‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 52 sur 287 · Hoim.'inis, Ouvrai/i; c/Jd, l. I, ji · texte numérisé non relu

Hoim.'inis, Ouvrai/i; c/Jd, l. I, ji

l'ACULTRS INSTINCTIVES ET INTELLECTUELLES. 2Ci|

(l'une épaisse IbinTure; ceux des contrtM's rliaudts ont, au conlruiic, le pelure peu fourni, et quelquefois même la peau complètement, nue; ceux qui passent l'hiver dans un engourdissement plus ou moins complet, comme les reptiles et certains mammifères, tels que l'ours, la marmotte, la chauve-souris, le hérisson, s'engraissent avant la saison rigoureuse, et trouvent dans la graisse un combustible respiratoire ainsi qu'un aliment réparateur; le chameau, exposé à souffrir de la soif dans les climats brûlants qu'il habite, a des poches gastriques où l'eau se tient en réserve ; la girafe, qui doit se nourrir des feuilles d'un arbrisseau épineux, a un long cou et une lèvre fendue pour les atteindre; le fourmilier, privé de dents, mourrait de faim sans la disposition de sa langue protractile et gluante ; l'oiseau de rivage manquerait à sa destiiiations'il n'avait de longues jambes et un bec eflilé. A l'aide de cette concordance des instincts avec l'organisation, la nature s'est montrée logique dans ses plus singulières bizari-eries.

Les instincts conservateurs se manifestent avec plus ou moins de force aussitôt après la naissance, avant que l'aniuial ait pu recevoir aucune éducation de ses [•arents, et, dès lors, ils donnent lieu à des opérations aussi sûres et aussi précises que parla suite. L'abeille, à peine éclose et dégagée des enveloppes de sa larve, sort, comme le dit Uéaumur \ de l'habitation couimune, va chercher des lleurs, y va seule, s'empare de leur nectar, et sait bien ensuite retourner à sa ruche; en un mot, elle fait, dès le premier moment, tout ce qui deviendra l'occupation du reste de son existence. Le jeune gallinacé, en sortant tout humide de sa coquille, va prendre le grain qui doit le nourrir ; il comprend dès la première fois le cri d'alarme que pousse sa mère, et accourt sous ses ailes pour se soustraire au danger; les jeunes canards que la poule a couvés vont immédiatement se jeter à l'eau. Les petits mammifères prennent la mamelle de leur mère, dès qu'ils sont sortis de son sein. Haller a vu des agneaux et des chevreaux nouveaunés aller chercher leur mère à des distances considérables. Ces instincts semblent même préexister à la naissance : le chevreau que Galien avait tiré, par une incision, du ventre de sa mère distingua au milieu d'une poignée d'herbes le cytise qui s'y trouvait mêlé. Mais, la plupart surgissent à l'époque et au moment où ils sont utiles, à l'instant iiiêmc de l'action à laquelle ils doivent présider. La délibération créerait un péiil à l'animal s'il pouvait délibérer : l'instinct le tired'emi)arras ; la nature lui dicte sur-le-cliauq» le parti à prendre.

Ils se montrent avec des caractères constants chez tous les individus d'une même espèce qui se trouvent dans les mêmes conditions, et ne donnent jamais lieu à des erreurs bien grandes : l'oiseau n'est déterminé à voler que quand ses ailes lui permettent de se soutenir dans les airs ; le jeune carnassier n'est poussé à l'attaque d'une proie que lorsque ses forces sont suflisantes pour assurer la réussite de son entreprise.

Ce que je viens de dire s'applique plus spécialement aux animaux qui vivent à l'état sauvage. L'homme, en asservissant quehpies espèces sociables, les a rendues, sous le joug de la domesticité, souples et dociles, en même teuq)s qu'il s'est efforcé de modilier tout ce qui pouvait nuire au but de cet esclavage. Eu se

1. Réaumur, Mcmoires pour scvriv à l'histoire des i?isecfes. Paris. 1740, t. V, p. 001.

chargeant de les protéger, de leur construire des habitations, de leur ménager, pour toutes les saisons, une abondante nourriture, il a affaibli insensiblement l'instinct de conservation, du moins chez quelques-unes d'entre elles, la brebis, par exemple, tandis qu'il n'a pu l'altérer ehez quelques autres. Plus loin, je reviendrai avec quelques détails sur ces modifications, en examinant l'influence exercée parla domesticité sur les facultés instinctives et intellectuelles des animaux.

L'homme est de tous les animaux celui dont les instincts de conservation sont le moins accusés, mais il n'en est pas dépourvu : la nature ne devait pas le laisser désarmé. Déjà l'enfant cherche le sein de sa mère ; plus tard il approche de ses lèvres tous les objets qu'il peut saisir; il est poussé à goûter tout ce qui a quelque apparence de qualité alimentaire. Devenu vigoureux, il est porté, s'il est sauvage, à chasser, à pêcher, à se construire des huttes. Il a l'instinct de l'acquisition, celui du combat et, dans certaines limites, celui de la destruction, l'instinct de la sociabilité qui accroît ses forces par celles de ses frères. Les arts les plus utiles paraissent avoir, quand on y regarde de près, un point de départ dans les impulsions instinctives.

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