‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 50 sur 287 · II. — Des INSTINCTS de conservation · texte numérisé non relu

II. — Des INSTINCTS de conservation

Tous li's .'uiiinaux, (iopiiis le zoopliytc, dont la vie se distingue à peine de celle de la plante, jusqu'aux maminil'ères les plus rapprochés de l'honime,. jouissent d'une faculté spéciale, mise en harmonie avec leur organisation, et avec le milieu dans lequel ils vivent. Cette l'acuité pré[)osée à la garde, à l'entretien de l'individu, porte le nom d'instinct de conservation. Elle est mise en éveil par le danger et trouve dans l'économie des auxiliaires prêts à la servir, pour remplir le liut qu(î la nature lui a assigné.

Cet instinct n'est pas développé au même degré chez toutes les espèces animales. En général, il est d'autant plus parfait et plus sûr que l'intelligence est plus obtuse. Tantôt il se manifeste par des besoins impérieux, des impulsions bien caractérisées, des combinaisons en apparence fort intelligentes ; d'autres fois il ne se révèle que par des manifestations é([uivoques, qui semblent devoir faire douter de son existence. C'est ainsi que le palmipède connu sous le nom de ion {Pelecanus ùassanus, L.) se laisse prendre, sans chercher à fuir, et assommer, sans faire d'ell'orts pour se soustraire aux coups; mais ce n'est là qu'une exception fort rare qui ne peut infirmer la règle générale.

Sous le nom d'instinct de conservation, j'entends parler non d'un instinct unique, isolé, mais d'un ensemble d'instincts, diflérents par leur but immédiat > leur mode de manifestation, et se rapportant, en dernière analyse, au but com mun de l'entretien de l'iiulividu. L'oie du Nord qui se tient sur le bord des eaux pour y chercher sa nourriture, et qui émigré lorsqu'un hiver trop rigoureux ne lui permet pas de trouver sa subsistance dans le pays qu'elle habite, obéit tour à tour à l'instinct qui la porte à miger ou à celui (|ui la pousse à l'émigration, dans les deux cas, en vue de se procurer de la nourriture; l'abeille qui va recueillir le nectar des fleurs, et qui le dépose dans la ruche qu'elle a construite avec art, semble mue par des instincts différents, mais ([ui, en définitive, se rattachent à celui (jui nous occupe.

La nature, dans la répartition des instincts des animaux, s'est montrée admirable comme dans ses plus beaux ouvrages. Ayant donné une certaine destination à un animal, elle l'a doté de toutes les facultés les plus convenables [lour la remplir; elle lui a inspiré, à cette fin, des actes si sagement réglés que les plus sages observateurs ont pu les croire le produit de la raison et de l'intelligence. Aux uns elle a enseigné l'art de la chasse, aux autres celui de la pèche, à celui-ci l'art de la construction, à celui-là la science des voyages, des émigrations. En destinant, par exemple, le castor à vivre près des eaux, elle lui a donné l'instinct de la sociabilité, car le castor ne peut rien dans l'isolenu'nt; l'instinct de la construction, et d'une construction toute spéciale, étrangère aux règles de l'architecture ordinaire; elle lui a tracé son plan; elle l'a rendu ouvrier, en façonnant ses dents à couper les bois, ses pattes à gâcher la terre, sa queue à la battre comme le ferait la truelle. De même en taisant de la lau|te un animal apte à vivre sous le sol, elle lui a donné l'art de creuser des galeries, d'y faire la chasse aux vers et aux insectes. En transformant l'oiseau de proie en brigand ailé,

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