‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 34 sur 287 · Vulpian, Archives de phi/sioloyie, t. III · texte numérisé non relu

Vulpian, Archives de phi/sioloyie, t. III

Quant aux expériences dans lesquelles on a vu, quelques jours après la section de l'hypoglosse et l'arrachement de son bout central, le nerf lingual irrité provoquer des contractions, comme s'il était devenu nerf moteur, elles méritent certainement confirmation; car on ne conçoit pas bien comment ce lingual, qui est destiné surtout à la muqueuse va agir sur les muscles, et l'on ne voit guère comment il peut agir sur les fibres musculaires sans se mettre avec elles en rapport, comme les nerfs moteurs, par l'intermédiaire de plaques terminales. D'ailleurs, en opérant sur des nerfs si rapprochés, qui ont inévitablement un certain nombre de fibres mêlées, on est très exposé à agir sur des cordons mixtes dans certaines proportions, alors qu'on s'imagine avoir affaire à des nerfs purement sensitifs ou purement moteurs. En outre, on aurait besoin de constater la transformation des rôles par des actes fonctionnels spontanés, de voir les volitions arriver à un nerf moteur en passant par un sensitif, et les impressions sensitives parvenir aux centres par l'intermédiaire d'un nerf moteur, etc. Or, c'est ce qui, jusqu'à ce jour, n'a pas été observé.

Est-ce en vertu d'une constitution spéciale, de propriétés attachées au nerf, à la fibre, que tel nerf peut conduire seulement les impressions sensitives, tel autre les excitations; que dans l'un, les courants peuvent marcher vers le centre, et dans l'autre vers la périphérie ; ou bien est-ce en raison des connexions que les extrémités ont avec les parties des centres aptes à recevoir les impressions, et avec les parties de la périphérie capables de se mouvoir ? Cette dernière interprétation paraît la plus probable.

En effet, il semble que si les impressions produites sur le nerf sensitif arrivent aux centres, c'est que le nerf y aboutit, précisément aux parties, aux éléments aptes à les percevoir; que si les excitations motrices sont sans action sur le même nerf, c'est qu'il n'est pas en rapport, à son origine, avec les éléments d'où émanent ces excitations, et qu'il ne se rend pas aux éléments musculaires, les seuls capables de répondre à l'excitation motrice. De même, il semble que si les impressions sensitives sont sans action sur le nerf moteur, c'est qu'il n'a pas de connexion avec les éléments des centres chargés de percevoir ces impressions. Enfin, s'il excite les contractions, c'est qu'il est en rapport, à son origine, avec le point de départ des volitions, et qu'il se termine au contact des fibres musculaires. Dans tous les cas, les dispositions sont prises pour qu'il n'y ait pas de confusion entre les deux rôles de conduction du nerf, pour que certaines fibres transmettent seulement les impressions et d'autres seulement les excitations motrices , pour que le courant des premières soit centripète et le courant des secondes centrifuge. Conséquemmenl, la nature évite avec soin les combinaisons iinli[)Iiysi()Iogiqu('s ([ne divers expériineiitiiti'urs choirlient à réaliser.

Ilicn ne j)rouve donc péremptoirement, jusqu'ici, que les nerfs soient parcourus dans tous les sens par les excitations motrices et les impressions sensitives. Tout, au contraire, indique que, au moins dans les conditions physiologiques normales, les inq)ressions s'y propagent seulement de la périphérie au centre, et les incitations motrices du centre à la périphérie ; mais ils ne sont pas de simples (ils télégraphiques, de simph's agents de conduction. Sans être analogues aux centres, ils ont une activité propre. Le nerf sensitif reçoit l'impression avant de la trans- ,

PROPRIÉTÉS ET FONCTIONS DES NERFS. 1 i^7

mettre ; le nerf moteur, qui met en mouvement les nmscles par suite d'une excitation des centres, les luit aussi se contracter en dehors de leur iniluence, et par lui-même quand il est irrité en un point quelconque de son trajet.

Quelles que soient les propriétés du nerf, que ce nerf soit moteur, sensitif ou mixte, chacune de ses lii)res constitue réellement un nerf agissant inch'-pcndaunnenl de toutes les autres fibres, pour son propre compte, comme si elle était complètement isolée. Il en résulte (|ue les parties animées par les libres d'un même nerf ne sont pas moins indépendantes les unes des autres, sous le rapport fonctionnel, (|ue si elles recevaient des nerfs distincts et de source différente; aussi voit-on les nerfs moteurs se rendre à la fois dans plusieurs nmscles antagonistes, comme dans des muscles congénères. Si cette indépendance n'existait pas, comment la volonté pourrait-elle agir sur qui^lques muscles, parmi ceux aux([U('ls le même nerf envoie des lilets? Le même n(M-f, comme la branche inférieure du trilacial, pourrait-il se rendre aux muscles qui rapprochent et à ceux qui écartent les mâchoires, le facial aux nmscles qui ouvrent et à ceux qui ferment la bouche? Si l'isolement fonctionnel n'avait pas lieu, comment, en galvanisant un faisceau d'un tronc nerveux, ne ferait-on contracter que les seuls muscles où se distribuent les fibres de ce faisceau? 11 persiste jusque dans les maladies. Un nerf d'un certain volume ne montre-t-il pas souvent quelques libres dégénérées, ayant perdu leurs contours nets, leur myéline au milieu d'autres libres demeurées saines, comme on le voit dans les paralysies locales du cheval, notamment dans celles du fémoral antérieur qui sont très communes. Les coupes transverses teintes au carmin permettent alors de compter les fibres altérées parmi les fibres demeurées intactes. Conséquemment, les anastomoses entre les nerfs sont de simples accolements de faisceaux ou de fibres laissant les actions nerveuses aussi distinctes que si les nerfs demeuraient isolés.

L — Transmission des impressions sensitives et des excitations

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