaine force pour donner appui au muscle masséter.

« Pour que l'animal puisse emporter sa proie, il lui faut une certaine vigueur dans les muscles qui soulèvent la tête, d'où résulte une forme déterminée dans les vertèbres où ces muscles ont leurs attaches, et dans l'occiput où ils siusèrent.

« Pour que les dents puissent couper la chair, il faut qu'elles soient tranchantes, ot qu'elles le soient plus ou moins, selon qu'elles auront plus ou moins exclusivement de la chair à couper. Leur base devra être d'autant plus solide, qu'elles auront plus d'os, et de plus gros os à briser. Toutes ces circonstances inilueront aussi sur le développement de toutes les parties qui servent à mouvoir la mâchoire.

« Pour que les griffes puissent saisir cette proie, il faudra une certaine mobilité dans les doigts, une certaine force dans les ongles, d'où résulteront des formes déterminées dans toutes les phalanges, et des distributions nécessaires de muscles et de tendons ; il faudra que l'avant-bras ait une certaine facilité à se tourner, d'où résulteront encore des formes déterminées dans les os qui le composent, etc.

« Il est aisé de voir que l'on peut tirer des conclusions semblables pour les extrémités postérieures, qui contribuent à la rapidité des mouvements; pour la composition du tronc et la forme des vertèbres, qui inMiient sur la facilité, la

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