‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 39 sur 287 · COLIN. — Physiol. comp. 3' édit, I · texte numérisé non relu

COLIN. — Physiol. comp. 3' édit, I

de Wrisberg. Mais aucune expérience démonstrative n'a prouvé que ce petit coidon ait des propriétés différentes de celles du facial pris en masse; il serait, d'après Longet, destinée animer les muscles du tympan. Ce qui, d'ailleurs, rend son ro\v obscur, c'est que ce nerf, très voisin de l'origine du glosso-pharyngien est aussi souvent uni à l'acoustique qu'au facial.

Gomme il est extrêmement difficile de porter des excitations sur la partie intracrànienne du facial, on ne peut sûrement dire si la faible sensibilité dont il jouit lui appartient dès son origine. Mais ce qui paraît suffisamment établi, c'est que le facial est sensible dès sa sortie du trou stylo-mastoïdien où il est accessible à l'expérimentation. En coupant la cinquième paire dans le crâne, comme l'ont fait Eschricht etLund, on éteint à peu près, mais non complètement, cette légère sensibilité qu'il emprunterait aussi, d'après Mïdler,à une anastomose avec un rameau du nerf vague dans le conduit de Fallope.

En somme, la faible sensibilité dont jouit le facial est une sensibilité qu'il emprunte surtout au Irifacial, non en un seul point, mais en plusieurs, en s'annexant successivement des filets plus ou moins nombreux suivant les branches. Et comme ces filets lui arrivent sous des angles plus ou moins ouverts, à diverses hauteurs on peut, en coupant une branche du nerf, trouver son bout périphérique encore sensible, quoiqu'il ne paraisse plus en communication avec l'encéphale.

Lorsque le facial est coupé à sa sortie du trou stylo-mastoïdien ou ses branches en arrière de l'articulation temporo-maxillaire, il se produit immédiatement une hémiplégie faciale du même côté. La narine s'affaisse et prend l'aspect qu'elle a sur le cadavre, la lèvre inférieure devient flasque ou pendante, la joue également flasque, la préhension des aliments est difficile sur le cheval qui doit les saisir avec les lèvres avant de les prendre entre les dents; il y a accumulation des matières alimentaires entre les arcades dentaires et les joues ; la salive tombe, les joues sont soulevées par l'air dans l'expiration, et battent les arcades dentaires dans l'inspiration; les paupières ne se ferment plus, les larmes se répandent irrégulièrement sur l'œil, etc.

Ce nerf en animant les muscles des narines, des lèvres, des joues, des paupières concourt donc à la respiration, et il mérite à cet égard l'épithète de nerf respiratoire de la face que lui avait donnée Ch. Bell ; il concourt également à la préhension des aliments solides, siirtoutchezles animaux qui emploient leslèvresà l'exécution de cet acte, à la préhension des liquides (aspiration, succion), à l'olfaction qui exige une aspiration souvent énergique et saccadée pour appeler l'air odorant dans tous les recoins des cavités nasales.

Par les filets qu'il envoie directement aux muscles de la chaîne tympanique et par ceux qu'il donne au ganglion otiqiie, il exerce une influence incontestable sur l'audition. Par ceux qu'il donne aux canaux des glandes salivaires, il exerce une influence des plus remarquables sur l'excrétion de la salive et même sur sa sécrétion. En eflel, les impressions gustatives produites sur la muqueuse buccale ne font plus couler la salive dans la bouche après la section du facial, comme Schiff l'a constaté le premier. Il suTl'fit, comme l'a démontré Cl. Bernard^ de couper la

1. Ci. Bernard, Leçom sur la p/u/siol. et la pulhol.. tin si/st. nerv., t. II, p. 147.

corde du tympan dans l'oreille moyenne pour suspendre la srcrétion de la glande sous-maxillaire et paralyser son canal excréteur. Mais, il faut couper le nerf facial dans le crâne pour produire la même action sur la parotide. Nous verrons plus tard, en étudiant les sécrétions salivaires que l'impression produite sur la muqueuse buccale [)ar les aliments ou les autres substances sapides est transmise aux centres nerveux par le lingual et les divers nerfs sensitifs, puis réllécliie sur les glandes par l'intermédiaire du facial.

llyito^ffloiKMe. — Ce nerf né de la partie inférieure du bulbe paraît ne pas être exclusivement moteur, car Mayer, lui, a trouvé sur le bœuf, le cbien et sur d'autres animaux une petite racine supérieure qui pourrait bien être sensitive. Il procède d'un double noyau blanc triangulaire, à grosses cellules ganglionnaires placé dans le plancher du quatrième ventricule, près du raphé, et au voisinage de celui du vague.

Déjà Galien, qui avait attribué au lingual la faculté gustative, considérait l'Iupoglosse comme le nerf moteur de la langue ; sa distiibution dans les muscles semble, à première vue, condrmer cette opinion. En le stimulant mécaniquement ou en le galvanisant, on provoque des contractions dans toute l'étendue de la langue. Ces irritations portées sur le nerf, en dehors du crâne, déterminent habituellement une certaine douleur que divers observateurs ont constatée et qu'il est facile de reproduire sur le cheval ; elle s'explique par les anastomoses qu'il contracte avec la première anse du [ilexus cervical, et avec le lingual de larin(|uième paire à diverses hauteurs. .Mais, avant sa sortie de la cavité crânienne, Longet ne l'a point trouvé sensible.

Après la section des deux Inpoglosses, la langue est frappée de paraKsir complète. Elle sort de la bouche, demeure immobile, llasque et [)endante sur le cheval. Sur le chien, elle est d'abord encore retenue dans la bouche; l'animal ne peut ni la sortir, ni la recourber pour effectuer le la|»ement des liquides; il ne peut sCn servir pour retenir le pain qu'il n)àche ni |iour l'avaler ; aussi l'aliment tondje-l-il en masse ou [)ar parcelles. Un bol tout formé, mis à la face su[iérieure de la langue ne saurait même, connue l'a observé Panizza, être dégluti. Elle est pincée par les dents, lors de là mastication. Si elle sort de la bouche ou si elle est retournée accidentellement, c'est par des secousses imprimées à la tête que l'animal cherche à la remettre en place.

A la suite de la section des deux hypoglosses, la langue conserve sa sensibilité tactile: l'animal crie quand elle vient à être pincée par les dents, ou piquée j);ir un corps étranger ; il secoue la tête et se retire au simple contact d'un corps (|uelconque. Sa sensibilité gusiative est également conservée et, à ce »|u'il semble, dans toute son intégrité, ])uis(pie le chien secoue la tête, agite les lèvres et les mâchoires |)our se débarrasser (le la substanceamère déposée à la surface dr' l'organe.

Hitiiinl. — Le spinal est un nerf plus remarquable par la singularité de sa disposition anatomicpu' (pie par ses fonctions. Les anatomistes ont trouvé qu'il naît de la moelle allongée d'abord par le noyau du nerf vague, puis d'un noyau propre voisin de celui-ci, enlin, d'un très long noyau étendu jusqu'aux dernières vertèbres cervicales. Il a deux branches qui ont chacune une action spéciale on raison des parties auxquelles elles donnent la motricité.

La branche interne ou portion bulbaire, qui se détache de la moelle allongée, entre le nerf vague et l'origine de la première paire cervicale, s'accole au premier, après avoir donné les rameaux pharyngiens, et se confond avec lui vers le point d'origine des laryngés supérieurs. Elle fournit évidemment au pneumogastrique une grande partie de ses filets moteurs. Son rôle est de présider aux mouvements du pharynx, à ceux du larynx et même de la partie supérieure de l'œsophage, Bischolï, en coupant dans le crâne ses filets d'origine, a parfaitement démontré qu'il est un nerf de la phonation, un nerf vocal. Après la section de quelques fdetsdu spinal, ce savant a vu la voix devenir rauque, et, après leur section complète, se produire l'aphonie. L'arrachement du spinal opéré par Cl. Bernard et Longet a eu pour conséquence de rendre la glotte immobile et béante.

La branche externe ou portion cervicale, qui naît sur les côtés de la moelle, dans la région du cou, sur une étendue considérable, constitue le nerf respiratoire supérieur de Ch. Bell, destiné au sterno-mastoïdien et au trapèze. Bien qu'elle soit motrice, comme la première, elle jouit d'une sensibilité que l'on peut aisément constater sur les grands animaux. Dans le canal vertébral, sa sensibilité récurrente, d'après Cl. Bernard, serait empruntée à une racine de la deuxième paire cervicale; sur le cou, cette sensibilité est due évidemment aux anastomoses avec les divisions superficielles de la plupart des paires cervicales.

Cette dernière branche est incontestablement destinée à animer le sterno-mastoïdien et le trapèze qui reçoivent déjà des divisions, le premier des paires cervicales, le second des premières dorsales. Toute la difficulté est de décider si le spinal est un auxiliaire de ces divisions, ou s'il a une action spéciale diflerente de celle des autres.

D'après Çh. Bell, qui voyait dans le spinal un nerf concourant à la phonation, à l'effort, à la toux, il transmettrait aux muscles une innervation de source spéciale. Il animerait le sterno-mastoïdien et le trapèze, lorsqu'ils doivent élever le thorax dans les moments où la respiration est gênée, pendant le chant, les cris, les efforts divers, l'agonie, etc. Ces muscles demeureraient au contraire animés par les nerfs cervicaux, quand ils agissent pour les besoins de la locomotion ordinaire, c'est-à-dire pour les mouvements de l'épaule et de la tête. Ils obéiraient donc à une incitation motrice volontaire dans les mouvements ordinaires, et à une incitation différente, automatique dans les mouvements respiratoires où leur intervention devient utile. Après la section du spinal, ces muscles, paralysés en ce qui concerne la respiration, continueraient à fonctionner volontairement dans toutes les autres circonstances.

Cl. Bernard^ voit dans l'accessoire de Willis, un nerf moteur destiné à intervenir volontairement dans les seuls cas où la respiration doit être modifiée en vue de la phonation et des efforts. D'après lui, ce nerf « régit les mouvements du larynx et du thorax toutes fois que ces organes doivent produire la phonation et être appropriés à des actes qui sont en dehors du ijut de la res[)iration simple. » Sa section paralyserait complètement le sterno-mastoïdien et le trapèze dans toute espèce de mouvements.

1. Bernard, /{«-:/(. nxpàimentales sur les fonctions du nerf spinal {Arcinves générales de médecine, 1814), et Leçons sur la phi/siol. et la pathol. du syst. ncrv., t. II, p. 342.

Cette manière de voir est trop absolue. La section du spinal ne paralyse pas entièrement le sterno-masioïdien; elle l'alTaibit seulement d'une façon très marquée. Chez les grands quadrupèdes où le sterno-mastoïdien (mastoido-huméral) devient l'agent essentiel de la projection du membre tlioracicpic on avant, la section du spinal ne fait (pic j;èner cette [trojection et par suite rendre la marche pénible et irrégulière. Chez les petits animaux, l'opération a pour ellet, comme l'a noté Longet, de délermincr très vite ressoufflement sous l'influcnct' de la course ou des ell'orts.

En sonmie, il reste; quelques doutes sur le point de savoir si le spinal est un simple nerf destiné à renforcer l'action des autres, ou s'il donne à ses muscles une motricité spéciale en vue de destinations particulières. Nous reviendrons sur ce sujet en étu;liant le mécanisme respiratoire et le rôle si diversilié que joue, chez les animaux, le grand muscle animé par le nerf spinal.

m, — Des nerfs mixtes.

Ceux-ci, constitués par des fibres sensitives et des fibres motrices, naissent par deux racines, l'une émanant du cordon supérieur, l'autre du cordon inférieur de la moelle, lesquelles se réunissent à une certaine distance de leur émergence, au niveau d'un ou de plusieurs ganglions appartenant exclusivement à la racine supérieure. Il n'en est aucun qui soit mixte, au point même où il se détache de la moelle.

Les nerfs mixtes représentent la [uesque totalité des nerfs des organes de la vie animale comme la figure 23 le fait voir en un coup d"(eil. Les nerfs racbidiens rentrent dans la catégorie, ainsi que plusieurs nerfs encéphaliques qui s'anastomosent, les sensitifs avec les moteurs, et réciproquement. Néanmoins les premiers ne peuvent être mis sur la même ligne que les autres, attendu que, d'une part, les anastomoses n'ont point toujours lieu par l'intermédiaire de ganglions, et que, d'autre part, elles s'effectuent suivant des proportions telles que l'élément sensiîif prédomine dans les uns et l'élément moteur dans les autres.

En générai, les nerfs mixtes sont formés par des libres sensitives un peu plus nombreuses que les libres motrices, autant du moins qu'on peut en juger à la simple inspection. Blandin a cru pouvoir établir que cette proportion, assez variable, était dans l'hounne entre les racines postéiieures et les antéiieures :: 2 : 1 au cou, :: 1 : 1 au dos, et comme 1 1/2 : 1 à la région des lombes. II explique la prédominance des racines sensitives sur les niotiices, au niveau du plexus brachial, i>ar l'usage des membres thoraciques (pii doivent servir au toucher, tandis que les. abdominaux ne sont préposés qu'à la locomotion. Dans le chien et d'autres quadrupèdes, il y aurait à peu près égalité entre les unes et les autres, par suite de la même destination des extrémités. Je n'ai jamais pu, sur le cheval, déterminer cette proportion ni au niveau îles plexus, ni dans les [loints internu'diaires.

Quelles que soient les proportions cjui existent entre la quantité des libres sen-

sitives et celle des fibres motrices dans les nerfs mixtes, ces fibres ne se confondent point, et n'ont entre elles aucune communication transversale : chacune* reste distincte et conserve son caractère spécial, depuis sa sortie de la moollo

Kiii. 2;j. — lMiseinl)l(' (les nerl's cérébro-spinaux.

jusqu'à sa terminaison péri|»lirri(|iie, de sorte qu'il y a réellement deux nerfs, danscliaque nei'fmi.\l,(', ikmCs distincts à leur émergence, distincts encore soU vent à leur extrémité terminale; car on voit les branches sensitives se porter îi la

PROPKIÉTÉS ET FONCTIONS DES NERFS. 'ilo

peau, et les brandies inotiices aux muscles où elles restent, cependant, encore accolées à une certaine quantité des premières. Par ces ingénieux arlilices de l'union des éléments nerveux et de leur mélange sans confusion, les fibres sensitives et les libres niotiices se distribuent à la fois aux parties où leur présence est nécessaire, et isolément, les unes à l'exclusion des autres, dans celles où elles ne sont pas toutes indis|)ensables.

Une fois les pro[>riétés et les fonctions des nerfs sensitifs et des nerfs moteurs connues, il devient laciie de déterminer celles des nerfs mixtes lesquelles résultent de leur association. Ije nerf mixte conduit les impressions de la péripliérie vers les parties centrales et l'excitation motrice de celles-ci vers les muscles. Il est le siège d'un double courant : l'un, centripète, pour les impressions; l'autre, {enlrifuge, pour les volitions et la force motrice. Cliacun de ces courants s'opérant dans des libres distinctes, le premier dans celles des racines supérieures, le second dans celles des racines inférieures, ils ne peuvent ni se croiser ni se confondre. Ce nerf est à la fois sensible et excitable ; l'excitation qu'il éprouve détermine de la douleur et des contractions. Enlin, dans toutes les circonstances, son action se compose de deux actions qui s'opèrent ensemble comme elles le feraient isolément, et ces deux actions sont susceptibles de se séparer, comme cela s'observe dans les paralysies simples ; l'une peut se perdre, tandis que l'autre persiste dans toute son intégrité ; en un mot, il peut y avoir paralysie du sentiment avec conservation du mouvement, et vice verso.

Les nerfs mixtes, avons-nous dit plus haut, naissent par deux racines. Il faut en déterminer les propriétés pour bien comprendre le double rôle de ces ner.^'s.

On sait que c'est à Gli. Bell que la physiologie doit les premières expériences sur les racines des nerfs. Cet illustre observateur, après avoir reconnu que les cordons supérieur et inféiieurde la moelle épinière ne possèdent pas les mêmes propriétés, mit à nu les racines des nerfs spinaux et les irrita isolément : il vit que la section des supérieures ne produit pas de contractions et laisse aux muscles leur motricité, et que l'irritation ou la section des inférieures provoque des convulsions. Magendie, en 1822, constata très nettement que les racines ont des fonctions différentes, que les supérieures sont affectées à la sensibilité et les inférieures au mouvement. Il avait vu qu'après la section des racines supérieures des neils au niveau du plexus loud)aire, le membre perd sa sensibilité en conservant sa motricité, et qu'après la section des racines inférieures il perd sa motricité en conservant sa sensibilité-. Kn coupant les racines supérieures d'un plexus et les inférieures de l'autre, il avait produit sur un meud)re la }>aralysie du sentiment, et sur l'autre la paralysie du mouvement.

Mrdleren expérimentant, en 1831, sur les grenouilles, arri\a aux mêmes résultats que Magendie. Vax découvrant la moelle, au niveau du plexus lombo-sacré, il coupa çn travers les racines supérieures, et vit que l'excitation du bout périphérique à l'aide d'une aiguille ou d'un courant galvani(pie ne détermine pas de contractions; que celle du bout périphéri(pn' des racines inférieures couijées en travers provoque des convulsions. Pour la [tremièrefois, il expliqua par une action rétlexe les mouvements ([ue provoque l'irritation d'une racine su|iérieure encore attachée à la moelle.

Les racines inférieures ne sont pas seulement motrices, elles donnent des indices plus ou moins évidents de sensibilité dite récurrente, sensibilité sur l'existence et les causes de laquelle les physiologistes ont eu grand'peine à tomber d'accord. Magendie l'avait constatée dès ses premières expériences, sans en deviner la signification. En 1839,Longet, soupçonnant qu'elle pouvait être donnée à ces racines par des ûhves, dérivées des racines postérieures, coupa celles-ci et vit que les inférieures correspondantes ne présentaient plus de sensibilité.

La sensibilité récurrente, qui n'estjamais bien vive, ne se constate pas facilement à la suite des graves et douloureuses mutilations que nécessite la mise à nu delà moelleet de quelques racines. Elle ne devient évidente que sur des animaux vigoureux, dont la moelle et les racines sont mises à découvert depuis quelques heures, sans hémorrhagie considérable. Dans ce cas, en pinçant une racine inférieure un peu volumineuse, on détermine de la douleur à la condition que la racine supérieure correspondante est intacte. Et si l'on vient à couper cette racine inférieure, le bout périphérique seul donne des indices de sensibilité sous l'influence des excitations. Cette sensibilité s'explique par la présence de fibres qui se rendent de la racine supérieure dans l'inférieure, et qui de là, en suivant un trajet rétrograde, reviennent à la moelle. La disposition de ces fibres peut être conçue, d'après Claude Bernard ^, telle que la donne la figure suivante.

FiG. 24. — Dispositions hypottiétiques des fibres récurrentes (*).

On peut encore concevoir la sensibilité récurrente telle que les chirurgiens l'ont constatée, M. Richet entre autres, après la section des nerfs du bras ou de la main, sans l'hypothèse des hbres rétrogrades et par l'action des anastomoses si nombreuses qui existent entre les branches d'un môme nerf ou entre les nerfs voisins. En effet, étant donné un nerf sectionné au bras ou à la main, si l'on vient à piquer le segment inférieur de ce nerf, l'impression qu'il éprouvera pourra très bien être reçue par quelques libres sensitives provenant des nerfs voisins accolées aux libres sectionnées mais demeurées intactes et par conséquent en communication avec la moelle par les racines supérieures. De cette manière la sensibilité dite récurrente ne scrfiit autre cjiose que la sensibilité ordinaire.

Dans rhyjtothèse aujoiird'liiii iicc('|)té(' , le ]»uiiil où s'effectue la récur-

]. nernai-(], Lcruns sur la iili.ijsiDhiiji.r et la [iiilliDlDiiii; du. si/s/iu

■reit.r, t. II, p. 402.

(*) H, racine postérieure et son ganglion; P, ses fibres directes se rendant ;'i la peau; V, racine inléricnie avec SCS fibres directes se rendant aux muscles M ; A^ fibre récurrente partant de la moelle pour y revenir.

rence des libres sensitives qui émanent des racines supérieures est indéterminé. Une expérience do Magendie, qui ronsiste à couper le tronc- du nerf à quelques lignes audessous du ganglion, prouve que le retour des fibres n'a pas lieu au niveau du ganglion, car s'il s'eflecluait en ce point, la seclion ne portant pas sur elles laisserait subsister la sensibilité récurrente. Or, celle-ci s'éteint alors conq^lètement. D'un autre côté, l'expérience de Scliiff, dans laquelle la section delà racine postérieure, un peu au delà du ganglion, est suivie de la dégéné-

FiG. 25. — Segment (le la moelle épiniùre du cheval pris au niveau du plexus brachial (*).

(*) A, racines supérieulos; B, racines inférieures , C. ganglions multiples des racines supérieures ; D, ganglion unii|ue sur une paire nerveuse étrangère au plexus brachial; E, E, racines supérieures au point où elles traversent les enveloppes. J'ai donné celle ligure (qui m'a été eniprunléo sans mention d'emprunt), pour montrer que dans le pirxus brachiiil des solipèdes il y a plusieurs ganglions aux racines supérieures.

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rescence de quelques filjres de la racine inférieure semble prouver que, pour un 2 certain nombre de libres, la récurrence

S a lieu à compter du ganglion. Celle-ci

s'effectuerait donc à des distances variables du ganglion, suivant les nerfs, ou se ferait à des hauteurs diverses pour les libres d'un nerf donné. En somme, la sensibilité récurrente paraît due à des fibres qui se rendent de la racine supérieure dans l'inférieure pour revenir à la moelle. Les fibres sensitives quiserendent à la racine motrice n'onl-elles qu'un rôle relatif à la nutrition de la moelle, comme celles qui se distribuent aux autres nerfs moteurs et à la généralité des tissus, ou ont-elles en outre celui d'associer les fonctions des deux racines et de concourir à l'accomplissement des phénomènes réflexes?; C'est ce qui n'est pas actuellement décidé.

Les deux racines diffèrent anatomiquement l'une de l'autre par la présence à la supérieure d'un ganglion simple dans l'homme, et multiple dans divers animaux, notamment les solipèdes, où il résulte du rapprochement d'un grand nombre de ganglions plus petits, surtout au niveau du plexus (fig. 25). Ce ganglion reçoit les fibres des racines supérieures qui le traversent en faisceaux isolés ou anastomosés et il montre dans leurs intervalles des cellules ganglionnaires qui paraissent donner naissance à des libres spéciales se dirigeant toutes vers la périphérie.

scH.w£.i.TSŒM aiiL^. J.LBVÏ.5C, Dans riiomnie et les mammifères, les

Fjg. 26. — Segment de laiiioeliederiioiiiiiio micrographes n'ont trouvé aucune

avec les riiciiies nerveuses {*). „ -, „„.„„ „„„ n i i

^ ' connexion entre ces cellules ou leurs

libres propres elles libres des racines; mais, chez les poissons, Wagner et

(•) 1, \, 1, ï, ligaments dentelés; 3, 3, 3, racines postérieures des nerfs; 4, 4, ',, racines antérieures; !5, !>, 5, ganglions des racines postérieures ou sensitives, unis aux racines antérieures; 5, !i, !i, à gauche, les mêmes ganglions isolés des racines antérieures.

PROPRIÉTÉS i-:t fonctions des nerfs. 2\\)

M. Robin ont vu chaque fibre de la racine sensitive soudée ù une cellule ganglionnaire. La racine motrice ne fait que s'accoler au i,'anglion et se joindre aux libres sensitives au-dessous de lui. Là les deux espèces de libres se mêlent intimement, de telle sorte que, dans un faisceau pris au hasard, elles se trouvent dans la mémo proportion que dans l'ensemble du nerf, La partie sensitive du tronc mixte est formée surtout, d'après Kolliker, de tubes minces et la partie motrice de tubes larges. Mais, tous ces tubes doivent prendre dans les diverses ramifications un diamètre uniforme.

Les ganglions des nerfs spinaux jouissent des [uopriéfés des racines supérieures, ils sont sensibles à toutes les excitations, soità la surface, soit à l'intérieur. Waller, [)ar des expériences lort rcmanpiables, a montr('' (juune de leurs fonctions est de présider ù la nutrition des nerfs. En elfet, après avoir coupé les deux racines de la deuxième paire cervicale, qui est très accessible à l'expérimentation, l'on trouve au bout de quelques jours les libres du bout central delà racine supérieure dégénérées, tandis que celles du bout attenant au ganglion sont demeurées intactes. Dans la racine inférieure, la dégénéresccnse frappe la partie attachée au ganglion et non celle qui tient à la moelle. D'où il suit, ce me semble, que c'est par l'influence du ganglion que se maintient l'intégrité des rd)res sensitives y demeurant attachées, et par celle de la moelle, au contraire, qu'est maintenue l'intégrité des fd)res motrices.

On voit donc, en prenant les propriétés des nerfs à leur point de départ, que lii sensibilité et la motricité ont un siège commun dans la substance grise de la moelle, qu'elles commencent à se démêler dans les cordons blancs de cet organe, deviennent tout à fait distinctes dans les racines, puis dans le reste du nerf jusqu'à ses divisions ultimes. La séparation physiologique des propriétés précède donc la séparation, au moins apparente, des éléments qui en sont doués. Mais elle a son point de départ dans les cellules des centres, car ainsi que nous l'avons rappelé plus haut, toutes n'ont ni la même forme, ni les mêmes dimensions; les unes sont sensitives, les autres excito-motrices. Les libres elles-mêmes ont des actions diverses comme le fait soupçonner la diversité de leurs caractères anatomiques.

Cette séparation entre les éléments sensitifs et les éléments moteurs des nerfs et des centres nerveux, ne parait nettement elfectuée que chez les animaux supérieurs. Il n'est pas bien établi, quant à présent, qu'elle existe chez les inverté- Itrés. Nevvporta cru cependant la voir chez les crustacés, où il a décrit une chaîne ganglionnaire constituée par deux cordons superposés, le supérieur simple, l'inférieur pourvu de ganglions. Et, plus tard, Longet a voulu expérimentalement confirmer les conjectures de Ncwport. Il lui a semblé reconnaître dans les racines venant du cordon supérieur l'excitabilité et rinsensibilité des rficines motrices, et, au contraire, dans les inférieures émanées des ganglions, la sensibilité donnée par le cordon supérieur de la moelle des vertébrés; mais tout cela a été contesté par des observateurs qui, du reste, paraissent s'être bornés à des études très superficielles. Il y a, bien certainement, des recherches d'une haute importance à faire sur ce point.

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