‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 38 sur 287 · II. — Des nerfs moteurs · texte numérisé non relu

II. — Des nerfs moteurs

Ils n'ont qu'une seule racine, dérivent du cordon inférieur de la moelle, et sont insensibles aux irritations de toute espèce; mais leur stimulation, leur galvanisation déterminent des contractions dans les parties auxquelles ils se renflent; leur compression, leur ligature ou leur section paralysent ces parties sans en altérer la sensibilité. Les nerfs de cette espèce sont : l'oculo-moteur commun, l'oculo-moteur externe, l'oculo-moteur interne, le facial, l'hypoglosse, l'accessoire de Willis, enfin une partie de la branche inférieure delà cinquième [)aire, et toutes les racines inférieures des nerfs rachidiens. Parfaitement isolés à leur origine, ils ne tardent pas à s'anastomoser, soit avec des nerfs sensitifs, soit avec des nerfs mixtes, de telle sorte que leur irritation, si elle s'exerce loin de leur naissance, peut déterminer delà douleur. Il importe donc, pour constater leurs propriétés et étudier leur mode d'action, de tenir compte de cette particularité, source de tant d'erreurs dans les expériences.

Les nerfs moteurs ne possèdent j)as, par eux-mêmes, la faculté de développer le principe excitateur des contractions musculaires; ils ne font que le transmettre des centres dont il émane aux parties chargées d'efl'ectuer le mouvement.

Ils propagent la force motrice de leur origine vers leur terminaison, ou du centre vers la périphérie, sans jamais lui faire suivre un cours rétrograde. L'irritation d'un tronc nerveux produit des contractions dans toutes les parties qui reçoivent leurs nerfs au-dessous du point irrité: elle n'en produit pas dans celles dont les nerfs se détachent (h; ce tronc au-dessus du point où se trouve appliiiuée l'irritation.

206 DES FONCTIOINS DU SYSTÈME NERY£UX.

La force ou le principe excito-moteur qu'ils propagent peut être transmis par une fraction du tronc, par un certain nombre de libres, les autres demeurant complètement étrangères à cette propagation ; c'est là une vérité qui se démontre rationnellement et par l'expérience. Si, en effet, on irrite, comme l'a fait Millier, un nerf volumineux avec la pointe d'une aiguille, on voit que les seules parties qui se contractent sont celles qui reçoivent les filets irrités, et la même chose arrive quand on substitue à l'irritation mécanique celle d'un courant galvanique faible. Du reste, il est indispensable qu'il en soit ainsi pour qu'il n'y ait pas confusion dans les mouvements volontaires, puisque le morne nerf se distribue, à la fois, dans un grand nombre de muscles à actions différentes et même opposées. Il est évident que l'irritation qui va mettre en jeu l'un de ces muscles doit passer seulement par les libres qui viennent y aboutir. Sicile était répartie entre toutes, elle aurait pour résultat inévitable la contraction simultanée de tous les muscles animés par ce nerf : or, c'est ce qui ne saurait arriver sans amener la plus grande confusion dans les mouvements. Cependant, quelquefois, la volonté ne parvient pas à s'exercer isolément sur tel ou tel d'entre eux : alors, il y a ce qu'on appelle des mouvements associés ; mais, à part cette circonstance, les fibres nerveuses agissent séparément, sans avoir autre chose de commun que leur rapprochement et leur enveloppe celluleuse. En un mot, elles fonctionnent comme si chacune d'elles formait un nerf particulier, distinct par son origine et sa terminaison.

Le fait de l'indépendance dans laquelle les fibres d'un nerf se trouvent les unes par rapport aux autres est fort remarquable, puisque sans elle il faudrait pour chaque muscle ou chaque groupe de muscles ayant les mêmes usages un nerf particulier. Or, on sait que la distribution des cordons nerveux est soumise à une loi bien différente. En effet, le même nerf donne des divisions à plusieurs muscles , dont les actions sont dissemblables et même quelquefois opposées ; les exemples en sont assez nombreux. Ainsi, dans le plexus brachial des solipèdes, un des sous-scapulaires donne des branches au muscle sous-scapulaire, à l'adducteur du bras et au sous-épineux, qui n'ont pas une action tout à fait identique ; l'huméral antérieur ou cubito-plantaire donne dos filets au grand et au petit pectoral, aux fléchisseurs de l'avant-bras, au fféchisseur interne du métacarpe et aux fléchisseurs des phalanges ; l'huméral postérieur fournit des divisions à quatre extenseurs de l'avant-bras, à l'extenseur antérieur des phalanges, à l'extenseur antérieur du métacarpe, en même temps qu'au fléchisseur externe de la même région. Dans le plexus lombaire, le fémoral antérieur se distribue aux extenseurs et au long adducteur de la jambe, le petit sciatique aux ischio-tibiaux qui sont fléchisseurs de la jambe, au fléchisseur du métatarse et aux extenseurs des phalanges; le grand sciatique, aux ischio-tibiaux, à l'extenseur du métatarse et aux fléchisseurs de la région digitée. A la tête, la branche inférieure du trifacial se rarnilie à la fois dans les muscles qui écartent les mâchoires et dans ceux qui les rapprochent; à l'encolure, les paires cervicales se rendent en môme temps dans les extenseurs et les flécliisseurs. Cependant, aux membres, ce mode de distribution paraît avoir été évité autant que possible, car si un cordon nerveux donne des divisions à plusieurs muscles qui n'ont j»as la mémo action, il ost rare qu'il

PROl'RIETES ET FON'CTIONS DES NEKES.

en lournissc ù des muscles antagonistes de la même région. L'huméral postérieur est peut-être, pour le membre thoracique, le seul qui fasse exception en donnant des filets à l'extenseur et à un flédiisseur du métacarpe. D'ailleurs, en réfléchissant bien à ce mode distribution, on voit qu'en général, un nerf se ramifie dans les muscles qui doivent agir ensemble ou successivement, ou, en un mot, dans les muscles associés pour produire un mouvement d'ensemble. C'est ainsi que, par exemple, les fléchisseurs do Tavant-bras, le flécliisseur interne du métacarpe, et les fléchisseurs des phalanges, qui se contractent à la fois pour élever le membre au-dessus du sol et le porter en avant, sont animés par l'huméral antérieur; de même, les extenseurs de l'avant-bras, ceux des plialaiigcs et celui du métacarpe, qui agissent simultanément quand le membre doit être ramené à l'appui et maintenu dans l'état d'extension, reçoivent leurs rameaux de l'huméral postérieur. Néanmoins cette sorte de connexion synergique n'est pas partout aussi évidente que dans les cas précédents ; elle est même assez difficile à reconnaître aux membres postérieurs.

La force motrice que transmettent les nerfs dont nous parlons ne passe point, comme nous l'avons déjà dit, de l'un d'eux dans un autre par la voie des anastomoses. Muller et d'autres expérimentateurs l'ont démontré en irritant successivement les trois nerfs qui, parleur association, constituent le plexus lombaire de la grenouille : ils ont vu que l'irritation d'un seul de ces nerfs, au-dessus du plexus produit des contractions dans des points différents de ceux où elles se m;inifestent lors de la stimulation du second ou du troisième; or, si la communication s'eflectuait, l'irritation de l'un des trois au-dessus du plexus déterminerait en même temps des contractions dans toutes les parties ou ces trois nerfs se distribuent. D'ailleurs, dans le cas

de paralysie, de section ou de ligature d'un nerf, les anastomoses ne font point passer la force incitatrice des mouvements du cordon sain dans le cordon malade; sans cela, la paralysie du nerf n'entraînerait pas complètement celle des muscles aux(|uels il se rend. Cependant, comme lors d'une communication entre des nerfs, un certain nombre de fibres passent de l'un dans l'autre, il est évident que la force du nerf intact peut passer dans le nerf lésé, mais seulement dans les fibres que ce dernier reçoit; c'est à cela que se borne la transmission. Les assertions contradictoires de Panizza sont trop peu fondées pour qu'elles puissent infirmer une vérité si bien établie. Il sufht de jeter les yeux sur

I>"iG. 21. — Anastomoses du plexus brachial du cheval (*).

(*) a, Humerai moyeu; b, humerai postérieur.

des anastomoses nerveuses (fig. 21) pour voir qu'il ne saurait en être autrement.

Analysons rapidement l'action de chacun des nerfs moteurs encéphaliques.

îXerfs moteiu's €lo l'œU. — Les trois nerfs destinés aux muscles oculaires ont chacun leurs attributions spéciales.

Le moteur commun, qui parait destiné à coordonner les mouvements de l'œil anime le droit supérieur, l'inférieur, l'interne, le petit oblique, le droit postérieur chez les animaux oi!i il existe et le releveur de la paupière supérieure. Par la racine motrice qu'il donne au ganglion ophthalmique, il préside à la contractilité de l'iris.

La section de ce nerf ou sa paralysie donne lieu à la chute de la paupière supé-

FiG. 22. — Schéma du plexus brachial de l'homme, d'après L. Hirschfeld (*).

rieure, à la déviation de l'œil en dehors, à la suppression des mouvements rotatoires du globe, enfin à la dilatation et à l'immobilité de la pupille. En outre, sa section a pour conséquence, dans certaines positions, de faire percevoir deux images, une droite et une seconde oblique.

Le pathétique destiné au grand oblique a une action fort simple. Sa section supprime en grande partie les mouvements de rotation du globe dans la cavité orbitaire, et détermine une légère déviation de l'œil en haut et du côté interne. Elle entraine une vision double dans le cas où les yeux se dirigent en bas. Alors les deux images sont placées l'une au-dessus de l'autre, sans qu'il y ait parallélisme entre leurs axes.

Le moteur externe est ramifié dans le droit externe seulement, qui porte l'œil

(*) V, VI, VII, VIII, branches antérieures des quatre premiers nerfs cervicaux. — 1. D, branche antérieure du premier nerf dorsal; l, rameau du muscle sous-clavier; 2, nerf du grand dentelé; 3, nerfs bus-scapulaircs; 4, nerfs des muscles angulaire et rhomboïde; 3, branche supérieure du muscle sous-scapnlaire; U, nerfs thoraciques antérieurs ; 1, branche inférieure du sous-scapulaire; S, nerfs du grand dorsal ; 9, nerfs du grand rond; 10, nerf accessoire du brachial cutané interne; 11, nerf cutané interne; 12, nerf cubital; 13, nerf médian; 1 i, uerf mussulo-cutané;;i:j, nerf radial; 16, nerf axillaire.

directement on dehors. Sa s-ilvanisation produit la projection du globe du côté de l'angle tempoial. Sa section ou sa [liinilysie a pour conséquence la projection du globe en dedans. La simple compression de ce nerf donne lieu au strabisme Interne.

Les nerfs moteurs de IVil donnent quelquefois, dit-on, des indices de sensibilité, sensibilité qui leur est étrangère et qu'ils empruntent à des (îlets anastomotiqucs provenant de la cin(piièine paire.

Brandie iiioiflee <lu ti>iraeial. — Cette portion de la cinquième paire, appelée racine motrice du trijuniciui, ou nerf masticateur, a un noyau d'origine pourvu de cellules multi|)olaires |)rès du pédoncule cérébelleux postérieur; elle est destinée aux muscles moteurs des mâchoires et aux muscles tenseurs du voile du palais. Comme elle est accolée à la branche maxillaire inférieure qui est sensitive et sort du crâne avec elle, on ne l'en distingue pas d'habitude dans les descriptions anatomiques, mais les fdets de celle-ci, sauf quelques-uns destinés à donner de la sensibilité aux muscles, s'en détachent pour se rendre à la peau, aux glandules salivaircs, à la muqueuse bucfalc.

Longet, en galvanisant dans le crâne la branche motrice du trifacial, a vu se produire le rapprochement dos mâchoires et des contractions dans le voile du palais.

Le nerf buccal, ou bucco-labial, qui se détaehede la branche maxillaire inférieure de la cinquième paire, ne vient nullement de la racine motrice. 11 est facile de s'assurer, connue la fait Herbert-.Mayo, que les irritations portées sur ce nerf ne provoquent pas de contractions dans les muscles des joues.

Facial. — Lenerf facial qui se distribue aux muscles des narines et aux muscles superfiinels de la face, les anime sans le concours de la cinquième paire.

Il a dans la moelle allongée, d'après les histologistes, un double noyau d'origine; l'un qui lui est commun avec l'oculo-moteur externe, au plancher du quatrième ventricule, l'autre plus profond iiuiiqué par Deifers, et à partir duquel le facial décrit un arc de cercle dans la moelle jusqu'à son point d'émergence. On suppose qu'il possède des fibres volontaires associées à celles dont l'action est purement automatique.

On sait, depuis la célèbre expérience de Charles Bell, que ce nerf est moteur, mais on a encore des doutes aujourd'hui sur la question de savoir s'il est tout à fait dépourvu de sensibilité propre.

Il est parfaitement établi que la galvanisation de ses branches séparées de l'encé|)hale détermine des contractions dans les paupières, les narines, les lèvres et les divers muscles de la face, et que sa section a pour conséquence une hémijdégie faciale dont la physionomie est frappante. Mais, d'après Charles Bell, il serait complètement insensilile, tandis (pie, suivant Magendie, Longet et divers autres expérimentateurs, il jouit d'une sensibilité assez marquée. Cette sensibilité se manifeste effectivement dans les expériences les plus simples, qu'il est très facile de répéter sur les grands animaux. A partir de quel point existe-t-elle et à (pielle source est-elle empruntée?

D'après quelques observateurs, le facial serait sensible dès son origine. Il aurait une double racine, la principale motrice et la sensitive; représentée par le petit nerf

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