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elle lui a donné l'instinct delà solitude, celui de l'agression; elle a rendu son vol puissant, ses serres acérées , son œil perçant , capable de supporter la vive lumière du soleil, etc.
On comprend que ces instincts doivent varier beaucoup suivant l'organisation des animaux, leur genre de vie, les lieux qu'ils habitent, les dangers auxquels ils sont exposés, le but que ces animaux doivent remplir dans le plan de la création. Ceux qui sont destinés à vivre de proie, à se repaître de carnage, ont besoin de force pour vaincre, ou de ruse pour surprendre leurs victimes ; la nature leur doit des mouvements souples, une course agile, une ouïe fine, un odorat exquis. Ceux, au contraire, qui vivent d'herbes et qui sont à la merci des premiers, ont besoin d'armes défensives ou de moyens particuliers pour se soustraire à Ja férocité de leurs ennemis ; il est nécessaire qu'ils puissent déjouer les ruses de ces derniers et se ménager des retraites qui leur donnent quelque sûreté ; il faut eniin que leurs moyens de conservation se modifient suivant qu'ils vivent solitaires ou réunis en troupes, suivant qu'ils sont à l'état sauvage ou sous l'empire de la domesticité.
Le carnassier, l'oiseau de proie, ont besoin de vivre isolés; il leur faut un espace libre où ils puissent exercer leurs ravages el régner en souverains absolus. Leur subsistance est précaire, souvent ils sont exposés à souffrir de la faim; aussi ne peuvent-ils supporter des rivaux qui leur disputent leur proie. Bien différent de l'herbivore dont l'alimentation assurée se trouve sans peine, sans ruse ni combat, le carnassier semble constamment inquiet de sa subsistance ; toutes ses préoccupations paraissent se rapporter à la recherche de ce qui doit apaiser sa faim; cependant il est encore fréquemment obligé à de longues abstinences que la nature de ses aliments et la disposition de son appareil digestif lui rendent tolérables. Bien que l'isolement soit pour lui une nécessité, il est quelquefois sociable. Plusieurs de ces animaux aiment à se réunir en troupes, soit momentanément, comme le loup de nos forêts par les temps de neige, soit d'une manière permanente, comme les chiens devenus sauvages, ou les chacals qu'on voit s'associer pour dépecer une proie morte ou déterrer un cadavre.
L'appétit de la destruction va souvent plus loin que la satisfaction d'un besoin impérieux, et rend les animaux inutilement sanguinaires : le renard qui s'est introduit dans la basse-cour ne se contente pas de se repaître jusqu'à satiété, il veut encore égorger les victimes qu'il ne peut dévorer, comme pour se venger sur elles des privations qu'il a souffertes et des difficultés qu'il a éprouvées. La fouine, la belette, lui ressemblent entièrement sous ce rapport. Parmi eux, il en est que lu force rend belliqueux et pleins de courage, comme le tigre, le lion, l'aigle, ré])ervier; ils se plaisent à l'exercice! de la cliasse ; ils aiment les combats : leur proie ne leur parait agréable que si elle a été coui'ageusement conquise. D'autres [dus faibles, sont pusillanimes et lâches ; pour eux, l'adresse, la ruse, doivent supi>léer à la ioirr : le r(!nard se creuse un terrier et ne s'attaque qu'à des ennemis dont il n'a rien à redouter. Du reste, chacun se sert des moyens qui lui ont été donnés; Le chien, doué d'un odorat exquis, l'emploie pour la chasse; le chat, incapable de forcer ses victimes à fa course ou de pénétrer dans leurs ictraites, se contente «le h's attendi'e, adurirablement servi (ju'il
est par sa patience et la linesse de son oreille. Quelques-uns d'entre eux, lâches à l'excès, sont, comme le vautour et le corbeau, réduits à se repaître de proie morte, de débris en putréfaction. Ainsi, chez tous, les modifications de l'instinct sont mises en harmonie avec les variétés de l'organisation, les unes entraînant inévitablement les autres. C'est autant pour le vautour une nécessité d'être lâche que pour le tigre un besoin impérieux d'être sanguinaire.
S'il est généralement dans la nature des carnassiers de vivre solitaires, il est dans celle de beaucoup d'herbivores de vivre en troupes. La subsistance de ceuxci étant assurée, nulle rivalité ne peut exister entre les individus d'une même espèce; la faiblesse de quelques-uns, les dangers imminents auxquels presque tous sont exposés, paraissent leur en faire une loi, une nécessité : nécessité heureuse pour l'homme, puisqu'elle a été le point de départ, la condition préliminaire de la domesticité. Les buffles de l'Inde et de l'île de Geylan, les bisons du nord de l'Amérique, l'yack ou vache grognante des montagnes de l'Asie, les gazelles, et, en général, tous les autres ruminants, de même que les ânes et les chevaux sauvages, se rassemblent constamment en troupes plus ou moins nombreuses; ils paissent, reposent, émigrent, ou veillent ensemble à la sûreté commune; la troupe obéit à des chefs qui se sont imposés ou qu'elle s'est choisis; les jeunes animaux, les individus faibles sont mis au centre et protégés avec sollicitude, et dès que l'ennemi essaye d'attaquer la troupe, toutes les bêtes se rangent, dit-on, en cercle pour lui opposer une barrière redoutable. Cependant, il y a encore quelquefois entre les grandes agglomérations de ces paciliques herbivores des luttes que Darwin rattache à la concurrence vitale, et qui rappellent les luttes engagées entre les tribus humaines nomades, même entre les peuples civilisés. Alors les troupes qui parviennent à envahir une région et à s'en emparer en expulsent les troupes rivales. Parmi les rougeurs, on voit fréquemment le lapin, nouveau venu dans la garenne ou le clapier, maltraité et tué par ses Imtes. Le lièvre étranger que l'on met dans un petit parc ne tarde pas à être mis à mort par les lièvres maîtres du terrain.
L'instinct de conservation offre, parmi ces espèces, une infinité de modifications, suivant la nature de leurs aliments, les localités qu'elles habitent, les dangers qu'elles courent, etc. La vache thibétaine, lorsque la neige couvre la région qu'elle occupe, se laisse glisser sur le versant de la montagne et vient, en remontant, brouter riicrbe (pi'elle a mise à découvert: le renne sait bien avec son pied découvrir le lichen dont il doit se nourrir; le mulet destiné aux voyages dans les steppes de l'Amérique brise, dit Humboldt, une espèce de cactus dont le suc abondant est pour lui un rafraîchissement agréable. Du reste, fous les animaux savent choisir les plantes (|ui leur conviennent et repousser celles qui pourraient leur nuire. La domesticité, qui a si profondément modifié ceux qui \iveut avec nous, n'a pas détruit cet instinct : les bceufs que l'abbé Hozier avait mis dans un [tàturage où aboiulait le colchique, soullrireut de la faim, sans louchera la plante vénéneuse.
Si l'instinct de conservation se révèle, sous une infinité de formes, dans les moyens qu'emploient les animaux pour [tourvoir à leur subsistance, il se manifeste aussi avec énergie lorscju'ils ont à se préserver des attaques et à déjouei'
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les ruses de leurs ennemis. En général, quand ils sont attaqués, ils l'ont usage de leurs armes les plus sûres : le cheval se sert de son pied, le bœuf de ses cornes, l'éléphant de sa trompe, le chat de ses dents et de ses griffes. Les animaux faibles et timides emploient des moyens plus ou moins singuliers : la souris, la taupe, se creusent des habitations souterraines ; le mulot se loge dans un terrier où il s'endort, entouré d'une abondante provision; le lapin, la marmotte, se réfugient également dans des terriers. Le castor renverse des branchages en travers des courants, enfonce des pieux, élève une digue, et se construit, sur les eaux, avec un talent admirable, une habitation solide. L'industrie que ce dernier emploie à se bâtir une demeure n'est point le résultat de l'éducation, ni le produit de combinaisons intelligentes. Frédéric Guvier a montré que des castors pris jeunes, élevés loin de leurs parents et enfermés dans des cages, cherchaient à bâtir, bien qu'ils n'eussent rien appris des animaux de leur espèce, et que toute construction leur fût inutile.
L'instinct conservateur est très développé dans toutes les classes de la série animale : j'en ai dit assez pour les mammifères. Chez les oiseaux, il offre une infmité de modifications fort remarquables qu'il serait trop long d'examiner ici. Une d'entre elles mérite cependant une mention spéciale, c'est l'émigration. Tout le monde sait que l'oie sauvage, la cigogne, l'hirondelle, la grue, la caille, passent, à certaines époques de l'année, des contrées du nord vers les pays où règne une température plus douce; que la bécasse voyage des montagnes vers les plaines pour trouver une subsistance assurée. Chez les invertébrés, ces instincts sont souvent plus admirables encore que chez les animaux supérieurs : l'abeille accumule le miel dans sa ruche; l'araignée tend avec arl des filets qui doivent servir de piège à sa proie ; la seiche poursuivie lance autour d'elle, pour se dérober à la vue de ses ennemis, une partie de l'encre qu'elle lient en réserve dans une poche spéciale; le bernard-l'ermite, dont la queue n'est pas, comme le reste du corps, pourvue d'une enveloppe résistante, choisit un coquillage vide pour la loger, et l'échange contre un autre quand il est devenu trop petit pour la contenir. Ces quelques exemples, pris parmi des milliers, donnent une idée suffisante de l'universalité des instincts de conservation.
Quels que soient leurs caractères, les instincts relatifs à la conservation sont parfaitement en rapport avec le genre de vie de chaque espèce. Tous les animaux ont, comme l'a fait remarquer Reiraarus ', l'instinct de chercher l'élément, le milieu qui leur convient, même quand ils ont de larges espaces à parcourir pour s'y rendre ; celui de s'y confiner, en s'y ménageant des retraites, en s'y creusant des re{)aiies, des terriers ou d'autres habitations, celui de s'éloigner par moments de ces milieux, de chercher une proie, de la découvrir, de lui tendre des pièges, de s'en emparer par la force ou la ruse, l'instinct de faire des provisions; celui de désarmer l'ennemi, d(; se soustraire à ses attaques, de se défendre à l'aide de leurs armes nalijr(!ll<'s.
Si ces instincts ne dérivent pas ih l'organisation, on ik; saurait nier qu'ils soient en parfuilc harmonie avec elle. Ainsi les animaux du Nord sont couverts