G. Leroy, Lettres plnlosophiques, elc, j
des manilestations extrêmement simples. Une fois que la fécondation et la [lonte sont o|jéré('s, f<énéralement le mule et la femelle ne s'occupent plus de leur prof^éniture. Mais, dans quelques espèces, cet instinct donne lieu à «les phénomènes plus ou moins bizarres : ainsi le batracien connu sous le nom de pipa recueille les œufs à mesure qu'ils sont pondus, et les place sur le dos de sa femelle, où, par suite d'une légère irritation que leur contact produit, ils se trouvent bientôt entourés d'un jietit bourrelet qui les protège jusqu'à leur éclosion. Le caïman de l'Amérique du Sud dépose ses œufs dans le sable, sur le bord des eaux, les couvre de feuillages, de plantes aquatiques, et veille patiemment à leur conservation. La vipère, dont les petits naissent vivants, les protège encore longtemps après leur sortie du sein maternel ; dès qu'ils viennent à courir quelque danger, elle les reçoit, dit-on, dans sa gueule, pour les rendre aussitôt qu'ils n'ont plus rien à redouter.
Les poissons paraissent être, de tous les vertébrés, ceux chez lesquels l'instinct reproducteur est le plus faible, et il devait en être ainsi, par suite de leur mode de génération. La femelle n'a pas, en général, de rapports avec le mâle; elle pond ses œufs qu'elle abandonne au milieu des eaux; le mâle, de son côté, répand son sperme, sans chercher toujours à le déposer sur ces œufs. C'est par suite de la rencontre fortuite de la semence avec les œufs que se produit la fécondation. Cependant, souvent la femelle se déplace pour frayer vers les rivages, dans les points où les eaux sont calmes et peu profondes, où le mâle vient opérer la fécondation. Fréquemment encore, aussi, les instincts génésiques de ces animaux se révèlent par des migrations lointaines et des précautions particulières en ce qui concerne la ponte. Beaucoup de poissons des régions septentrionales se réunissent en troupes immenses pour venir déposer leurs œufs sur les côtes des pajs tempérés. D'autres poissons de mer, comme le saumon, remontent, à des époques déterminées, les fleuves et leurs aftluents, franchissent les cataractes pour apporter leur frai au fond des interstices du lit des courants : leurs petits retournent plus tard aux océans. La truite creuse des excavations dans le sable des eaux vives et recouvre les œufs qu'elle y dépose. Les gobies des lagunes de la Méditerranée pondent, comme Aristotc le disait, dans des nids de fucus entrelacés ; plusieurs siluroïdes d'Amérique en font autant; enfin, le petit acaiithoptérygien des ruisseaux, l'épinoche, construit son nid, d'après les observations de Lecoq et de Coste, avec un art admirable, nid où la femelle dépose des a'ufs qui sont protégés jusqu'à leur éclosion.
Quant à cet instinct, chez les invertébrés, il est plus ou moins prononcé suivant les classes. (Juelquefois il se manifeste avec des caractères tellement équivoques, qu'on est porté à douter de son existence ; d'autres fois il se montre plus parfait, sans qu'on puisse bien en donner la raison. Tout le monde sait que, quand on vient à déranger le nid de la fourmi, elle emporte ses œufs dans un lieu où elle les croit plus en sûreté. La mouche carnassière, qui est à la veille de pondre, vole dans toutes les directions et cherche un endroit convenable pour déposer les siens. C'est sur la chair humide, sur les parties du cadavre qui se ramollissent et qui se putréfient facilement, qu'elle les place de préférence, alin que les larves ([ui doivent en sortir trouvent dans le lieu même de leur éclosion
une abondante nourriture. Le papillon du ver à soie est à peine sorti du cocon qu'il s'accouple et pond. Il ne s'occupe pas de lui, car il ne lui reste que quelques jours à vivre, et il les emploie à la reproduction de l'espèce. L'œstre du cheval va faire ses œufs sur la peau du solipède, dans les endroits où l'animal peut porter la langue; celui du bœuf les fait pénétrer dans la peau, à travers des perforations qu'il creuse à l'aide d'une tarière, et il a soin de ne les déposer que sur les reins, le dos, etc., non dans les points où ils pourraient être, ainsi que leurs larves, écrasés par les frottements. Une autre espèce va pondre à l'entrée des narines du mouton : l'œuf éclos, la larve monte dans les cavités nasales, pénètre dans les sinus, s'y nourrit pendant près d'une année, et en sort pour opérer sa métamorphose ; elle en sort facilement, quoique devenue énorme, parce que l'ouverture nasale des sinus est très dilatée. L'œstre a été guidé par un instinct sûr : s'il fût venu pondre ses œufs à l'entrée des narines d'un autre animal, lalarve toute petite eût bien pénétré dans les sinus, mais, une fois développée, elle eût été dans l'impossibilité d'en sortir, faute d'un pertuis assez large'. L'insecte, une fois arrivé à l'état parfait, poursuit le bétail avec une sorte de fureur : le mouton a beau mettre le nez dans la poussière, et le bœuf s'enfuir à travers les champs, ils ne peuvent se soustraire aux attaques du parasite. Sous tous les climats, ce dernier est également redoutable : le Lapon est obligé, pour en préserver ses troupeaux de rennes, de les emmener dans les montagnes, mais le pasteur des plaines de l'Amérique voit périr quelquefois ses bœufs par les attaques de ces insectes -.
L'instinct reproducteur est encore, comme on le voit, un instinct commun à toutes les espèces animales, mais fort variable, par son mode de manifestation et les phénomènes qui en dépendent. Chez quelques-unes, en effet, nous l'avons vu très prononcé, chez d'autres très faible. Dans toutes cependant il est parfait, puisque son but se trouve rempli. En considérant l'ensemble de ses formes si variées et les nombreuses actions qu'il règle, on voit qu'il préside à une grande partie de la vie des animaux : union des sexes, migrations, ponte, incubation, parturition, puis protection, alimentation et' éducation des petits. Que d'intelligence, de réflexion, de connaissances il faudrait à la brute pour faire ce que la nature lui dicte avec tant de sagesse et de sûreté!
Dans notre espèce, les actes, les facultés, les sentiments relatifs à la reproduction ne sont pas, au fond, essentiellement difl'érents de ceux des animaux, etl'on peut dire même qu'ils n'ont pas toujours sur ces derniers une incontestable supériorité, mais ils ont dans la vie de l'humanité des conséquences qu'ils n'entraînent pas dans celle des animaux. Les impulsions relatives au rapprochement des sexes deviennent les préliminaires de la constitution de la famille. Ces rapprochements la préparent et la commencent. L'affection maternelle, le plus pur de tous les instincts, la sollicitude pour les enfants, que la nature inspire aux ascendants, la longue éducation que réclame l'enfance, la consolident. Jj'attachement filial, instinctif aussi, la perpétue; puis les liens du sang qui rattachent encore les membres de la famille fractionnée, devenus souches de familles nouvelles, con-
1. G. Colin, Recueil de médecine vétérinaire. IS^j^, t. IX, p. 479.