‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 32 sur 287 · DES CENTRES NERVEUX · texte numérisé non relu

DES CENTRES NERVEUX

La substance n('iv(Mise, (jui jouit de propriétés si remarquables, ne peut développer son activiti' propre sans le concours du sang artériel. En s'anémiant, elle perd l'aptitude à fonctionner. Une expérience de A. Gooper le prouve d'une façon saisissante. Lorsque, après avoir lié les deux carotides à un lapin, on vient à comprimer les deux vertébrales, l'animal semble frapité d'apoplexie ; il tombe dans le coma, se [laralyse; la respiration s'embarrasse et ne tarde pas à se suspendre. Il revient à la vi{.' si Ton rétablit la liberté de la circulation cérébrale. On obtient le même résultat si, au lieu de lier ou de comprimer les artèi'es, on injecte dans la carotide, comme Flourens l'a imaginé, de la poudre de lycopode qui obstrue le système capillaire. L'anémie du bulbe rachidien donne lieu souvent, dans l'espèce humaine, à des syncopes qu'on fait cesser, suivant le conseil de Piorry, en mettant le malade dans une situation horizontale [)ropre à rétablir mécaniquement l'irrigation bulbaire.

L'encéphale, qui reçoit son sang des deux carotides et des deux vertébrales, n'a pas sa circulation sensiblement entravée par la ligature de l'une de ces artères dont les divisions crâniennes sont anastomosées avec tant d'art. J'ai lié fort souvent l'une des deux carotides sur le cheval et divers animaux, sans jamais noter de trouble apparent dans les fonctions cérébrales ni dans celles qui en dépendent, ce que A. Coopei* avait déjà constaté sur le chien. Cependfint, sur l'homme, les chirurgiens ont vu cette opération donner lieu quelquefois à des accidents graves : le coma, le délire, les convulsions, unalTaiblissement de la vue, de l'intelligencej

une hémiplégie du côté de la ligature, le ramollissement cérébral et la mort. La ligature des deux carotides sur les animaux, quand elle est faite sans lésion des pneumogastriques et des récurrents, n'a pas ordinairement, au moins dans les premières heures ou les premiers jours qui la suivent, de conséquences fâcheuses. Celle des deux carotides et des deux vertébrales qui, d'après A. Gooper. produit le coma, des paralysies partielles, ne serait pas même, dit-on, mortelle sur tous les animaux.

Ces résultats sont d'autant plus intéressants que dans les conditions pathologiques, l'interception partielle de la circulation dans l'encéphale a des conséquences très graves. 11 suffit, en effet, d'un petit caillot fibrineux formé sur place ou d'une embolie lancée par le cœur dans une division artérielle de l'encéphale pour produire instantanément les accidents ordinaires de l'apoplexie, l'hémiplégie, etc.

S'il est facile de suspendre expérimentalement la circulation dans l'encéphale, il n'en est pas de même pour la moelle épinière. L'expérience de Sténon, qui consiste à lier l'aorte au niveau des reins, ne peut entraver la circulation que dans la région lombaire de l'organe, sans la suspendre entièrement, à cause de la chaîne anastomotique que forment entre elles les petites artères spinales ; en outre, cette expérience qui arrête la circulation dans tout le train de derrière, et qui en paralyse les muscles, ne permet pas d'isoler les effets produits sur la moelle de ceux qui se rapportent à l'appareil musculaire. Evidemment, si l'on pouvait anémier la moelle comme on anémie l'encéphale^ on éteindrait la sensibilité et le mouvement dans tout le corps, mais on laisserait subsister pendant quelque temps les actions réflexes, puisqu'elles continuent à s'effectuer, pendant plusieurs minutes, sur les animaux tués par hémorrhagie.

Une particularité intéressante à noter ici, c'est que les centres nerveux, en cessant de fonctionner faute de sang, ne perdent pas, en même temps, l'aptitude à agir ultérieurement si ce liquide leur est rendu. Les fonctions de la moelle lombaire, celles de l'encéphale se rétablissent parfaitement, et la paralysie se dissipe, quand, après la ligature momentanée des artères, les liens viennent à être enlevés. Quelques-unes des fonctions cérébrales renaissent même dans la tète séparée du tronc dès qu'on vient à y envoyer du sang artériel. M. Brown- Séquard a rendu l'expérience saisissante en injectant du sang artériel défibriné dans la carotide d'une tête séparée du tronc depuis huit à dix minutes. Il a ainsi ranimé les mouvements des yeux et des muscles de la face,

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