‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 40 sur 287 · FONCTIONS DU GRAND SYMPATHIQUE · texte numérisé non relu

FONCTIONS DU GRAND SYMPATHIQUE

Le cerveau, la moelle épinière, les nerfs encéphaliques et les nerfs rachidiens, dont nous venons d'examiner l'action générale, ne forment pas à eux seuls tout le système nerveux : celui-ci comprend encore cette série de ganglions et de filets qui constituent, par leur ensemble, le grand sympathique, série tantôt considérée comme partie intégrante de ce système, tantôt, au contraire, comme étant un système spécial plus ou moins distinct et indépendant du premier.

Considérations g-éiiéi^ales. — Avant Bichat, déjà quelques anatomistes avaient été frappés des caractères insolites du grand sympathique : ils avaient remarqué, dans la disposition générale de ce nerf, dans son mode de distribution, sa texture et ses propriétés, des particularités qui le distinguent essentiellement de tous les autres ; mais leurs observations étaient à peu près demeurées stériles et n'avaient donné à personne l'idée de le séparer complètement du système cérébro-spinal, Bichat, qui avait vu dans l'organisme deux ordres de fonctions, les unes chargées de mettre l'animal en relation avec le monde extérieur, les autres destinées à le nourrir et à le conserver, rapporta les premières à l'influence des nerfs cérébrospinaux et lit dépendre les secondes de celle des nerfs ganglionnaires : d'où il distingua le système nerneux de la vie animale de celui delà vie organique, l'un ayant un centre unique, le cerveau, auquel les nerfs apportent les impressions et d'oi!i ils emportent les volitions, l'autre ayant autant de centres qu'il y a de ganglions ou de petits cerveaux indépendants. De ces deux systèmes nerveux, le premier est symétrique, parce qu'il se distribue à des organes qui le sont aussi ; sa symétrie se retrouve partout, aussi bien dans les parties périphériques que dans les masses centrales ; sa moitié droite peut quelquefois agir seule lorsque la gauche est paralysée, et réciproquement. Le second est insymétrique, irrégulier, parce qu'il se rend dans les organes qui ont ce caractère. La forme de ses plexus, de ses ganglions et de ses (ilets oiïre une foule de variations ; chacun de ses renflements ganglionnaires reçoit et donne un certain nombre de filets dont quelques-uns servent ù le mettre en communication avec les renflements voisins ou avec les nerfs de la vie animale; mais il est indépendantetn'aavec l'autre que des comnmnicalions anastoniotiques.Ce système de la vie organique a une structure particulière et des propriétés spéciales; il ne sert point aux sensations ni à la locomotion volontaire: il préside aux actions obscures de la nutrition, des sécrétions, etc. Cette grande distinction, établie par Bichat, était poussée trop loin; leur auteur s'en exagéra l'importance; il ne vit point que de ces deux systèmes qu'il isolait, l'un a de la prééminence sur l'autre, qu'il tient sous sa dépendance.

L(! grand sympalhiquc existe chez tous les animaux vertébrés. 11 oll're son maximum de développement dans les mammifères supérieurs, et décroît, d'après les observations de Cuvier, deBlainvillcet delà plupart des anatomistes, à mesure qu'on s'éloigne {dus de l'espèce humaine. La cause de cette décroissance paraît

FONCTIONS DU GRAND SVMI'ATIII01:f:.

résulter de ce que ce nerf, étant destiné à soustraire, en partie, les fonctions végétatives à l'influence du système cérébro-spinal, a d'autant moins besoin d'un grand développement que cotte influence s'affaiblit, d'une manière progressive, des mammifères aux oiseaux, de ceux-ci aux reptiles, et enlin de ces derniers aux poissons. Elle paraît tenir aussi, suivant Serres, à l'atrophie graduelle de l'appareil circulatoire, auquel le sympafliiqiio est plus spécialement destiné, (juoi qu'il

FiG. 27. — Ganglion sympathique!

(l'aiirès Leydig (*).

FiG. 28— Ganglion spinal ('*).

en soit, letrisplancliniquese montre déjà, comme il a été dit précédemment, cbez les invertébrés, notauuucut chez les annélides et les crustacés; mais il no s'y dislingue pas très bien des autres nerfs. Il est très grêle dans les poissons, oi'i il offre à peine quelques petits ronflements ; néanmoins, dans ces animaux, il communique avec les nerfs crâniens et spinaux. Dans les reptiles, il est encore si pou apparent que quelquefois il n'aurait pas été rencontré ; mais il olfre, dans les tortues, des

(*) a, a, fibres nerveuses; b, b, cellules multipolaires.

(*•) A, racine sensitWe avec son ganglion à cellules multipolaires; B, racine motrice; C, branche postérieure du nerf devenu mixte ; D, branche antérieure de ce nerf.

ganglions fort reconnaissables, anastomosés les uns avec les autres et donnant des rameaux aux viscères. Dans les oiseaux, on le voit prendre un développera en t co n sidérable : sa portion cervicale, qui avait paru manquer, suit l'artère vertébrale dans le conduit trachélien des vertèbres. Entin, dans les mammifères, sa disposition offre des caractères à peu près constants.

Il constitue chez eux un véritable réseau (iig. 29) s'étendant d'une extrémité du corpsà l'autre, et formé : dans la région céphalique, par les ganglions ophthalmique, sphéno-palatin, otique et sous-maxillaire, qui reçoiventdesfiletssensitifsetmoteurs de plusieurs nerfs crâniens ; dans la région cervicale, parle ganglion cervical supérieur, le tîlet accolé au pneumogastrique et celui qui accompagne l'artère vertébrale; dans la région thoracique, par le ganglion cervical inférieur, le cordon souscostal, les plexus cardiaque et pulmonaire; enfin, dans la région abdominale, par le ganglion semi-lunaire, les plexus solaire, cœliaque, mésentérique postérieur, les cordons qui suivent les vertèbres et se continuent dans la cavité pelvienne. Il est partout continu à lui-même et en communication avec le système cérébro-spinal: à la tète, par les nerfs moteurs de l'œil, le trifacial, et au cou par les paires cervicales ; dans le thorax et l'abdomen, parle nerf vague, par toutes les paires dorsales, lombaires et sacrées. Il est mis ainsi en rapport d'une façon intime, avec le système nerveux de la vie animale. Enlin, il se distribue par une infinité de filets aux parois des vaisseaux, aux glandes, au cœur, au poumon, au foie, à la rate, à l'estomac et à tous les autres viscères, surtout à ceux de l'abdomen qui ont leurs artères enlacées par des réseaux plexito -mes très serrés.

Quelques-uns de ces organes, tels que le foie, l'intestin, ne reçoivent que des divisions ganglionnaires; d'autres, comme le poumon, l'estomac, reçoivent en même temps des nerfs encéphaliques; enfin, certains d'entre eux, la vessie, le testicule, le sphincter, le rectum possèdent des ramifications des nerfs rachidiens associées à celles du sympathique. Il ne faut pas perdre de vue ces particularités dans l'interprétation du rôle du système ganglionnaire.

La structure intime du grand sympathique, dans ses ganglions ei ses filets, ne diffère pas très notablement de celle du système céphalo-rachidien.

Les ganglions (fig. 27 et 28) possèdent, comme ceux des nerfs spinaux, des fibres nerveuses qui les traversent simplement, d'autres fibres qui y prennent naissance et enfin des cellules arrondies de petites dimensions, pâles, unipolaires ou multipolaires. Les premières de ces fibres, en grande partie formées de tubes minces qui partent de la moelle, traversent les ganglions spinaux et doivent être considérées comme les racines du sympathique; les autres sont des fibres propres au système ganglionnaire.

Les cordons et les filets sont constitués : 1" par des tubes nerveux opaques, de diamètre très variable dont aucun ne paraît naître dans le sympathique lui-même; 2° par une grande quantité d'autres tubes pâles, très déliés, propres au nerf et qui naissent de distance en distance dans les cellules ganglionnaires, tubes minces que l'on avait appelés fibres sympathiques depuis les recherches de Volkmann; 3° par des fibres gélatineuses, dites de Remak, j)âles, plates, striées, semées de noyaux et souvent anastomosées en réseaux, poitant quelquefois, sur leur triijcl ou h li'iir terminaison, des cellules nerveuses, ramifiées, unies entre

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