Flourens, ouvraiic cite, p
2. Leiut, Qu'est-ce que la phrcnolof/ic, ou Exsai sur la signification et la valeur ilea sysf(hncs fie psi/choloifie en général. Paris, lH;j(i.
•2o6 DES FONCTIONS DU SYSTÈME NERVEUX.
raisonnable par sa haute intelligence. Il est toujours l'un et Tautre, quoi qu'il fasse : le premier par ses besoins plus ou moins impérieux, par ses tendances plus ou moins irrésistibles, pousse le second, qui tantôt se laisse aller sans réflexion ou avec quelques variantes, et tantôt délibère, hésite, résiste. L'animal n'a d'autre mobile que ses instincts, l'homme a de plus sa raison, qui l'éclairé sur le but, sur la porlée et les conséquences de ses déterminations.
Ce cju'on appelle le libre arbitre n'a pas de sens pour l'animal. L'animal à intelligence nulle ou extrêmement bornée ne peut guère délibérer ; il n'a ni assez de jugement, ni assez de connaissances pour prendre des déterminations appropriées aux circonstances qui se présentent. Poussé par l'instinct qui lui dicte toujours le parti le plus convenable, il s'y laisse aller ; il n'a pas de liberté, et s'il en avait, elle lui serait funeste, faute de savoir en user. L'homme serait entièrement libre s'il n'était qu'un être raisonnable, mais ses instincts tendent à lui enlever une partie de sa liberté; ses impulsions animales, souvent violentes, l'entraînent avant qu'il ait fait ses réflevions ; elles l'entraînent même quelquefois encore, bien qu'il ait vu les inconvénients d'y obéir. Il ne parvient à résister qu'en luttant avec énergie, et il se montre d'autant plus homme qu'il prend un empire plus absolu sur lui-même. Mais, le plus souvent, ses actions représentent un moyen terme, une direction diagonale ; elles sont le produit des impulsions spontanées, plus ou moins modifiées par des déterminations raisonnées, réfléchies. Descartes, Leibnitz, Kant, qui admettaient la liberté absolue des actions humaines, étaient aussi loin du vrai que Hobbes et Helvétius en la niant. Locke et Reid se sont montrés sages en se prononçant pour le juste milieu.
Du reste, il n'y a pas toujours antagonisme entre les impulsions instinctives et les déterminations auxquelles la raison la plus sage s'arrête. Très souvent même, l'homme ne peut mieux faire que d'obéir sans réserve à ses instincts. Il serait un monstre d'étouffer son penchant à la sociabilité, ses affections de famille, l'amour, etc.; il manquerait de logique en cherchant à atténuer son aversion-pour ce qui doit être abhorré, sa pitié pour ce (jui mérite la commisération, sa tendance à l'imitation, quand elle a un but louable, sa propension à ac(|uérir, rjuand elle est utile à lui et aux siens, sans léser personne.
Maintenant ([ue la grande distinction estétai)lie entre les deux ordres de facultés psychologiques, nous pouvons nous rendre compte des actions les plus compliquées des animaux. Pour esquisser à grands traits leur histoire, j'examinerai les actes qui se rapportent à cliacun de ces ordres. Je suivrai l'ancienne division des instincts en ceux de conservation et ceux de reproduction ; ces deux grandes catégories renfermeront, suivant leur but, les instincts de destructivité, de sociabilité, les instincts divers qui portent les animaux à vivre isolés, à se construire des habitations, à se l'aire des nids, à voyager, à émigrer, etc. Cette marche sera plus naturelle que celle qui consisterait à les étudier isolément, indépendamment de leur but final ; elle fera mieux saisir la liaison qui existe, sous le rapport de la destination, entre des instincts dont la nature est fort variée, et qui, pris isolément, semblent n'avoir rien de commun les uns avec les autres.
FACULTÉS INSTINCTIVES ET INTELLECTUELLES. 'ib?