‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 35 sur 287 · MOTRICES · texte numérisé non relu

MOTRICES

Nous avons dit, il y a un instant, que les courants dans les nerfs sensitifs avaient lieu de la périphérie ou du point irrité vers l'encéphale, qu'ainsi le nerf sensitif étant divisé en travers, l'irritation portée sur le segment périphérique n'est plus'perçue, tandis que celle qui est exercée sur le segment rentrai continue à l'être, comme si le nerf était intact. Quelques faits sembleraient indiquer que l'impression reçue par le nerf marche également vers la périphérie et vers le centre. En effet, si l'on comprime un nerf superficiel, le cubital par exemple, on é|»rouve de la douleur dans les parties de la main et dans les doigts auxquels ce nerf se distribue. Mais cela prouve-t-il incontestablement que l'impression perçue se transmet dans tous les sens à la fois? Nullement, à mon sens. Il y a probablement là un retentissement de l'inqiression (|ui produit une illusion du genre de celles qu'éprouvent les amputés rapportant l'opération, la douleur, non au point où le nerf est divisé, mais aux parties dans lesquelles il se ramifie, comme plus tard, même au bout de jdusieurs années, ils rapportent les douleurs du

moignon, les douleurs rhumatismales au bras, à la main, aux doigts qu'ils n'ont plus.

Les excitations motrices partent les unes des centres nerveux, les autres de différents points des nerfs. Leur départ est croisé dans l'encéphale (lobes cérébraux, tubercules quadrijumeaux, bulbe rachidien); il est direct, au moins en grande partie, dans la moelle épinière. Ces excitations se propagent du centre à la périphérie, ou du point irrité vers les terminaisons du nerf. Elles ne se dévient pas, ni ne suivent une marche rétrograde. Aussi, quand une irritation est portée sur un nerf moteur, elle n'a d'effet que sur les muscles qui reçoivent leurs fdets au-dessous du point irrité.

L'expérimentation prouve que, dans cette transmission, les fibres agissent indépendamment les unes des autres. L'irritation d'un seul faisceau, dans un tronc nerveux, ne fait point contracter tous les muscles animés par le tronc entier. L'incitation motrice ne passe point d'un nerf dans un autre par les anastomoses : aussi les branches qui proviennent d'un plexus restent ausSi indépendantes que si elles étaient isolées ; elles ne peuvent point se suppléer comme l'avait cru Panizza. La section de l'une ne paralyse que certains muscles, et laisse intacte l'action des autres ; de même la 1-ésion, l'atrophie d'une branche ou d'un tronc nerveux n'a aucune influence sur l'action des autres nerfs qui dérivent du même plexus.

L'action de la volonté produit cet isolement. L'excitation volitionnelle suit telles parties, ou telles fibres du nerf, celles qui doivent mettre en jeu le muscle capable d'effectuer le mouvement voulu. Sans un démêlement, une répartition précise, des excitations, beaucoup de mouvements ne pourraient se produire isolément, par exemple dans le cas assez commun où le même nerf anime des muscles antagonistes. Lorsque l'isolement des excitations ne se fait pas d'une manière complète, il y a des associations de mouvements comme celles des doigts, associations que la volonté ne rompt pas sans beaucoup de peine et une longue habitude.

La propagation des incitations motrices dans les nerfs est entravée par la compression, par la ligature, par les contusions même très circonscrites, par les altérations microscopiques des tubes nerveux ; elle est arrêtée par l'action de divers agents, par le curare, dont nous avons déjà rappelé les effets sur les propriétés des nerfs.

La vitesse de transmission des excitations motrices est extrême. Dès qu'un mouvement est sollicité par la volonté, il est exécuté. Il n'y a pas, dans les expériences, d'intervalle appréciable entre l'irritation de l'origine du sciatique et la contraction des muscles de la jambe ou du pied. Cependant Helmholtz, en employant les méthodes usitées pour mesurer la vitesse des projectiles d'armes à feu, est arrivé à constater que celle des excitations motrices ne dépasse pas 27 mètres par seconde ; aussi a-t-il pu noter, en fractions de secondes, les différences entre les temps employés par une excitation pour arriver à un muscle, suivant qu'elle est portée à l'origine ou à la terminaison du nerf. Il a pu également s'assurer que les excitations marchaient plus vite dans les nerfs de l'homme que dans ceux de la grenouille, plus vite dans ceu\-ci à une haute qu'à une

basse température. D'autres expérimentateurs ont cherché à mesurer la vitesse de transmission des impressions sonsilives. Hirsch a trouvé cette dernière de 31 mètres par seconde chez l'homme, M. Marey de 30 mètres chez la grenouille et M. Bloch de 132 à 194 mètres.

II. — Action des agents physiques et chimiques sur les nerfs.

Les nerfs qui doivent entrer en fonction, consécutivement aune foule d'excitations internes et externes, sont impressionnés par la plupart des agents mécaniques, physiques et chimiques. Les impressions qu'ils reçoivent ont pour résultat des sensations diverses et des niouvements.

Le contact d'un corps solide ou liquide, le frottement, la compression, le pincement, le tiraillement, la division, la dilacération des libres nerveuses, causent des douleurs plus ou moins vives dans les nerfs de sensibilité générale, aucune douleur dans les nerfs de]sensil)ilité spéciale. Mais ces excitations donnent lieu à des sensations de lumière dans le nerf optique, de bruit dans le nerf acoustique. Elles provoquent dans les nerfs moteurs et dans les mixtes des contractions musculaires.

La température, la chaleur ou le froid agissant sur les nerfs dénudés donnent également lieu à des sensations et à des contractions musculaires. Sous l'influence de la dessiccation, une portion de nerf perd son excitabilité; elle la recouvre en reprenant son humidité.

La plupart des substances chimiques solubles qui pénètrent le tissu des nerfs, et qui tendent à le modilicr ou à l'aitérer, donnent lieu à des impressions plus ou moins douloureuses et à des mouvements. Les alcalis, l'acide arsénieux, les acides concentrés, l'émétique, l'alcool, le chlore, la bile, les sels de la bile, la glycérine, produisent des contractions plus ou moins énergiques. Le chlorure de sodium en solution concentrée en détermine de semblables; il n'a pas d'action, s'il est en solution faible. L'eau pure dans laquelle on plonge partiellement un nerf lui fait perdre son excitabilité, d'après Kœlliker, excitabilité qu'on lui restitue en le plongeant dans une solution faible de phosphate de soude. Mais, d"a]>rès les observations de A. de Humboldlet celles de W, Kiihne', tous les agents chimiques énergiques ne produiraient pas, comme on pourrait le supposer, d'action marquée : l'ammoniaque, l'acide oxalique, divers sels minéraux, le chlorure d'antimoine, le sublimé, se distingueraient par la nullité de leurs effets sur le tissu nerveux.

Les agents thérapeutiques sont ceux qui exercent sur les nerfs l'action la plus remarquable: l'éther, la strychnine, le curare, etc.

L'éther, d'après les recherches de Longet, dirigé sous forme de jet de vapeur sur le sciatique, après avoir excité quelques légères convulsions, rend insensible le nerf au point où le jet est reçu et dans toutes les parties situées en dessous, mais ne lui ùte ni la faculté de conduire les incitations motrices volontaires, ni son excitabilité. Un courant électrique appliqué alors au nerf ne détermine pas de douleur et suscite des contractions que, d'ailleurs, la volonté peut elle-même provoquer

1. Kûhne, Comptes t-eitfius di' l'Acadcmie des sciences,'21 février et 7 mars 1859.

seule, si l'on excite l'animal en un autre point du corps. Après une action très intense de l'éther, le nerf insensible cesse de conduire les excitations motrices volontaires, tout en demeurant excitable par le galvanisme ; enfin après douze ou quinze minutes d'étbérisation, il perd tout à la fois sa sensibilité, sa faculté de conduire les excitations volontaires, et même son excitabilité propre. Cette anes- Ihésie graduée, qui dépouille progressivement le nerf de ses propriétés et de ses fonctions, ne le frappe qu"à compter du point soumis à l'action de l'étber. Audessus de ce point il les conserve dans toute leur intégrité. D'après le même observateur, plusieurs des eifets de l'éther peuvent être produits par le froid, la chaleur, l'opium, l'alcool et par des ligatui:es plus ou moins serrées..

Le curare, dont l'action a été si bien étudiée par Cl. Bernard ', produit d'autres effets : 1° Introduit en petite quantité sous la peau d'une grenouille, il la fait, au bout de quelques minutes, tomber dans une immobilité complète accompagnée de la suspension des mouvements respiratoires. Les irritations produites alors en un point quelconque du corps ne déterminent pas de mouvements ni de réaction apparente contre la douleur, quoique en réalité la sensibilité soit conservée. 2° Déposé dans le tissu cellulaire d'une autre grenouille après la ligature de l'aorte qui lui ferme l'accès du train postérieur, le poison ne produit d'effet que sur le train de devant. On voit alors, en irritant un point de la tête ou des membres thoraciques, que le train antérieur est complètement paralysé, tandis que le train de derrière s'agite consécutivement à la douleur ou à l'impression produite sur la partie privée de mouvement. En mettant à découvert un des sciatiques sur un animal empoisonné par le curare, on peut s'assurer que les excitations portées sur ce nerf ne provoquent pas de contractions musculaires, tandis que celles qui agissent directement sur le muscle en produisent d'énergiques. Enlin, en administrant de la strychnine à un animal paralysé par le curare, on lui donne des convulsions comme s'il se trouvait dans les conditions ordinaires. Les expériences les plus variées faites de divers côtés sur ce poison prouvent, en somme, qu'il agit sur les nerfs moteurs non sur les nerfs sensitifs, qu'il fait perdre aux nerfs la motricité volontaire et l'irritabilité, tout en laissant subsister la sensibilité générale, les facultés sensitive et motrice de la moelle ainsi que contractilité musculaire : le nerf alors est privé de son pouvoir sur le muscle, mais le muscle conserve son activité propre, la faculté de se contracter sous l'inlluence d'une irritation quelconque exercée sur son tissu.

D'après quelques études encore incomplètes, la conicine, la nicotine, feraient perdre aux nerfs leur motricité sans porter atteinte à leur sensibilité, et en laissant i»arfaitement intacte la contractilité musculaire.

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