‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 36 sur 287 · Action de l'électricité sur les nerfs · texte numérisé non relu

Action de l'électricité sur les nerfs

L'électricité agit sur les nerfs à la manière d'un excitant (rès énergique, dont les effets, au lieu de s'exercer sur un point, comme ceux des stimulants ordinaires,

1. Pelouze et Cl. Bernard, Comptes rendus de V Académie des sciences, 1850, t. XXXf, p. 533.

s'exercent |»ai' riiitcriiiédiaire des courants sur une grande étendue et ordinairement sur la totalité des cordons nerveux.

L'action de Télectricité dynamique \arie suivant qu'elle porte sur les nerls mixtes, moteurs ou sensitifs, et suivant qu'on fait passer dans les nerfs des courants continus ou intermittt'nts, directs ou inverses. Les premiers s'obtiennent à l'aide de piles ordinaires, les seconds au moyen d'instruments plus ou moins compliqués. Lorsqu'on met en rapport le pôle |)osilird"un(' pile avec l'origine du sciatique, et le pôle négatif avec un autre point voisin de l'extrémité [léripln-rique du même nerf, le courant continu a lieu de l'origine vers la terminaison du nerf, puisque dans tous les cas où les deux pôles de la pile sont mis en communication entre eux par un corps conducteur, le courant marche du pôle positif au négatif. Ce courant appelé direct a donc lieu des centres vers la péri[)hérie. Au contraire lorsque c'est le pôle négatif (pii est en rapport avec l'origine du nerf et le positif, avec l'extrémité péripliéri(iLie le courant marche de la périphérie vers les centres nerveux, c'est un courant «?yerse. Or,dans les deux cas, on observe ce qui suit d'après Longet et Matteucci ^ : à la |)remière péiiode de l'électrisation, si le courant est un peu foj't, il y a des contractions dans les muscles, qui sont animés par le nerf irrité: puis à k seconde, les contractions cessent. Elles reparaissent, lorsque le courant recommence a[)rès une interru[>tion s'il est direct ou lorsqu'il s'interrompt s'il est inverse; en d'autres termes il y a, d'après ces expérimentateurs, des contractions au moment de la fermeture du circuit dans les courants directs et de son ouverture dans les courants inverses. Mais Cl. Bernard ' a contesté ces résultats ; il a observé, que dans les nerfs mixtes comme dans les nerfs moteurs dont l'irritabilité est intacte, les contractions se montrent toujours à la fermeture du circuit, que les courants soient directs ou qu'ils soient inverses.

Les courants directs, ceux qui, dans les nerfs moteurs ou mixtes, marchent suivant le sens des incitations motrices provoquent toujours des contractions plus énergiques que les courants inverses. Ces courants directs affaiblissent d'abord puis éteignent l'excitabilité du nerf. Il en résulte que, au bout de peu de temps, on n'obtient plus de contractions, soit qu'on ferme, soit qu'on ouvre le circuit. Ils l'éteignent dans les portions parcourues par l'électricité et la laissent subsister dans les autres ; aussi, si le courant n'a passé que dans le tronc du nerf, l'excitabilité ne se perd que là et se conserve intacte dans les divisions terminales. Les courants intermittents ou interrompus alfaiblissent beaucoup plus l'excitabilité et en privent plus vite le nerf que les courants contraires.

Le nerf qui a [>erdu son excitabilité par l'action d'un courant peut la recouvrer, soit par le repos, soit mieux encore par un courant inverse au premier.

Les courants inverses ou ceux qui marchent vers les centres, en sens opposé aux incitations motrices, altèrent moins l'excitabilité du nerf; ils l'exaltent même, d'après les observations de Matteucci, au point qu après le passage d'un courant pendant trois à (juatre heures dans un cordon mixte, il se produit de violentes

1. Matlpucci et Longet, Comptes rrndux de VAcndémie dex sciences, sept. 1844.

2. Cl. Bernard, Leçons sur la physiologie et la pathologie du système nerveux, t. 1, Paris, 1858.

contractions lors de l'interruption ou de l'ouverture du circuit. Néanmoins à la longue ce courant anéantit comme l'autre l'excitabilité.

Tous ces courants, continus ou intermittents, directs ou inverses, passent à travers les ligatures qui arrêtent, comme on le sait, la transmission des impressions sensitives et des excitations motrices.

Longet et Matteucci, à qui la physiologie doit de belles recherches sur ce point, ont soumis séparément les racines supérieures, les racines inférieures comme les faisceaux correspondants de la moelle à l'action des courants. Ils ont obtenu les résultats suivants : 1° lorsqu'un cour'knt passe par une racine antérieure divisée ou tenant encore à la moelle, les contractions musculaires après s'être effectuées avec quelque confusion, <\ n'ont plus lieu qu'au commencement de ce courant s'il est inverse et à son interruption s'il est direct ; » c'est par conséquent le contraire de ce qui arrive quand le courant passe dans le nerf mixte à compter des ganglions spinaux; 2° quand le courant passe, soit par les faisceaux antérieurs, soit par les faisceaux latéraux de la moelle, les contractions surviennent dans les muscles du train postérieur encore au commencement du courant inverse et à l'interruption du courant direct, absolument comme dans le cas précédent ; 3" si les courants direct ou inverse sont appliqués après la cessation de tout phénomène réflexe aux cordons sensitifs ou aux racines supérieures séparées de la moelle, ils ne donnent pas lieu à la moindre contraction.

Les courants électriques qui ne provoquent de contractions qu'en passant par les nerfs moteurs ou mixtes, agissent simplement comme des excitants ordinaires. L'électricité, suivant la remarque très judicieuse de Longet, n'est pas la cause immédiate de la contraction ; elle ne fait que mettre en jeu la force nerveuse : aussi quand le nerf a perdu son excitabilité, quelques jours après avoir été coupé, les courants électriques le parcourent bien, mais en vain ; ils ne déterminent plus aucune contraction. Cette démonstration donnée par le savant physiologiste est irréfutable.

Sur les nerfs sensitifs, les racines supérieures, les cordons supérieurs de la moelle épinière, les effets des courants électriques diffèrent de ceux que nous venons d'indiquer.

D'après les expériences de Longet, lorsqu'un courant passe par les faisceaux sensitifs du segment caudal de la moelle coupée en travers, il ne détermine aucune contraction dans le train postérieur, il n'en produit pas d'avantage en passant par les racines sensitives séparées de la moelle; mais lorsque ces racines sont intactes les contractions se produisent par le mécanisme ordinaire des actions réflexes.

Dans les nerfs de sensibilité générale, la douleur se manifeste aussitôt que les courants direct ou inverse s'établissent et lorsque le courant inverse s'interrompt. En outre, d'après Longet, et contrairement aux observations de Matteucci, il y aurait de la douleur après la fermeture du circuit, pendant les premiers instants du passage d'un courant quelconque.

Appliqués aux nerfs de sensibilité spéciale, les courants produisent des impressions particulières, des sensations lumineuses dans les nerfs optiques, des sensations de bruits dans les nerfs acoustiques, la perception de saveurs dans les nerfs gustatifs. Et ces sensations se développent sans que les fils conducteurs se mettent

en rapport immédiat avec les nerfs ; il suffit pour produire les sensations de

umière de mettre un pôle au contact des paupières et un autre dans la bouche; les sensations auditives, d'introduire l'exlrémité d'un lil dans une oreille, l'autre extrémité dans l'opposée ; les sensations de saveur, de porter ces (ils sur la muqueuse de la langue.

L'action de l'électricité sur les nerfs ganglionnaires est moins bien connue que celle qui s'exerce sur les nerfs cérébro-spinaux.

On a cru d'abord, sur la foi de Voila, que les muscles involontaires étaient insensibles à l'action de l'électricité, mais, dès le commencement de ce siècle, diverses tentatives ont prouvé que l'opinion de l'illustre physicien n'était point fondée. Les courants continus ou interrompus, appliqués aux divisions du sympathique, exercent une action très marquée sur le cœur, le canal intestinal, l'utérus, etc. Leur action est le plus souvent uniforme, qu'ils soient directs ou inverses; elle détermine ordinairement de la douleur au bout de quelques instants, d'après les observations de Longct. Les contractions qui en résultent, au lieu de se produire avec promptitude, ou plutôt instantanément, comme dans les muscles volontaires, mettent un certain temps à s'effectuer et n'arrivent que lentement à leur maximum d'intensité.

Les courants électriques appliqués aux filets sympathiques qui se rendent au cœur en accélèrent les mouvements comme l'ont appris les très intéressantes expériences de Budge et de Weber, tandis que les courants qui passent par les nerfs vagues ont la propriété de ralentir ces mouvements et finalement de les faire cesser, en laissant le cœur dans la diastole.

Les courants intermittents appliqués aux nerfs splanchniques font cesser les mouvements de l'intestin grêle, d'après les expériences de Pfliiger. Ils exercent cette action sur toute l'étendue du tube intestinal, qu'ils laissent aussi dans le relâchement. Depuis, on a vu que les courants exercent la même action en passant par les ganglions cœliaques. Mais les courants continus donnent aux contractions intestinales, dans les premiers moments, une plus grande activité; ils les raniment même, d'après Longet, quand elles sont tout à fait éteintes. Ils impriment également une nouvelle énergie aux contractions utérines, au point de donner lieu, chez certaines femelles pleines, à l'expulsion de plusieurs fœtus.

On a cherché, déjà depuis longtemps, à voir si des courants électri((ues se produisent physiologiquement dans les nerfs. Les premiers essais tentés n'ont donné que des résultats négatifs. Mais ceux que Dubois-Reymond a obtenus sont tout autres. Cet habileexpérimentateur, en appliquant un rliéo{)hore du galvanomètre à la surface d'un nerf et l'autre à la surface de section de ce nerf, a vu se produire un courant de la première surface vers la seconde, courant qui serait dû, selon lui, aune force électromotrice propre aux différents nerfs, même à leurs racines et à la moelle épinière.

Ensuite, d'après le même observateur, lorsqu'on fait passer un courant voltaïquedansun nerf en dehors du circuit compris entre les rhéophores du galvanomètre, un courant s'établit dans toute l'étendue du nerf préalablement isolé et détaché. Ce courant qui marche dans tous les sens fait dévier plus ou moins l'aiguille du galvanomètre. Il perd de son intensité à mesure que la vitalité du

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nerf s'affaiblit et il cesse une fois que le nerf a perdu ses propriétés. 11 dépendrait d'une force qu'on a appelée électro-ionique.

En outre, lorsque, au lieu d'un courant continu, on fait passer dans le nerf un courant intermittent ou lorsqu'on soumet ce nerf à une autre excitation, le courant propre du nerf s'affaiblit et il y a négativité ou variation négative.

La signification des phénomènes électriques constatés dans les nerfs est encore imparfaitement déterminée. Si ceux qui se rapportent à V électi^otonus et à la variation négative sont liés à la vitalité du nerf, ceux qui paraissent dépendre de la force électromotrice en sont indépendants : ces derniers peuvent s'obtenir dans les nerfs écrasés, ligaturés ou dégénérés, c'est-à-dire dans des conditions oîi les actions normales ont cessé de s'accomplir. Conséquemment rien encore, jusqu'à présent, n'autorise^es physiologistes à assimiler les phénomènes nerveux à ceux de l'électricité.

Propriétés et foiictîous des tliverses espèces tle nerfs.

La sensibilité et la motricité ne sont pas moins distinctes dans les nerfs que dans les centres nerveux ; elles ont des points de départ séparés et ne se confondent jamais. Les nerfs à une seule racine sont sensitifs si elle est supérieure, moteurs si elle est inférieure ; les nerfs à deux racines sont mixtes, ou à la fois sensitifs et moteurs. Ceux-ci fonctionnent comme s'il y avait dans chacun d'eux deux nerfs.

De même qu'il y a plusieurs sortes de sensibilité, l'une mise en jeu par tous les stimulants, l'autre par quelques-uns seulement ; il y a plusieurs variétés de motricité, l'une volontaire, l'autre indépendante de la volonté, une motricité pour les muscles de l'appareil respiratoire, une pour certains organes à action rhythmique.

Il faut étudier à part les propriétés et les fonctions de chaque catégorie de nerfs.

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